lundi 4 février 2019

La dernière sirène Chapitre 5


  Dans la petite maison, elle observe autour d'elle assise sur le tapis de la pièce principale.
- Où vis-tu d'ordinaire, tu as un abri quand il y a de la tempête ? demande le pêcheur les sourcils froncés et visiblement inquiet.
La sirène le regarde et elle cherche à deviner la cause de son malaise sans succès.
- Il y a quelques grottes sous-marines au large.
- Mais tu n'es pas une fée des houles ou quelque chose comme ça...
- Je ne sais pas ce que c'est.
- Une fée qui vit dans des cavernes... Elles ont des pouvoirs magiques.
- Je n'en ai jamais entendu parler. dit la sirène d'une toute petite voix en continuant à observer les objets inconnus qui l'entourent. Et je n'ai pas de pouvoirs.
- Si ce n'est celui de voler le cœur des marins...
A ces mots, Melen sourit faiblement et elle lui répond que ce n'est qu'une réputation sans fondements.
De temps en temps, elle prend en main un objet et elle le repose aussitôt, intimidée. Patiemment, Morgan tente de lui expliquer de son mieux son utilité et la manière de s'en servir.
- Tu as froid. Pardon, j'avais oublié.
Il va chercher une couverture dont il l'enveloppe. Elle serre l'étoffe contre elle qu'elle caresse un long moment en essayant de comprendre comment est fait le tissu mais elle n'ose pas poser la question et elle se tait.
- Je ne sais pas ce que tu manges, j'ai fait de la soupe de poisson, j'ai pensé que cela te plairait. Mais j'ai peut-être eu tort, ça se mange chaud et je doute que tu connaisses cette sensation.
Muette, la jeune fille ne répond rien et elle se contente de secouer la tête latéralement pour signifier son ignorance. Lorsque le jeune homme revient ses bols à la main, elle renifle longuement le liquide avant de tremper son doigt dans le récipient pour examiner la mixture de plus près. Puis, elle se décide à goûter avec prudence le breuvage qui semble lui plaire après avoir observé comment le jeune homme utilise son bol.
- Qu'est-ce que c'est ?
- De l'eau dans laquelle j'ai fait longuement cuire les poissons. Cuire sur le feu. Avec des légumes.
- Je connais le feu, un peu mais je n'en ai jamais vu de près.
- Viens avec moi. dit le jeune pêcheur en lui tendant la main.
Dans la cuisine, Melen observe l'âtre où le feu crépite. Elle approche sa main pour sentir sa chaleur , sensation qu'elle ne connaît que par le soleil les jours d'été. Cette sensation délicieuse l'intrigue et elle reste un moment à laisser sa main au-dessus de l'âtre jusqu'à ce que Morgan la prenne d'une voix douce.
- Tu vas finir par te brûler et la soupe va refroidir. Tu manges quoi dans la mer ?
- Des algues et des coquillages. Parfois du poisson mais c'est plus rare. Il y a suffisamment de nourriture à portée de main pour nous éviter de partir en chasse. Nous n'avons jamais été nombreux dans cette partie de la côte.
Emue, Melen pleure en silence et le pêcheur feint de n'avoir rien remarqué, ne sachant comment la consoler. Bientôt, elle sèche ses larmes et elle interroge son hôte.
- Tu n'as pas de famille ?
- Mon père était pêcheur comme moi, la mer l'a pris. Ma mère est morte de chagrin peu après. J'avais un frère de cinq ans plus âgé qui s'est noyé en mer et je crois que le cœur de ma mère s'est brisé à la mort de mon père. Cette partie de la côte est battue par les vents et on n'y accède que par un petit chemin escarpé. Nous sommes isolés, ce coin n'intéresse personne ; je vis seul mais je vais souvent au village le dimanche pour danser et m'amuser. Et aller à la messe quand le curé vient. Et toi ? Tu as une famille ?
- Non, non, je suis seule.
De nombreux mots ne disent rien à la jeune fille mais elle n'ose pas l'interroger, elle sait qu'elle finira par découvrir de quoi il parle. Le silence de Melen qui ne cesse d'observer autour d'elle met Morgan mal à l'aise et il la ramène à la table où il partage une pomme avec elle. Elle observe longuement le fruit avant de se décider à croquer dedans.
- Cette pomme est un fruit qui vient d'un arbre du jardin, je te montrerai tout à l'heure. Et aussi le potager d'où viennent les légumes que j'ai utilisé pour faire la soupe, j'imagine que tu ne sais pas ce que c'est.

  Après, une rapide visite au jardin sous le clair de lune, il finit par déclarer qu'il est temps d'aller se coucher pour briser le silence pesant qui règne.
Dans le débarras aménagé, le pêcheur explique du mieux qu'il peut à la sirène à quoi servent les objets de toilette qu'il a mis. Il l'aide à se changer, rougissant lorsqu'il lui désigne la chemise de nuit qu'il a cousu dans un vieux drap, se promettant d'aller acheter quelques vêtements à Melen dès le lendemain. Plus tard, couchée dans le lit, la sirène écoute les bruits de la nuit, elle en reconnaît quelques uns et elle s'endort avec le bruit de la mer qui provient de la plage qui la berce.
Seul dans sa chambre, Morgan se demande s'il n'a pas fait une erreur en ramenant la sirène chez lui, elle semble si perdue qu'il s'interroge sur le fait qu'elle puisse s'adapter à la vie terrestre. Puis il s'endort, épuisé. Elle pourra toujours retourner dans la mer si elle le souhaite, lui brisant le cœur à jamais.

  Le lendemain, le pêcheur se lève tôt, inquiet de voir la sirène partie durant la nuit. Il reste un long moment l'oreille collée à la porte de sa chambre mais il n'entend rien. Pourtant, il n'ose pas l'ouvrir pour s'assurer de la présence de la jeune fille. Une fois le petit-déjeuner et le repas du midi prêts, il songe qu'il ne peut repousser le moment fatidique et il toque à la porte avant d'ouvrir prudemment la porte. Melen s'est assise sur le lit à son entrée et elle le regarde sans rien dire.
- Je ne savais pas si tu dormais et comme tu ne répondais pas... Bref, je dois aller travailler pour gagner notre vie. Je resterai la majeure partie de la journée en mer puis j'irai au marché où j'irai vendre ma pêche du jour. Mais demain, je rentrerai tôt, je te le promets. J'ai laissé de quoi manger sur la table de la cuisine pour toi pour ce matin et ce midi, tu n'as pas besoin de le réchauffer. Il y a aussi de l'eau pour boire et te laver. J'espère que tout ira bien pour toi ?

  La sirène acquiesce, elle retrouvera la mer aussitôt que le pêcheur aura passé la porte. Ce dernier, inquiet de la laisser seule, l'embrasse longuement avant de la serrer dans ses bras et quitter la maison. Son cœur se serre à l'idée qu'elle soit retournée à la mer à son retour sans un adieu mais il doit gagner sa vie. Il se demande si le pain et le fromage qu'il lui a laissé lui plairont mais il se dit qu'il  ne peut faire mieux pour le moment et qu'elle pourra toujours se débrouiller dans la mer ou au pire qu'elle ne mourra pas de faim d'ici à ce qu'il revienne.

  Sur la plage, il retrouve son associé qui le hèle, heureux de le voir de retour au travail. Il lui avait glissé un billet sous la porte avant de retrouver la sirène pour le prévenir de son absence comme lors de son escapade chez l'ermite du Menez-Bré.
- Te voilà de retour ! La pêche a été moins bonne sans toi. Tu viens au fest-noz ce soir ?
- Je ne sais pas. dit-il en regardant son ami.
- C'est à cause de cette fille qui t'a brisé le cœur ? Il y en aura d'autres...
- Je l'ai retrouvée... murmure le jeune homme. Elle est chez moi et je m'inquiète de la laisser seule.
- Tu l'as ramenée chez toi ? Et sa famille ?
- Elle n'a pas de famille et nulle part où aller.
- C'est une vagabonde ?
- En un sens. Je compte bien l'épouser demain si elle veut bien. Viens demain matin avec Yann avec qui nous pêchons parfois, j'irai voir le curé en rentrant chez moi. Et si elle ne veut pas, vous la rencontrerez.
Interloqué, le pêcheur regarde son ami en cherchant à comprendre comment sa solitude l'a amené à recueillir chez lui une vagabonde qu'il connaît à peine et à l'épouser si vite. Mais il ne dit rien, il estime que ce ne sont pas ses affaires.
Le soir venu, Morgan entend la sirène chanter en arrivant sur le pas de la porte. Il sourit avant d'entrer sans bruit et il reste un long moment à l'écouter tandis qu'elle démêle ses cheveux d'or. Devinant sa présence, elle finit par se retourner.
- Je t'ai dérangée... dit le jeune homme, intimidé.
- Non, je t'ai attendue toute la journée et j'avais hâte de te revoir. Tu m'as surprise, c'est tout. Je ne savais pas à quel moment tu rentrerais.
S'approchant à grands pas, il la serre dans ses bras et l'embrasse avec fougue.
- Veux-tu toujours m'épouser ?
- Oui. Mais n'est-ce pas un peu tôt ?
- Demain, je n'irai pas au travail et nous irons trouver le curé qui nous mariera. Je dois juste préparer la noce. Mes amis pêcheurs viendront. S'il devait m'arriver quelque chose, tu n'aurais nulle part où aller ; en tant qu'épouse, tu as un peu de droits, pas beaucoup car je ne possède presque rien mais c'est mieux que rien du tout. Et si tu veux rester sur terre, tu auras une existence légale. Ca va ? Je crains toujours que tu t'ennuies dans la journée.
- Je rejoins souvent la mer après ton départ. Viendras-tu avec moi un jour prochain ?
- Je viendrai. Mais la vie est dure ici et je dois gagner notre vie.
- Je le sais, tu me l'as dit.
- Je ne sais pas en quoi tu crois, je veux dire si tu crois en un dieu, une divinité. interroge le jeune homme en s'asseyant auprès d'elle, mesurant qu'au fond, il ne sait rien d'elle si ce n'est qu'il est fou amoureux d'elle.
- Je crois seulement en Llyr, le dieu de la mer. Et en Belenos, le dieu du soleil.
- Nous ne croyons plus depuis bien longtemps en ces vieux dieux. Nous avons un dieu unique que nous appelons Dieu, tout simplement.
- Je ne changerai pas mes croyances pour toi.
- Je le sais et si nous avons des enfants, peu m'importe en quoi ils croient tant que leurs croyances les aident à trouver leur chemin dans la vie. Je ne suis pas très croyant ni très pratiquant pour tout t'avouer. Mais quelques fois, il nous faudra aller à la messe, si tu veux bien.
La sirène acquiesce, elle sait qu'elle doit s'adapter à la vie sur terre et faire ce qu'on attend d'elle. Mais le soir venu, Morgan n'en est plus si sûr. Il reste un long moment les yeux ouverts dans le noir en se demandant ce qu'il sait de la sirène et il craint de faire des découvertes qui l'amènent à douter de sa décision. Pourtant, il se dit que si son cœur l'a choisie, il doit lui faire confiance. Et qu'il est trop tard pour revenir en arrière.

Avant que la nuit tombe, ils se rendent dans le jardin où il la laisse à loisir observer les plantes.

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  Le lendemain, le pêcheur emmène la sirène à la ville où il lui achète une robe rouge brodée de fil d'or pour la noce, ainsi qu'une robe du même vert que sa queue de poisson qu'elle s'empresse de mettre et des chaussures de cuir noir. La longue robe la gêne un moment mais elle finit par s'amuser de la sentir battre ses chevilles qui se font bientôt douloureuses, peu habituées à la marche. Des merveilles l'entourent de toutes parts et elle entraîne le pêcheur au gré de ses découvertes. Amusé, il se laisse entraîner avant de lui rappeler qu'on les attend, il achète de quoi régaler leurs invités avant de regagner leur logis. La sirène le regarde préparer le repas, elle l'aurait bien aidé mais le jeune homme lui répond qu'il n'a pas le temps de lui apprendre à cuisiner et de lui présenter les ingrédients. Mais que plus tard, il le fera.
Morgan chantonne en s'affairant avec des ustensiles que la sirène ne connaît pas et elle l'observe, avide d'apprendre et de découvrir ce monde nouveau. Elle le voit découper les légumes et la viande qu'ils ont acheté au marché et elle se lève pour observer les ingrédients changer de couleur et de texture au fur et à mesure de la cuisson. A plusieurs reprises, le pêcheur prend une louche et il la laisse tâter la viande et les légumes, observer les changements qui s'opèrent dans la nourriture. Il sort du pain et il la laisse goûter le bouillon avec circonspection. Longuement, il lui explique le déroulement de la cérémonie à venir et il l'interroge pour être certain que son choix est fait. Mais la sirène se dit sûre d'elle et le jeune homme veut croire en sa bonne fortune tandis que la préparation mijote sur le feu. Ils mangent en silence avant de se diriger vers la petite église où le pêcheur retrouve quelques connaissances venues pour la noce. Melen à son bras, ils affrontent le vent qui bat la lande et qui décroît à mesure qu'ils se rapprochent du bourg où la sirène observe autour d'elle le lieu où elle va vivre désormais qu'elle n'a pas vraiment eu le temps d'observer à sa guise. Elle voudrait poser des questions mais le pêcheur reste silencieux et recueilli à son côté et elle préfère se taire, elle aura tout le temps pour satisfaire sa curiosité. Elle reste un moment devant la petite église, elle reconnaît la roche de granit qui compose une partie de la côte qu'elle connaît bien mais elle ne comprend pas bien comment ils s'empilent pour former l'édifice mais elle ne dit rien se contentant de garder sa question en mémoire pour plus tard.

  Lorsqu'elle entre dans la petite église, la sirène reste un long moment à regarder les vitraux et les peintures sur les murs, même si elle n'est pas certaine de comprendre toutes les scènes qui se jouent sous ses yeux. Mais les couleurs et la lumière qui passe à travers les vitraux suffisent à la ravir. Le prêtre que Morgan a bien dû mettre au courant de la situation ajoute Melen-Océane Tristana sur ses registres de baptême et de mariage, rappelant le choix de la jeune femme de quitter la mer qui l'a vue naître et lui donnant ainsi une existence légale. La cérémonie est rapide et les quelques invités se pressent pour féliciter les nouveaux mariés avant de rejoindre la maison du pêcheur. Melen ne dit rien de peur de commettre un impair, nerveuse, elle se contente de sourire et d'observer ce qui se passe autour d'elle pour suivre le mouvement.

