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dimanche 28 janvier 2018

Contes d'Halloween et de Samhain Le rituel nocturne

  De sa fenêtre, Lune observe la femme dont l'ombre se découpe sous la lumière des lampadaires. Des yeux, elle suit sa voisine qui quitte le perron de la vieille maison de style colonial dont la peinture blanche fait ressortir la silhouette voûtée. Cette maison lugubre et sombre effraie tout le monde dans les environs et chacun émet des hypothèses sur la femme qui y vit seule depuis des années. Elle ne sort de chez elle qu'en pleine nuit, à l'insu de tous. Lune met son manteau et se décide à sortir sans bruit. Emmitoufflée dans sa couverture, la femme trottine sur la pelouse humide de rosée et bientôt ses chaussons sont trempés mais elle n'a plus le choix, elle doit suivre la sorcière. Elle sait qu'elle n'aura plus le courage de le faire par la suite si elle ne va pas au bout de son idée en cette nuit de pleine lune.

  Durant de longues minutes, Lune grelotte de froid à la suite de la femme. Alors qu'un rayon de l'astre nocturne éclaire sa proie, elle remarque que celle que l'on surnomme « la sorcière » marche en courte chemise de nuit sur le bitume comme si le froid ne l'atteignait pas. Ses longs cheveux blonds brillent comme de l'or embrasé par la pleine lune lui conférant un air fantomatique. Après quelques minutes de marche, la sorcière prend un chemin menant dans le bois voisin qu'elle suit jusqu'à la masure où personne ne va. Tant de superstitions l'entourent que personne n'ose s'en approcher. La sinistre maison de bois craque sous le vent et la sorcière entre. Effrayée, Lune se place dans l'embrasure d'une fenêtre pour observer ce qui se passe à l'intérieur. La sorcière farfouille de longues minutes dans l'unique pièce de la ruine. Elle prend enfin un lot de bougies qu'elle place en cercle. Cérémonieusement, elle allume les bougies avec des alumettes trouvées dans la pièce et les fixe avec de la cire fondue. A en croire les nombreuses traces au sol, ce n'est pas la première fois qu'elle effectue cette cérémonie nocturne.

  Dans la pièce immense, la femme se trouve au milieu d'un cercle illuminé. Lune remarque alors tout autour de la sorcière, un cercle formé par les citrouilles des voisins qui ont mystérieusement disparu durant la nuit d'halloween. Elles semblent servir à  un étrange rituel, leurs gueules grimacent un sinistre sourire et leurs yeux vides s'illuminent d'un regard inhumain dans la pénombre de la masure. Les curcubitactées roulent bientôt par la porte ouverte, Lune les suit. Après quelques minutes de course, sous les yeux horrifiés de la jeune fille, les citrouilles roulent sur elles-mêmes pour frapper aux portes dans un bruit sourd. Lorsque les habitants des maisons ouvrent leur porte, ils hurlent devant ce prodige et fuient en courant. Chaque citrouille frappe la porte devant laquelle est s'est arrêtée ; encore et encore, elle roule légèrement en arrière pour prendre de l'élan et s'abbattre sur la porte qu'elle frappe avec un bruit sourd. Puis, elle recommence son manège jusqu'à ce que l'occupant ouvre sa porte pour voir ce qui se passe. Alors, les citrouilles ricanent de la peur de l'occupant du logis qui referme sa porte en hurlant puis les courges reprennent leur chemin en roulant sur elles-mêmes jusqu'à la prochaine maison. Ecoeurée, Lune court se réfugier dans sa maison. Bientôt, elle entend toquer à sa porte encore et encore durant de longues minutes. Recroquevillée sur elle-même, elle se murmure « N'ouvre pas la porte, n'ouvre pas la porte ». Enfin, le silence se fait et elle entend son voisin hurler au bout de quelques minutes. Soulagée, elle se rend dans sa chambre pour se blottir sous la couverture en attendant l'aube.

dimanche 7 janvier 2018

Contes d'Halloween et de Samhain Le vieux cheval d'Eoghan

  Cette nuit-là, Eoghan rentrait chez lui. Juché sur le dos de son cheval, il avançait lentement au rythme de la bête qui le portait. Bercé par ses longues enjambées, l'homme s'étonna lorsque sa monture s'arrêta net sur le chemin comme épuisée. Le vieil homme parla doucement à son vieil ami et deux yeux doux se tournèrent vers lui. Eoghan lut dans son regard que la fin était proche et il descendit pour marcher à ses côtés. Pas à pas, ils cheminèrent vers l'étable où l'animal pourrait trouver son dernier repos en paix. Un nuage voilé la lune et des oiseaux nocturnes déchirèrent la nuit de leurs cris puis descendirent en piqué vers eux. Apeuré, l'homme s'écarta mais les volatiles l'ignorèrent et entourèrent son cheval. Eoghan se reprit et il courut sur le bord du chemin à la recherche d'un bâton ou d'une branche pour éloigner leurs assaillants. Par trois fois, il les chassa et sans relâche, les oiseaux revinrent attaquer l'animal qui hennit de peur.

