jeudi 30 mai 2019

Pour une lettre anonyme

  La lettre pliée dans sa poche fait sourire la jeune femme, elle y pense depuis le matin et elle n'a pas décidé quel parti adopter. Elle pile soigneusement les pigments qu'elle verse délicatement dans des petits pots, elle sait qu'ils valent cher et que son maître ne lui pardonnera pas une maladresse. Après avoir rangé les petits récipients dans l'atelier, elle se dirige vers la cuisine pour achever de préparer le repas en chantonnant une vieille romance.

   Les heures s'écoulent lentement et plusieurs fois, la servante laisse ses regards se tourner vers le parc. Mais elle n'a pas le temps de se perdre en rêveries et elle s'active pour terminer à temps. Ses mains fines coupent, lavent, cirent, tordent le linge durant des heures à tel point que ses mains et ses bras ne sont que douleur. Mais enfin, les cloches sonnent la fin de la journée. Elle s'assure que le repas du soir est prêt et elle monte l'escalier à pas lents. Là, elle se regarde dans son minuscule miroir et elle se lave rapidement avant de passer une robe un peu moins défraîchie que les autres. Puis sa mante sur les épaules, la jeune femme court à perdre haleine dans les rues de la petite cité. Ses souliers claquent sur les pavés et elle manque à plusieurs reprises de glisser sur les pierres rondes des rues mais elle ne ralentit pas l'allure, se faufilant entre les passants qui rentrent de leur journée de travail. Elle croise quelques amies mais elle se contente de leur sourire, elle n'a pas le temps de leur parler, elle doit courir plus vite que son ombre.

   Enfin, elle atteint le parc ombragé où les arbres centenaires frémissent à son entrée, les oiseaux se taisent et la servante marche un long moment, peinant à retrouver son souffle. Lorsqu'elle arrive à la petite fontaine, elle ne voit personne et elle s'assied dans l'herbe enveloppée dans son manteau. Elle relit le billet, elle ne s'est pas trompée de lieu de rendez-vous.Nerveuse, elle regarde de tous côtés mais elle est seule. Elle envisage de partir mais la beauté du jardin qui l'entoure la retient et elle reste à savourer la paix qui émane des lieux. Le soleil se couche et elle reste les yeux levés vers le ciel à regarder l'astre rougi par le feu du crépuscule descendre lentement et embraser l'herbe, les arbres et les statues qui l'entourent. Bouche bée, elle oublie pourquoi elle est venue et elle sourit, emplie d'une joie indicible.

   Mais la nuit commence à tomber et elle se relève, elle époussette sa jupe pour en chasser la terre et elle reprend son chemin à pas lents. Elle est seule et elle commence à comprendre qu'on lui a joué un tour. Mais elle sourit, cette facétie lui a permis de profiter du crépuscule et c'est le cœur léger qu'elle se dirige vers les grilles du parc. Les grands hêtres qui l'entourent s'agitent à son passage et lui murmurent des paroles de consolation qu'elle ne comprend pas. La servante reste un moment debout au milieu des arbres à marcher sur des sentiers à peine visibles que la nuit fait disparaître au fil des minutes. Elle ne sait pas où elle se trouve mais le bois n'est pas bien grand et elle n'aura qu'à faire le tour pour trouver la grille. Le froid l'étreint et elle resserre son manteau plus étroitement autour de ses épaules avant de marcher d'un pas plus vif.

   Alors qu'elle passe la grille, elle trouve ce qu'elle est venu chercher. Une silhouette l'attend adossée à la grille de fer forgé.
- C'était donc vous ?
Le peintre acquiesce et il sourit faiblement. La jeune fille tente de masquer sa surprise de rencontrer l'artiste qui s'est installé dans le village le mois dernier et auquel elle a à peine accordé une danse un dimanche. Elle aurait dû s'en douter, l'endroit est le rendez-vous des peintres qui en apprécient la lumière et la beauté. Les deux jeunes gens quittent les lieux main dans la main avant de courir sur le chemin pour retrouver au plus vite la ville et ses lumières. Le billet abandonné gît dans l'herbe et bientôt le vent l'emporte. Alors les arbres murmurent ces mots écrits d'une main malhabile :
- Je vous aime, rendez-vous au bois d'amour.