  Le repas de noces qui suit est frugal et composé de crêpes et de galettes aux produits de la ferme que Melen découvre pour la plupart. Circonspecte, elle tâte longuement les aliments le plus discrètement possible bien consciente des yeux braqués sur elle. Elle n'aspire qu'à retrouver la solitude mais elle sait qu'elle a choisi son destin et qu'elle doit surmonter cette épreuve. Les amis de son mari se montrent aimables avec elle mais elle est mal à l'aise dans cet environnement nouveau pour elle, elle observe minutieusement ce qui l'entoure et elle tente de deviner les coutumes. Elle ne sait pas comment se tenir et elle reste assise sur sa chaise en bougeant le moins possible de crainte de commettre un impair. Un coup de coude la fait sursauter et elle tourne les yeux vers son nouvel époux.
- Bois, mais doucement. C'est de la goutte, un alcool fort, il risque de te brûler les entrailles mais nous devons trinquer, c'est la coutume.
 L'odeur ne dit rien à la jeune mariée qui renifle un instant le liquide transparent sous le regard amusé du pêcheur assis à ses côtés.
- Prête ?
Elle acquiesce et elle boit. Bientôt, le feu envahit ses entrailles et elle se sent nauséeuse, elle fuit la salle pour respirer l'air du dehors. Autour d'elle, tout tangue et elle doit s'appuyer au mur de la bâtisse pour retrouver l'équilibre.
- Je t'en ai trop mis, j'aurais dû te prévenir de ne pas tout boire d'un coup ? Ca va ? Respire, l'air frais te fera du bien. Viens dans mes bras, rien ne peut t'arriver tant que je suis à tes côtés.
Melen se niche contre la poitrine de Morgan qui la serre contre lui tandis que le vent de l'océan les malmène. Le jeune homme a froid mais il ne dit rien.
- Je ne me sens pas bien, je voudrais aller dormir.
- Le repas n'est pas terminé, nous devons encore danser.
- Je ne sais pas danser.
- Tu n'auras qu'à me suivre.
Melen se crispe et elle ouvre la bouche pour parler avant de renoncer. Mais les mots sortent sans qu'elle puisse les arrêter.
- Je ne me sens pas à ma place ici, je ne sais pas quoi faire, quoi dire. Tes amis ont l'air gentils mais je ne me sens pas bien ici, je voudrais être seule avec toi.
Une larme perle à ses yeux et Morgan soupire.
- Je te promets d'écourter la soirée autant que possible. Mais c'est notre mariage, on ne te connaît pas, tu comprends ? Tu ne parles à personne.
- J'ai peur de dire des bêtises, je ne connais rien de la vie sur Terre, j'écoute mais je ne comprends le plus souvent pas de quoi on me parle alors je me tais et je souris.
- Je comprends, je suis désolé, j'aurais dû te laisser plus de temps. Mais ce ne sont que quelques heures et ensuite, tu auras tout le temps voulu pour découvrir ce nouveau monde qui s'offre à toi.
La sirène prend la main que le jeune homme lui tend et il rejoint ses amis à quoi il annonce que son épouse est fatiguée et qu'il est temps de servir le dessert. Seule en bout de table, Melen grignote un morceau de crêpe garnie de confiture de mûres de l'an passé en guettant le moment où elle pourra se trouver loin de toute cette agitation. Elle se remémore les saveurs nouvelles qu'elle a découvertes en une seule soirée et elle se demande si la cuisine terrienne est aussi réputée et variée qu'on le prétend. Elle croise le regard de Morgan sur elle et elle se redresse avec un sourire tandis qu'il boit un dernier verre de rhum avec ses amis à l'autre bout de la table. Puis les quelques musiciens de l'assemblée se mettent à jouer et à chanter et les deux amoureux ouvrent le bal avec maladresse sous les rires de leurs amis. Morgan serre la sirène contrer lui, la soulevant presque pour danser.
- Je te promets que je t'apprendrai plus tard à danser. Mais pas ce soir. Je te jure que nous quitterons la fête très bientôt. Tu t'es amusée quand même ?
- Pas vraiment. Tu es resté avec tes amis et je me suis sentie un peu seule.
- Je suis désolé ma chérie, mais je ne pouvais pas rester tout le temps avec toi.
- Je comprends, je ne t'inquiète pas pour ça, mais j'ai trouvé le temps long, c'est tout.
Après trois danses, Morgan entraîne la jeune femme dans son sillage pour enfin la soustraire à cette agitation. Leurs amis leur souhaitent une bonne nuit avec des éclats de rire et ils se retrouvent enfin seuls.
- Viens. Ca va mieux maintenant que nous sommes seuls?
- Un peu mieux. dit-elle en le suivant jusqu'à la chambre où il la tient un moment contre lui, heureux de sentir sa présence à ses côtés et un peu inquiet à l'idée qu'elle choisisse de rejoindre la mer un jour.
- Promets-moi de ne pas partir sans me dire au revoir si tu sens que tu ne peux rester à mes côtés. On dit que les morganez partent sans prévenir un beau jour et on n'entend plus parler d'elle, laissant mari et enfants dans la peine. Je ferai mon possible pour t'aider à t'adapter à la vie sur terre et pour t'expliquer les choses que tu ne comprends pas.
- Je te le promets. dit-elle la tête posée sur son épaule déjà presque endormie.
Avec un sourire, Morgan l'aide à se coucher alors qu'elle est déjà à moitié partie au pays des rêves.

  Le lendemain, ils se rendent au bord de la mer et le pêcheur lui parle des plantes, des pierres et des animaux qu'ils rencontrent. La sirène touche longuement les plantes agenouillée au bord du chemin, elle les hume et elle tente de se souvenir des noms et des propriétés dont lui parle le pêcheur. Un papillon blanc attire son attention et elle observe le vol de l'insecte en essayant de comprendre comment une si frêle créature peut voler sans que ses ailes ne se cassent.

  Le dimanche suivant, après une courte messe à la chapelle où le pêcheur se rend plus par habitude que par conviction, la jeune sirène sent les regards peser sur elle. Ne sachant que faire malgré les explications de Morgan, elle suit tant bien que mal l'assemblée impatiente de voir l'office se terminer.
- Ca a été ? lui chuchote le jeune homme sur le parvis de la petite église.
- Je ne me sens pas à ma place ici. Tous ces regards sur moi.
- Ne t'inquiète pas, c'est normal, on ne te connaît pas au village. Et puis... on ne m'a jamais vu avec une fille à mes côtés. Alors ce mariage précipité intrigue et fait parler, c'est un petit village, les gens ont besoin de distraction.
Melen sourit perdue dans ses pensées.
- Et  après que fait-on ?
- Chacun rentre chez soi manger en famille. sourit le pêcheur en la prenant par la main. Que veux-tu faire cet après-midi ?
Melen ne répond rien et son silence buté malgré les questions de plus en plus pressantes de Morgan n'y font rien. La sirène s'est murée dans le silence et le pêcheur décide de parler d'autre chose. Une fois, la porte de leur logis fermé, il se tourne vers elle, inquiet.
- Qu'est-ce qui ne va pas ?
- Je voulais retourner à la mer mais on pourrait nous voir.
- Ce n'est que ça. Il y a sans nul doute un endroit où nous pourrons plonger sans risque. Au bout du promontoire, il y a une sente qui descend jusqu'à un bout de plage si petit que personne n'y vient jamais.
- On pourrait nous voir ?
- Oui mais que verrait quelqu'un qui passerait par là ? Tant que nos queues de poisson restent sous l'eau nous n'avons rien à craindre. Viens avec moi, il n'y aura personne sur la plage, tout le monde est parti manger. A moins que tu n'aies faim ?
La sirène secoue la tête et elle revêt un robe toute simple avant de courir vers la plage en riant aux éclats dans le vent. Le pêcheur la suit du mieux qu'il peut mais il a peine à la suivre. Enfin, face à l'océan, la jeune fille cherche du regard un lieu où abriter leur transformation lorsqu'elle remarque une profonde cassure dans la falaise au pied de la mer et elle court s'y cacher sans se préoccuper de Morgan qui grommelle en la voyant reprendre sa course alors qu'il venait tout juste de la rejoindre. Dans l'eau mouvante, la sirène prononce la formule à voix basse et bientôt, elle se change en sirène. Tout sourire, les yeux levés vers Morgan, elle lui tend la main pour l'aider à la rejoindre dans l'eau. Elle le soutient tandis qu'il prononce à son tour la formule. Surpris, il se sent attiré vers le fond et lorsqu'il sent ses poumons se remplir d'eau, il se débat.
- Ne lutte pas ! lui dit Melen qui lui a pris la main et l'entraîne un peu plus vers le fond.
Les poumons du jeune homme s’emplissent d'eau de mer et vient le moment où il ne peut plus lutter et où il ouvre la bouche pour inspirer de l'air qui est resté en surface. Son pouls s'accélère à la pensée de mourir noyé mais il se rend alors compte qu'il respire tout à fait normalement inspirant et expirant de l'eau de mer sans dommage.
- Tu vas bien ? lui demande Melen derrière lui.
Il acquiesce malgré ses efforts pour lui parler. Il se force néanmoins à articuler quelques mots :
- Le plus dur est fait !
- Viens avec moi, je voudrais voir si quelques uns des miens sont revenus dans les parages comme je le fais régulièrement.

  Main dans la main, ils explorent les grottes et les fonds marins mais ils ne trouvent aucune trace des congénères de la morganez. Après un moment où il s'est vu mourir noyé, Morgan a dû apprendre à se servir de sa longue queue. Puissante, cette dernière l'a propulsé la tête la première dans un banc de sable d'un mouvement mal maîtrisé. Après avoir ri de sa mésaventure, Melen est venue aider le jeune homme à se remettre d'aplomb. Puis elle l'a entraîné vers le lieu où fraient des bancs de poisson qui s'entrecroisent en un lent ballet. Le pêcheur est resté un long moment à observer le lent ballet des poissons d'argent qu'il pêche chaque jour pour se nourrir. Ce spectacle qu'il n'avait jamais espéré voir un jour l'emplit de sérénité et il ne quitte les lieux que lorsque son épouse le prend par l'épaule pour l'emmener plus loin. Le pêcheur s'émerveille de voir les poissons autour de lui nullement effrayés par leur présence mais il a beau regarder autour de lui, il ne voit nulle sirène dans les parages.

- Viens, allons danser.
- Je ne sais pas danser. Et tout le monde va me regarder.
- Ils finiront par s'habituer...
Le pêcheur soupire avant de reprendre.
- Nous sommes dans un petit village où tout le monde se connaît. On ne m'a jamais vu m'intéresser à une fille d'ici et un beau jour, je ramène une jolie jeune fille venue de nulle part que personne ne connaît que j'épouse aussitôt. Les gens se posent des questions, c'est normal, ils s'habitueront à toi. Viens. Que je t'ai choisie ou une autre ne changera rien pour eux, ils auraient fait de même pour n'importe qui. C'est un mauvais moment à passer, fais moi confiance.
Melen lève les yeux vers la main qu'il lui tend et elle la prend pour lui montrer quelques pas de danse. Les lèvres dans ses cheveux, il lui promet que tout se passera bien et qu'il danse tous les samedi soir avec ses amis, il ne se voit pas y aller sans la sirène qu'il aime. Melen se laisse aller contre lui, bercée par le rythme de la danse et heureuse de se trouver dans les bras de l'homme qu'elle a choisi.
A leur entrée, les conversations se taisent et Melen cherche la main du pêcheur qui la serre fort dans sa main puissante qui la rassure. Mal à l'aise, il cherche ses amis du regard et lorsqu'il les voit, il entraîne la jeune fille à sa suite. Les danses reprennent et les deux jeunes gens se placent dans un coin de la salle pour que Melen se familiarise avec les pas et les rythmes qui se succèdent. Puis son mari l'entraîne dans une danse simple sans lui laisser le temps de protester. Maladroite, la sirène s'enhardit au fil des danses et c'est les joues rosies par le plaisir de faire quelque chose dont elle a toujours rêvé qu'elle entraîne le pêcheur dehors pour prendre l'air. Dans la nuit fraîche, la sirène lève les yeux vers les étoiles lorsqu'elle entend parler à voix basse non loin d'eux.
- Il est joli garçon mais trop pauvre pour être un parti acceptable.
- Mais il aurait pu trouver mieux que cette fille que personne ne connaît, sortie de nulle part. Personne ne l'a jamais vue par ici.
- Il a dû la trouver dans un endroit sordide pour qu'elle accepte de vivre dans sa maisonnette loin de tout. Mais d'où peut-elle bien venir ? Ils se sont mariés sans famille et rapidement à ce qu'on dit.
- C'est une fille de mauvaise vie à n'en point douter.
- Et il y a peut-être un enfant à venir dans l'histoire.
- Rentrons danser.
La conversation à voix basse s'est tue et Melen a senti son époux se crisper autour d'elle.
- Qu'ont-elles dit ?
- Ce que tout le monde doit penser tout bas. Que tu es... et bien, le genre de fille qu'on n'épouse pas. Ou que je t'ai épousée pour de mauvaises raisons.
- Je ne comprends pas ce que tu dis...
- Une fille à la mauvaise réputation que j'aurais rencontrée loin d'ici... Ou que nous attendrions un enfant avant même de nous marier.
- Une fille dont personne ne voulait. C'est ce que je suis, personne n'est resté avec moi quand ils sont partis...
- Qu'importe, ils apprendront à te connaître et ils changeront d'avis mais je crois qu'il va falloir leur dire que je t'ai trouvé un soir sur la plage, une naufragée qui ne sait qu'une chose, qu'elle vient de la mer. Cela fera taire les rumeurs et on nous laissera tranquilles. Et surtout, on ne te posera pas de questions auxquelles tu ne saurais répondre. Je pense surtout à nos enfants et ce n'est pas tout à fait un mensonge, n'est-ce pas ? Rentrons, il est tard.
- Pourrons-nous avoir des enfants ?
- Je n'en sais rien, à vrai dire. Mais je pense que oui. Et si ce n'est pas le cas, ce n'est pas grave.

  De retour dans la maisonnette, Melen reste un long moment à une fenêtre, le regard tourné vers la mer. Le pêcheur finit par la questionner et elle lui confie l'objet de ses tourments, si elle ne peut lui donner des enfants, il n'y aura plus la moindre chance de voir des sirènes sur cette partie de la côte à son décès. Morgan croit comprendre qu'elle envisage de revenir à la mer et il tait son inquiétude.
- Mais rien ne dit que ce ne sera pas le cas et qui sait ce que nos enfants choisiront entre la terre et l'océan ? Viens dormir, il est tard.
La jeune fille se blottit contre sa large poitrine et elle reste un long moment à écouter son cœur battre à son oreille. Le pêcheur s'endort et elle n'ose bouger de crainte de le réveiller.