  Le vieil homme réfléchit un instant en se grattant la barbe qu'il avait courte et bouclée. Il se remémora des contes de bonnes femmes qu'on racontait à la veillée. Il chassa ses doutes et il retourna ses poches qu'il laissa pendre de son pantalon de toile dans l'espoir d'éloigner les oiseaux de nuit. La nuée abandonna sa proie et le cheval reconnaissant frotta son museau contre sa main. Les larmes aux yeux, Eoghan ramena son cheval à l'écurie où il le coucha sur la paille fraîche. Il le couvrit d'une couverture et il resta à ses côtés de longues heures. Jusqu'à la fin, il veilla son vieil ami en le caressant, lui racontant des histoires et lui chantant des chansons. Lorsque l'aube pointa ce jour-là, le vieil homme pleura le bras passé autour du coup de son cheval, son vieil ami qu'il aimait tendrement alors qu'il fermait ses yeux pour la dernière fois et glissait dans un éternel sommeil.

lundi 25 décembre 2017

Contes d'Halloween et de Samhain Maudit musicien

  Il était une fois, un jeune musicien qui aimait à jouer de la flûte dans les lieux abandonnés et oubliés des hommes. Enroulé dans son épaisse cape rouge brique, le mince jeune homme aux courts cheveux noirs en bataille foulait de ses hautes bottes de cuir des terrains délaissés par tous. Un soir, alors qu'il passait en jouant un air funèbre près d'un cimetière, il se mit en tête de créer une mélodie qui réveillerait les morts. Ainsi son nom ne tomberait pas dans l'oubli et il serait célèbre. Il deviendrait riche et les gens cesseraient de l'ignorer, il aurait un cercle d'amis fidèles et la plus jeune fille du meunier qu'il aimait en secret cesserait de l'ignorer lorsqu'il tenterait de lui adresser la parole. Le flûtiste joua dans le secret de son modeste logis où le froid pénétrait par les planches disjointes, divers morceaux. Ces messes des morts et ces danses macabres des plus grands compositeurs, mêlés à des airs populaires chantés lors des funérailles furent soigneusement étudiés  pour en déceler les similitudes. Avec soin, le jeune homme notait les rythmes, les répétitions, le tempo et les notes les plus utilisés. Jour et nuit, les airs dansaient dans sa tête et ces macabres berceuses l'accompagnaient dans le sommeil. Le musicien s'endormait chaque soir avec l'espoir de trouver au bout de sa route, la renommée qu'il méritait.

  Un froid matin pluvieux, le jeune homme s'emmittoufla dans sa robe de chambre avant de se pencher à sa table de travail pour poser des notes sur du papier à musique. Les doigts sur son piano, il pianotait rapidement les suites de notes qu'il venait de tracer pour les corriger ; la musique semblait voler dans la pièce sous ses doigts menus et l'envelopper. Au bout d'une demie-heure, il courut acheter du pain et du fromage puis il se remit bien vite à sa table de travail. Sa plume crissait sur le papier et dans sa hâte, quelques taches d'encre maculèrent sa robe de chambre et ses doigts mais il les ignora.

  Des heures durant, il travailla sur sa partition et au matin, il était certain d'être arrivé au bout de son œuvre. Mais épuisé, il s'endormit tout habillé sans avoir pu jouer sa création en intégralité pour se faire une idée de son travail et noter les passages à corriger. Lorsqu'il s'éveilla le soir venu, le compositeur d'une nuit réalisa que c'était le soir d'Halloween, nuit idéale pour jouer pour la première fois un tel morceau. Il prit sa flûte, sa partition, son chapeau, d'épais gants de peau de mouton et sa cape de laine puis il s'enfonça dans la nuit, déterminé à trouver un endroit tranquille pour jouer son œuvre. Il craignait trop les quolibets qui accompagnaient habituellement sa musique pour se risquer à être entendu de quiconque. La solitude et les étoiles seraient son meilleur public pour sa première.

  Seul face à la lande, il se remémora sa partition au clair de la lune qui était pleine en faisant jouer ses doigts sur sa flûte tout en fredonnant sa mélodie pour fixer le morceau dans sa mémoire. Puis,  il commença à jouer. Sa musique cristalline monta dans l'air glacé du soir et ses mains gourdes peinaient à se mouvoir mais il tint bon durant de longues minutes. Sa plainte déchirante mais vibrante d'espoir semblait inviter les âmes passées dans l'au-delà à rejoindre le monde des vivants pour une dernière danse endiablée. 

