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dimanche 21 mai 2017

L'alter ego de Raya

  Dans le monde de  Raya la sorcière, les pouvoirs magiques n’atteignaient leur apogée  qu’une fois jumelés avec ceux de sa « moitié magique ». Cette sorcière de trente ans avait le pouvoir de modeler les molécules pour transformer tout ce qu’elle voulait en n’importe quoi. Elle voyait ses proches trouver leur moitié-magique et leurs pouvoirs conjugués décuplés mais pas elle. Tout au fond d’elle, elle les enviait mais elle se rassurait en se disant qu’elle trouverait bientôt son alter ego. Au début, on la regardait étrangement, puis ses amis et sa famille prirent leur distance, quelque chose n’allait pas avec elle, c’était sûr. Elle n’était pas comme les autres, elle était différente, destinée à demeurer seule.

  Pour oublier sa condition de paria, elle se livrait à des expériences dans son laboratoire en parlant avec Acédie, son têtard domestique qu’elle désespérait de voir devenir un jour grenouille. La sorcière lui avait aménagé un confortable bocal mais elle perdait peu à peu espoir de le voir un jour se métamorphoser et ainsi avoir plus d’interactions avec lui ou elle. Au fond, Acédie était comme elle, un être à part.  Dans le voisinage, elle était connue comme l’effrayante Raya suite à quelques blagues ratées qui avaient effrayé les personnes à qui elle les destinait. Un jour, elle avait voulu créer une créature à la douce fourrure bleue clair pour amuser les enfants mais la créature, à la vue des enfants, avait tenté de les dévorer. Ce n’est qu’à grand peine que la sorcière était parvenue à la maîtriser.
 
 Elle observait souvent son têtard, elle lui parlait mais l’animal se contentait de frétiller dans l’eau ou de la regarder à travers la paroi de verre de son bocal. Elle avait l’impression qu’il la comprenait. Elle lui parlait de son désarroi de ne pas avoir trouvé sa moitié-magique, ce sorcier ou cette sorcière qui compléterait ses pouvoirs. Dans son monde, cet alter ego permettait de tirer le meilleur parti de ses pouvoirs ; en unissant leurs forces, ils compensaient leurs faiblesses. La plupart du temps, les sorciers se rencontraient à la haute école de magie ou à l’académie de magie qu’ils avaient choisi ; comme une évidence, ils se liaient et se nouait alors une relation de collaboration et d’amitié puissante. Mais Raya avait toujours été seule et elle avait peu à peu été rejetée par ses camarades au fur et à mesure qu’ils se liaient les uns aux autres puis s’enfermaient pour exploiter leur lien après les cours. En quittant l’université, toujours seule, le reste du monde la considérait d'un œil mauvais en cherchant à élucider le mystère de sa solitude. Dans son laboratoire, elle avait travaillé seule à perfectionner ses pouvoirs mais son cœur noircissait au fil des années, racorni par la solitude et de plus en plus souvent, elle se laissait aller à des expériences discutables, elle se surprenait à lancer des maléfices sans vraiment le vouloir sous l’effet d’une impulsion. Sa petite maison isolée dans un charmant coin de campagne lui semblait toujours plus solitaire.

   Raya avait croisé, quelques jours auparavant, une ancienne camarade de l’académie de magie qui s’était moqué d’elle. De rage, Raya avait fait brûler la magnifique pelouse de son ancienne camarade de classe qui lui avait lancé un regard furieux avant de tenter de rattraper les dégâts tandis que Raya fuyait à toutes jambes, ses longs cheveux violets flottant derrière elle. Une fois rentrée chez elle, ses yeux violines lançaient des éclairs. Elle balança son sac en peau de chauve-souris dans un coin avant de chercher sur quoi passer sa colère.
- Et toi, Acédie ? Tu me sers à quoi ? Tu ne te changes pas en grenouille, tu ne parles pas et tu n’as même pas de pouvoirs magiques ! Je ferais mieux de te remettre dans ta mare où tu te feras dévorer.
Le têtard tourna un moment dans son bocal avant d’aller se cacher parmi les algues. Raya se demanda s’il avait compris ce qu’elle venait de dire ou si seul le ton de sa voix l’avait effrayé. Depuis quelques temps, elle se disait de plus en plus souvent que ce têtard était bizarre. Toute la nuit, elle rêva que son têtard se changeait en grenouille et qu’il sautait à ses pieds alors qu’elle se promenait sur la berge. Elle le regardait puis elle l'écrasait avec rage comme s'il était responsable de la situation.
 
  Au réveil, elle se trouva de nouveau en seule compagnie de son têtard domestique. Devant ses tartines beurrées, elle l’observait du coin de l’œil. Raya l’avait depuis un an, elle l’avait ramassé pour obtenir une grenouille en deux ou trois mois mais il ne changeait pas d’aspect. Au départ, elle avait guetté l’apparition de pattes ou d’un début de métamorphose puis elle avait renoncé. Elle avait longuement observé la transformation des têtards de sa mare et puis, il n’était resté qu’Acédie qu’elle avait fini par prendre en pitié, il restait seul avec pour unique protection les hautes herbes de son environnement, à la merci des échassiers. La sorcière l’avait adopté dans l’espoir de pouvoir utiliser sa bave pour ses potions car cet ingrédient coûtait très cher et elle ne roulait pas sur l’or.
- Et toi, qu’est-ce que tu as à me regarder comme ça, à la fin ? Tu pourrais au moins parler !
Le têtard tournoya dans son bocal et lui tourna le dos. Raya n’en revenait pas, voilà que son têtard lui faisait la tête ! Il n’était décidemment pas normal. Elle se questionna un instant en se demandant si elle ne pourrait pas le transformer en grenouille au moyen d’un de ses sortilèges mais elle craignait de se retrouver avec une grenouille morte sur les bras. Elle pourrait toujours la faire sécher pour décorer son intérieur mais elle s’était étrangement attachée au petit animal. Et au fond, elle commençait à s’inquiéter qu’il ne se métamorphose pas.
  