jeudi 16 mai 2019

La jeune fille au briquet

  Une jeune femme rentre chez elle un soir d'hiver, il fait effroyablement froid, il neige depuis des heures en ce dernier jour de l'année. Elle a manqué son bus, son chapeau de feutre s'est envolé à cause d'une rafale de vent et elle n'a pas pu le rattraper, alors elle marche dans la neige. Pas une voiture à l'horizon, juste un arrêt de bus aux vitres cassées. Elle a vingt ans et elle a terminé tard son petit boulot contrairement à d'habitude. En cette veille de nouvel an, elle a passé quatre heures, dans le vent et le froid, à tenter de distribuer des prospectus aux rares passants trop affairés pour lui jeter un regard ou lui adresser un sourire. Sa journée de travail touche à sa fin et la voici debout sous la neige, épuisée et affamé. Glacée, elle décide pour tenter de se réchauffer de faire brûler un à un ses prospectus dont personne ne voudra en cette soirée du réveillon. Elle mentira à son employeur en disant qu'elle les a tous donnés aux passants. Comment pourrait-il connaître la vérité ? Mais elle n'ose pas, trop inquiète à l'idée de voir sa supercherie dévoilée.
   Grelottante, sa chevelure trempée de flocons de neige, elle marche sous la pluie blanche et glacée qui tombe en dansant sur ses vêtements. Dans la poche de son épais manteau violine, elle met la main pour se réchauffer et elle tombe sur son briquet. Ses yeux levés vers les fenêtres éclairées, elle s'imagine brûler les prospectus pour se réchauffer mais elle rejette cette pensée qui revient encore et encore. Elle se repose à un arrêt de bus quelques minutes mais le froid la mord plus fort encore. Elle consulte sa montre, il est très tard. Un instant, elle cherche du regard une échoppe où se réfugier mais en cette veille de nouvel an, il n'y a plus grand chose d'ouvert. Et il n'y a plus de bus à cette heure, il lui faut marcher pour rentrer chez elle. Elle voudrait courir pour arriver plus vite mais ses muscles sont gelés dans son jean trempé de neige fondue et l'eau a eu raison de ses bottines de cuir qui glacent ses pieds. Elle se relève pour marcher vers son but, un pas après l'autre en remontant autant que possible le col de son pull à col roulé d'un bleu clair comme la glace qui l'entoure.
  Lasse, elle s'assied sur le banc et elle prend un prospectus les mains raides de froid, elle imagine la flamme la réchauffer et lui donner le courage de continuer. Elle allume la feuille de ses mains tremblantes mais une bourrasque l'éteint aussitôt. Qu'importe, elle recommence et durant une minute, une chaleur bienfaisante la réconforte et lui réchauffe les mains et le coeur. Mais elle disparaît bien vite. Courageusement, elle recommence encore et encore et elle voit devant elle, le bus arriver et la table mise pour le réveillon dans son petit appartement. Mais l'image s'évanouit en même temps que le vent souffle la flamme. Elle rallume le briquet et elle se voit collée au radiateur de son petit logis tandis que sa bouilloire électrique chante pour lui signaler qu'elle peut verser l'eau fumante dans sa théière. Elle lâche la roulette et la flamme disparaît. Vite, elle tente de l'allumer de nouveau sans succès, il est vide et elle le glisse dans sa poche où elle tente de conserver quelque chaleur à ses mains.
  Le premier bus arrive et un voisin remarque cette adolescente allongée sur le banc, glacée comme si elle avait passé la nuit dehors. Il renonce à aller au travail, sa boutique ouvrira plus tard aujourd'hui et il la couvre de son manteau avant de la porter jusque chez lui. Il rallume la chaudière et il commence à lui ôter ses vêtements mouillés avant de la réchauffer avec une serviette qu'il a mise sur le radiateur à réchauffer. Dans sa main roide, il trouve un briquet vide ; intrigué, il libère l'inutile objet de la poigne glacée et durant de longues minutes, il frictionne la jeune fille pour tenter de la ranimer. Puis une couverture chaude remplace la serviette et il recommence à tenter de la réchauffer. Téléphone en main, il va appeler le médecin de garde quand il la voit remuer. Sans réfléchir, il court jusque dans sa chambre lui trouver des vêtements puis il attend qu'elle ouvre les yeux en lui faisant couler un bain dans la salle de bain. A ses questions, il lui répond qu'il l'a trouvée, gelée à l'arrêt de bus et qu'il l'a amenée jusque chez lui pour la réchauffer. Il n'a pas réfléchi, il a cru qu'elle allait mourir. Il lui annonce lui avoir fait couler un bain et qu'elle peut aller dans la salle de bain pendant qu'il lui prépare un chocolat chaud.
- Dans mes rêves, j'ai vu ma grand-mère toute illuminée qui venait me chercher. Puis je me suis réveillée et je vous ai vu. dit-elle en s'asseyant devant le chocolat chaud, un peu réchauffée et vêtue de sec.
Ils parlent quelques minutes, le temps que la jeune fille achève de se remettre et grignote quelques madeleines en sirotant son chocolat chaud puis il la reconduit chez elle en voiture.
- Merci, vous m'avez sauvé la vie. dit-elle avec un sourire.
Elle se souvint soudain de ses prospectus. Qu'importe, elle dirait à son employeur qu'elle les avait tous donnés et qu'elle refusera désormais tout nouveau contrat.