  Et les âmes des trépassés répondirent à son appel. Elles descendaient en masse des alentours et elles commençaient à se rassembler en plusieurs rondes qui se mirent en mouvement autour du musicien. Absorbé par la musique, le jeune homme ne vit rien. Il ne vit pas les âmes voiler l'éclat de la lune de manière imperceptible et il ne se rendit pas compte du silence qui régnait alentour. Les yeux rivés sur sa partition, il luttait à chaque note pour mouvoir ses mains transies de froid. Il sentait confusément que la moindre fausse note briserait à jamais la magie de son morceau et de ce moment. Le temps passa, sembla s'étirer mais le musicien n'aurait su dire si quelques minutes ou quelques heures avaient passé. Enfin, lorsqu'un un nuage dévoila la lune qui illumina la lande, il jouait ses dernières notes. Il relâcha son attention, ravi de sa création si fluide, triste mais en même temps, pleine de vie et d'espoir, et il se rendit compte avec horreur que les morts l'entouraient. Paniqué, il cessa de jouer juste avant d'entamer la dernière mesure et les morts se rapprochèrent de lui.
- Et bien, finis ton morceau que nous achevions notre danse !
- Musicien, joue tes dernières notes pour nous permettre de fêter ce jour particulier.
- Nous te remercions de ta générosité mais ne t'arrête pas en chemin, je t'en prie.
Les mots se croisaient et il ne comprenait rien à ce brouhaha. Apeuré, le jeune homme lâcha sa flûte qui chut dans l'herbe, il voulut fuir le nuage mouvant de fantômes qui approchait de lui. Dans sa précipitation, il marcha sur sa flûte qui se brisa avec un craquement sinistre sous son poids, il perdit l'équilibre et il se fracassa le crâne contre une pierre. Le lendemain, on trouva son corps près de sa flûte brisée et ses partitions s'étaient dispersées dans l'herbe. La pluie avait lavé l'encre et personne ne sut jamais quelle création il était allé terminer seul dans la lande.

  Depuis, chaque nuit d'Halloween, le joueur de flûte joue sa partition et d'autres airs qu'il connaît bien pour faire danser les défunts jusqu'au bout de la nuit dans une danse endiablée sur la lande. Mais jamais, il ne parvient à jouer les dernières notes de son chef d'oeuvre. Une malédiction semble l'en empêcher. Il tente en vain de jouer l'ultime mesure de son morceau mais son corps ne lui obéit plus et les larmes aux yeux, il ne peut que voir ses doigts achever le morceau une fois de plus sans que son souffle ne traverse l'instrument pour porter sa musique dans la nuit.

mercredi 22 novembre 2017

Contes d'Halloween et de Samhain Le repas des défunts

 Dans la grande pièce éclairée par des chandelles et par le feu qui crépite dans la cheminée, la famille termine de dîner et de débarrasser la table. En ce jour particulier, les membres de la famille prennent soin de placer dans des assiettes les restes du repas. Ils laissent les plats dans la cuisine pour le repas des défunts avant de passer au salon pour déguster pommes et noix en racontant des histoires de fantômes et en se se remémorant des souvenirs d'autrefois.