- Je viens avec toi !
- Pourquoi ? Il est tôt, tu pourrais rester dormir.
- J'ai quitté la mer pour toi et tu me laisses seule la majorité de la journée.
- Mais qui va tenir la maison ?
- Tu vas vendre ta pêche au marché et pendant ce temps, je m'occupe de la maison. Je m'ennuie ici et si tu n'es pas avec moi à quoi bon vivre sur terre ?
Le cœur du jeune homme manque un battement, elle a dans l'idée de le quitter et la crainte de rentrer un jour dans une maison vide lui fait de nouveau peur mais il n'en montre rien. Il réfléchit qu'une paire de bras en plus ne serait pas une mauvaise idée mais il craint de voir la jeune femme le fuir. Il conclut qu'il vaut mieux qu'elle parte maintenant si l'envie lui prend et qu'il ne perd donc rien à tenter l'aventure. Ils marchent main dans la main dans la nuit pour retrouver NOM ? qui attend Morgan en fumant sa pipe à petit bouffée en regardant le soleil se lever.
- Bonjour, Melen, c'est ça ? Tu viens dire au revoir à ton mari ? Il reviendra, ne t'inquiète pas.
Intimidée, la jeune fille ne répond pas et elle attend que son époux réponde à sa place, elle ne connaît pas bien les usages sur terre.
- Elle vient avec nous, elle a insisté et qui sait si sa connaissance de la mer ne nous sera pas profitable ?
- On trouvera bien à l'occuper. On y va, on va manquer la marée.
Heureuse de retrouver la mer, la sirène se blottit dans un coin pour ne pas gêner la manœuvre de sortie du port mais rapidement la sensation nouvelle pour elle de voguer sur l'eau la met mal à l'aise. La main dans l'eau, elle tente d'apprivoiser les mouvements du bateau qui tangue sur la mer agitée. Cette sensation nouvelle lui est plaisante et elle regarde autour d'elle heureuse de découvrir la mer comme elle ne l'a jamais vue en se demandant si des sirènes se trouvent dans les eaux au-delà de l'horizon.
- On est arrivés.
Les deux hommes mettent les filets à l'eau et la pêche commence. La jeune fille observe ce qui se passe en silence pour ne pas effrayer les poissons. Un long moment se passe en silence sans que rien ne se passe puis les deux hommes remontent les premiers poissons pris dans leurs filets. Melen les regarde agoniser dans la caisse de bois où ils s'entassent et son cœur se serre mais elle ne dit rien même si elle voudrait dire aux deux hommes d'au moins abréger leurs souffrances.
- Pourquoi en prendre autant ?
- Pour les vendre au marché et nous procurer autre chose tout en offrant à d'autres la possibilité de manger des produits de la mer.
La sirène acquiesce et elle demande comment elle peut aider les deux hommes qui ne savent que répondre. Morgan comprend que son épouse s'ennuie et il se place à son côté pour lui montrer comment s'y prendre. Lorsque les deux hommes jugent qu'ils ont suffisamment pêché, ils se rendent au marché pour vendre le fruit de leur pêche. Melen observe autour d'elle et elle remarque des produits qu'elle ne connaît pas mais elle ne pose pas de question, ses compagnons sont fatigués et ils veulent vendre leurs prises au plus vite. Ils vont voir un poissonnier avec qui ils sont souvent en affaires à qui ils vendent le tout hormis ce qu'ils prélèvent pour eux-même.
- Tu veux quelque chose ? glisse le pêcheur à l'oreille de la sirène. Nous ne revenons pas en ville de sitôt, tu le sais.
- Non, rien, j'ai faim et sommeil.
- Nous allons rentrer, j'achète juste quelques provisions. Tu as dû t'ennuyer...
- C'est vrai.
- Tu pouvais en profiter pour nager...
- J'ai pensé que c'était impoli et je n'ai pas osé.
- La prochaine fois.
- Oui. acquiesce doucement la sirène le cœur serré au souvenir des poissons agonisants dans la caisse de bois du bateau.
Mais au fond d'elle, elle sait que c'est dans l'ordre des choses et qu'elle ne peut rien faire contre ça.

- Combien de temps vivez-vous ?
- Pardon ? demande Morgan alors qu'il arrivent à leur petite maison. Nous vivons en général entre cinquante et quatre-vingts ans, ça dépend. Pourquoi ?
- C'est que nous vivons bien plus longtemps que cela. En général, les deux premiers siècles nous vivons dans l'insouciance et ensuite nous dépérissons.
Le pêcheur semble préoccupé, elle le voit froncer les sourcils.
- Je pense que le moment venu, il nous faudra ou aller vivre ailleurs ou rejoindre la mer. Si nous vivons deux cent ans, nous allons attirer l'attention sur nous, on pourrait nous accuser de sorcellerie ou nous brûler. Nous verrons bien ce qu'il en est... Mais si nos enfants doivent avoir les mêmes caractéristiques que nous et l'ermite du Menez-Bré me l'a dit, nous devons les préparer eux et leurs descendants à cette éventualité. Mais nous avons bien le temps d'y penser, tranquilise-toi, mon amour des mers.
- Cela m'inquiète mais oui, le plus sage sera de quitter la terre le moment venu pour aller vivre dans la mer.

  En son for intérieur, la sirène s'inquiète de toutes ces choses auxquelles ils n'ont pas songé mais elle a confiance dans leur capacité à faire face. Le pêcheur se montre toujours calme et réfléchi ce qui la rassure, il semble prendre les choses comme elles viennent et elle espère que sa nature ne finira pas par le révulser au fil du temps. Cette nuit-là, Morgan se questionne sur son choix de vie mais il arrive à la conclusion que si c'est la seule jeune fille qui a su toucher son cœur, c'est qu'elle est celle qui lui est destinée et qu'ils surmonteront tous les obstacles.

La dernière sirène Chapitre 4

- Qui est-ce ?
Comme toujours, le pêcheur feint de ne pas avoir entendu la question de son ami, occupé à raccommoder un filet en chantonnant.
- Je t'ai suivi l'autre jour et je vous ai vus.
Alarmé, Morgan relève la tête un peu pâle, le cœur battant.
- Et qu'as-tu vu ? demande-t'il du ton le plus naturel possible en se remettant à sa tâche.
- Rien, je t'ai entendu rire avec une fille sur la plage.
- Elle n'est pas d'ici, tu ne la connais pas.
- Va savoir... dit-il avec un sourire malicieux.
Morgan lève les yeux au ciel en songeant au nombre de conquêtes de son ami et il choisit de ne pas répondre. Son ami n'insiste pas et Morgan se remet à repriser son filet, les yeux perdus vers la mer. Il se demande ce que fait la sirène en cet instant et si elle pense à lui.

  Quelques jours plus tard, son ami revient à l'assaut.
- Je t'ai vu avec elle.
Morgan hésite à poursuivre sa route. Les mains dans les poches, il se dirigeait vers la plage lorsqu'il a croisé son meilleur ami qui visiblement l'attendait. Il feint de ne rien avoir entendu et il salue le pêcheur qui soupire.
- Je l'ai vue.
- Quoi ?
- Cette fille qui t'a ensorcelé.
La peur envahit le jeune homme et son visage tanné par le soleil devient livide.
- Je ne vois pas de quoi tu parles.
- Arrête, pas de ça avec moi, on se connaît depuis l'enfance, on a toujours été voisins. C'est qui ?
- Une fille bien.
- Mouais, une fille qui reste seule dehors sur la plage à nager  la nuit tombée. Une fille bien ne fait pas ce genre de chose. C'est quoi ? Une fille de mauvaise vie, une fée ?
- Rien de tout ça mais je ne peux t'en dire plus pour le moment. Bonne nuit. dit Morgan en se dégageant de la poigne de son ami qui l'a pris par le bras pour l'arrêter.
- J'espère que tu sais ce que tu fais. Nozvezh vat ! A demain.
- Bonne nuit, à demain.
- J'espère seulement qu'elle ne te brisera pas le cœur. Je ne veux pas te retrouver en miettes comme la dernière fois...
Morgan hausse les épaules et il se fond dans la nuit sous le regard inquiet de son ami. Il marche un moment puis il bifurque vers la lande avec un pincement au cœur, il sait que la sirène l'attend mais il a besoin d'être seul pour chasser l'inquiétude qu'il sent grignoter son cœur. La seule fille qu'il a aimé n'a pas voulu de lui et depuis il reste seul de crainte de souffrir de nouveau.
Le lendemain soir, il rejoint Melen à qui il avoue que son meilleur ami les a vus et qu'ils ne peuvent continuer ainsi.
- Nous devons trouver une autre solution plus durable. Je vais partir, je connais un sorcier très puissant. Mais je serai absent bien longtemps. Tu me fais confiance ? Tu m'attendras ?
La sirène acquiesce et il l'embrasse avant de la quitter.

  Morgan marche durant des jours, voyant dans son prénom un signe du destin et du rôle qu'il a à jouer. Sans famille, il n'a rien à perdre à tenter sa chance et la jolie sirène l'a atteint au plus profond de son âme lui qui dédaigne les filles qu'il connaît depuis toujours en sachant bien que sa future compagne n'est pas parmi elles. Enfin, il va trouver l'ermite du Menez-Bré et il lui expose son cas et son idée. Puis il repart aussitôt qu'il a obtenu ce qu'il voulait, un flacon à la main. Gwenc'hlan a écouté sa requête et l'un des derniers druides de Bretagne a mis tout son talent dans sa potion, refusant d'être payé pour ses services autrement qu'en renseignements sur la créature que le jeune homme lui raconte une  nuit durant autour d'une marmite de soupe épaisse et nourrissante. Lorsque le pêcheur quitte la maison de l'ermite, il lui murmure les mots magiques qui permettent la transformation.

  Arrivé de nuit, le pêcheur se rend dans sa petite cabane solitaire dont il fait rapidement le tour.  Alors, il se rend sur le rivage où la sirène lance au vent une chanson mélancolique dont il ne comprend pas bien les paroles mais qui parle de solitude et d'amours perdus.
- Je suis revenu ! Melen, tu m'entends ? la hèle-t'il face à son manque de réaction.
La jeune fille se retourne et la surprise envahit son visage à sa vue. Inquiète, elle observe les alentours mais elle n'entend que le bruit de la mer, il ne semble pas être venu avec des renforts dans le but de la capturer. Il est entré dans l'eau et déjà, il la serre dans ses bras en l'embrassant longuement.
- Je commençais à me dire que tu ne reviendrais pas, qu'il t'étais arrivé quelque chose en route.
- Je ne te quitterai plus jamais. dit-il avant de boire, craignant de perdre son courage.
Puis comme le sorcier le lui a recommandé, il tend la fiole à la jeune fille qui craint qu'il n'ai ramené un poison mais comme il a bu avant elle, elle se rassure. Elle n'a jamais entendu parler de poison qui diffère entre les sirènes et les humains. Elle va l'interroger mais il lui demande de répéter un mot qu'elle dit sans réfléchir. Lorsqu'elle voit sa queue de poisson se transformer en des jambes et l'humain devenir sirène, elle comprend ce qu'il est parvenu à faire.
- Tu as trouvé ?
Il acquiesce et il la serre contre elle.
- Désormais nous pourrons choisir de vivre sur terre ou dans la mer avec des jambes ou une queue de poisson selon notre envie du moment. Ainsi que tous nos descendants et leurs descendants qui transmettront ce pouvoir à tous leurs descendants pour l'éternité, le grand sorcier que je suis allé voir me l'a assuré. dit-il en serrant Melen contre lui, le cœur battant. S'ils le veulent, la mer se repeuplera sur ces côtes.
La sirène met du temps à comprendre ce qu'il lui dit et elle rit sous la lune.
- J'ai froid maintenant que je suis humaine. Viens !
Elle l'entraîne dans la mer main lui tenant la main pour lui faire découvrir son royaume en rêvant à une mer repeuplée dans un futur lointain si leurs enfants choisissent la mer et non la terre. Et si le vent murmure aux sirènes exilées au loin que cette partie du rivage se repeuple.

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- Viens avec moi ! Tout va bien se passer...
Melen vacille sur ses pieds maladroits et elle laisse Morgan la soutenir sur la plage. Sous ses pieds, elle sent le sable lui chatouiller la peau, sensation nouvelle pour elle. Elle prend appui sur ses pieds neufs en s'appuyant sur Morgan puis elle lui demande de s'arrêter et elle laisse ses doigts de pied s'enfoncer un moment dans le sable fuyant souriant d'amusement sous la lune. A petits pas prudents, la sirène commence à apprivoiser ses jambes et le jeune homme sent ses muscles se détendre sous ses mains. Gêné, il l'aide à se vêtir d'une simple robe bon marché qu'il a acheté au marché ne sachant que choisir devant l'étal de la marchande. Il retournera avec la jeune fille choisir d'autres vêtements par la suite. La robe informe de couleur grisâtre accroît l'aspect fragile de Melen qui semble avoir du mal à s'en accommoder, elle manque de se prendre plusieurs fois les pieds dans les pans de la robe qui lui bat les chevilles alors qu'elle fléchit les genoux dans sa tentative pour marcher. Elle claque des dents et elle frissonne de froid, sa peau toute neuve étant plus sensible au froid que ses écailles de poisson. L'aube pointe à peine et le pêcheur craint que quelqu’un les remarque malgré l'heure matinale. Il ne veut pas l'inquiéter mais malgré tout, il tente de l'entraîner à sa suite tandis que la sirène s'arrête par moment pour observer le décor autour d'elle.
- Nous devons rentrer avant le jour. Vous devez être fatiguée et je ne voudrais pas qu'on se pose des questions à votre sujet.
Elle le regarde un moment, une pointe d'inquiétude dans le regard puis elle laisse le jeune homme la conduire à sa petite maison. Elle peine à marcher et il la porte dans ses bras pour la mettre à l'abri avant le lever du jour.

  Sur le chemin, le cœur battant, la sirène se demande si elle pourra s'adapter à cette vie et elle observe autour d'elle sur le chemin qui la mène à l'abri, elle a compris que le pêcheur a construit sa maison et qu'il ne vit pas dans une cavité naturelle même si elle a du mal à imaginer comment les pierres tiennent ensemble. Mais elle ne pose pas les questions qui l'assaillent et elle observe les plantes battues par le vent qui l'entourent. Elle tend la main pour les toucher et le jeune homme se retourne. Elle sent son regard sur elle et elle s'excuse de le faire attendre.
- Il fait froid, je pense qu'il vaut mieux que nous rentrions rapidement. Mais si tu veux observer les plantes, nous reviendrons demain, je pense que le temps sera beau et moins venteux.
La maison du pêcheur est bientôt en vue et Morgan observe autour de lui pour s'assurer que personne ne les voit, rassuré, il la pousse à l'intérieur pour la mettre à l'abri.
- Ca va ? J'avais peur que tu attrapes froid.

  Le jeune homme la tient un moment contre lui pour la réchauffer et la rassurer. Il imagine sa peur et ses inquiétudes.
- Tu ne regrettes pas ton choix de m'avoir suivi ? Après tout, je suis un inconnu, j'aurais pu vouloir te faire du mal.
Melen sourit et elle relève la tête vers lui.
- J'ai lu au fond de ton âme et si tu avais voulu me faire du mal, tu aurais attendu aussi longtemps ? Je ne pense pas.
Les deux jeunes gens restent enlacés sans rien dire.
- Tu as soif, faim, froid ?
- Non, merci, tout va bien. Je ne sais pas ce que veut dire soif.
- Il est certain que sous l'eau, tu n'en manques pas. Sur terre, quand le corps manque d'eau, la langue et la bouche deviennent sèches pour simplifier. C'est comme ça qu'on sait qu'il est temps de boire avant qu'il ne soit trop tard.
- Et si on ne boit pas ?
- On a de plus en plus mal, la bouche devient très sèche et on finit par s'évanouir. Sans eau, on ne peut pas vivre sur terre, les plantes, les animaux et les humains meurent sans eau.
- Je crois que je comprends.
Le jeune homme réfléchit et il hésite à lui dire la vérité.
- Les humains meurent s'ils boivent de l'eau de mer. Bien sûr, on peut en boire en petite quantité mais à la longue, notre corps ne le supporte pas.
- Vraiment ? s'étonne la jeune fille.
Le pêcheur acquiesce.
- Nos deux espèces sont plus différentes qu'il y parait.