(novembre 2017)

mercredi 15 mai 2019

Ceci est mon dernier billet

Chers compatriotes,

Dans la situation désespéré que nous traversons, je vous adresse ces quelques conseils que j'ai glanés au cours de ces dix dernières années. Pour ceux qui l'ignorent, je m'intéresse au survivalisme depuis des années, j'ai même tenu un blog parmi les plus influent de cette décennie.

Ne sortez sous aucun prétexte
Vous n'êtes pas sans ignorer le danger qui nous guette en ces temps obscurs. Il est de bon sens de ne pas mettre le nez dehors mais il n'est pas inutile de le rappeler.

Faites feu de tout bois
Rassemblez tout le bois et les combustibles que vous pouvez trouver et stockez-les en lieu sûr : meubles, livres, déchets, tout ce qui brûle est bon à prendre. Mais pour ne pas attirer l'attention, n'oubliez pas de ne pas vous chauffer durant la journée. En effet, qui dit combustion dit fumée qui peut vous faire repérer par les créatures que vous savez. Pour garder la chaleur, empilez les vêtements, bougez régulièrement, pensez à bien couvrir vos extrémités (gants, mitaines, chaussettes). Ne négligez pas les collants. Normalement, si vous vous couvrez d'un pantalon, d'un collant, d'une ou deux paires de chaussette, d'un débardeur, un tee-shirt, un pull-over et un gilet, vous n'aurez pas à craindre de souffrir du froid avec des mitaines et un ou deux bonnets. Calfeutrez votre logement, mettez une couverture sur vos genoux et ne négligez pas d'aérer.

L'épineux problème de la nourriture et de l'eau
Récupérez autant que possible l'eau de pluie en mettant sur vos rebords de fenêtre des récipients susceptibles de la recueillir. Faîtes la bouillir pour éliminer les microbes. Economisez-la et surtout recyclez-la. L'eau de cuisson du riz ou des lentilles peut être consommée dans une soupe, l'eau de cuisson des pommes de terre peut servir à laver le linge. Une bassine avec un fond d'eau suffit amplement à se laver ou faire une vaisselle. Il faut veiller à n'utiliser que le strict nécessaire. Si vous pouvez récupérer de la terre sans danger, vous pouvez cultiver quelques plantes pour avoir de la nourriture fraîche, même si c'est en petite quantité : carottes et pommes de terre coupées peuvent vous fournir de la nourriture si vous êtes patients.

Anticipez les coupures de courant, de gaz et d'eau à venir
Eteignez tous les appareils inutiles, coupez le chauffage, stockez de l'eau si vous le pouvez.

Protégez-vous physiquement
Gardez vos portes fermées à clé, ne sortez jamais seul et sans protection, fermez soigneusement les portes (notamment dans les hall d'entrée des immeubles), trouvez des armes si vous le pouvez (couteau de cuisine, manche à balai, objets lourds).

Ces solutions ne seront pas éternelles, vous le savez. Vous allez devoir sortir pour affronter le fléau qui nous guette pour quitter cette ville maudite à vos risques et périls. Sortez de nuit pour ne pas vous faire repérer et en petit groupe. Ne parlez pas, sous aucun prétexte et ne prenez que quelques affaires avec vous. Evitez les larges rues et préférez les ruelles tortueuses, ils vous repéreront moins facilement. Si vous le pouvez passez par les parcs, les promenades aménagées, vous serez moins visibles sous la végétation. Munissez-vous d'eau si vous le pouvez et de vêtements chauds, d'armes et faites ce que vous pouvez pour passer inaperçu.