  Hermand que l'on a envoyé au lit un peu plus tôt se glisse à pas de loup dans la cuisine, son ours en peluche serré contre son cœur. Pieds nus et en pyjama, le petit garçon se glisse dans la cuisine près du radiateur, là où il a pour habitude de se blottir en hiver. Les adultes ne l'ont pas entendu descendre l'escalier et ignorent sa présence. L'enfant dans son pyjama à carreaux écoute d'une oreille attentive l'histoire de ses ancêtres même s'il en a entendu le récit des dizaines de fois. Il ne se lasse jamais de l'histoire de la tante Zoé qui était folle de son chat Félix qu'elle traitait comme son enfant ou du cousin Gus qui pouvait inventer un chanson en quelques secondes pour peu qu'on lui donne un thème.
  Par la porte entrouverte, le froid entre dans la maison mais la cheminée suffit à réchauffer l'atmosphère. Tout au plus, un membre de la famille frissonne avant de se couvrir d'une couverture lorsque le froid s'aventure trop loin dans le logis. Autour de la bâtisse, les âmes des défunts rôdent et timidement, les ancêtres entrent un à un dans le foyer pour se glisser dans la cuisine dans le plus parfait silence. Sur le chemin qui mène à la maison, des lanternes tracent le chemin à suivre pour rejoindre leur famille le temps d'une soirée.
- Nous arrivons trop tard cette année pour avoir une place à table. D'ailleurs, puisqu'ils laissent des places vides à table durant le repas pour nous, pourquoi ne pensent-ils donc jamais à en mettre suffisamment ? dit la grand-tante Hortense en entrant dans la cuisine suivie du grand-oncle Henri.
- Qu'avons-nous là ? s'interroge la grand-tante Sonia en approchant de la table. Ils nous laissent de quoi manger mais il n'y en a jamais assez pour nous tous et c'est toujours la même chose. Les traditions, c'est bien mais changer de recettes de temps en temps, c'est mieux. Ce n'est parce que nous sommes passés de l'autre côté que nous n'avons pas envie de changement. C'est comme pour les chaises, ils nous laissent des places libres mais la majorité d'entre nous finit sur les genoux de quelqu'un ou assis par terre.
Une ombrelle invisible balaie l'air et son chapeau à fleur manque de tomber par terre tant elle hoche la tête avec violence.
- Toujours à râler pour un rien ! dit le père Michel en entrant à son tour dans la cuisine. Tout ceci me semble délicieux ! Sentez ce fumet qui embaume mes narines.
Sa pipe à la bouche, l'homme replet tire sur ses bretelles pour les remettre en place. Il regarde autour de lui et il s'assied à table en attedant l'arrivée des autres convives.
  Bientôt la cuisine se remplit et la grande table de bois accueille les défunts qui évoquent leurs souvenirs dans cette maison qui a vu naître une grande partie de la famille et bien des fêtes de famille.
- Il y a quelqu'un. Un vivant ! chuchote grand-papa Jacques dans son costume trois-pièces noir d'un autre siècle en retirant sa pipe fumante de la bouche.
Leur curiosité en éveil, les défunts cherchent partout et ils trouvent le petit Hermand qui les regarde en serrant son doudou sur son cœur.
- Bonjour petit ! dit l'oncle Tristan d'un ton joyeux. Oh, mais comme tu as un joli nounours. Comment s'appelle-t'il ?
- Ursule, il s'appelle Ursule. répond le petit garçon.
- Mais c'est un joli nom que voilà ! Allez, viens manger un morceau avec nous.
Nullement effrayé, le petit obéit et il se retrouve bientôt en bout de table à chuchoter à ses ancêtres bien des choses tout en mangeant à belles dents la nourriture préparée pour ses voisins de table.
  Le repas terminé, alors qu'ils entendent les vivants aller se coucher, les trépassés décrètent qu'il est temps pour eux de rentrer dans leur monde. Ils embrassent les uns après les autres le petit Hermand en lui disant que voir les esprits le soir d'halloween confère le don de voir et parler aux esprits et qu'il ne doit pas s'en effrayer. Et de toutes manières, il est né le jour d'halloween et rien que cette naissance en ce jour particulier lui confère ces capacités.
- A l'année prochaine ! disent les trépassés en agitant la main.
Hermand agite son nounours en guise d'au revoir avant de monter sans un bruit sous son édredon.
  Depuis cette nuit, le petit Hermand a pris l'habitude de descendre sans bruit dans la cuisine les soirs d'Halloween et de s'attabler avec les défunts lorsque toute la maisonnée dort. Il voit des choses invisibles aux yeux des humains et il prend bien garde à ce que personne ne connaisse son don. Il n'a pas peur et il attend avec impatience ces retrouvailles annuelles avec ses ancêtres dans la cuisine embaumée par l'odeur des mets de Samhain. Il se délecte de leurs histoires et depuis qu'il sait écrire, il couche patiemment sur le papier leurs souvenirs pour qu'il reste toujours une trace d'eux parmi les vivants. Il fait également des croquis des défunts pour ne jamais oublier ces nuits particulières.