 Quelques jours plus tard, en revenant du marché, elle avait pris sa décision. Son bocal à têtard sous le bras, elle marcha avec précaution jusqu’au logis de son ancien professeur de métamorphose. Le vieil homme à la longue barbe blanche se raidit à son entrée.
- Tiens, mais qui voilà ? L’effrayante Raya, pardon, mon ancienne élève Raya !
- Trêve de formalités. Je sais très bien que je suis mal considérée depuis que l’école a été accidentellement envahie par ma faute d’araignées et de serpents venimeux.
-Accidentellement, vraiment ?
- Oui, je jure que c’était un accident !
- Les apparences sont contre vous et nous avons accepté que vous poursuiviez vos études par correspondance et obteniez votre diplôme en session extraordinaire après cela.
- Oui, vous avez fait de moi une paria.
Le vieux mage l’observa avec circonspection.
- Bien, continua la sorcière, j’ai trouvé cette chose l’an dernier, elle ne se métamorphose pas en grenouille et semble comprendre et entendre ce que je dis lorsque je lui parle.
- Intéressant ! D’où vient-elle ?
- De la mare près de chez moi. C’est le seul têtard à ne pas s’être transformé en grenouille, j’ai eu pitié de lui.
- Cette chose n’est pas un têtard ordinaire ma petite, tu aurais dû le deviner seule. Comment as-tu donc obtenu ton diplôme ?
- En session extraordinaire, seule et isolée de mes camarades sans personne pour me soutenir ou juste parler avant et après les épreuves. marmonna Raya en levant les yeux au ciel et en s’asseyant dans le fauteuil car son hôte ne le lui proposerait visiblement pas.
  Après quelques incantations, le têtard laissa place à un jeune homme aux cheveux et aux yeux vert émeraude. Très mince, sa peau laiteuse luisait sous la flamme de l’âtre, accentuant sa maigreur.
- Raya, vous avez entendu mes appels et vous m’avez sauvé ! Pardon, je me présente, Andrea pour vous servir.
- Non, je n’ai entendu aucun appel, je me demandais pourquoi tu ne te transformais pas en grenouille !
- Pardon, je peux vous en offrir une pour me faire pardonner !
- Ce serait la moindre des choses, dit-elle en croisant les bras.
- Comment te remercier ? Tu t’es toujours si bien occupée de moi, tu me parlais tout le temps et je sais tout de toi.
- Trouve-moi une grenouille et déguerpis, dit-elle en quittant la maison, très contrariée d’avoir perdu son confident.
  Peu après, le jeune sorcier revint, une grenouille verte dans la main.
- Tiens ! Je me demandais… N’as-tu jamais songé que je pourrais être ta moitié de sorcier ?
- Pourquoi donc ? dit-elle d’un air bougon en haussant les épaules. Tu as bien trouvé la tienne à l’académie, non ?
- Oui, mais elle est morte dans un accident de laboratoire avant la fin de nos études. Et c’est dans ta mare que j’ai atterri et moi que tu as choisi entre tous les têtards.
- D’ailleurs, comment es-tu parvenu à ma mare ?
- J’ai fait une mauvaise manipulation un jour de pluie, je me suis transformé en têtard et le ruissellement de l’eau m’a mené à ta mare. Bien, essayons toujours ! Commençons par un sort simple !
- Mais tu n’as pas faim ? Envie de retrouver ta famille ? s’inquiéta Raya.
- Plus tard ! Tout ceci est trop important, je ne peux attendre. Le reste, si !
Et ils durent se rendre à l’évidence, leurs pouvoirs magiques s’accordaient parfaitement.
- Maintenant, je veux bien manger un morceau et prévenir ma famille…
Raya lui montra la table garnie pour le petit déjeuner et le téléphone bien visible dans la cuisine. Elle était de mauvaise humeur, elle s’était attachée à son animal de compagnie.
- Au fait, pourquoi m’as-tu appelé Acédie ?
Raya ne répondit rien, comment lui avouer qu’en premier lieu, elle avait projeté de le laisser dans son bocal pour voir combien de temps il survivrait sans son aide ?

Ce texte a été rédigé dans le cadre d'un appel à textes sur le forum L'allée des conteurs. En fonction de divers critères, j'ai hérité d'une effrayante Raya et de son têtard domestique. 2 mai 2017

mercredi 10 mai 2017

Promenade option vaisseau fantôme


D’un geste rageur, elle appose son sceau pour cacheter la lettre qu’elle jette sur son bureau encombré. Elle ne comprend pas comment elle a ainsi pu se faire avoir par celle qui semble bien sa pire ennemie malgré ses airs doucereux et ses propositions de collaboration. La jeune femme relit la lettre qu’elle vient de recevoir et elle cherche à lire entre les lignes. Elle décèle une sourde menace sous les phrases à double sens. Mais cette lettre ne peut  demeurer sans réponse.
 
Afin d’apaiser sa colère, elle sort dans le jardin plongé dans le noir. Les bruits de la nuit l’apaisent et elle lève les yeux vers les étoiles qui illuminent le ciel d’un tapis de diamants. Un miaulement la tire de sa rêverie et elle prend son chat noir dans ses bras avant de s’abîmer de nouveau dans la contemplation du firmament.
 
Même si elle sait que ce n’est guère prudent, elle quitte le jardin et s’engage sur le chemin qui mène à la mer. Le bruit des vagues lui parvient bientôt et le vent se fait plus violent.  Ses pensées s’envolent et peu à peu, la jeune fille s’apaise et elle se laisse bercer par le bruit des vagues qui s’écrasent sur les rochers. Elle pose son chat par terre et ils cheminent le long de la plage.
 
Tout à coup inquiète, elle scrute la nuit mais elle ne voit pas d’ombre se mouvoir dans l’obscurité et elle se rassure tandis que le vent la fait frissonner. Les phrases qui l’ont énervée lui reviennent en mémoire et elle les examine alors que son regard s’abîme dans la contemplation de la mer éclairée par la pleine lune. Les yeux plissés, il lui semble apercevoir une ombre mouvante au loin qui se rapproche  peu à peu. Elle distingue bientôt sous la lune, un navire toutes voiles dehors. Interloquée, elle se rend compte qu’un trois-mâts se dirige droit vers la plage et vers elle. Elle s’approche du rivage pour mieux voir.
- Viens à bord, ma jolie ! la hèle une voix douce.
Le chat saute dans le sable et s’enfuit aussi vite que ses pattes le lui permettent ce qui inquiète très fortement la jeune fille qui regarde la silhouette qui lui fait face. Elle hésite mais la curiosité est la plus forte et elle acquiesce doucement.  La silhouette indistincte descend par une échelle de cordes et lui tend la main. Sans réfléchir, elle la saisit et quelques minutes plus tard, elle se retrouve sur le pont d’un navire inconnu, en pleine nuit.
 
D’un regard, elle a remarqué l’équipage qui vaque à ses occupations sans la remarquer et elle se retourne vers celui qui l’a interpellée.
- Qui es-tu ? Que me veux-tu ? Où suis-je donc ?
- Mon nom est Astyanax et je vogue sur ce navire de pirates depuis quatre siècles !
- Quatre siècles ? répète la jeune femme en le regardant plus attentivement. Dans le noir, elle n’avait pas remarqué qu’il n’était pas humain. Pourquoi m’avoir fait monter à bord ? N’évitez-vous pas la compagnie des vivants ?
- Tu nous as remarqués alors je t’ai fait monter à bord, ma jolie. Les êtres humains sont pour la plupart aveugles, ils ignorent les signes invisibles qui les entourent.
- Je le sais, je les vois même si j’avoue que je me passerais bien souvent d’être ainsi.
- N’est-il pas merveilleux de voir ce que les autres ne voient pas ?
- Et surtout terriblement dangereux ! dit-elle avec un soupir.
- Et nous n’évitons pas la compagnie des vivants , c’est juste qu’ils ne nous voient pas. dit Astyanax avec un sourire mauvais.
 