Si vous parvenez à franchir le haut mur d'enceinte que les militaires ont érigé autour de la ville, faites entendre notre voix, alertez la presse pour faire savoir au monde que le gouvernement se contente d'enfermer les survivants dans les villes après avoir condamné les égouts qui auraient pu nous permettre de sortir. Il a renoncé à combattre les créatures qui nous traquent et il met toutes ses ressources dans un projet pour quitter la Terre. Ils nous abandonneront à notre sort sans une once de remors et ils nous laisseront nous faire dévorer par ces gigantesques singes aux crocs démesurés qui traquent les humains sans relâche depuis quelques mois. Nous n'étions pas préparés à cela, nous n'avons pas anticité que ces créatures s'échapperaient de l'immense laboratoire qui les élevait en vue de s'en servir comme sujet d'expérience et qu'ils auraient l'intelligence de se montrer dociles, patients, sans défense. Ils attendaient d'être suffisamment nombreux pour éliminer notre espèce. Ils franchiront le mur d'enceinte et ils coloniseront le monde, ce n'est qu'une question de temps. J'espère que ce jour arrivera bientôt et qu'ils fuiront la ville sans chercher les survivants pour aller à la conquête du monde. Quand ils auront fui la ville en nous laissant derrière eux, nous pourrons également quitter la ville et chercher un abri plus sûr. En attendant, nous devons survivre...si nous le pouvons encore.

Merci à tous ceux qui ont suivi mon blog dédié au survivalisme et qui m'ont encouragé à m'informer sans relâche. C'est grâce à eux que je me sens prêt à me battre jusqu'au bout pour survivre. Vous m'avez sauvé la vie.

Ceci est mon dernier billet de blog. Mon téléphone portable n'a plus de batterie et qui sait combien de temps le réseau internet fonctionnera ?

Merci à vous, j'espère vous retrouver vivants et en bonne santé au-dehors.

Marc-Serge alias Le dernier survivant

vendredi 3 mai 2019

Chroniques vampirologiques Eternelle errance

Un souffle de vent fait frissonner la frêle jeune femme au teint blafard qui marche dans la nuit. Sa longue robe rouge flotte autour d'elle et elle resserre contre son corps sa cape d'un bleu profond. Les larmes aux yeux, elle regarde la lune qui luit et elle hésite. Appuyée contre un muret, elle se perd un long moment dans la contemplation de la plage en contrebas et elle hésite à descendre. Après quelques minutes, elle décide de rejoindre la plage et elle tente de se souvenir de sa vie d'avant sa mort. Mais les souvenirs la fuient. Les yeux tournés vers la mer, elle tend la main sur le côté mais aucune main ne prend la sienne. Les larmes montent à ses yeux et elle songe qu'elle n'a jamais connu l'amour durant sa vie humaine et que malgré une éternité passée à errer, l'amour n'a pas croisé son chemin et elle reste désespérément seule.

Le jour s'apprête à se lever lorsqu'elle rejoint son caveau et elle s'endort, les larmes aux yeux. La nuit venue, elle part, un baluchon à la main et elle marche d'un pas vif. Bien décidée à trouver l'âme sœur qu'elle n'a pas trouvé durant sa vie, elle marche aussi vite que son corps qui ne ressent pas la fatigue le lui permet. Lorsque le jour commence à poindre, elle se rend dans des cimetières et elle s'enferme dans des caveaux priant qu'aucune famille endeuillée ne vienne troubler son repos. Dès la nuit tombée, elle repart avec vaillance et courage.
De cimetière en cimetière, elle erre durant des semaines. Seule, toujours seule, elle désespère. Une nuit, alors que sonne minuit, une main sur son épaule, la fait sortir de sa léthargie.
- Nous ne pouvons pas rester là, les villageois cherchent à nous encercler nous devons partir maintenant. Ils ont découvert mon existence, ils me traquent.
Le jeune homme court se réfugier dans la forêt proche après avoir escaladé le mur d'enceinte tandis que des clameurs se font entendre. Elle n'a pas le temps de réagir qu'une flèche d'argent lui entre dans le bras et elle pousse un cri rauque sous l'effet de la douleur. Lorsqu'elle se retourne, elle voit les villageois qui l'encerclent en vociférant des menaces. Le prêtre se rapproche avec de l'eau bénite et des gousses d'ail en collier qui se balancent sur sa poitrine. Elle hésite et elle décide de renoncer.