dimanche 5 novembre 2017

Contes d'Halloween et de Samhain La nuit du casse-noisettes

  Autour du feu de camp qui brûle dans l'ancienne grange désaffectée, le groupe d'adolescents s'amuse à se raconter des histoires en cette nuit du casse-noisette ou de la pomme croquante. Conformément à la tradition, ils ont ramené des pommes, des noix et des noisettes à déguster au coin du feu en cette dernière nuit d'octobre. Les pommes finissent rapidement au bout d'un bâton à cuire à la flamme. Les premiers fruits à la peau craquante et dégoulinante d'un jus chaud qui coule sur les mentons juvéniles et poisse les doigts malhabiles qui se brûlent sur les fruits cuits qui finissent rapidement dans l'estomac des adolescents. Ils rient à l'évocation de leurs parents qui les croient tous chez l'un d'entre eux sous prétexte de préparer un exposé sur la chasse aux sorcières dans l'Europe médiévale. Mais les géniteurs sont bien vite oubliés grâce au concours bienvenu d'une bouteille de soda à la citrouille qui fait le tour du petit groupe.
  Repus, les jeunes garçons, enroulés dans de chaudes couvertures, commencent à se raconter des histoires pour se faire peur en croquant des noisettes. La nuit tombe et le vent commence à faire gémir le vieux bois centenaire tandis que la lune passe par les interstices entre les planches disjointes. Inquiets, les garçons sans oser se l'avouer, écoutent les bruits nocturnes, attentifs. Mais tout est silencieux et un éclat de rire déchire la nuit. Ils se raidissent mais peut-être n'est-ce que le feu qui crépite qui a voulu se jouer d'eux. Soulagés, ils remettent des pommes à dorer à la flamme.
- Qui commence ? demande un garçon aux longs cheveux roux qui tombent en rideau sur ses épaules. Qui a une histoire effrayante à nous raconter ? 
- Moi ! Vous savez qu'on dit qu'un trésor est enterré sous cette grange ?
Tous regardent le petit blond en polo rayé qui vient de prendre la parole.
- Par qui ?
- Par le vieux Tommy qui a emporté son trésor dans la tombe. On prétend qu'il s'est enrichi à force de privations et que pour empêcher que les impôts ne lui volent le fruit de son travail, il dormait littéralement sur un trésor : son matelas était un matelas de billets. Dans son testament, il a demandé à être enterré avec mais ses héritiers, intrigués, ont déchiré son coffre-fort de tissu et n'ont pas respecté ses dernières volontés. On prétend néanmoins qu'il reviendra un jour de l'au-delà pour se venger et que ce vieux filou a plus d'un tour dans son sac. Il aurait réussi à enterrer une partie de son trésor afin d'être sûr de le garder pour lui seul dans l'au-delà. On prétend qu'il estimait que ses fainéants d'héritiers qui l'ignoraient de son vivant ne méritaient pas son pactole.
  Une idée germe dans les jeunes esprits et quelques minutes plus tard, les jeunes gens commencent à creuser la terre froide à main nue. Peu à peu, un trou commence à grignoter la petite cabane branlante qui se remplit de terre, de terre, encore et encore. La terre envahit l'espace et l'odeur d'humus commence à donner la nausée aux membres du groupe. Le petit blond commence à avoir envie de vomir mais il parvient à se contenir.
- On a fini ? gémit-il, le cœur au bord des lèvres.
- Oui, je crois bien. répond le plus grand d'entre eux.
En effet, quelques minutes plus tard, il bute sur une surface dure qui rend un son creux. Les garçons  se penchent sur le trou et ils tentent de deviner sur quel objet ils viennent de tomber à la lumière blafarde de la lune qui vient de se dévoiler.
- Personne n'a pensé à prendre une lampe de poche, par hasard. 
Seul le silence lui répond. Il inspire avant de continuer son examen accroupi au bourd du trou.
- C'est du bois. On dirait une planche.
- Il y a une croix, c'est un cercueil. l'interromp le garçon aux cheveux roux.
- Que contient-il ? s'interroge le garçon blond en fracassant le bois d'un coup de pied.
Le bois pourri par l'âge et l'humidité craque sous le coup et l'adolescent manque de tomber dans le trou.
- Moi ! Malheur à vous qui m'avez libéré. Ainsi qu'à mes descendants qui ont bâti leur fortune sur la mienne, ma vengeance les frappera.
La forme noire se dresse devant eux, enroulée dans une cape noire. Apeurés, les adolescents sont tétanisés et incapables de bouger. Mais déjà, l'ombre est sur eux et les dévore. La légende disait vrai. Dans un rire qui emplit la nuit, l'ombre se met en quête de ses descendants pour assouvir sa vengeance longuement mûrie dans l'au-delà.