Le vent fouette son visage et la passagère regarde l’horizon, au loin. Apaisée, elle songe au chat qu’elle a abandonné là-bas sur la plage.
- Où m’emmènes-tu ? Je dois rentrer chez moi !
- S’il te plaît, viens avec nous ! Quatre mois pendant lesquels tu verras du pays et au retour, notre malédiction sera levée.
- Je suis sincèrement désolée mais je ne peux pas, j’ai des responsabilités. Quelle malédiction ?
- Nous avons volé un trésor là-bas aux Indes car nous pensions nous enrichir et nous avons été maudits par un sorcier. Pour lever la malédiction, nous devons trouver un passager qui accepte de faire la traversée avec nous.
La jeune fille fulmine, ils comptaient donc l’enlever sans lui demander son avis ? Rouge de colère, elle hurle qu’elle veut rentrer chez elle et qu’elle rentrera à la nage s’il le faut. Penaud, le marin fantôme la regarde avec tristesse et il la ramène sur la plage. Soulagée, elle voit la terre approcher où son chat l’attend sagement couché sur le sable.
 
- Merci, dit-elle sèchement en commençant à descendre. Au fait, sais-tu qui je suis ?
- Non, mademoiselle et je m’excuse pour la frayeur que je vous ai faite, je ne pensais pas…
La jeune femme lui montre l’anneau qu’elle porte au doigt et le marin blêmit en remarquant le sceau qui côtoie un anneau d’or gravé.
- Attendez-moi ici, intime-t’elle à l’équipage en sautant dans le sable.
Elle rejoint son chat qui l’attend toujours sur le sable d’argent qui luit sous la lune, il miaule en la voyant revenir comme s’il devinait qu’elle avait eu affaire à des spectres.
- Ramène-moi une souris vivante, ne la mange pas ! lui murmure-t’elle à l’oreille.
Le chat noir bondit dans la nuit et il revint bientôt, une souris dans la gueule qui couine pour se libérer de son emprise. La jeune femme la prend délicatement mais fermement puis elle la caresse pour l’apaiser.
- Tu vas faire un beau voyage ! dit-elle doucement à la souris avant de rejoindre le bateau qui se balance doucement sous la lune.
 
- Je vous ai trouvé un passager, vous lui trouverez bien une chambre convenable ! dit-elle en tendant le rongeur au capitaine.
- Je lui fabriquerai une grande cage et je la nourrirai bien. Je vous promets de la relâcher à notre arrivée de l’autre côté de l’océan.  Merci, merci encore de nous sauver de cette malédiction !
- Bon voyage, dit-elle alors que les voiles du navire se gonflent mystérieusement sous l’effet d’un vent venu de nulle part. 

vendredi 31 mars 2017

Fictions pseudo-scientifiques: Ennui interstellaire

- Je te dis que j’ai lu que Foucault a découvert que son gyroscope permet de trouver le nord !
- Tu sais comment faire ? Tu vois bien que ça ne sert à rien du tout, dit Hugo en croisant les bras d’un air boudeur. Et puis te fier à un homme mort depuis des siècles n’est pas une bonne idée.
- Quel rabat-joie !
- En même temps, je parle à une fille qui se fie à un appareil poussiéreux qu’elle a trouvé dans une brocante ! On est passé à l’ère de la technologie, tu sais !
- Hugo, tu as une meilleure idée pour passer le temps ? Ou tu fais une crise de jalousie parce que tes jeux ont tous leurs batteries à plat depuis le temps ?
- Tu insinues quoi ?
- Tout simplement que si on ne veut pas mourir d’ennui durant notre voyage vers la planète Vénus, nous allons devoir jouer à des jeux qui datent de plusieurs siècles. On doit économiser l’énergie et on ne peut pas recharger les appareils inutiles. Viens, allons dans la verrière voir le paysage, mon père m’a dit que nous allions croiser une planète gazeuse dont j’ai oublié le nom. Il paraît que le spectacle vaut le détour.
- Ton père est astronome, un rien l’émerveille, répond l’adolescent boudeur en suivant son amie dans les couloirs déserts. Où sont les autres ?
- Dans la salle commune mais comme nous sommes les plus jeunes du vaisseau, les conversations d’adultes ne m’intéressent pas.

Debout devant le panneau de plexiglas transparent, les deux adolescents observent le spectacle familier qui s’offre à eux sans rien dire. Assis en tailleur, ils pensent à la Terre qu’ils ont quittée il y a déjà un an.
- En fait, Juliette, ce gyroscope, c’était une idée stupide, il n’y a pas de nord dans l’espace, reprend le jeune garçon.
- C’est vrai mais ça nous aura occupés quelques temps.
- Ton gyroscope m’y fait penser mais j’avais un diabolo sur Terre, j’aurais pu l’emporter, ça ne prend pas de place, c’est léger et comme on se serait amusés avec ! Il était violet et noir, les couleurs se brouillaient quand il tournait.
- C’est vrai que c’est dommage mais il faut de la place pour y jouer. Dans ce vaisseau, la place est un luxe.
- Tu as raison… On ne manque pas de papier vu qu’il est recyclé ! Origami ou pendu ?
- Encore ? On ne peut pas trouver quelque chose d’original pour changer ?
- On pourrait fabriquer des vêtements de papier et les colorier avec la peinture qui traîne quelque part. Ca nous occupera bien la journée, le temps de trouver l’idée, la mettre en œuvre et nettoyer et recycler derrière nous.
- Quelle bonne idée, ça nous changera !
Le gyroscope reste sur la table, inerte pendant que les gyroscopes géants du vaisseau spatial tournent inlassablement pour le faire glisser dans l’immensité de l’espace.

Défi: 500 mots Violet/ Gyroscope/ Jalousie

dimanche 12 mars 2017

Les contes flamboyants de la forêt: Pour l'amour d'un laurier

  Wivine et Loris s’aimaient depuis toujours. Loris était le protecteur d’un laurier et Wivine était chargée de protéger un chêne proche. Les deux elfes sylvains avaient grandi l’un près de l’autre dans une petite forêt perdue presque toute l’année dans la brume. Tout naturellement, alors qu’ils atteignaient leur centième année, ils s’étaient juré de s’unir pour s’aimer durant toute leur longue vie. En gage d’amour, ils avaient échangé un bracelet de pierres bleues, du même bleu que les yeux de Wivine.

  Les siècles passèrent sans changements notables, le temps s’écoulait lentement, les arbres croissaient et les elfes protecteurs gagnaient en beauté et en sagesse. Chaque jour, les deux elfes entretenaient leur arbre respectif en parlant de tout et de rien, ils coupaient les branches mortes, soignaient l’écorce, ôtaient les champignons et les insectes qui tentaient d’attaquer leur arbre protecteur en devisant gaiement. Puis ils marchaient dans le bois ou se reposaient au pied de leurs arbres en écoutant le chant des oiseaux. 