Debout, les mains croisées devant elle, elle attend la mort en songeant qu'elle sauve la vie de son congénère qui ne sera plus recherché par les villageois. Alors que la vie s'arrache à son être, elle sourit, soulagée à l'idée de quitter enfin ce monde qui n'a rien à lui offrir sinon errance et solitude.

vendredi 26 avril 2019

Patreon

 J'ai décidé de tenter de mettre en place un Patreon pour plusieurs raisons:

- ma vie professionnelle n'est pas ce que je désire et ce pour quoi j'ai fait des études; si j'ai décidé de la mettre entre parenthèse et de revoir mes ambitions à la baisse, la contrepartie, c'est de m'épanouir sur le plan personnel

- l'écriture tient une place importante dans ma vie et c'est un vrai travail au quotidien qui ne s'arrête jamais (écriture, réflexion, correction, préparer les publications) sans rémunération.

-  je me sens assez en confiance pour le faire car c'est un projet que j'ai depuis longtemps; je ferai au mieux, c'est du travail et du temps que je ne mets pas ailleurs. Or, les journées ne font que 24 h (et je déplore toujours que nous soyons forcés de dormir mais sans sommeil, pas de rêves et je crois qu'ils nourrissent l'imagination plus qu'on ne le pense)

- j'ai plusieurs projets de publication et d'autopublication pour les mois/années à venir et c'est un travail de longue haleine, un peu de soutien hors de mon entourage proche ne sera pas de refus

- c'est un défi, je veux me prouver que je suis capable de tenir les délais et de fournir du contenu qui me servira également à évoluer dans mon écriture. Après m'être prouvé que je peux (presque, ce n'est pas fini) publier trois tomes à raison d'un chapitre tous les dix jours en assumant les corrections et en partant de deux chapitres terminés, sans tout à fait savoir où je vais mais en suivant mon instinct, j'avais besoin d'un nouveau défi à relever.

Les formules vont de 1 à 5 €, il y en a pour tous les goûts (lecteurs, écrivains, les deux) en régulier ou ponctuel et ce sera à chaque fois une bonne dose de motivation!

Malheureusement, les nouvelles et poèmes publiés via ce système ne le seront pas ici et ailleurs. Donc je publierai encore moins ici mais je ferai l'effort de ne pas oublier ce blog et mes lecteurs.

https://www.patreon.com/rozennelven

jeudi 25 avril 2019

L'inconnue de la chaloupe débarque chez Lulu

  Après des mois de travail, malgré les coquilles qui pourraient rester, j'ai enfin mis un point final à mon projet d'autopublication de L'inconnue de la chaloupe qui a été publié un temps ici et ailleurs. 

  C'est avant tout pour voir comment ça marche et préparer la publication d'un autre projet qui est toujours en cours de rédaction. Malheureusement, je n'ai pas trouvé de bêta-lecteur et malgré toutes mes relectures, je sais qu'il restera des fautes ou des répétitions, j'en suis désolée par avance. 

  Merci à tous ceux qui me liront et me soutiendront dans mes divers projets d'écriture.  

  De quoi est-ce que ce livre parle? Toujours d'une guérisseuse qui se réveille dans une chaloupe sans se souvenir qui elle est et d'où elle vient au XIIème siècle. Elle se souvient qu'elle a été chassée comme sorcière du village où elle vivait et elle frappe à la porte d'un château proche du lieu où elle a accosté. Là, commence sa nouvelle vie auprès d'un apothicaire peu honnête, aux prises avec des rumeurs de sorcellerie qui surgissent de nouveau autour d'elle.

Vous pouvez retrouver Gaenor au format papier (12 €) et epub (5 €)
Format papier
Format epub

Je n'ai pas disparu, je continue à travailler sur de gros projets et j'ai peu de choses à publier pour le moment. 