vendredi 27 octobre 2017

Contes d'halloween et de samhain Barm brack

La femme chantonne dans sa cuisine, la vieille mélodie envahit le silence de la pièce froide. Elle pétrit la pâte avec lenteur et amour durant de longues minutes alors que le jour décline. Avec recueillement, elle prend la coupelle et elle observe quelques instants les objets à sa disposition. Sous ses doigts, les gâteaux prennent forme et dans chacun, la jeune femme aux longues tresses rousses glisse un présent.
  Peu après, les gâteaux cuisent au four et Mazoe chantonne en surveillant leur cuisson. Sur un petit papier, elle a noté leur disposition pour ne pas les mélanger le moment venu.  Le soir tombe et la sorcière s'enveloppe dans sa cape pour braver le froid avant de sortir, son panier à la main.
  La femme va frapper à une porte voisine et elle tend un de ses gâteaux sous le prétexte de remercier sa voisine pour un service rendu il y a quelques jours. Elle omet de dire qu'elle a demandé exprès ce service ainsi rétribué. De maison en maison, la pâtissière d'un jour distribue ses gâteaux et une fois rentrée, elle caresse son chat resté au chaud auprès du feu de cheminée.
- Mission accomplie ! murmure-t'elle pour elle-même avant de se lover dans son fauteuil.
  Les jours suivants, la sorcière attend de voir si son sortilège a fonctionné ou non. Dans les mois qui suivent, elle apprend le mariage de la belle Jenny qui a dû trouver un petit anneau dans son gâteau et qu'Aveline qui a trouvé un morceau de bois avait eu une année sentimentale difficile, mais il était bien connu de tous qu'elle avait volé le fiancé de la belle Jenny deux ans auparavant. Mazoe estimait que ce n'était que justice. Joe quant à lui avait trouvé un pois en mangeant son gâteau et il ne se marierait pas dans l'année comme tout le monde le pensait car sa nouvelle dulcinée avait soudainement préféré attendre qu'ils se connaissent mieux pour convoler en justes noces. La pauvre mère Mary qui trimait depuis des années pour élever sa nombreuse marmaille avait trouvé un penny et un emploi bien payé, amplement mérité par cette veuve peu fortunée. Enfin, James  le vieux avait trouvé une pièce dans le gâteau qui reposait sur sa fenêtre et la chance avait sonné à sa porte après des années à enchaîner les difficultés.
  Un an plus tard, alors qu'elle pétrit la pâte de ses barmbrack en chantonnant une vieille mélodie oubliée, Mazoe se demande à quels voisins elle va distribuer ses présents cette année.

mercredi 25 octobre 2017

Contes d'Halloween et de Samhain La nuit hors du temps


- C'est pour cette nuit !
L'homme relève la tête et il tourne la tête vers sa compagne qui file près du feu.
- Je le sais, je le sais. Et cette idée me fait peur, tu le sais.
- Oui mais nous devons nous montrer courageux. reprend l'homme.
- Je le sais, je le sais.

  Peu avant minuit, le couple sort dans leur minuscule jardin. La lune éclaire d'un mince filet de lumière, ténu comme la flamme d'une bougie menacée par le vent, le couple mal assorti qui la regarde. Une mince femme voûtée aux cheveux grisonnants et bouclés, le visage barré de rides profondes qui semblent en casser la peau épaisse se tient près d'un 'homme gras aux membres épais dont la flamboyante crinière d'un argent aussi pur que l'argent du disque lunaire semble illuminer la nuit. Ils frissonnent dans leurs habits élimés mais ils ne ressentent pas le froid, excités par l'attente. Côte à côte, ils patientent main dans la main jusqu'à ce le clocher daigne se réveiller dans la nuit glacée. Attentifs, ils écoutent les bruits de la nuit mais rien ne vient. Ils entendent les animaux fureter autour d'eux et des insectes bourdonner mais ces bruits de la vie nocturne ne les touchent pas. Enfin, le son cristallin parvient à leurs oreilles et ils s'étreignent sous la lune lorsque sonne le deuxième coup au clocher du village.
- Ma sœur, il est temps que notre œuvre s'accomplisse !
- Mon frère, nous allons réussir cette fois-ci ! Nous avons appris de notre échec de l'an dernier.
Au troisième coup, l'homme lève sa fiole vers le ciel et vite, il en verse la moitié dans un gobelet qu'il tend à sa compagne.
Au quatrième coup, ils lèvent leurs récipients sous la lune et ils boivent quand sonne le cinquième coup de minuit. Au sixième coup, leurs corps gisent dans l'herbe blanchie de glace, marionnettes désarticulées que le froid commence déjà à raidir. Ils expirent une dernière fois et leur les fuit vie tandis que retentit le septième coup. Le huitième coup marque le détachement de leurs âmes qui quittent leur enveloppe charnelle pour s'élever dans l'air nocturne. Au neuvième coup, elles passent le voile entre les mondes où une foule les accueille et les entraîne dans une danse endiablée pleine de rires et de chuchotements. Obéissants aux instructions données alors qu'elles occupaient leur enveloppe charnelle, les âmes quittent la folle farandole au onzième coup, elles repassent le voile entre les mondes pour rejoindre leur corps de chair. Au douzième coup, elles regagnent le corps qu'elles viennent d'abandonner mais deux âmes errantes les ont devancées. Elles remarquent avec effroi que de leur vivant, elles ont oublié les mesures de protection élémentaires.