La dernière sirène Chapitre 3

  Chaque soir à la nuit noire, Morgan vient jusqu'à la plage après s'être assuré que personne ne le suit. Ce changement d'attitude est remarqué par ses amis avec qui il ne vient plus boire à la taverne ou chez qui il ne vient plus manger de temps à autre après une dure journée en mer. Sitôt son travail terminé, il rentre chez lui dormir pour s'éveiller à la nuit tombée pour rejoindre la plage. On se moque gentillement de lui en lui demandant s'il s'est fait naufrageur ou s'il a une aventure avec une fille du coin. Le jeune homme se contente de sourire sans réponde, énigmatique, il ne dit rien face aux questions et aux quolibets.

  Ignorant les railleries dont il est l'objet, Morgan retrouve la morganez chaque soir à la nuit tombée. Ils parlent longuement à voix basse, leur conversation se mêlant au bruit des vagues frappant la plage. Puis ils vont nager dans l'eau froide et parfois la sirène se met à chanter sous les étoiles. La sirène est heureuse mais elle sait que cela ne pourra pas durer et elle attend avec angoisse le moment où il l'abandonnera.

  Jour après jour, ils parlent de leurs vies dans deux éléments différents et de leur amour commun de l 'océan. Le pêcheur n'ose pas parler de son métier car il se voit en pilleur des mers et il lui a semblé comprendre que les sirènes ne chassent pas beaucoup de poissons. La sirène ne lui pose d'ailleurs nulle question sur son métier et elle ne semble pas avoir la moindre idée de ce qu'est un métier. Souvent, le jeune pêcheur tremble à l'idée de découvrir quelque chose qui rende leur relation impossible et il hésite à lui poser des questions trop précises même s'il se sait ridicule d'avoir de telles pensées mais il ne peut lutter. Pourtant, peu à peu, il s'y risque car il sait qu'il ne peut espérer un avenir s'il ne connaît pas sa nature profonde. Aussi peu à peu, il commence la questionner sur sa nature et sur son peuple. Il apprend ainsi que la chair de sa queue de poisson n'est pas une chair similaire à celle des poissons mais qu'il s'agit des mêmes muscles que ceux du haut de son corps ce qui lui semble logique et que les écailles de sa queue peuvent présenter toutes sortes de couleurs voire être modifiées pour des raisons esthétiques grâce à certains sables. Le jeune homme est surpris d'apprendre qu'il n'y a pas réellement de royauté dans le peuple sirène et que chaque groupe familial ou qui se regroupe par affinités est autonome. De plus, il n'y a pas de guerre et de différence sociale importante parmi ces communautés. Il tente d'expliquer à la jeune sirène le fonctionnement du monde humain avec les rois, les ministres, les chefs de village, le clergé et le système des impôts. Il devine un peuple heureux et paisible qui lui semble à l'abri des guerres et des maladies bien loin de la vie sur terre qui est bien plus dure entre les guerres, les famines et les épidémies.
- Mais tu n'es pas marié ? demande un jour Melen d'une petite voix.
- Tu me trouves trop vieux pour rester seul ? Je sais qu'on rit de moi au village, un si joli garçon qui reste vieux garçon et qui ne courtise pas les filles de l'endroit. Mais c'est seulement qu'aucune ne m'a jamais plu depuis toujours.
- Je m'étais dit que peut-être tu avais une épouse et des enfants à terre à cause de ton âge, en effet.
- Non et la population du village où je vis ne se renouvelle pas vite, il est rare de déménager. Bien sûr, il y a parfois des fêtes dans des villages voisins ou des voisins qui viennent dans mon village mais je connais plus ou moins tout le monde. Et toi ?
- J'ai aimé un de mes congénères durant quelques mois mais il a préféré suivre mon clan alors que je ne pouvais quitter ces lieux. dit-elle d'une voix triste.
- Pourquoi ne les as-tu pas suivis ? questionne le jeune homme.
- Parce que ma vie est ici.
Le pêcheur ne répond rien, il semble réfléchir et lorsqu'il ouvre la bouche, ses paroles font blêmir la sirène.
- J'ai décidé de me marier. J'ai rencontré une fille qui m'a fait changer d'avis.
La jeune fille tressaille et elle sent son sang quitter ses joues.
- J'en suis heureuse pour toi. marmonne la sirène qui s'est rembruni. Au moins, toi tu as le choix à terre. Tandis que moi...
- Tu as le choix parmi tous les marins que ta voix et ta beauté envoûtent.
- C'est faux ! s'insurge la jeune fille. Pourquoi viens-tu me voir si tu es fiancé ou que tu envisages le mariage ? Si tu en as choisi une autre, dis-le moi et va-t'en.
- Parce que je ne vois pas comment courtiser autrement la jeune fille que je convoite ?
- Qui est ? demande Melen, le cœur battant.
-  Une jolie sirène si elle le veut bien.
- Mais c'est impossible, tu le sais.
- Je vais partir, nous trouverons un moyen. Si tu veux bien de mon cœur et si tu es consciente que je suis un pauvre pêcheur et que je n'ai rien à t'offrir.
- Je n'ai rien à t'offrir non plus, hormis la grotte où je vis dont on peut me chasser à tout moment car je suis sans défense.
Le pêcheur a pris sa décision. Il est tombé fou amoureux de la sirène dès qu'il l'a vue baignée par le clair de lune et il sait qu'il ne peut vivre sans elle. Lui qui n'a jamais rencontré la jeune fille de ses rêves au village malgré son succès auprès d'elles. Il a toujours su qu'elle viendrait d'ailleurs.
- Il y a un sorcier qui vit dans le Menez-Bré, un ermite que j'irai voir, il est réputé très puissant. Je partirai demain et je reviendrai dès que possible, je vous le promet Melen. M'attendras-tu ?
La jeune sirène acquiesce un peu inquiète à l'idée qu'il revienne avec des amis pêcheurs pour la capturer. Ils parlent longuement cette nuit-là et au matin, la sirène regarde le jeune homme s'éloigner certaine de ne jamais le revoir. Leur premier baiser qui a scellé son départ lui laisse une sensation de brûlure amère sur le cœur  et elle chante dans l'aube naissante. La jeune fille imagine son amoureux dévoré par des bêtes féroces ou tombant dans un trou. Elle se rend compte qu'elle ne sait rien de la terre ferme ou si peu et qu'elle a négligé de questionner le jeune homme à ce sujet. Elle se demande quelles questions elle a oublié de poser mais elle sait qu'il est désormais trop tard, elle a fait son choix et il est trop tard pour revenir en arrière. La sirène s'interroge sur la puissance du sorcier dont le pêcheur lui a parlé, elle n'est pas certaine qu'il soit possible de changer leur nature et elle doute de la foi du jeune homme mais au fond d'elle, elle veut croire que l'espoir est permis et elle compte les jours les séparent de leurs retrouvailles. Elle ne peut s'empêcher de douter de son amour et de se dire que tomber amoureuse d'un humain est une folie. Elle se demande ce qu'elle fera si le jeune homme lui apprend qu'ils ne peuvent vivre dans le même élément, elle se retrouvera de nouveau seule et abandonnée ce qui lui sera d'autant plus douloureux qu'elle aura cru toucher le bonheur du bout du doigt.

  Melen avait renoncé à l'amour quand elle a vu toute sa communauté partir pour d'autres côtes loin des hommes qui commençaient à s'approcher un peu trop de leur domaine pour leur garantir la sécurité. Mais elle n'avait pu se résoudre à quitter sa côte natale malgré la solitude qui en découlerait forcément. Toutefois, dans les premiers temps, elle ne désespérait pas qu'une partie de sa communauté  revienne dans ce qui fut leur lieu de vie mais il n'en fut rien. Mais aimer un humain ? Un humain, de ceux qui ont fait fuir ses congénères peut-être ? Une créature qui la chassera, la tuera ou la capturera lorsqu'il saura ce qu'elle est ? Pourtant une part d'elle veut croire à un avenir radieux pour tous deux même si elle sait que ce ne sera pas facile pour eux deux. Tout le jour, Melen se risque à nager sous l'eau en profondeur pour profiter de cette belle journée. Elle sait que si un bateau passe dans les parages, il est possible que quelqu'un la remarque au fond de l'eau alors elle s'enfonce toujours plus profondément dans l'océan malgré les risques de rencontrer une créature dangereuse. Elle regarde autour d'elle avec prudence mais elle ne remarque rien d'anormal. Elle regrette sa solitude, d'ordinaire, ils sortent en groupe pour pouvoir surveiller les alentours mais elle est seule et elle ne peut compter sur personne. Peu à peu, la sirène se détend et elle laisse les courants la bercer, elle se laisse porter par eux par moments et elle flotte à la surface les yeux levés vers le ciel. L'océan la berce lentement et elle regarde les nuages se déplacer dans le bleu du ciel. Elle sait que ce qu'elle fait est dangereux mais elle souffre tant qu'elle a besoin de ce moment de répit qu'il eut mieux valu prendre de nuit mais elle est lasse de ne plus voir son environnement de jour. Elle se redresse et elle reste un moment à contempler la côte au loin. Elle voit les hommes s'activer et elle sourit.
Elle se demande où vit le pêcheur et s'il viendra la voir le soir venu. En effet, ce soir-là, il vient la voir. Le froid est vif et le jeune homme frissonne, il serre la sirène contre lui pour se réchauffer mais il n'y parvient pas. Elle l'entraîne dans l'eau et il nage en claquant des dents.
- Tu as froid...
- Oui et je suis mouillé maintenant. Je suis désolé, je dois rejoindre la plage et me sécher pour ne pas mourir de froid.
- Vraiment ?
- Non, bien sûr que non, c'est une expression. dit-il en rejoignant la plage et en se séchant.
Puis il se penche vers elle en lui tendant les bras et il la hisse sur la plage. Derrière des rochers, à l'abri du vent, il se réchauffe peu à peu. Ils parlent un long moment puis le pêcheur lui dit qu'il doit rentrer car il se lève tôt le lendemain matin, il regrette qu'elle n'ai pas pu le rejoindre plus tôt à cause de la lumière qui pourrait la trahir. Il l'embrasse avant de la porter jusqu'à la mer où elle plonge avant de lui murmurer un dernier au revoir.

  Sur le chemin du retour, le jeune pêcheur songe que ses parents un peu superstitieux, lui auraient dit de se méfier de cette créature du diable qui ensorcelle les marins pour les précipiter dans l'océan et leur voler leur cœur avant de le briser. Il chantonne en frissonnant de froid et il reste un moment debout à regarder la mer qui lui fait face. Il écoute son bruit apaisant et il rentre en trottinant chez lui pour lutter contre le froid. Il imagine la sirène vivre auprès de lui mais il se dit qu'elle va sans nul doute regretter la mer et il hésite à mettre un terme à cette relation pendant qu'il en est encore temps même s'il sait qu'il est trop tard.
- Tous les marins savent que les sirènes sont des créatures dangereuses qui ensorcellent les marins pour les plonger dans les abîmes et moi, pauvre fou, je me suis laissé charmer par de grands yeux bleus, des cheveux blonds et une voix envoûtante. songe-t'il en se remémorant la jeune fille. Je suis un être faible, décidément, incapable de résister à une jolie fille. Pourtant, c'est la première fois que mon cœur est ainsi épris. Et puis, je verrai bien ce qu'il adviendra si je lui fais la cour. Sans doute ne voudra-t'elle même plus de moi... Je suis fou de croire que je peux changer ce qu'elle est.

- Tu  chantonnes et tu as l'air ailleurs... lui demande un de ses amis alors qu'ils déchargent leur pêche du jour.
- Vraiment ? s'étonne Morgan. Sans doute, je suis heureux en ce moment, j'ai eu de la chance ces derniers temps.
- Si tu le dis mais moi, je crois que tu me caches des choses mais c'est ton jardin secret même si nous sommes amis depuis des années, tu pourrais me le dire à moi mais qu'importe. Sinon, j'ai acheté une petite chèvre pour ma maison, j'espère qu'elle s'entendra avec mon mouton.
Les yeux posés sur la mer, le pêcheur ne dit rien, il s'interroge sur son ami mais il décide de ne insister, s'il ne veut rien lui dire, il sait qu'il ne lui dira rien. Les deux hommes mettent en commun le contenu de leur panier et face à leur maigre pêche, ils décident de se la partager pour leur propre consommation en attendant des jours meilleurs.
-  C'est fâcheux mais au moins, nous n'aurons pas à aller jusqu'au marché pour gagner quelques piécettes. se dit le jeune homme en repensant à la jeune fille.
Il rejoint la mer après avoir salué son ami et il s'assied sur le sable, il attend un long moment que la sirène le rejoigne mais le soleil se couche sans qu'elle ne soit venue.
- Elle attend la nuit ou elle ne viendra pas. Si, elle viendra, je le sais. se murmure-t'il en regardant le soleil descendre sur l'horizon.
A la nuit noire, il s'approche de l'eau et il attend un long moment.
- Tu  es là ? Je t'attends... dit-il d'une voix mal assurée mais seul le clapotis de l'eau lui répond.

   Il marche en long et en large alors que le temps passe en se demandant s'il ne devrait pas repartir. Allongé sur le sable, il laisse les vagues jouer avec ses doigts lorsqu'il entend du bruit provenant de l'océan.
- Tu es là, j'en étais venu à penser que tu ne viendrais plus. dit le jeune homme.
- J'étais en train de chercher ma nourriture et je n'ai pas vu la nuit tomber. dit Melen en rejetant ses cheveux blonds en arrière. J'étais loin au large. Tu m'as attendu longtemps ?
- Un peu mais ne t'inquiète pas. dit-il en entrant dans l'eau froide.
- Tu vas geler si nous restons ainsi.
- Ne t'inquiète pas, il est trop tard, je crois. dit-il avec un sourire forcé.
La jeune fille se blottit contre lui et elle le ramène vers la plage où ils s'installent à l'abri du vent.
- Tu trembles...
- J'ai froid, je l'avoue.
Melen se blottit contre la poitrine du pêcheur et il sent sa chaleur irradier jusqu'à lui à travers l'étoffe mouillée du vêtement qu'il n'a pas songé à ôter. Il l'entoure de ses bras et il se rend compte combien sa peau est chaude comparée à la sienne, il comprend que c'est ainsi qu'elle lutte contre la température de l'eau.

Il se demande dans quelle mesure ils sont différents et ce qu'il va découvrir sur la créature au fil du temps mais il sent que ce ne sera pas un obstacle à ses sentiments. Il l'embrasse sur les cheveux et ils restent un long moment allongés sur le sable sans dire un mot.
- Et si on nous découvrait ? s'interroge le pêcheur.
Il imagine ce qui arriverait à la jeune fille, il se dit qu'on la prendrait pour une créature du diable qui risquerait le bûcher par sa faute, on l'accuserait de l'avoir ensorcelé et il ne serait pas mieux loti qu'elle.
- Mais si on ne la capture pas, elle n'aura qu'à partir au loin et je subirai les conséquences de mon imprudence. se dit-il un peu rassuré.
La sirène chantonne et il sent ses côtes se soulever et s'abaisser sous ses doigts au rythme de sa respiration.
- Qu'est-ce que tu chantes ? lui murmure-t'il à l'oreille pour ne pas la perturber.
- Cette chanson est triste, elle parle d'éloignement et d'amour perdu.