  Chaque membre de leur peuple se liait dès l’enfance à un arbre. Les deux êtres se cherchaient longuement mais lorsqu’ils se trouvaient, ils savaient que leurs esprits et leurs destins étaient unis pour l’éternité. L’arbre apportait réconfort et ombre à l’elfe dont il se faisait le confident peu loquace et l’elfe prenait soin de l’arbre et le protégeait des parasites. 

  Une tempête déracina le laurier plusieurs fois centenaire, Loris fut anéanti par cette mort soudaine et imprévisible. Il se sentait responsable de la disparition de son ami muet, il n’avait pas songé à remettre régulièrement de la terre sur le pied de l’arbre pour mieux l’ancrer dans le sol ou il n’avait pas pris la mesure des dommages du temps sur son ami de bois. Il passa de nombreuses journées à regarder l’arbre de son cœur sécher et se désagréger pour nourrir de nouvelles pousses. L’elfe chercha longtemps dans les environs un rejeton de son vieil ami qui aurait poussé là, une réincarnation de son défunt confident mais il ne trouva rien. 

  Au bout de quelques semaines qu’il passa assis à se remémorer le bruit du vent dans les feuilles du laurier, il partit les mains dans les poches et sa cape sur les épaules. Wivine avait tenté de communiquer avec son ami de toujours mais elle avait fini par renoncer devant sa mine triste et ses yeux perdus qui la regardaient sans la voir. Loris n’était que désespoir et haine pour lui-même.  

  Wyvine attendit longtemps son compagnon, l’automne s’acheva.

- Ô toi, Quercus, mon chêne, symbole chez les celtes de longévité, de force et d’endurance, donne moi la force d’attendre avec patience le retour de Loris.

  Le vent agita les branches de l’arbre qui lui murmura de se montrer patiente. 

  Au printemps, elle planta un laurier à la place de l’arbre déraciné qu’elle baptisa Lawri. Elle regardait la plante grandir lentement et en prenait grand soin. Elle pensait souvent à Loris et ne quittait jamais le bracelet bleu qui les liait. Wyvine se rassurait, l’arbre-vie de son compagnon symbolisait l’immortalité et la victoire, elle y voyait un bon présage.

   Dix printemps se succédèrent et Loris ne revenait pas. Lawri prospérait, Wyvine l’avait replanté très profondément dans la terre alors qu’il était jeune pour lui épargner le sort funeste de son prédécesseur. 

  Un jour, un vieil elfe tourna longuement autour de l’arbre, une jeune elfe dans les bras. Sur le qui-vive, Wyvine alla les trouver et leur expliqua que l’elfe-vie de cet arbre serait bientôt de retour. Le vieil elfe rit et lui répondit que cet arbre croissait depuis des années mais qu’il finirait par trouver un protecteur qui ne serait pas celui qu’elle espérait. Elle devait s’y faire. Les longs cheveux roux de Wyvine volèrent sous ses signes de protestation, elle se refusait à envisager que cet arbre trouve un autre propriétaire que son compagnon. 

- Lawri ! Lorifioré ! Je t’ai cherché partout de par le monde depuis douze longues années et tu m’attendais à ta place de toujours ! Mais que tu es petit ! Lorifioré est un joli nom mais pour moi, tu resteras toujours Lawri, l’arbre qui m’a attiré dans ma tendre enfance et que j’ai gardé jusqu’à son funeste trépas. Je me suis haï de n’avoir pas su le protéger, j’avais failli à ma tâche mais j’ai fini par admettre qu’il avait vu bien des jours se lever et que la vieillesse seule avait eu raison de sa force passée. Ma haine envers moi-même s’est apaisée au fil des années et je te retrouve, mon vieil ami qui m’attendait chez nous. Je vais t’appeler désormais Lawri-fiero, ça ne changera guère ton nom, tu seras Lawri le fier si tu le veux bien. Mon Lawri sera toujours mon arbre-vie, je ne puis l’abandonner.

  Le vent secoua les branches du laurier en signe d’acquiescement. Pour la première fois depuis des années, Loris sourit et son regard s’éclaira, il avait parcouru le monde entier mais sa place était toujours ici, là où l’arbre qu’il avait tant aimé était né et avait grandi. 

  Son regard se tourna alors vers Quercus qui demeurait à sa place, ses branches toujours vigoureuses mais il ne vit pas Wyvine à son pied. Il inspecta l’arbre qui lui sembla en bonne santé et bien entretenu tout comme Lawri-fiero, il conclut que quelqu’un se chargeait de ces deux êtres si forts mais sans défense. Il s’assit entre les deux arbres en jouant un air de flûte, heureux de retrouver sa maison. Lorsque l’air qu’il jouait fut terminé, l’elfe leva les yeux, un bracelet de pierres bleues, jumeau du sien se trouvait juste devant lui. En levant les yeux, il rencontra deux iris du même bleu, mouillés des larmes de Wyvine qui tomba à genoux devant lui. Leur longue séparation avait pris fin.

- J’ai pris soin de lui, je l’ai surnommé Quercus car toi seul savait son nom véritable.

samedi 11 mars 2017

Les contes flamboyants de la forêt: La danse du faune


  Le petit faune, créature au corps d’homme mais aux cornes et membres inférieurs de chèvre jouait de la flûte de pan à l’orée du bois. Le sylvain appelait son père, le dieu Pan à la fête du soir. Une serpe à ses pieds, une couronne de lierre sur la tête, il finissait sa journée de labeur dédiée à l’entretien du petit bois dont il avait la garde. Tout le jour, il parcourait le bois et lorsqu’il croisait un petit enfant qui venait de casser une branche, il allait à grandes enjambées, réprimander sévèrement le chenapan. Il était le gardien de ce petit bois et il comptait faire régner l’ordre en ce lieu dédié au dieu Pan.

  Lorsque le dieu Pan venait visiter son petit bois, le faune avait le devoir d’éloigner les curieux car si d’aventure, un mortel voyait le dieu Pan, il en perdrait la raison. Alors il jouait un air de la flûte du dieu ou chantait pour éloigner les curieux.

   En cette fin d’après-midi, le faune jouait un air entraînant en dansant et en sautant comme un cabri dans l’herbe tendre de ce début d’été. Sa couronne volait à chaque saut mais elle retombait toujours sur sa tête en un gracieux ballet aérien. Quand le dieu Pan arriva vers lui, le faune continua sa danse et joua un air plus compliqué en l’honneur de son dieu. La divinité s’assit dans l’herbe et le regarda faire ses cabrioles.