lundi 4 février 2019

La dernière sirène Chapitre 8/8

  Peu à peu, cette partie de la côte se repeuple et les sirènes vivent en paix dans le lieu hanté. Melen rejoint souvent son peuple d'origine avec ses enfants. Le pêcheur les observe de loin mais il ne se joint pas souvent à eux. Il craint que sa famille ne décide de quitter la terre pour rejoindre la mer et il préfère rester en dehors de cela.
- Tu ne viens pas avec nous ? s'étonne son épouse en s'asseyant à ses côtés alors qu'il reprise un filet un jour d'automne.
- Ma vie est sur terre, tu le sais et je crains toujours qu'un jour, tu ne rentres pas.
- Je t'ai choisi il y a des années, tu le sais. J'ai choisi de lier ma vie à la tienne de mon plein gré.
- Oui mais j'ai toujours entendu dire que les morganez ne pouvaient pas résister à l'appel de la mer.
- Peut-être, je ne sais pas mais je t'ai donné mon cœur et tu m'as fait promettre de te prévenir si j'envisageais de partir, tu t'en souviens ?
- Oui, je m'en souviens. Même si cela fait longtemps maintenant.
- Que vas-tu faire maintenant que ton peuple est revenu ?
- Je ne sais pas, je pense renouer des liens avec eux et vivre tant sur terre que dans la mer avec toi, bien évidemment.
Le pêcheur soupire et il la prend entre ses bras. Il reste un long moment serré contre elle le menton dans ses cheveux.
- Nous trouverons le bon équilibre pour nous et pour les enfants. Je n'en doute pas mais parfois je me demande si tu es heureuse avec moi.
- Bien sûr, sinon je serais partie depuis longtemps. Et nous n'aurions pas eu d'enfants et nous ne les aurions pas élevés ensemble.
- Tu crois que l'un d'eux choisira la mer ?
- Je le pense oui mais seul l'avenir nous le dira. Alors rejoins-nous un peu  plus souvent et apprends à connaître mon peuple et ceux parmi lesquels j'ai grandi, ils sont ma famille.

Melen prend le pêcheur par la main, il met son filet et ses outils en tas dans le creux d'un rocher avant de la suivre. Il se déshabille puis main dans la main, ils entrent dans l'eau. Ils disent la formule et ils rejoignent les sirènes qui s'ébattent sur les rochers. Les sirènes chantent en se peignant les cheveux et en riant. Elles se taisent à leur approche et elles leur font bon accueil. Les deux amoureux parlent de leur vie sur terre et ils leur parlent de l'enchanteur du Menez-Bré. Les sirènes écoutent mais elles disent que le sort ne les intéressent pas. Leur vie est en mer mais elles respectent leurs choix. Melen se sent en paix avec son choix de vivre sur terre et de voir que ses congénères comprennent son choix de vivre sur terre avec l'homme qu'elle a choisi. Elle le regarde et elle le sent se détendre.

Souvent alors qu'ils pêchent, les deux jeunes gens voient des sirènes leur faire des signes en prenant garde de ne pas se prendre dans leurs filets. Ils leur rendent leurs saluts et Melen s'interroge sur ce qu'aurait été sa vie sous les flots si elle l'avait choisi. Puis elle tourne le regard vers la terre et elle se dit qu'elle n'aurait jamais connu la nourriture humaine, la forêt, la campagne et les animaux qu'elle aime caresser, le feu et toutes les choses qui lui font aimer la vie sur terre. Elle songe combien leurs deux mondes sont différents et complémentaires et elle regrette que la peur et l'incompréhension sépare leurs deux peuples.
- Mais nos enfants seront peut-être le lien entre nos deux mondes qui sait ? Peut-être que notre existence sera révélée et que nous trouverons la paix nous enrichissant mutuellement de nos différences ?
Elle songe à la manière dont les siens ont fini par accepter l'humain qu'elle a choisi une fois la peur passée et elle espère qu'il en sera de même pour leurs enfants. Pourtant, elle a compris il y a longtemps que la société des hommes moins libre et plus codifiée que celle des sirènes est un obstacle majeure à la tolérance nécessaire à cette entente.
- On me dirait créature du diable si on savait. Alors qu'un être n'est pas fondamentalement bon ou mauvais, nous avons tous en nous du bon et du moins bon, c'est un choix de vie, une manière de répondre aux aléas de la vie. Mais je souffre de ne pas pouvoir me montrer telle que je suis, de devoir faire attention à ce que je fais ou dis en permanence. Il faut croire que ma nature profonde ne se fondra jamais réellement dans la société humaine.
- Le monde est ainsi, mon amour, tu le sais bien. Nous ne pouvons pas refaire le monde à nous deux, seulement tenter de le rendre un peu meilleur. Et d'être heureux dans nos petites vies tranquilles tous les deux. Tes cheveux ne blanchissent pas ? Tout comme les miens, je commence à m'inquiéter un peu.
- Mon peuple vit bien plus vieux que le tien, peut-être que nous devrions songer à partir loin d'ici...
- Mais j'ai toujours vécu ici, c'est dans ce pays que je suis né, cette terre fait partie de moi, je mourrai de partir loin d'ici tu le sais...
La sirène se mord la lèvre, ils n'avaient pas prévu cette éventualité et ils ont vu les années défiler avec angoisse en se demandant quand ils devraient prendre une décision quant à leur avenir.
- Il y a de petites îles où nous nous cachons, elles sont petites et inhabitées. Nous pourrions y vivre loin des hommes. Et nous ne serions pas loin de chez nous. De toutes façons, ta maison est isolée et battue par les vents, personne ne vient jamais par là.