- Tu te sens triste, loin de ton peuple ?
La sirène ne dit rien durant de longues minutes.
- Non, j'ai choisi de rester ici car ce coin de mer fait partie de moi. Je me sens seule et incomprise parfois même auprès de toi même si je vois bien que tu fais l'effort de m'accepter telle que je suis.
Morgan reste pensif un moment, il se demande s'il peut envisager un avenir auprès d'elle, il sent qu'il ne pourra pas l'éloigner de cette côte qui l'a vue naître mais il y a lui-même toujours vécu et il sait qu'il ne pourra jamais partir. non plus.
- J'aimerais tant te fait découvrir la vie sur terre mais c'est impossible... soupire-t'il.
- Comment est ta maison ?
Il sourit à la pensée de sa modeste demeure mais il fait de son mieux pour la lui décrire ainsi que son petit jardin. La tête posée sur son épaule, Melen tente d'imaginer ce qu'il lui explique à partir des constructions qu'elle voit au loin lorsqu'elle se risque en journée dans la mer.
Alors qu'il repart, le pêcheur se dit que la sirène est comme une enfant à qui il doit tout expliquer et il se demande si elle parviendra à comprendre son mode de vie et à s'y adapter. Il n'est pas certain d'avoir la patience nécessaire et lorsque Melen lui demande de lui expliquer comment il tient sur ses deux jambes, Morgan se sent désemparé. Il soupire longuement et il lève les yeux au ciel en cherchant une réponse dans les étoiles qui ne vient pas.
- Je ne sais pas, c'est une chose que les enfants apprennent très jeune comme nager pour vous, j'imagine. Mais il faut tenir en équilibre sur ses deux jambes et en avancer un en restant en équilibre sur l'autre jambe et faire pareil en changeant de jambe. Enfin, je crois qu'on peut définir les choses ainsi.
Attentive, elle lui sourit avant de lui souhaiter une bonne nuit.  Il la regarde s'éloigner et il reste assis un moment sur le sable perdu dans ses pensées.

La dernière sirène Chapitre 2

  Le lendemain matin, cachée derrière un rocher, elle guette le jeune homme et son ami qui montent dans un petit bateau de pêche au petit matin alors qu'il fait encore frais en ce jour d'été. Le vent lui amène leurs rires et elle entend l'homme raconter sa rencontre de la veille avec une jeune fille blonde à la voix d'ange qu'il espère voir le soir au fest-noz et qu'il compte bien faire danser toute la nuit. Elle le voit pour la première fois à la lumière du jour et elle le trouve plus beau qu'elle ne l'avait cru, ses cheveux roux mêlés d'or pâle couvrent ses épaules en une masse ondulante qu'elle n'avait pas devinée qui contraste avec sa peau tannée par le soleil. La  sirène les observe un long moment de loin puis elle suit le bateau à distance sous l'eau. Mais elle ne peut entendre leur conversation à travers l'eau qui s'agite autour d'elle et elle ne voit d'eux que leurs filets qu'elle évite soigneusement. Elle les suit à distance quelques temps avant de renoncer et de regagner un rocher proche de la plage, les observant de loin, le cœur battant.

  Le soir venu, la jeune sirène solitaire tente de se représenter la fête qui se déroule sans elle et elle imagine Morgan danser au bras d'autres jeunes filles, des filles humaines avec des jambes pour danser et marcher. La jalousie lui tord le cœur et ses larmes se mêlent à l'eau de la mer tandis que son chant déchirant emplit la nuit. Elle sait qu'elle doit lui dire la vérité et que de toutes manières, son secret ne tiendra pas longtemps. Il ne vient pas le lendemain ni le surlendemain et Melen sait qu'elle ne le reverra sans doute jamais et que c'est mieux ainsi pourtant elle a du mal à quitter la petite plage où personne ne vient jamais. Le troisième jour, la sirène chantonne à moitié allongée sur un rocher sortant de l'eau en pente douce qu'elle affectionne.
- Vous êtes là, je vous ai attendue l'autre jour.
Surprise, son premier mouvement est la fuite puis elle se dit qu'il vaut mieux en finir et lui avouer la vérité surtout qu'il a pris la peine de nager jusqu'à elle. De plus, il est imprudent de sortir en plein jour, elle le sait bien même si personne ne vient jamais ici. Elle lève ses grands yeux bleu foncé vers lui qui se noient de larmes. Après un moment d'hésitation, le jeune homme se hisse vers elle sur le rocher en lui disant qu'il ne voulait pas l'offenser.
- Je ne pouvais pas venir mais j'aurais aimé venir.
- Pourquoi donc ? dit-il en l'observant attentivement et en s'accoudant plus confortablement sur le rocher face à elle. Un de vos parents n'a pas voulu que vous veniez ? Si vous me l'aviez dit, je serai venu me présenter.
La jeune fille ne répond rien et elle tremble. Le pêcheur croit qu'elle tremble de froid et il lui propose de rejoindre la plage où le soleil les réchauffera. Il a ramené une couverture pour s'asseoir sur le sable et elle pourra s'en envelopper.
- Je ne peux pas. répond la jeune fille en regardant la main qu'il lui tend tandis que le sourire du pêcheur s'efface.
- Je vous ai attendue hier et vous n'êtes pas venue, êtes-vous en train de vous moquer de moi ?
Les vêtements mouillés du pêcheur lui collent à la peau et il commence à avoir froid malgré la douceur de cette fin d'après-midi. La jeune fille se glisse rapidement dans l'eau et il sent qu'elle s'apprête à fuir. D'un geste vif né de longues années en mer qui la surprend, il saute dans la mer d'un bond juste à côté d'elle, lui barrant la route puis il prend son fin poignet dans sa main de fer et elle se débat en vain. La colère se mue en incompréhension et il attend sa réponse.
- Si ma compagnie vous dérange, dites-le moi et je rejoindrai la plage. murmure-t'il, inquiet à l'idée de l'avoir offensée. Pardonnez ma brutalité mais nous ne pouvons nous quitter ainsi ; expliquons nous et je vous laisserai partir. Je ne pourrais supporter de ne pas savoir quelle faute j'ai commis à votre égard.
- Rien, vous ne m'avez rien fait, ce n'est pas de votre faute. Je suis désolée, je ne pouvais pas venir même si j'aurais aimé me rendre à cette fête. Je suis si seule. dit-elle alors que sa voix se brise.
- Avec moi, vous n'êtes plus seule. dit le pêcheur d'une voix douce en l'attirant dans ses bras sans lui laisser le temps de protester.
La jeune fille se laisse aller à ce contact, elle qui est seule depuis des années lorsque tous ceux de son espèce qui vivaient sur ces rivages les ont quitté quand les hommes ont commencé à s'installer dans les parages. Elle seule n'a pas eu la force de quitter son foyer tant aimé, elle aurait pu retrouver ceux auprès de qui elle a grandi mais sans famille, personne n'a pensé à lui dire où les retrouver si elle changeait d'avis. Depuis deux ans, elle chante dans la nuit en espérant que quelqu'un l'entende et maintenant que c'est arrivé, elle a peur et elle regrette que son vœu se soit réalisé. Elle sent le jeune humain se raidir lorsque sa queue de poisson frôle ses jambes et instinctivement, il baisse les yeux dans l'eau pour tenter de distinguer ce qui l'a effleuré et elle se met à trembler. Dans la lumière déclinante, le pêcheur a entrevu la queue de poisson qu'elle avait tenté de lui dissimuler et il comprend mieux son absence à la fête une fois la surprise passée.
- Je croyais que les morganez n'étaient que des légendes. lui murmure-t'il doucement à l'oreille.
- Pourtant, je suis sûre que vous racontez nos histoires au coin du feu. lui répond Melen avec un sourire triste. Me tuerez-vous ? demande-t'elle, inquiète, bien qu'elle ait parfaitement entendu qu'il souriait en parlant.
- Non, bien sûr que non ! Je me demande... M'avez-vous ensorcelé avec votre chanson ?
Surprise, Melen reste un moment à le regarder.
- Non, bien sûr que non. J'ai juste chanté pour mon propre plaisir. Je n'ai jamais pensé attirer quelqu'un et encore moins un homme même si je mesure maintenant mon imprudence.
Le jeune homme sourit.
- Si vous ne vous étiez pas montrée imprudente, nous ne nous serions jamais rencontrés. Viendriez-vous vivre avec moi, si c'est possible...
- Je suis la dernière sirène de la région, je ne puis partir.
- Mais si vous restez la seule sirène, qu'adviendra-t'il dans le futur ?
- Il n'y aura plus de sirène dans la baie. souffle Melen dans un murmure. Tout mon peuple est parti au loin en un lieu que j'ignore pour fuir les hommes.
- Mais pourquoi ? Personne vient jamais par ici, on dit les grottes hantées. Si je n'avais pas bu l'autre soir, je ne serai jamais passé par là. On dit qu'on entend des voix chanter la nuit.
- Nos chants ? Nous avons failli être découverts par un naufrageur qui examinait la plage pour savoir s'il pourrait l'utiliser à son profit, ce qui n'est pas le cas, elle est petite et il n'y pas de bas fonds. Il était lourdement armé et nous avons pris conscience du danger maintenant que les hommes s'aventurent sur cette plage qui est notre refuge depuis des décennies.
- Nos deux espèces ont peur l'une de l'autre semble-t'il. Mais cela ne change rien au fait que vous voilà seule. Et cela m'inquiète un peu. Si vous avez un problème, vous ne pourrez même pas venir me trouver.
A ces mots, la sirène fond en larmes ce qui émeut le pêcheur jusqu'au fond de son âme. Il reprend d'une voix douce en lui tendant la main.
- Je viendrai vous voir tous les soirs si vous voulez bien.
Incapable de résister, la sirène acquiesce avec un sourire.

  Pour la première fois depuis longtemps, la sirène regrette amèrement de ne pas avoir suivi son peuple. Elle se demande s'il est trop tard pour les rejoindre mais un regard vers la plage fait fondre son cœur et elle sait qu'elle ne pourra jamais quitter la côte qui l'a vue naître. Et puis, le souvenir du regard de l'homme sur elle fait battre son cœur un peu plus vite et elle sait que son cœur a été touché plus profondément qu'elle ne l'aurait voulu.
- C'est de la folie. Ton cœur va se briser, tu le sais. Et tu n'y survivras pas, cette fois-ci.
Pourtant, elle espère qu'il reviendra et elle attend avec impatience que la nuit tombe dans l'espoir qu'il revienne. Même si elle sait qu'une telle relation n'est pas possible, elle ne peut s'empêcher d’espérer qu'il apporte ce qui manque à sa vie.
Le soir venu, la jeune fille guette le bruit des pas du pêcheur et lorsqu'il l'appelle, elle plonge jusqu'à lui pour le retrouver.
- Vous êtes venu ! Je pensais que...
Inquiète, elle écoute les bruits de la nuit mais elle n'entend rien, il semble être venu seul et elle se détend.
- Oui, je suis venu. dit le pêcheur en ôtant ses vêtements pour se  plonger dans l'eau en frissonnant. Il a froid mais il ne se laisse pas le temps de réfléchir à ce qu'il fait.
- Tu as froid... dit la sirène en s'approchant de lui.
- Oui mais je vais m'habituer, ne t'inquiète pas.
- J'aurais dû venir sur la plage, je ne ressens pas le froid. Enfin, très peu.
- Ah oui ? C'est étrange. Enfin, je veux dire que tu ne sembles pas avoir une épaisse couche de graisse pour te protéger du froid. Pardon, ce n'est pas convenant.
- En quoi ?
- On évite de dire à une dame qu'elle est grosse ou maigre.
La sirène rit à cette idée avant de questionner.
- Mais si c'est la pure vérité ?
- C'est ainsi. dit le jeune homme.
- Je crois que notre peau est plus épaisse et moins sensible que la vôtre au froid et à la chaleur. Je ne sais pas bien. Nos deux espèces semblent si proche et pourtant, elles sont si différentes.
Le pêcheur réfléchit un long moment à ses dernières paroles et il se dit qu'elle n'a pas tort. Peut-être sont-ils en train de se lancer dans une histoire impossible qui les laissera le cœur brisé. Tous deux savent qu'un avenir commun n'est pas possible mais il n'a pas la force de renoncer à la sirène. Il hésite à s'en ouvrir à elle mais il se tait car il ne veut pas troubler cet instant. Il serre la jeune fille contre lui, il sent son cœur battre contre sa poitrine et il l'embrasse doucement. Seul le présent compte et en cet instant, il oublie l'avenir sombre qui les attend.

  Cette nuit-là, le pêcheur ne dormit pas, il réfléchit des heures durant au problème inextricable qui se présentait à lui. Il ne se sentait pas de taille à s'opposer à ce que le destin avait fait, s'ils étaient si différents l'un de l'autre, c'est qu'ils n'avaient pas à s'aimer ni même se rencontrer.
- C'est comme si nous avions brisé quelques règles de l'univers et que étions condamnés à payer pour cette faute. Après tout, si les légendes nous disent de nous défier des morganez et de ne pas nous en approcher car leur voix nous ensorcelle n'est-ce pas dans le seul but de nous protéger des tourments qui m'habitent ? Si une relation est impossible entre les humains et les sirènes, mieux vaut dans ce cas, j'en conviens rester éloignés les uns des autres pour ne pas risquer de voir naître des sentiments inappropriés et impossibles à vivre au grand jour sans dommage. Aurions-nous sans le vouloir enfreint quelque règles établie par la nature ou par notre créateur ? Notre douleur de ne pas pouvoir vivre notre passion et la perte qui en résultera forcément au bout du compte permettra-t'elle d'expier notre faute ?

  De longues heures durant, le jeune pêcheur se questionne et il ne parvient pas à dormir. Il voit l'aube pointer et il se dirige vers la plage pour rejoindre son ami et mettre leur barque à l'eau. Les deux amis ne parlent pas en ce matin frais et ils partent vers le large en ramant avec vaillance jusqu'à atteindre le lieu qu'ils ont choisi pour gagner leur pitance du jour. Durant des heures, ils attendent, remontant leurs filets de temps en temps et lorsqu'ils estiment avoir fait bonne pêche, ils se rendent au port pour vendre le fruit de leur travail. Puis ils décident d'aller boire à la taverne pour se reposer et se changer les idées. Ils jouent un long moment aux cartes en bavardant à voix basse avant de se décider à rentrer chez eux.

  Debout face à la mer dans le vent frais de ce jour d'été, Morgan regarde la mer. Il sait qu'il espère voir la sirène mais il ne voit rien à l'horizon. Un pincement de déception lui étreint le cœur et il rentre chez lui en courant. Pour s'occuper l'esprit, il range sa petite maison et il  regarde le jour passer et décliner au fil des heures. Il chantonne dans l'espoir d'aider les heures à s'envoler plus vite sans grand succès. Enfin la nuit jette son noir manteau cousu de menus diamants sur le monde et le jeune homme court jusqu'à la plage aussi vite que ses jambes peuvent le porter manquant à plusieurs reprises de se tordre la cheville sur des pierres qu'il n'a pas vues dans l'obscurité. Le froid de la nuit glace ses poumons et il doit s'arrêter pour reprendre son souffle. Il marche à grandes enjambées et dès qu'il peut respirer librement, le pêcheur reprend sa course jusqu'à la mer qu'il entend se rapprocher à chaque foulée. Bientôt le vent lui apporte le chant de la sirène et il sourit en sentant ses pieds fouler le sable de la plage. Il se met pieds nus pour courir plus vite encore, léger comme l'écume portée par le vent.