   Quand le faune finit sa danse et s’avança pour saluer le dieu, son sourire se figea sur ses lèvres. Il entendit deux voix derrière lui, un jeune couple s’avançait vers eux sans leur prêter attention. Le faune attrapa un coin de la cape du dieu et d’un geste ample l’en recouvrit.
- Fuyez malheureux ! Le dieu Pan est à mes côtés !
Les jeunes gens fuirent, le faune ôta la cape du dieu qui rit à gorge déployée de cet intermède.
- Bien, la fête nous attend !

dimanche 5 mars 2017

Les contes cauchemardesques de la forêt: Une ambiance électrique


  Jules était seul ce soir-là, ses parents étaient allés au cinéma le laissant seul avec la baby-sitter qui regardait la télévision dans le salon. Il entendait les bruits étouffés du téléviseur. Comme il s’ennuyait, le petit garçon commença à jouer avec la prise électrique. Comme son doudou ne subit aucun dommage, il mit son doigt dans la prise. La douleur fut intense et il retira immédiatement son doigt. Peu à peu, la douleur s’apaisa et il n’y pensa plus.  Une fois la lumière éteinte après l’histoire et le bisou de la baby-sitter, Jules s’endormit et il rêva de pirates et d’aventure avec nounours.


  Un bruit à sa fenêtre, certainement, un morceau de bois léger emporté par le vent le réveilla en sursaut. Lorsqu’il ouvrit les yeux dans le noir de sa chambre, Jules fut pris de panique : il voyait des formes de couleur dans le noir, comme des néons roses, jaunes, bleus, verts ou rouges qui bougeaient en silence et avec une lenteur inquiétante. Le garçon alluma la lumière mais il ne vit rien. 


Quand il l’éteignit, il revit les lumières qui passaient sans le voir. Il commença à gémir de peur mais les créatures ne firent pas attention à lui alors la  curiosité et l’émerveillement l’emportèrent. 


  Adolescent, la curiosité l’emporta et il chercha à comprendre ce que lui seul voyait. Malgré des études de biologiste, il ne comprit jamais ce qu’il voyait et personne ne put l’aider. Néanmoins, il remplit un cahier d’étude de ces créatures de la nuit, phosphorescentes et invisibles qui continuaient à l'émerveiller, nuit après nuit.

vendredi 3 mars 2017

Les contes cauchemardesques de la forêt: La licorne captive


 On raconte qu’il y a deux siècles, une licorne vivait seule dans une forêt isolée et ignorée de tous. Un jour, lassée de sa solitude, elle quitta la forêt pour découvrir le monde. A peine sortie, un paysan la captura : il savait que la licorne était réputée pour avoir la force de dix chevaux. 

   La créature supplia le paysan de la laisser partir, lui promettant richesse et chance s’il la libérait. L’homme refusa et l’emmena dans sa ferme.

  La licorne travailla comme dix chevaux mais était bien résolue à s’échapper. Toutes les nuits, elle hennissait sans fin pour troubler le repos de l’homme. Fatigué, il abaissait de plus en plus sa vigilance. Un jour, enfin, la licorne partie travailler put blesser l’homme de sa corne et fuir, libre vers les bois qui l’avaient vue naître. Depuis les licornes évitent la compagnie des hommes et si on dit qu’elles n’existent pas, c’est qu’elles se cachent bien.

jeudi 2 mars 2017

Les contes cauchemardesques de la forêt: Le chat-vampire

Ces dernières semaines, j’ai rêvé qu’un chat m’épie mais je ne me suis pas inquiétée car mon chat noir ronronnait toutes les nuits à côté de moi. Je me suis dit que mon esprit transformait la réalité. Hier, sans raison, mon chat adoré, que j’ai adopté alors qu’il n’était qu’un bébé, m’a sauté à la gorge dans mon sommeil et m’a étranglée. Depuis, je le vois qui vit ma vie dans mon appartement ; mon fantôme ne peut pas se venger de lui car il est immatériel et son pouvoir maléfique est plus puissant que moi.


 Cette nuit-là, j’ai rêvé qu’on m’observait et je n’ai vu que mon chat noir, ses deux yeux verts m’observaient d’un air étrange mais il ronronnait comme de coutume, peut-être un peu plus fort que d’habitude mais rien d’alarmant. J’ai éteint la lumière et d’un bond, le félin m’a sauté à la gorge avant de m’étrangler et de boire mon sang. Il a ensuite traîné mon corps jusqu’au jardin pour m’y enterrer avant de retourner dans ma chambre et de prendre mon apparence.
  Il vient de rentrer chez moi, enfin chez nous, accompagné d’un jeune homme et je le vois, je vois ses yeux et son sourire, il est prêt à lui sauter à la gorge. Je suis impuissante et je ne peux que regarder mon chat devenu vampire approcher ses lèvres de la gorge de sa victime.

mercredi 1 mars 2017

Les contes cauchemardesques de la forêt: Céder au chant de la sirène


  La sirène se réchauffe aux chauds rayons du soleil estival en peignant ses longs cheveux de feu. Elle chantonne doucement pour elle-même, bercée par le bruit de la mer. Le vent caresse sa peau blanche et joue dans ses cheveux mouillés qui sèchent lentement. La créature marine savoure la quiétude de ce moment de calme : hier, la mer était en furie, la tempête faisait rage, l’orage grondait au-dessus de sa tête et la folie de l’océan était meurtrière. Au matin, son environnement avait retrouvé son calme habituel.

  Le silence est brisé par un navire qui avance vers la sirène, toutes voiles dehors. Elle le regarde, fascinée par cette structure de bois à la ligne élégante. Des marins la montrent du doigt avec des rires et des cris, la sirène les regarde s’agiter sur le pont du navire. Elle chante à pleins poumons pour qu’ils l’entendent ; longtemps, elle lance vers le ciel des chants qui parlent de mer et de nature sauvage sans quitter le navire des yeux. Les voiles repliées, il attend qu’une vague l’emporte au loin tandis que la sirène chante encore et encore de sa voix cristalline.

   Enfin, les voiles se déploient, ailes blanches qui emportent le navire vers d’autres horizons. La sirène soupire de soulagement, son chant les a fait fuir.

mardi 28 février 2017

Les contes cauchemardesques de la forêt: Akaname


   Déprimé par les difficultés de sa vie actuelle, Donald était rentré tard ce samedi soir après une soirée entre amis. Fatigué tant mentalement que physiquement, il était allé se coucher sans faire de toilette, elle pouvait bien attendre le lendemain tout comme le ménage de son studio.
 
  A minuit, il se réveille en sursaut : il a entendu du bruit. Il écoute attentivement et se rendort. Dix minutes plus tard, il en est sûr, du bruit provient de la salle de bain. En silence, il se lève et voit une silhouette dans le noir, penchée sur sa baignoire, elle a l’air en train de vomir dedans.
 
  Le lèche-crasse lève la tête,  il a entendu du bruit, il se retourne sans rentrer sa longue langue dans sa bouche. Le petit esprit sourit et toujours courbé en deux, il s’approche de Donald, sa peau verdâtre luisant sous la lumière de la lune.
 