- Nous avons le temps d'ici là, mon amour des mers. Nous trouverons une solution. Comme toujours depuis que nous nous connaissons.
- Nous avons eu de la chance, je ne sais pas si cela durera. Pourquoi tant d'intolérance de part et d'autre ? Nos deux peuples n'ont jamais été en guerre, je crois.
- Pas que je sache... Mais si nous pouvions changer les choses ? Je veux dire... Amener nos deux peuples à se parler et vivre en paix pour nos enfants.
- Et révéler notre existence aux hommes ? s'étonne Melen
- Cela vaut mieux que de rester cachés toute notre vie, non ?
- Et la mer est vaste, les hommes oublient vite...
- Mais par où commencer ? Le curé, il sait pour nous deux depuis le début. Et ici, les gens te connaissent, c' est un début mais comment l'annoncer ?

Main dans la main, ils marchent en bord de mer, les yeux tournés vers l'océan.
- Et comment l'annoncer ? demande la sirène. Et à qui faire confiance ? Et si on me traite de sorcière ?  Nous devrons partir alors que si nous nous sommes rencontrés, c'est que je ne voulais pas partir, tu le sais bien.
- Je crois que nous n'avons pas de solution dans l'immédiat. Mais c'est ce que nous nous disons depuis des années sans trouver de solution et les enfants grandissent, nous sommes responsables d'eux, ils n'ont pas à payer pour notre choix. Nous avons eu cette discussion mille fois, il faut agir. Allons voir le curé, il se fait vieux mais il saura nous aiguiller, j'en suis sûr.
Ils se dirigent vers le presbytère et ils exposent leur problème à l'homme d'église qui les écoute avec attention.
- Melen, vous m'avez dit il y a fort longtemps que votre peuple vit caché loin des hommes et les hommes ont peur des pouvoirs de votre peuple mais vous prouvez que les sirènes ne sont pas des enchanteresses qui envoûtent les marins. Enfin, un pêcheur. C'est un début mais vous prenez un risque mais je dois pouvoir éteindre l'incendie. J'en parlerai dimanche lors de mon prêche, on m'écoutera.

  Nerveuse, ce dimanche-là, Melen pénètre dans l'église. Depuis longtemps, les gens de l'endroit ne regardent plus avec curiosité l'étrangère qui n'a jamais dit d'où elle venait ni ce qu'elle fuyait. Et après avoir animé les conversations durant des années, on a fini par la considérer comme une habitante comme les autres.
L'homme d'église par le longtemps du peuple de la mer et les yeux se tournent avec insistance vers Melen qui baisse la tête. Des murmures emplissent la petite église mais on écoute religieusement l'homme qui parle d'une voix calme.
- Le peuple de la mer a repeuplé nos côtes et ils aspirent seulement comme nous tous à vivre en paix comme ils l'ont fait depuis toujours. Ils ne constituent pas une menace pour notre communauté et je crois que nous pouvons sceller une entente avec eux.
Le cœur serré, la sirène écoute les murmures parcourir l'assemblée. Puis les notables de la ville prennent la parole les uns après les autres pour se déclarer ouverts à une entente car s'ils ont ignoré la présence du peuple marin, c'est qu'ils ne sont pas hostiles aux humains. A sa suite, les habitants se rendent au bord de la mer et ils attendent en silence. Melen hésite puis elle se glisse dans la mer avant que Morgan la retienne et elle chante un chant de paix. Des têtes surgissent des flots et le peuple des sirènes vient à la rencontre des humains dans l'espoir de sceller une paix durable entre les deux peuples.