  Lorsque le chant s'élève dans la nuit, le pêcheur sourit et il entre dans l'eau en douceur. Il tente de ne pas faire de bruit mais chacun de ses pas lui semble faire le bruit d'un caillou jeté dans l'eau. La sirène semble ne pas le remarquer mais elle sourit lorsqu'il la rejoint.
- J'ai essayé d'être discret mais je crois ne pas avoir réussi. s'excuse Morgan en s'installant à son côté sur le rocher.
- Tu as froid ?
- Oui, je suis mouillé et il y a du vent.
Melen se blottit contre lui pour lui communiquer un peu de sa chaleur et le jeune homme est étonné de la chaleur qu'elle dégage mais il ne la questionne pas. Il suppose que c'est sa manière de se réchauffer dans l'océan froid et cette chaleur le réconforte.
- Qu'as-tu fait aujourd'hui ? murmure Morgan.
- J'ai fureté sur les bancs de sable pour chercher des coquillages puis j'ai profité d'un lieu isolé pour profiter du soleil. Hélas, je n'ai pas pu sortir de l'eau de peur qu'un humain me voit mais j'ai pu sortir la moitié du corps de l'eau pour me réchauffer au soleil, ce que je fais rarement car c'est dangereux. Et toi ?
- J'ai travaillé avec mon meilleur ami et c'est à peu près tout. C'est une journée comme toutes les autres, tu vois.
La jeune fille ne dit rien durant un long moment.
- Non, je ne vois pas pour être honnête. dit-elle en rougissant.
- Je pêche du poisson pour vivre et je le vends ensuite pour me fournir en d'autres biens.
- Je comprends mieux. Mon peuple échange aussi des choses pour obtenir des objets qu'on ne sait pas fabriquer.
- C'est la même chose...
Durant un long moment, les deux jeunes gens ne disent rien, le regard tourné vers la lune.
- Je dois rentrer, je me lève tôt demain.
- Je sais, je t'ai observé sortir ton bateau.
- Tu m'espionnes ? s'étonne le pêcheur un brin amusé.
- Pas vraiment, je voulais seulement en savoir plus sur toi, ce n'est que de la curiosité à ton sujet.
- Donc tu m'espionnes. dit le jeune homme en riant plus franchement.
- Cette idée te déplaît ?
- Non, je crois que j'aurais fait la même chose. Je dois rentrer Melen, à demain ?
- A demain.

 En rentrant chez lui, Morgan se demande tout ce que cette relation pourrait impliquer pour eux mais il sait que la nature sait généralement ce qu'elle fait et que leur rencontre trouvera naturellement son aboutissement quelque qu'il soit. Dans l'immédiat, il doit seulement vivre cette relation. Même si son cœur doit en être brisé, il sait qu'il doit en être ainsi et qu'il est difficile d'aller contre son destin.

La dernière sirène Chapitre 1

  La sirène frissonne dans l'air du soir, elle enroule ses longs cheveux d'or autour d'elle pour se réchauffer oubliant qu'ils sont aussi mouillés que sa peau.  Elle lève les yeux vers le ciel et elle regarde au loin la lune qui éclaire la scène d'un éclat fantomatique.
Puis elle se met à chanter et sa voix cristalline emplit l'air que le vent emporte aussitôt au loin. Nul bateau à  l'horizon, elle est seule sans compagnon en ce soir d'hiver. Elle ressent à peine le froid mais peu à peu, malgré sa solide constitution adaptée aux températures hivernales en haute mer, il s'immisce en elle.  Ce n'est pas tant le froid de l'extérieur qui la glace mais le froid de son cœur qui se meurt de solitude et de tristesse.
- Je suis la dernière sirène, je ne sais où sont mes compagnons qui ont fui ma plage bien-aimée, j'ignore s'ils sont en vie et s'ils voguent sur d'autres flots. Seule, sans amour, sans chants, sans rires et sans jeux, je me languis de vivre et parfois je songe à cesser de lutter. Si les hommes me découvraient qu'adviendrait-il de moi ? Me laisseraient-ils vivre à proximité de leur communauté, me chasseraient-ils ou me feraient-ils prisonnière ? Je ne sais et je ne parviens à me décider alors je chante sous la lune et sur les flots.

  Un soir d'été, un jeune pêcheur titube légèrement sur la plage, les mains dans les poches. Soudain, un chant atteint son oreille et il cherche du regard d'où il provient. Il sait qu'il a trop bu mais il sait également qu'il n'a pas rêvé et que l'air frais qu'il cherchait en se rendant sur le rivage a commencé à remplir son office.
- J'ai bu trop de cidre à la taverne. se dit-il.
Pourtant, il cherche la chanteuse dans le noir mais il ne distingue rien dans la pâle lumière lunaire. Le chant s'est tu et il abandonne sa recherche,  certain d'avoir rêvé ou entendu le bruit du vent. Mais de nouveau, le chant s'élève et il s'approche du rivage pour se passer le visage à l'eau dans l'espoir d'avoir les idées plus claires. Il tend l'oreille et il est certain de bien avoir entendu un chant de femme non loin de lui apporté par la brise légère. Il ôte ses chaussures et il marche dans l'eau dans la direction de la voix qui vient de la mer, il en est sûr. Un bateau ? Ou une baigneuse nocturne ?  Puis il la voit. Une frêle jeune fille aux longs cheveux blonds chante dans l'eau à demi-nue, ignorant qu'un indiscret l'observe. La lumière donne à sa peau de porcelaine un aspect fantomatique et fragile qui rehausse sa beauté naturelle. Le jeune homme sourit, l'amour vient d'envahir son cœur qui se met à battre un peu plus vite. Il hésite un moment, craignant de faire fuir l'apparition. Mais sans réfléchir, il lance ses chaussures au loin et il remonte son pantalon pour s'avancer dans l'eau en silence.

  A son approche, la jeune fille tourne la tête vers lui et il lui sourit, craignant de la faire fuir.
- Pardon, je vous ai entendu chanter et je vous ai vue. Je ne voulais pas vous importuner.
Il détaille la jolie demoiselle qui lui fait face et il ne peut ignorer sa poitrine découverte qui le met mal à l'aise ; il détourne le regard et il rougit dans l'obscurité.
- Je ne voulais pas vous déranger, je vous souhaite une bonne nuit.
Il s'éloigne, craignant de la déranger mais il se retourne pour lui crier :
- Vous chantez divinement bien, j'espère vous entendre de nouveau chanter. Je vous souhaite une bonne baignade au clair de lune.
La jeune fille ne répond pas et il s'éloigne en se retournant plusieurs fois. Dans la lumière lunaire, elle a noté ses épaules musclées par la vie de mer, ses grands yeux et ses courts cheveux ondulant sous la brise. Le lendemain soir, après une journée passée en mer, il revient sur la plage guettant la jeune fille de la veille. Et elle est là, chantonnant dans la mer le dos tourné à la plage, une fois la nuit tombée. Sans réfléchir, il se glisse dans l'eau à moitié habillé pour la rejoindre et elle se retourne en l'entendant plonger.
- Bonjour, je vous demande pardon, il n'est guère poli de me rapprocher ainsi de vous mais je vous ai trouvé si sereine que je n'ai pas voulu vous troubler. Je m'appelle Morgan et vous ?
- Melen. dit-elle avec un sourire.
- A cause de vos cheveux blonds. dit-il avec un léger sourire en tentant de distinguer leur éclat d'or dans la nuit. Et où vivez-vous ?
- Ici...
- Je ne vous ai jamais vue au village. Je dois y aller, je suis passé en rentrant de mon travail mais je ne puis m'attarder, je me lève tôt demain pour aller pêcher avec mon cousin. Venez au fest-noz demain soir, je vous y attendrai.
- Je serai là. répond la sirène sans réfléchir en le regardant s'éloigner.
Puis elle lève les yeux vers la lune et elle se remet à chanter, elle sait qu'elle vient de tomber amoureuse mais elle ne sait pas comment elle se rendra à cette fête.

  Tout le jour, la sirène cherche une solution sans succès. Elle se remémore sa rencontre et à chaque fois qu'elle se plonge en pensée dans les yeux du jeune humain, elle sent son cœur se serrer.
- Nous appartenons à deux mondes différents et une relation n'est pas possible. Mais je suis si seule et c'est la première fois depuis longtemps qu'on me montre de l'intérêt, je sais que c'est un signe du destin et que je ne dois pas laisser passer cette chance. Mon cœur risque de se briser en deux mais je ne peux pas non plus lutter contre l'élan qui me pousse vers lui. Et s'il ne revient pas ? Peut-être que ce serai plus simple. Mais pourquoi lui avoir dit que je serai là ? Pourquoi n'ai-je pas pensé que la sorcière était également partie avec les autres ?
Triste, la jeune fille se rend dans la grotte où la sorcière vivait mais elle ne trouve que des coquillages brisés parmi des débris impossibles à identifier. Melen reste un moment à se remémorer l'adolescente qui jouait le rôle de sorcière dans sa communauté, ses longs cheveux bleu clair et sa queue dorée, elle était rieuse et elle avait toujours une réponse aux demandes les plus farfelues tant son savoir était grand.
- Mais elle est partie avec les autres et elle ne me sera d'aucun secours. Je ne sais même pas si elle peut faire ce que j'attends d'elle.
Elle furette un moment en se promenant dans la grotte mais elle ne trouve rien d'intéressant. Triste, la jeune sirène rejoint sa grotte où elle reste un moment, ses larmes se mêlant à l'océan. Puis la nuit venue, elle monte à la surface et elle rejoint la plage où elle pleure un long moment en silence. Triste, elle lève les yeux vers la lune et elle songe que si la lune peut changer au fil du mois, il ne serait pas juste qu'elle aussi ne puisse pas se transformer ou que sa vie ne puisse pas changer.

  Malgré elle, ses pensées voguent vers les souvenirs des années heureuses qu'elle a connue autrefois. Elle se souvient de leurs longs moments passés au soleil en été sur les rochers à rire, chanter ; elle se souvient des fêtes en hommage au dieu Lir durant lesquels ils chantaient en chœur des chants connus de tous. Des couronnes d'algues sur la tête, ils restaient toute la journée sur les rochers à se reposer ou sous l'eau, ils dansaient des ballets aquatiques au gré des courants qui les portaient légers comme l'écume. Main dans la main en des rondes ou des farandoles, ils se laissaient ballotter par les flots.Ils restaient dans les grottes sous-marines durant les tempêtes. Lorsqu'ils le pouvaient, ils jouaient à cache-cache dans les grottes mais généralement, ils chantaient, dansaient, déclamaient des discours et des poèmes. Parfois, des pièces de théâtre étaient jouées puis des festins de coquillages, d'algues et parfois de poissons étaient servis alors qu'au-dehors la tempête faisait rage. Parfois les courants entraient dans les grottes et les portaient alors ils riaient et ils acclamaient le dieu Lir en lui demandant combien de temps durerait sa colère.

  Parfois, ils montaient à la surface les jours de pleine lune et ils chantaient doucement lorsque le vent était fort. Leur mélopée emportée par le vent se perdait au large et souvent la sirène se demandait ce que devenaient ces paroles perdues à jamais. Ces chants parlaient de la lune, du cycle lunaire et du cycle des saisons, du printemps qui revient toujours et de leur joie de vivre en paix dans l'océan.
La sirène repense au pêcheur et elle se dit qu'il doit être merveilleux de vivre libre et heureux sans avoir à se cacher des prédateurs même si elle sait bien que lorsque les hommes vont sur l'eau, ils risquent la noyade mais cela lui semble bien peu comparé à leur vie. Souvent, cachée derrière un rocher, elle observe les hommes et leur monde. Elle observe leurs maisons au loin sans parvenir à déterminer leur matière, certaines semblent de pierre ou de sable mais d'autres, blanches comme l'écume la plus pure, la laissent perplexe.

- Je suis la dernière sirène de cette partie de la côte... Que puis-je espérer de l'avenir ? Je regrette parfois de ne pas avoir suivi les autres de l'autre côté de la mer mais je n'ai pas pu partir, mon cœur se serait fendu en deux si j'avais dû quitter les rochers où je suis née.
Mélancolique, elle plonge sous l'eau et elle laisse l'océan diluer ses larmes, les courants se faisant douce caresse sur ses joues comme pour les essuyer avec tendresse. Elle sourit malgré elle à cette idée et elle reste un moment au fond de l'eau à fouiller le sable à la recherche de coquillages morts pour orner sa grotte de leurs squelettes colorés. Les mains pleines, elle rentre dans la grotte où elle vit et elle remplace les coquillages brisées ou qu'elle estime avoir suffisamment longtemps décoré les anfractuosité de la roche. Doucement, elle retire les algues accrochées au rocher et elle livre aux courants les coquillages dont elle ne veut plus. Elle les regarde partir au loin en se demandant où ces débris de coquillages finiront leur vie. Puis elle se met en quête de nourriture pour apaiser sa faim, elle furette dans les rochers et sur le sable pour trouver des coquillages qu'elle mange sur place en leur demandant pardon puis elle cueille quelques algues qu'elle mange rapidement avant de rentrer dans son abri lorsque l'ombre d'un bateau et les bruits de l'étrave fendant l'écume lui parviennent.
- Tu as été imprudente de sortir en pleine journée. Si les hommes te voient, ils te tueront, ils ne doivent jamais savoir que tu vis ici. Tu t'es beaucoup trop éloignée de ta grotte, tu le sais.
Vive, elle nage du plus vite qu'elle le peut vers le lieu où elle vit à l'abri, loin des hommes.

  Seule, elle se souvient du moment où son peuple a pris la décision de fuir la côte. Les hommes se sont un peu trop approchés de leurs grottes qu'ils croient hantés. Armés de gourdins, les naufrageurs se sont approchés en barque à quelques encablures des grottes en parlant avec force des trésors qu'ils pourraient trouver dans ce lieu où nul ne vient jamais par peur des spectres qui y vivent. Par chance, une vague a fracassé la barque sur les rochers et les corps disloqués des hommes ont frappé plusieurs fois les rochers avant d'être emportés au loin par l'océan. Après ces événements, choquées, les sirènes se sont réunies et elles ont longuement parlé avant de faire le choix difficile de partir retrouver une communauté qui vit de l'autre côté de la mer. Déchirée, Melen n'a pu se résoudre à les suivre. Longuement, elle a examiné toutes les solutions mais l'idée de quitter sa côte natale lui fendait le cœur et elle sait qu'elle aurait dépéri loin de chez elle sans espoir de retour. La mort dans l'âme, elle a regardé ses amis partir en respectant son choix de rester dans la grotte où ils vivaient. Les premiers jours, la peur s'est insinuée en elle. Elle s'est demandé comment elle pourrait se défendre face à des créatures dangereuses mais elle s'est dit que de toutes manières, elle allait déjà souvent seule dans le vaste océan. Au fond, cela ne changerait pas grand chose. Depuis leur départ, elle aime repasser là où ils aimaient à s'installer pour chanter certains soirs, elle revoit ses congénères jouer dans les vagues certains soirs au clair de lune ou jouer et danser dans la grotte en chantant et en riant aux éclats. Elle se remémore les chants et les histoires de son peuple qui remplissaient leurs journées heureuses et libres.