  Alors que commence l'année nouvelle, le frère et la sœur se relèvent comme d'un lourd sommeil et ils se regardent longuement avec un sourire triste, ils ont réussi leur grand projet. Depuis des années qu'ils cherchent à atteindre le but qu'ils se sont fixés, ils ont réussi en cette nuit où le voile entre les mondes est le plus fin, cette nuit hors du temps ni dans l'année écoulée ni dans la suivante. Main dans la main, le couple s'embrasse avec passion sous la lune et ils se murmurent :
- Nous avons réussi, rien ne nous séparera jamais dans cette vie.
Autour d'eux, deux âmes tristes voient leur corps se mettre en mouvement vers une destination inconnue. Alors que l'aube se lève, ils gagnent le monde des ombres.

samedi 21 octobre 2017

Contes d'Halloween et de Samhain Trick or treat


Dans la nuit froide comme la glace, le groupe toque à la porte dans un éclat de rire. Quelques instants plus tard, une vieille femme voûtée leur fait face, enroulée dans un châle brodé élimé.
- Bonjour les enfants, que me voulez-vous en cette heure tardive ?
Le vampire, la momie et le faune se regardent.
- Mince, c'est la vieille Croixdos... dit le faune avant de se reprendre. Bonjour, madame, un bonbon ou un sort ?
La vieille sourit de sa vieille bouche édentée couverte de verrue et elle s'approche du sac ouvert.
- Que me proposes-tu donc mon petit ? dit-elle d'une voix mielleuse.
- Madame, c'est Halloween. dit la momie venant au secours de son voisin.
- Et quelle est donc cette coutume ? Je reçois peu de visiteurs.
Le vampire s'enroule plus étroitement dans sa cape de satin noir car il frissonne de froid ou à cause d'un mauvais pressentiment, avant de s'avancer vers la vieille dame.
- Bonjour, madame. Selon la coutume, les enfants déguisés sonnent à votre porte en demandant un bonbon ou un sort. Si vous ne leur donnez pas de friandises, ils vous font une farce.
A ces mots, la vieille semble réfléchir et elle murmure pour elle-même sans doute.
- Quelle bonne fortune. sussure-t'elle à la lune, ronde et douce qui illumine la nuit de son parfait disque d'argent. Son visage ridé comme une vieille pomme levé vers le ciel observe quelques instants l'astre nocturne avant de revenir vers les enfants.
- Madame, vous allez bien ? s'enquiert le vampire.
- Oui, je reviens. Ne bougez pas.
- On devrait y aller ! chuchote le vampire.
- C'est trop tard, il ne serait pas poli de partir. lui répond la momie.
Une minute plus tard, la vieille Croixdos revient une baguette de bois de noisetier à la main. Elle trouve sur le pas de sa porte, un crapaud, une araignée velue, une chauve-souris qui ne sait comment s'envoler, trois sacs de bonbons, un costume de vampire, un amas de fausse fourrure et un tas de papier toilette. Elle se baisse après s'être assurée qu'il n'y a personne au-dehors et elle referme la porte son butin à la main.
- La récolte a été bonne cette année !

vendredi 20 octobre 2017

Contes d'halloween et de samhain Neepy candle

Cher journal,

  Toi, mon ami le plus proche et le plus intime ; à toi seul, je peux me confier sans retenue. Ils sont agités ce soir, je veux dire plus que d'habitude, et je crains vraiment pour ma vie. Comment pouvais-je savoir en achetant cette vieille maison dont le charme m'a ensorcelé ? Oui, je te l'affirme, mes intuitions étaient fondées, des esprits hantent cette maison. Mais comment pouvais-je le savoir en l'achetant ? Cette maison, je te l'ai déjà confié, m'a charmée dès que j'y suis entré par son âge vénérable, son bois vermoulu dont les sculpures à la peinture écaillée sont abîmées par endroit. Tu sais combien j'aime caresser ce bois qui semble comme verni par le passage du temps. Cette maison est vivante de jour comme de nuit mais je ne le voyais pas. Ils se sont tenus à peu près tranquilles jusqu'ici mais ce n'est plus le cas aujourd'hui. Le voile entre les mondes s'amincit en cette nuit particulière et je crois que venues du néant, des forces obscures les agitent. Il me semble qu'à mon arrivée, il y a deux mois, les premières semaines, les esprits de ce lieu m'ont observés en se faisant discrets. A maintes reprises, je me suis senti observé et j'ai entendu du bruit notamment la nuit. Mais ces dernières semaines, ils se sont enhardis peu à peu. Des coups se sont fait entendre dans les murs, des objets sont tombés alors que je n'étais pas dans la pièce. Mais je me suis dit que je rêvais ou que les objets étaient en équilibre précaire avant leur chute.