- Laisse-moi laver ton âme !
- Non, non, merci, j’allais me laver, je suis rentré fatigué et…
- Dans ce cas, je m’en vais mais je reviendrai si jamais tu as besoin de mes services.
 
  Donald regarde sa salle de bain qui est, en effet, bien sale. Armé d’une éponge et de produit d’entretien, il la nettoie de fond en comble de crainte que la chose le contamine d’une maladie inconnue. Il poursuit en nettoyant tout son appartement puis en prenant une douche. Il se recouche moins fatigué et moins déprimé cette nuit-là. La crainte de revoir cette créature dans sa salle de bain l’a forcé à agir et il n’a pas du tout l’intention de lui donner envie de revenir.

lundi 27 février 2017

Les contes cauchemardesques de la forêt: Bertold le voirloup

   Dans le village, on murmurait que Bertold avait donné son âme au Diable en contrepartie de pouvoirs nuisibles. Lorsqu'ils le croisaient, les gens de l'endroit murmuraient et le suivaient du regard avec curiosité et méfiance.

   Un jour, las de ces racontars, le jeune homme de dix-sept ans décida d'aller voir un sorcier pour le questionner sur les rumeurs à son sujet. Instruit de ce qu'on lui reprochait, il décida de leur donner raison. Quitte à subir des quolibets, il préférait que ce ne soit pas pour rien. 

- Ah, les voirloups! Ce sont des créatures fascinantes mais leur ressembler coûte cher, très cher. Et les ingrédients nécessaires sont difficiles à trouver et coûtent cher. 
- Pouvez-vous me les fournir?
- Bien sûr, répondit le sorcier avec un sourire mauvais.


   Rentré chez lui, Bertold traita les ingrédients pour être en mesure de les conserver et pouvoir refaire la potion plusieurs fois. Il réfléchit tout le jour aux conséquences de ses actes mais le soir, il céda, furieux d'avoir été une nouvelle fois invectivé sans raison. Il fabriqua avec frénésie la mixture et à minuit, elle était prête.
- Sang de vierge, graisse rance de porc tué le vendredi saint à trois heure de l'après-midi, semence, bave du diable, tout y est. L'amalgame est prêt!
Au premier coup de minuit, il s'enduisit les membres inférieurs avec la mixture et s'adressa au Seigneur des ténèbres. Transformé en loup, il fuit dans la forêt après avoir poussé un hurlement qui réveilla tout le village.

   Toute la nuit, il courut dans la forêt et dans le village, l'appel du sang et du mal se faisait plus pressant. Silencieux comme une ombre, le jeune homme dévora les chiens et le bétail pour se délecter de leur sang. Bien décidé à se venger de ses voisins, Bertold profita de ses nouveaux pouvoirs pour mettre le village sens dessus dessous. De son regard, il se concentra sur des tas de paille pour y mettre le feu à distance. De loin, il admira son œuvre, tout le village était envahi de feux silencieux; les hommes se réveillaient et hurlaient à leur ruine probable. Bertold se délectait de ce spectacle, il ne voyait pas passer les heures mais il se souvint à temps qu'il devait rentrer chez lui avant l'aube. 

   Ombre furtive, il se glissa jusque chez lui alors que la nuit s'écoulait inexorablement. Une femme le vit et tira une flèche dans sa direction, touché à la cuisse, il retint un cri de surprise et se fondit dans la nuit. Une heure plus tard, il parvint à se glisser dans sa maison, l'aube pointait. Bien qu'il ne ressente pas la douleur, l'arme le gênait pour courir dans le noir. Sa nyctalopie l'aidait à se faufiler dans les fourrés et il parvint à contourner le village en évitant les groupes chargés de  trouver le coupable pour atteindre sa maison.


   Rentré chez lui, le jeune garçon reprit forme humaine, il retira la flèche plantée dans sa cuisse et se soigna. Alors que l'aube pointait, sa peau de loup éclata, le sortilège avait cessé mais il le protégeait de la douleur, il ne ressentit rien. Bertold était redevenu lui-même. Il dormit jusqu'à midi, épuisé de sa longue nuit puis il se promena dans le village. C'était un jour de marché et on ne parlait que des dégâts de la nuit.
Personne n'avait rien vu de manière précise, on parlait d'une ombre dans la nuit et on s'interrogeait sur l'origine des dommages.
Le voirloup écoutait attentivement les conversations et notait les villageois qui nourrissaient des soupçons à son encontre; il se découvrit le pouvoir de lire les missives où l'on parlait de la créature mais personne ne le soupçonnait. Il le regrettait presque, il aurait eu grand plaisir à punir ceux qui devinaient sa vraie nature. Satisfait, il rentra chez lui, les mains dans les poches. Il avait repéré quelques méfaits qu'il pourrait faire la nuit venue pour profiter de sa nature.



   Ce soir-là, alors qu'il se lavait, il remarqua la tache rouge en bas de son dos ainsi que la fourche bifide sur son épaule gauche. Satan avait marqué son âme et son corps. Il lui restait suffisamment de mixture pour se transformer plusieurs fois en bête et se venger de ses ennemis lorsque l'envie de faire le mal prendrait le dessus sur la prudence et ses restes d'humanité.

samedi 25 février 2017

Les contes cauchemardesques de la forêt: Kannerezed noz

   Minuit sonne. Des rires et le bruit des coups de battoir s'élèvent de la rivière, malheur au promeneur attardé qui passerait par là.
- Au fait, pourquoi êtes-vous condamnées à laver le linge les soirs de pleine lune? Depuis des siècles que nous nous côtoyons, nous pouvons bien avouer. J'ai lavé mon linge après le coucher du soleil, j'avais vingt ans à l'époque, ça devait être dans les années 1530. J'ai été maudite pour cela. A l'époque, la tradition voulait que l'on travaille le jour et que l'on cesse tout avant le coucher du soleil.

- Moi, j'ai noyé mon enfant. Si vous regardez bien, ce n'est pas du linge que je lave, tords et bats à longueur de nuit. Cet enfant était illégitime et j'ai eu peur de la réaction de mon maître, j'avais seize ans, j'ai caché ma grossesse et désemparée, je m'en suis débarrassée à la naissance.

- C'est horrible, dit la troisième en regardant les mèches blondes et les yeux bleus de ce qui fut une innocente jeune fille. Pour ma part, j'ai lavé mon linge un vendredi saint alors que c'est interdit. J'ai été damnée et depuis trois siècles, je lave mon linge toutes les nuits de pleine lune dans l'eau glacée.

- J'ai frotté avec des cailloux et non du savon le linge de pauvres que je devais laver à moindre coût. Je leur rendais du linge sale et plus abîmé que lorsque je le recevais. J'avais plus de temps pour prendre soin du linge des riches qui me confiaient leur linge fin. Mais je m'enrichissais et je gagnais du temps à agir de cette façon.

- Pour ma part, j'ai enseveli mon mari dans un linceul sale, je voulais l'enterrer rapidement pour me remarier avec mon voisin.