- Oh si seulement, je pouvais deviner ce que cette rencontre amènera. Je sais qu'elle pourrait bousculer mon destin et que c'est peut-être la rencontre que j'attendais mais je n'ose y croire. Et s'il me tue ? D'un autre côté, qu'ai-je à perdre sinon la vie et mon foyer ? Par moments, je me dis que je n'ai plus la force de continuer à vivre seule et sans amour.
La sirène se laisse aller à rêver au jeune homme qu'elle a rencontré mais elle sait qu'un avenir n'est pas possible et que ce fol espoir la fera plus souffrir qu'il ne la rendra heureuse au bout du compte mais elle sent l'espoir palpiter en son cœur et elle ne parvient pas à le faire mourir. La journée passe lentement et désœuvrée, Melen erre sous les flots en se disant que le jeune humain ne reviendra sans doute pas et que cela résout le problème. Mais elle espère malgré tout qu'il reviendra et qu'elle trouvera le courage de lui dire la vérité sur sa nature avant que son cœur ne soit pris.

  Pourtant, Melen ne peut s'empêcher de rêver à un avenir plein d'amour au côté de l'homme que son cœur a choisi et elle se demande si leur nature différente pourrait être un réel obstacle à leur amour. Elle sait qu'elle ne l'a pas choisi par hasard et que son cœur a ses raisons pour l'avoir choisi lui entre tous.
- Il faut que je lui en parle. Au moins, je serais fixée et s'il doit m'abandonner, je ne perdrai pas trop de temps à l'aimer.
Apaisée par sa décision, la sirène démêle longuement ses cheveux emmêlés par les courants avec ses doigts en chantonnant une ballade. Elle songe combien le destin serait cruel de lui enlever ce après quoi elle avait espéré pour échapper à la solitude dont elle est victime depuis que son peuple a fui la côte. L'espoir renaît en son cœur et elle ne se sent pas la force de lutter contre ce sentiment dont elle avait oublié l'existence. Elle se remémore le visage du pêcheur et son corps si différent du sien, elle se demande comment ses longues jambes peuvent le porter sans qu'il ne tombe à terre.
- Après tout, il doit être bien plus lourd que les oiseaux qui vont aussi sur deux jambes et que je vois marcher sur les roches. Les chiens eux ont quatre pattes pour supporter leur poids, il faudra que je pense à lui poser la question mais que me répondra-t'il ? Il ne doit pas plus savoir comment il tient sur ses deux pattes que comment il fait pour respirer.
Ce mystère l'occupe de longues minutes mais elle se dit que cela n'a guère d'importance, elle doute que le jeune homme revienne lui rendre visite. Elle se remémore son visage et son sourire, ses yeux inquisiteurs qui la scrutaient et elle regrette de ne pas lui avoir révélé son secret.
- Il aurait eu peur de moi et tout aurait été terminé sans me laisser le temps de songer à lui, je l'aurais oublié au lieu de penser à lui maintenant qu'il est parti. Pourquoi n'ai-je pu m'éloigner pendant qu'il en était encore temps ?

mardi 1 janvier 2019

Bilan 2018 Projets 2019

Bilan 2018
Mots 322 000 mots environ soit 880 mots par jour en moyenne sachant que 150 000 mots sont écrits durant les nanowrimo donc sur trois mois.
Romans 1 terminé, 3 entamés, 3 en cours qui traînent depuis l'an dernier
Nouvelles 21
Poèmes 0
Histoire dont vous êtes le héros 1

Objectifs 2018
Aucun

Récapitulatif 2018
Contes d'halloween et de Samhain V2 (en cours)
Rune d'ambre 2 (entamé)
Caladhiel 2 (entamé) et 3
D'ébène et d'argent 1 2 3 (en cours)
Contes de noël
La dernière sirène

Objectifs 2019
Finir Rune d'ambre 2, Caladhiel 3, D'ébène et d'argent 3, La dernière sirène

Défi lecture 2019

 0 La vie quotidienne à la cour de Versailles aux XVII et XVIIIe siècle de Jacques LEVRON (terminé)
Entamé en 2018 Intéressant mais dense et d'un style parfois un peu lourd.

1 De l'autre côté de l'eau de Sarah CLAIN (terminé)
Entamé en 2018
L'auteur a une écriture poétique et l'univers est vraiment sympathique. A part ça, je n'ai jamais vraiment réussi à différencier les personnages principaux, j'étais tout le temps en train de chercher qui était qui; le récit est très lent, il ne se passe rien jusqu'au dernier quart du livre et je ne voyais pas où l'auteur voulait en venir. La seule partie intéressante a été la toute fin. Apparemment, c'est un deuxième roman et je pense que l'auteur pourrait faire de jolies choses à l'avenir: l'univers est sympathique, sa plume est vraiment jolie, je pense qu'avec plus d'expérience, elle pourra faire des histoires sympathiques.

2 Intimidation de Harlan COBEN (terminé)
Le début était prometteur mais au fil des pages l'auteur s'enfonce de plus en plus dans des banalités. La fin est différente de ce qu'on peut imaginer mais tellement mal amenée que ça tombe à plat, je n'ai pas réussi à ressentir de l'empathie pour le personnage principal et le style de l'auteur est plat et sans intérêt.

3 Des fleurs pour Algernon de Daniel KEYES (terminé)
J'ai trouvé ce livre très bien vu en ce qui concerne le Charlie "bête" mais dès qu'il devient plus intelligent,  l'auteur fait fausse route confondant surdouance et connaissances; je n'ai pas retrouvé l'hypersensibilité, la pensée en arborescence et autres caractéristiques du surdon. Le personnage amasse des connaissances et il va vite, ça s'arrête là. Même lorsqu'il comprend que les choses ne vont pas comme il voudrait ou quand il fait face à son passé, je n'ai pas ressenti d'empathie pour lui, il manquait de la chaleur humaine et des émotions. Et puis, il a clairement une pensée linéaire lorsqu'il devient très intelligent et j'ai eu du mal avec ça, j'aurais aimé pour une fois un personnage avec une pensée en arborescence mais non... Par contre, le personnage d'Algernon est poignant. Ceci dit, l'histoire date un peu et les connaissances sur la douance n'étaient pas ce qu'elles sont aujourd'hui. J'avais de grandes attentes et je suis restée sur ma faim.

4 N'oublie jamais de Michel BUSSI (terminé)
J'ai vraiment aimé cette histoire jusqu'aux trois quart où ça a commencé à trainer en longueur et partir en vrille jusqu'à une fin tirée par les cheveux. Le personnage principal est horripilant, il passe son temps à se victimiser parce qu'il est handicapé et de type maghrébin (dommage, pour une fois que le héros sortait de l'ordinaire) et je le trouve assez obnubilé par son succès auprès des femmes, même si un complexe d'inférioté pouvait être intéressant à traiter si c'était bien fait. Je l'ai lu avec plaisir mais il ne restera pas gravé dans ma mémoire. Par contre, la toute fin bien que tirée par les cheveux rachète le tout car elle reste surprenante.

5 Autour du monde de Laurent MAUVIGNIER (terminé)
Je ne suis pas allée au dixième de cette histoire. Il ne se passe rien du tout ou si peu, uniquement des rencontres, des gens qui se croisent. J'ai abandonné, le style n'est pas transcendant même si le texte est plutôt bien écrit mais il n'y pas d'histoire. Dommage, le thème de départ était intéressant.

6 Les ainés T4 de Serenya (auteur internet) (terminé)
J'ai vraiment aimé ce récit qui  nous fait découvrir un autre univers que les précédents. Reste à attendre la suite de ce récit.

7 22.11.63 de Stephen KING (terminé)
J'ai trouvé ce livre terriblement long par moment mais ceci mis à part, on est vraiment plongés dans cette époque, on ressent bien les émotions du personnage. Je suis un peu déçue par la fin mais c'est tout à fait personnel. 

8 La boule noire de Georges SIMENON (abandonné)
J'ai tenu jusqu'au cinquième puis j'ai abandonné, il ne se passe RIEN,  le rythme est lent. 

9 The ABC murders d'Agatha CHRISTIE (ABC contre Poirot) (abandonné)
J'ai du mal avec Hercule Poirot en français alors en anglais, ce n'est guère mieux. Par contre, je suis surprise, le niveau de vocabulaire n'est pas si élevé que je le craignais, ça se laisse lire.

10 L'ombre éclair de Kalhan (auteur internet) (non terminé) I Chapitre 1-8
L'histoire est bien écrite mais je n'ai pas accroché à l'univers.

11 Sublimation 1 L'élixir de longue vie de Beatrice AUBETERRE (auteur internet) (abandonné)
Je n'ai pas accroché à l'univers même si c'est bien écrit.

12 Gaspar de René BENJAMIN (abandonné)
Je me suis beaucoup ennuyée durant cette lecture que je n'ai pas finie. Je n'ai pas accroché au style de l'auteur.

13 Cartes sur table d'Agatha CHRISTIE (terminé)
Je déteste Hercule Poirot en tant que personnage mais l'idée de base était sympathique bien que le récit soit très/trop lent.

14 La mer éclatée tome 1 La moitié d'un roi de Joe ABERCROMBIE (terminé)
Une histoire qui se laisse lire même si j'ai eu du mal au début avec le personnage principal; au fil du récit il prend de l'épaisseur et j'estime qu'il aurait mérité un meilleur destin à la fin. Ce n'est pas ma meilleure lecture, on ne sait presque rien du monde où se passe l'histoire, les personnages principaux manquent de personnalité/d'épaisseur mais ce roman reste sympathique à lire. 

15 La mer éclatée tome 2 La moitié d'un monde de Joe ABERCROMBIE (terminé)
Je me suis particulièrement ennuyée à la lecture de ce tome qui devient plus intéressant sur la fin. Le personnage principal m'a laissée de marbre même si pour une fois une héroïne qui sait se battre ça change et j'ai retrouvé Yarvi avec plaisir alors que trouve qu'il est à peine moins transparent que dans le premier tome. Bref, je suis un peu déçue mais c'est tout à fait personnel, le récit reste fluide à lire.

16 La mer éclatée tome 3 La moitié d'une guerre de Joe ABERCROMBIE (terminé)
Je me suis profondément ennuyée durant cette lecture et je trouve que la fin n'est pas à la hauteur. Le personnage principal tourne un peu facilement le dos à la relation qui jalonne le roman, je continue à penser qu'un personnage principal aurait mérité de récupérer son trône et que cela aurait même semblé logique au vu de l'âge de son successeur et du sien. Bref, cette histoire bien que sympathique est lente, je trouve que l'univers aurait pu être plus développé tout comme les personnages. 

17 Abysses de PLOUM (auteur internet) (terminé) Ch1-4
Le décor est posé, le style est fluide. Reste à voir la suite de cette plongée dans les abysses.

18 L'engrenage de Jérôme KERVIEL (terminé)
Un livre merveilleusement bien écrit qui se lit très bien. On plonge dans le monde de la banque et des traders avec Jérôme KERVIEL et on vit avec lui le stress, les angoisses, les erreurs, ses espoirs. Bref, ce livre raconte juste l'histoire d'un homme pris dans un engrenage dont il ne parvient pas à se défaire tout en nous faisant découvrir ce monde si particulier dans lequel il a travaillé. 

19 Eden de CHIMERE (auteur internet) (terminé)
J'ai trouvé l'univers vraiment sympathique avec ses références mythologiques et religieuses.

20 A ma vie, à ta mort de Sandra TRINAME (terminé)
Cette lecture a été un calvaire du début à la fin! J'ai compté 120 fautes d'orthographe (et j'ai dû en manquer), le texte est absolument illisible. Sans compter le niveau de langue notamment dans les dialogues qui est parfois vraiment bas. En autoédition, cela ne m'aurait pas posé de souci mais là, venant d'une maison d'édition, c'est inadmissible! C'est une honte absolue alors que le catalogue de cette maison d'édition est vraiment intéressant. Dommage, c'est bien écrit, le texte est fluide, les personnages sont corrects (je ne me suis pas attachée à eux plus que ça mais ils remplissent leur fonction), par contre, j'ai adoré les personnages d'Ambre et d'Hadès (le dieu) qui sont plus humains et ça leur va bien.

21 Les aux' tome 1 Le faucheur de David GUNN (terminé)
Un style direct, une histoire qui avance et qui se lit au pas de charge avec un héros bien loin d'être parfait qui n'en fait qu'à sa tête sans se soucier des conséquences, qui tue sans états d'âmes et pense avant tout à se saouler et se dénicher des filles. Malgré tout, on se laisse prendre par cette histoire dans un univers qui pourrait être plus travaillé mais cela ne m'a pas réellement manqué, j'aurais juste aimé en savoir plus.

22 Derniers contes d'Edgar Allan POE (terminé)
J'ai pioché des histoires ça et là mais globalement, je n'ai pas accroché.

23 Les aux' tome 2 Offensif de David GUNN (terminé)
J'ai trouvé ce deuxième tome particulièrement long, l'action tire en longueur même si on en apprend plus sur les personnages.

24 Les aux' tome 3 Le jour des damnés de David GUNN (terminé)
J'ai eu un peu de mal avec ce tome mais il est rondement mené même si je trouve la fin brouillonne et que les choses s'enchaînent parfois un peu vite. Mais cette série reste une lecture sympathique.

25 Mémoires tome 1 de Giacomo CASANOVA (terminé)
Longuet quoiqu'intéressant et bien écrit. On suit l'histoire de Casanova, ses voyages et ses nombreuses conquêtes amoureuses.

26 L'histoire de mon frère de Carine MAC CANDLESS (terminé)
Ce livre est un bon complément à Into the wild de Jon Krakauer car il éclaire ce qui se passe avant et après en toute simplicité mettant en lumière les raisons qui ont conduit le frère de l'auteur à tout quitter dans un style facile et agréable à lire, tout en simplicité.

27 Les enfants de Tourlaville  de Claude CHARMES (terminé)
L'histoire de Marguerite et Julien de Ravalet est merveilleusement contée de ses débuts jusqu'à la fin tragique des deux protagonistes. La communion de deux âmes entre poésie et tragédie, les efforts des parents dépassés par cette passion peu commune pour séparer ces enfants qui s'aiment tant qu'on en oublie leur lien.

28 Mémoires tome 2 de Giacomo CASANOVA (terminé)
Toujours autant de longueurs et de détails, mais il reste plaisant à lire. 

29 Les anges maudits de Tourlaville d'Yves JACOB (terminé)
Un livre un peu dur à lire avec son vocabulaire vieilli même s'il reste plaisant à lire. 

30 Le disque monde 0 Le fabuleux Maurice et ses rongeurs savants de Terry PRATCHETT (abandonné)
Lent, il ne se passe absolument rien à part des rats qui discutent, j'ai abandonné à la moitié à grand regret. 

31 La terre des morts de Jean-Christophe GRANGÉ (abandonné)
j'ai abandonné au  bout de 10 pages, le niveau de langue est très bas. J'attends d'un livre un minimum de vocabulaire sans aller jusqu'à du vocabulaire soutenu mais à mon sens, on écrit mieux qu'on ne parle et s'il parle comme ça, je ne ferais même pas l'effort de suivre la conversation.

32  La jeune vampire de J-H ROSNY aîné (terminé)
 Une nouvelle qui se lit vite, fort bien écrite et plaisante.

33 La silencieuse de J-H ROSNY aîné (terminé)
Une nouvelle qui se lit vite mais je n'ai pas bien compris pourquoi le personnage est silencieux.

34 La mort selon Turner de Tim WILLOCKS (abandonné)
Je n'ai pas accroché.

35 Cinq lions de cendre de Jamreo (auteur internet) Tome 4 Ch 1-3 (terminé)
Retour à Venise chez les souffleurs de verre où le mystère commence à s'éclaircir. 

36  Dans la chambre de Juliette de Martine MORILLON-CARREAU (terminé)
Une lecture plaisante et un récit un peu décousu qui se dévoile par bribes. 

37 Mémoires tome 3 de Giacomo CASANOVA (terminé)
J'ai trouvé le récit de l'évasion de la prison des Plombs particulièrement long et détaillé mais le reste se lit bien.

38  Mémoires tome 4 de Giacomo CASANOVA (terminé)
Il y a toujours des longueurs mais il se laisse lire. 

39 Mémoires tome 5 de Giacomo CASANOVA (terminé)
Le récit reste toujours un peu longuet mais bien écrit. 

40 La servante écarlate de Margaret ATWOOD (terminé)
Le récit est très lent mais ce n'est pas gênant. Bien des choses ne sont que suggérées mais étrangement cela ne m'a pas manqué. J'ai eu l'impression que l'héroïne (fort passive) se parlait à elle-même tout au long de ce roman. J'ai du mal avec les histoires lentes mais ce roman s'est bien lu sans m'ennuyer. Mon regret est que la fin reste en suspens. 

41Contes et légendes d'Indochine de Maurice PERCHERON (terminé)
Une plongée dans l'Indochine via des contes traditionnels qui se rapprochent parfois des contes européens avec une touche d'exotisme sous une plume fluide et poétique. 

42 Le chevalier errant-L'épée lige de George RR MARTIN (terminé)
Il est toujours sympathique d'en savoir plus sur des personnages antérieurs à la saga et de découvrir un peu les Targaryen au pouvoir. Ceci étant dit, la première nouvelle relate un tournoi, la deuxième une histoire de barrage. Je les ai trouvées toutes deux longues et sans le moindre intérêt si ce n'est pour la première de croiser des noms plus ou moins évoqués dans les romans. Si le texte reste bien écrit, pour ma part, j'ai trouvé qu'il trainait en longueur pour pas grand chose.

43 The chronicles of Prydain 1 The book of three de Lloyd ALEXANDER (terminé)
On retrouve la trame du dessin animé Taram et le chaudron magique de Walt Disney en gros. Je l'ai lu en anglais et ça m'a bien aidé à me repérer même si le niveau n'est pas très difficile. L'univers est sympathique, ça reste un livre pour enfant mais il se lit vraiment très bien et je l'ai trouvé bien écrit. Je regrette juste qu'ils passent beaucoup de temps à se promener ce qui n'apporte pas grand chose.

44 Mémoires tome 6 de Giacomo CASANOVA (terminé)
Il y a toujours des longueurs mais les choses semblent aller un peu plus rapidement. Il continue à voyager beaucoup et tomber amoureux tous les quatre matins. Mais le récit reste toujours bien écrit.

45 Mémoires tome 7 de Giacomo CASANOVA (terminé)
J'ai trouvé le récit un peu moins lourd, peut-être parce que la fin arrive ou qu'il voyage plus mais ce récit reste toujours merveilleusement écrit.

46  Mémoires tome 8 de Giacomo CASANOVA (terminé)
C'est un récit merveilleusement bien écrit, on voyage avec Casanova dans toute l'Europe même si parfois, il m'a mise mal à l'aise avec ma mentalité du 21ème siècle. Bien sûr, c'est un séducteur mais il a également tenté de vivre comme il l'entendait malgré les difficultés que cela lui causait notamment financièrement et à cause des conséquences de ses rapports avec la république de Venise tout en passant sa vie à voyager.

47 Le premier cercle 2 chapitre 1 à 21 de Béatrice AUBETERRE (auteur internet) (terminé)
J'ai vraiment  aimé retrouver cet univers et ces personnages, les personnages sont plus développés, on en sait plus sur le personnage principal. Reste à savoir où tout cela va les mener...

48 Dernière danse de Mishakal YVELDIR (terminé)
Une histoire qui se lit bien, je trouve la fin un peu rapide pour ma part mais sinon, c'est une histoire sympathique. Malheureusement, il y a beaucoup de fautes d'orthographe qui gâchent la lecture. Pour de l'autoédition, je ferme les yeux car je sais combien c'est compliqué mais pour une maison d'édition, ce n'est pas sérieux.

49 The chronicles of Prydain 2 The black cauldron de Lloyd ALEXANDER (terminé)
Le récit est toujours aussi lent, je trouve qu'ils parlent beaucoup pour ne rien faire, ça n'avance guère. Ce qui est dommage car il y a pas mal d'idées intéressantes.

50  Orion tome 1 Les chasseurs de mythes de Sizel (abandonné)
L'univers est très sympa mais j'ai fini par abandonner. Je le reprendrai peut-être lorsqu'il sera fini mais je trouve que les choses tournaient un peu en rond. 

51 Le Yark de Bertrand Santini et Laurant Gapaillard (terminé)
Un monstre qui aime les enfants mais qui a de plus en plus de mal à les attraper pour les croquer. Le récit plein d'humour est écrit un peu dans le style de Roald Dahl.

52 Le trône de fer Les origines de la saga par GRR MARTIN (terminé)
Le livre en lui-même est un beau livre comme on en fait rarement avec du papier et des illustrations de qualité, le texte qui peut sembler indigeste de prime abord est bien écrit et fluide à lire. On se perd un peu parmi tous les rois Targaryen mais j'ai vraiment apprécié la deuxième partie avec la description des lieux de la saga. Bref, il y a beaucoup de choses que la série principale n'a pas exploitée (ou le fera plus tard si la suite sort un jour) et ce livre est un bon complément.

fin octobre

Bonus
53 Escape game: Saurez-vous vous évader de ces trois aventures? BOUWYN/ VIVES/ PRIEUR (terminé)
Le concept est sympathique tout comme les univers et les énigmes proposées. Le système de changement de pages n'est pas toujours clair et il faut parfois un accès internet (ce qui est toujours précisé), toutefois des impressions auraient pu être en bonus pour le cas où on n'ai pas accès internet. Le temps requis est bien, on retrouve le principe des escape game, les univers sont variés, les illustrations très belles tout comme le papier, les textes sont bien rédigés

54 Escape game à Brocéliande de VAGNON (terminé)
Tout d'abord, j'ai eu du mal avec les illustrations qui sont assez criardes, j'aurais préféré quelque chose de plus doux mais c'est personnel. Ce livre se rapproche plus des histoires dont vous êtes le héros, l'aventure se laisse vivre mais je l'ai trouvé sympa sans être extraordinaire.  D'autant plus qu'il ne s'agit pas de quitter les lieux mais de sauver un chevalier.

55 Piégé dans les contes de Yohan COLOMBIÉ-VIVÈS (terminé)
Un livre jeu qui rappelle les histoires dont vous êtes le héros sur le thème des contes de fée que j'ai trouvé sympathique mais ardu.

56 Shining de Stephen KING (terminé)
Ce livre était dans ma pile à lire depuis longtemps mais ce n'était jamais le bon moment. L'histoire pourrait paraître traîner en longueur avec la description des tâches quotidiennes mais j'ai aimé ces plages de normalité qui encadrent les événements. J'ai adoré le personnage d'Halloran et de Jack mais le personnage de Wendy m'a semblé horripilant tout au long du livre mais peut-être était-ce voulu pour laisser Dany assez seul face aux évènements. Et il y a l'hôtel et sa présence maléfique qui est juste parfait et tellement bien dosé.

57 The chronicles of Prydain 3 The castle of Llyr de Lloyd ALEXANDER (terminé)
Un livre où il ne se passe rien ou presque si ce n'est les histoires matrimoniale d'Eilowny qui ne sont guère à l'ordre du jour donc pas crédibles vu son jeune âge. Le seul intérêt est la toute fin où on en sait un peu plus sur Eilowny et sa lubiole.  

58 The chronicles of Prydain 4 Taran wanderer de Lloyd ALEXANDER (terminé)
Taran part à la recherche de ses origines, seul; il y a un peu plus d'action mais le livre reste lent.

59 Docteur Sleep de Stephen KING (terminé)
La suite de Shining qui se lit bien. Je n'ai pas retrouvé l'atmosphère du premier livre, comme la majorité des livres récents de cet auteur, on est plus sur du fantastique que sur de l'horreur et du coup, c'est un peu dommage. J'ai bien aimé Danny et son rapport à l'alcool qui laisse entrevoir une explication à l'alcoolisme de Jack Torrance mais c'est à peu près le seul réel lien qu'on trouve avec l'Overlook et le premier tome. Dommage, ai-je envie de dire. J'ai apprécié en savoir plus sur le don via Abra; la tribu du Noeud vrai est sympa et haute en couleur. Mais pour moi, c'est plus une histoire parallèle qu'une réelle suite ce qui est un peu dommage comme le lien entre Abra et Danny qui est, à mon sens, plutôt artificiel et dont je me serai volontiers passée; l'image de Jack Torrance ayant été suffisamment écornée pour en rajouter surtout que ça n'apporte pas grand chose de plus que ce que l'on soupçonnait déjà sur le Don. Par exemple, on ignore toujours clairement pourquoi l'Overlook voulait Danny et ce qu'il pouvait bien faire du Don. Bref, il y a de bonnes choses mais je reste sur ma faim sur certains points.

60 Journal d'Enora de Plusselle de Mishakal YVELDIR (terminé)
Le titre est trompeur, ce n'est en rien un journal, je crois que la date à laquelle se passe le récit n'est pas mentionnée. C'est simplement un récit à la première personne. L'histoire se lit bien avec des scènes parfois dures qui servent le récit mais c'est une histoire sympathique.
Malheureusement, les fautes d'orthographe trop nombreuses gâchent le tout et rendent le texte illisible, il y a presque une faute et demie par page, cette maison d'édition n'est pas sérieuse sur ce point et respectueuse de ses lecteurs. Pour de l'autoédition, j'aurais fermé les yeux mais là... Dommage, dommage... 

61 The chronicles of Prydain 5 The high king de Lloyd ALEXANDER (terminé)
Une fin avec beaucoup de discussions, d'évènements inutiles et [spoiler]Taran qui devient roi en un claquement de doigts puis épouse Eilonwy sans qu'on ait eu le temps de comprendre qu'ils sont amoureux. [/spoiler] Trop de facilités à mon goût pour la lecture d'une série assez laborieuse (en VO certes). 

62  Hex de Thomas Olde HEUVELT (terminé)
La première partie est très lente, il ne se passe pas grand chose. D'un côté, c'est lent mais de l'autre, ça plante le décor sur ce qu'est la vie à Black spring pour montrer au lecteur ce que c'est de vivre ainsi au quotidien. Du coup, je suis assez mitigée. La fin me semble assez brouillon (quoi que ça colle aux évènements) mais si l'idée est plutôt bonne en soi, elle manque d'explications. Au final, l'histoire et les motivations de la sorcière sont données mais pas du tout développées ce qui est vraiment dommage vu que c'est autour de ça que tourne la vie des habitants de cette ville. La chose que j'ai vraiment aimée, c'est la vie des habitants avec la sorcière, comment ils tentent de la cacher, la manière dont ils réagissent lorsqu'elle est présente face à des étrangers et la manière dont ils tentent de contourner les règles. Bref, il y a de bonnes choses et la lecture est plaisante même si des choses auraient pu être développées.

63  L'homme au masque de fer d'Arthur BERNÈDE (terminé)
 Ce livre est bien écrit mais je trouve qu'il reste une pâle copie de Dumas même s'il présente une fin différente.

64 Mrs Dalloway de Virginia WOOLF (abandonné)
Au cinquième du livre, il ne se passait toujours rien donc j'ai laissé tomber. Dommage, l'auteur a un style plutôt fluide et agréable à lire.

65 La reine sanglante de Michel ZEVACO (abandonné)
Lent à mourir, j'ai abandonné.

66 Les derniers jours de Pompéi de Sir Edward Bulwer-Lytton (abandonné)
Je n'ai pas fini ce livre, certes. Il est lent, il ne se passe pas grand chose, les personnages parlent plus qu'ils n'agissent, il s'agit plus d'intrigues amoureuses qui traînent en longueur et de beaux discours que d'une réelle histoire  mais ce livre est merveilleusement bien écrit et bien documenté. Je le relirai peut-être un jour malgré son abandon. Je dirais oui pour les férus d'histoire et ce qui ne sont pas rebutés par d'interminables longueurs.

67 L'âge de cristal de William F. NOLAN et Georges C. JOHNSON (terminé)
Le résumé était alléchant mais si le récit est agréable à lire, il a des faiblesses. Il n'y a aucune surprise, le héros prend tout en main et la potiche l'héroïne qui le suit ne sert à rien sinon à apporter des informations mais elle n'agit pas. De même, le héros se pose des questions le jour de sa mort mais pas avant, jamais. Dans son cas, deux ou trois ans avant l'échéance, je me poserai des questions, j'imagine... Mais non, se retrouver face à des fugitifs alors que l'échéance approche ne le fait pas réfléchir ou les interroger. Tout est trop facile, ils ne se font jamais blesser/tuer/enfermer/mutiler/ se perdent jamais alors qu'ils ne savent pas où ils vont. En cas de souci, il y a toujours un personnage qui a la réponse. Le style en lui-même est décousu, on n'a presque pas de description (Dieu sait que ce n'est pas ma tasse de thé, pourtant),  pas de contexte clairement expliqué, pas d'explication de ce système qui soit un minimum approfondi. Bref, on fait la part belle à l'action mais ça manque de profondeur alors qu'il y a de quoi faire. Pourtant, il y a de bonnes idées, l'univers est relativement travaillé au niveau de la société qui est présentée. Si l'auteur fait une réécriture en profondeur de son récit, il y aurait moyen de faire quelque chose de chouette mais pas en l'état.

68 Retour à l'âge de cristal de William F. NOLAN et Georges C. JOHNSON (terminé)
Une suite dans la lignée du premier tome avec des incohérences, un manque d'approfondissement et des évènements qui rendent la chose trop facile, un héros mis en lumière qui laisse de côté les personnages secondaires. Dommage... 

69 L'affaire Toutankhamon de Christian JACQ (terminé)
J'ai dévoré ce livre. J'ai vraiment aimé suivre Howard Carter et lord Carnavon dans leur quête de Toutankhamon, presque derrière eux tant l'auteur sait nous faire vivre leurs émois. Et l'entrée dans le tombeau de ce pharaon, la découverte de sa dernière demeure, les peurs de Carter, son respect du défunt. Une grande histoire merveilleusement contée.

70 Dans les hautes herbes de Stephen KING (terminé)
La nouvelle démarre bien, on est plongé dedans et au fil des pages, tout s'évapore jusqu'à une fin sans explication.  Dommage, l'idée de base était sympa et l'histoire aurait méritée d'être développée.

71 La reine morte de Jean-Pierre CHATOT (terminé)
Une nouvelle sans intérêt sur l'histoire d'Inès de Castro et de don Pedro qui aurait mérité un peu de développement.

72 La porte du monstre de William Hope HODGSON (terminé)
Une nouvelle efficace dans le style de Lovecraft.

73 Contes et légendes inachevés Le premier âge de JRR TOLKIEN (en cours)

Relecture
Le trône de fer de GRR MARTIN tomes 1 à 14 (terminé)

Total 73 + 14 relus