- Moi, c'est mon mari qui m'a ensevelie dans un linceul sale. Mauvais chrétien, il n'avait cure des traditions et des usages. Tiens, voilà quelqu'un! Ils sont plusieurs. Hé vous, venez donc nous aider à essorer notre linge!

   Le groupe s'approche, intrigué par les rires de ces femmes habillées à l'ancienne que la pleine lune éclaire. Ils s'avancent face aux lavandières et chacun prend un bout de drap.
- Mets-y donc un peu de cœur ou tu vas en pâtir, répond la première. Tant pis pour toi, je vais te casser le bras car je ne vais pas retenir ma force.
Et elle fit ce qu'elle avait dit, le jeune garçon hurla de douleur sous la lune.
- Imbécile, tu as tordu le linge dans le mauvais sens! Tu vas mourir, broyé de mes mains! dit la deuxième.
- Vous venez de tordre votre linceul, reprirent les quatre autres avec un sourire mauvais.
   Les quatre survivants s'enfuirent à toutes jambes. Ils traversèrent la route en courant pour rejoindre leur voiture, un camion les percuta dans la nuit. Le conducteur ne les avait pas vu traverser la route mal éclairée.

vendredi 24 février 2017

Chroniques vampirologiques A bout de force

   Je m'affaiblis, ma force s'écoule hors de mon corps, j'ai soif. Je passe tout le jour et une partie de la nuit dans mon cercueil; à la nuit tombante, j'ai de plus en plus de mal à quitter mon caveau. Je mastique mon linceul pour tromper la faim dévorante qui m'anime, je n'ai pas suffisamment de chair pour me nourrir de ma propre chair et trouver un regain de force pour quitter mon tombeau.

   A cette époque, la nourriture se fait rare, les animaux ont quitté les villes vidées de la nature sauvage, je n'ai aucune chance ou presque d'en trouver dans le cimetière où je vis ou dans les alentours. L'éclairage public électrique rend hasardeuse la chasse dans les rues des villes, depuis bientôt un siècle, cette nouvelle méthode d'éclairage me complique la tâche.

   La malédiction dont j'ai été victime sur mon lit de mort me poursuit depuis trois siècles. Je suis fatigué de cette vie mais cette nuit, je vais rassembler mes forces pour me lever et rejoindre les bois proches afin de trouver des bêtes pour me nourrir.

   Avec difficulté, je quitte mon abri, la pleine lune éclaire le cimetière. Je trouve la sortie à tâtons et me glisse au-dehors. Après avoir erré toute la nuit, je capture un ragondin qui furetait dans des poubelles. Je ne vois les premiers rayons du soleil poindre qu'une fois rassasié. La faim m'a rendu imprudent mais je suis fatigué de cette demie-vie, j'accueille la mort, la vraie comme une délivrance.

jeudi 23 février 2017

Les contes cauchemardesques de la forêt: La fileuse de linceul

"Nuit du 31 octobre 1867

J'ai été réveillé cette nuit par un bruit étrange venu du grenier. J'ai tendu l'oreille, intrigué et après quelques minutes, j'ai de nouveau entendu ce bruit. Vous savez tous ce que sont les vieilles maisons: le bois travaille et craque durant la nuit, des souris galopent sur les parquets, les bruits nocturnes sont fréquents.

Ce bruit s'est de nouveau fait entendre et armé de courage, j'ai passé ma robe de chambre et exploré la maison pour en trouver l'origine. J'ai donc fini par monter au grenier. Le bruit venait bien de derrière la porte que j'ai ouverte en silence.

Dans un rayon de lune, je l'ai vue. J'ai vu le rouet et les mains de la fileuse de nuit. Elles s'activaient encore et encore pour tisser l'étoffe qui gisait à ses pieds. Alors que j'allais partir, horrifié par cette apparition, elle a relevé la tête et m'a souri d'un air mauvais.
- Vois le linceul que je tisse, c'est le tien. Tu ne verras pas l'aube...

L'aube pointe alors que je termine cet écrit. Mon testament est juste à côté de ce journal. Je demande à quiconque le trouvera d'avertir ma famille et de transmettre mon testament à maître N., notaire de son état."

mercredi 22 février 2017

Les contes cauchemardesques de la forêt: Comment faire un croque-mitaine

- Prenez une tranche de croque-mitaine, deux tranches de pain, deux tranches de fromage, de la sauce béchamel, du gruyère râpé
- Tartinez chaque tranche de sauce béchamel, couvrez d'une demi-tranche de croque-mitaine, d'une tranche de fromage
- Refermez le sandwich et couvrez généreusement de gruyère râpé
- Mettez 10 minutes au four à 200°C


Le point sur un ingrédient clé: Le croque-mitaine
Le croque-mitaine se trouve dans les endroits sombres et clos (dessous de lit, placards). Il sort de sa cachette à la nuit tombée. Attiré par les enfants, il aime particulièrement leur croquer les doigts, leur mâchoire puissante peut les sectionner d'un coup de dent. C'est lorsqu'ils quittent leur cachette pour manger leur proie que l'on peut les attraper avec un filet ou si l'on est rapide avec les mains.


mardi 21 février 2017

Les contes cauchemardesques de la forêt: L'attaque du lycanthrope

   Il était une fois, près d'une forêt touffue, une femme qui rentrait souvent tard de la chasse. Une nuit de pleine lune, un loup l'attaqua. L'énorme loup était en train de dévorer une victime du froid fraîchement mise en terre, comme c'est l'habitude des lycanthropes, quand un léger souffle de vent lui apporta une douce effluve de chair fraîche. Le loup-garou leva les yeux et croisa ceux de la femme qui vit alors le loup.

   Avec un hurlement, elle se mit à courir mais la neige la retardait, l'agile loup-garou fut bientôt sur elle. On racontait dans le village que ces créatures tuaient et dévoraient sans pitié la première victime qu'ils croisaient. Lorsqu'elle tomba, la femme saisit un caillou proche, bien décidée à vendre chèrement sa vie. Le loup-garou lui tomba dessus de toute sa force et de tout son poids pour tenter de la mordre. Elle lui asséna un coup en pleine tête avec le caillou, la féroce créature relâcha momentanément sa pression. La femme retira son pic à cheveu et le lui planta profondément dans le bas-ventre avant de le repousser de toute la force de ses jambes et de fuir, les mains crispées sur le pic en fer forgé. Son pied glissa plusieurs fois dans la neige, elle était gelée mais l'instinct de survie fut le plus fort, ses pieds volaient vers le village, vers le salut. Rentrée chez elle, la femme se barricada et s'inspecta pour vérifier qu'elle n'avait pas été mordue. Elle passa le reste de la nuit au coin du feu, tremblante, enroulée dans une couverture.

   Son voisin pleura toute la journée du lendemain, elle l'entendait à travers les minces murs de torchis. Dans l'après-midi, la jeune femme se décida à aller lui porter secours. Lorsqu'elle entra dans la petite maison, il pleurait et se roulait par terre, les muscles raidis par des contractures musculaires. Il ne cessait de répéter qu'il avait fait des choses horribles entre deux sanglots et il maudissait la pleine lune et la lune rousse. Il répétait comme une litanie "mes vêtements, personne ne doit me voler mes vêtements ou je serais condamné à rester une bête". Indécise, elle s'avança vers lui en silence et s'agenouilla près de lui en lui demandant ce qu'il avait fait. "Je ne peux vous le dire car vous seriez horrifiée, chère voisine, mais je sais et je n'oublie rien. Le pire, c'est que je ne peux pas lutter contre ma nature ou me contrôler.".

   Horrifiée, la jeune femme remarqua alors le bandage autour de son ventre et la large auréole de sang qui ornait le linge blanc.

lundi 6 février 2017

Le retour de lady Pinkstone

 Défi:
500 mots
tableau/ témérité/ rose

  Arrivé par une nuit pluvieuse au manoir de Lord Pinkstone, je regardais la bâtisse en pierre rose, nommée ainsi en hommage au propriétaire à la faveur d'un éclair. Le majordome me mena dans l'office où je pris un repas rapide avant de rejoindre ma chambre. Je ne verrais les enfants dont je suis le précepteur que demain matin ainsi que mon employeur.

   Le lendemain matin, rasé de frais, je rejoignis l'office pour déjeuner et faire la connaissance des employés du manoir.
- Ah, vous êtes dans la chambre de pierre rose ! Le propriétaire du château la fit construire pour son épouse qui disparut mystérieusement, une nuit.
- Est-ce une légende ou a-t'elle fui avec un amant ?
- Non, c'est un mystère mais certainement pas une légende.
- Les invités qui y dorment vivent donc d'étranges nuits ?
- Personne n'y dort depuis son décès, il y a trois cent ans environ. Mais le bâtiment se dégrade donc on vous l'a allouée pour l'instant.

   Le soir venu, après avoir rencontré le lord et ses deux enfants, je rejoignis ma chambre. Je restais de longues minutes à contempler le tableau représentant lady Pinkstone, une très belle jeune femme aux cheveux noirs et à la peau de lait. La dernière fois qu'on l'avait vue, elle venait d'entrer dans cette pièce. J'en fis rapidement le tour sans rien trouver d'intrigant.

   A minuit, je fus réveillé par un frôlement près de moi. Une faible lueur provenait de la cheminée, un passage secret s'était ouvert. Surpris de ma témérité, je pris un bougeoir et m'y enfonçais après avoir placé une bûche en travers de la porte. Quelques minutes plus tard, j'entendis la porte se refermer puis buter contre la bûche. Inquiet, je continuais jusqu'au bout.
Gravé dans la pierre, j'y trouvais un curieux récit :
«  4 juillet 1523
Moi, lady Rowena Pinkstone me retrouve enfermée à jamais en ce lieu. J'ai voulu rejoindre mon amant, le jardinier pour fuir loin de ce lieu par un passage secret. Or, il est muré et je n'ai pas bloqué la porte. Puissiez-vous avoir pitié de mon âme si vous me trouvez en ce lieu. ».

   Je regagnais ma chambre, avec la chair de poule ; incapable de dormir, je me décidais à réveiller le lord. Il se rendit immédiatement dans la pièce et examina la tombe. Je ne vis qu'à ce moment-là, le squelette allongé près de l'inscription.
- Je vais vous ouvrir une autre chambre et je prendrai mes disposition pour lui donner une sépulture décente dès demain.
En quittant la pièce, mon regard se posa sur le portrait de la morte, je répondis à son sourire et sortis. Sitôt la porte refermée, une silhouette féminine passa dans la chambre déserte. Elle fit le tour de son ancienne chambre comme si elle l'examinait en détail, envahie de souvenirs d'une autre époque.

lundi 23 janvier 2017

La marque de l'orphelin

VOTRE DEFI

Objet « sac-poubelle »
~¤~
Emotion «amnésie»
~¤~
Couleur « crème »

Nombre de mots: 499 Option taille 500 mots


La marque de l'orphelin

Le petit garçon se réveilla en sursaut, une goutte de pluie l'avait éveillé. Intrigué, il regarda autour de lui, il dormait sur un fauteuil qui avait été d'un cuir crème mais qui ne ressemblait désormais qu'à une peau en train de peler. Il repoussa le sac poubelle qui lui tenait lieu de couverture et épia les bruits. Seule des gouttes d'eau se firent entendre.

Il rêvait à son père, un brillant scientifique frappé d'amnésie progressive après une contamination accidentelle par un virus inconnu. Peu à peu, il s'était transformé en zombie. En une semaine, il était devenu une créature gémissante enfermée dans la cave par son fils qui ne savait où chercher de l'aide. Il avait fini par forcer la porte de la cave avant que sa progéniture ne trouve une aide concrète ou seulement quelqu'un qui veuille entendre son histoire.

Après la fuite de son père, le petit garçon avait erré dans la ville déserte, un sac à dos contenant quelques biscuits comme seul bagage. Il avait ainsi erré durant deux jours avant de se réfugier dans les égouts quelques heures auparavant.

Il revoyait dans ses souvenirs son père lui prendre le bras pour l'approcher de sa bouche. Le fils s'était échappé des bras de sa seule famille d'un geste brusque avant de détaler sous la pluie battante loin de leur foyer solitaire. Tous les habitants de leur quartier huppé étaient dans leur maison de vacances et ne rentreraient pas avant un mois. L'enfant n'avait pas osé pénétrer dans les maisons qu'il savait protégée par des alarmes. Il ne savait pas où demander de l'aide et il n'avait pas osé se rendre au poste de police. Il aurait pu contacter le laboratoire où travaillait son père mais il savait tout juste lire et il n'avait pas pensé à prendre le porte-monnaie de son père qui contenait son argent et sa carte de visite.

Il s'était réfugié dans les égouts pour réfléchir à la situation et prendre une décision. Rentrer chez lui était exclu, son père devait errer dans la ville déserte à la recherche d'une proie, le pas lourd et les yeux dans le vide. Par moments, il devait grogner mais rien ne passerait jamais plus dans ses yeux et son cerveau vide : ni pensée ni émotion. Il ne savait pas à qui demander de l'aide sans finir à l'asile, la police ne le croirait que s'il leur apportait la preuve que son père était bien un zombie et il ne pourrait le faire que s'il le retrouvait. Or, la créature n'avait pas besoin de se reposer, elle était certainement déjà loin et il ne savait pas la direction qu'elle avait prise. Ce qui avait été un brillant biologiste devait à l'heure actuelle, avoir fait d'autres victimes ou avoir été éliminé.

En tremblant, l'enfant regarda la marque sur son bras à la faveur d'un pâle rayon de lune, des petites marques circulaires là où son père l'avait mordu. La maladie était à l’œuvre.