  Les enfants d'ici ont l'habitude de créer et de transporter un navet gravé d'un visage diabolique éclairé de l'intérieur par une bougie. Ils l'évident longuement avant le grand soir. J'ai fait de même, je suis entouré de figures grimaçantes qui paraissent inspecter les alentours à travers les carreaux. Mais j'ai beaucoup de fenêtres comme tu le sais et mon stock de bougies n'est pas éternel, je dois seulement tenir jusqu'à l'aube. Tu me répondras que les esprits sont à l'intérieur mais ce soir, ils ont l'air d'être sortis, je ne les sens pas, je ne les entends pas. Je suis seul pour la première fois depuis mon arrivée en ce lieu. J'espère qu'ils ne sont pas partis en quête de renforts.

lundi 16 octobre 2017

Contes d'halloween et de samhain On m'appelle Jack O' Lantern

  Je m'appelle Jack et voici mon histoire mais ce n'est pas celle que l'on raconte. Un soir, alors que je me réchauffais dans une taverne, j'ai entendu une voix murmurer mon nom à mon oreille. De peur, je me suis levé précipitamment et j'ai écrasé le pied du Diable qui buvait sa bière accoudé au bar. Je l'ai immédiatement reconnu à la queue qui dépassait de la jambe de pantalon dans lequel il l'avait passée. L'esprit embrumé par la bière, je me suis excusé et il m'a alors fait une proposition. En échange de mon âme, il pouvait m'offrir tout ce dont je rêvais. Intrigué, j'ai accepté et c'est devant une nouvelle bière qu'il m'a fait sa proposition. La fatigue et l'alcool embrumaient mon esprit mais j'ai compris l'essentiel du marché qu'il me proposait : mon âme contre la faveur de mon choix. Stupidement, j'ai accepté en échange d'un ultime verre. Le diable s'est changé en pièce de six pence devant moi et soudain dégrisé, j'ai fait la seule chose à faire : j'ai pris la pièce et je l'ai enfermée dans ma bourse avec ma croix en argent, le seul bien qui me restait, la croix en argent reçue à mon baptême que je comptais monnayer sous peu. Prisonnier, le Diable ne pouvait plus quitter ma bourse et j'obtins qu'il ne réclame pas mon âme avant dix ans ce qu'il accepta. J'avais l'intention de racheter mes péchés durant cette décennie, voyez-vous. Mais je n'y parvins pas. C'est ainsi que dix ans plus tard, j'ai recroisé le Diable sur une route isolée, il voulait mon âme comme convenu. Or, je n'étais prêt à perdre la vie. Paniqué, je cherchais des yeux une église où me réfugier mais je ne vis rien mais je remarquais un pommier. Alors, j'ai demandé au Diable de cueillir une pomme à l'arbre. Grimpé sur mes épaules, il a commencé à farfouiller dans les hautes branches pour cueillir le fruit tandis que de mon couteau, je sculptais une croix sur le tronc de l'arbre. Je n'ai pas compris pourquoi Satan fut décontenancé, après tout, il était perché sur mes épaules, les mains dans les branches du pommier mais il n'était pas grimpé dans l'arbre. Je crois qu'il est un peu superstitieux. Ma ruse a réussi et il ne pouvait plus descendre. Il a donc fini par accepter de ne jamais prendre mon âme. J'ai ôté le morceau d'écorce marqué d'une croix et il est descendu de mes épaules.

  Le souci, c'est qu'à ma mort, saint Pierre m'a refusé l'entrée du paradis. Voyez-vous, je m'étais promis de cesser de boire et je n'ai pas tenu cette promesse. D'ailleurs, je suis mort de froid après avoir trop bu un soir d'hiver alors que la neige tombait. Je ne me suis pas réveillé avant que le froid engourdisse mon corps. Le diable a refusé de me laisser entrer en enfer en brandissant sa promesse comme argument valable. Je n'avais pas d'autre solution, alors je suis reparti. Mais je suis revenu vers le Diable avant qu'il ne ferme sa porte et je lui ai demandé un charbon ardent, je suis mort de froid, j'estimais avoir le droit de ne pas mourir de froid dans l'éternité à venir. Il a accepté contre la promesse de ne plus jamais traiter avec lui.

  Je dois errer entre les mondes jusqu'au jugement dernier pour gagner mon paradis. Il n'y a rien dans l'entre-monde, aucune couleur définissable, rien, ni arbre, ni pierre, ni objet, ni animal. Le néant. Dans sa miséricorde, Dieu m'a accordé le droit de retourner errer sur Terre le jour de ma mort. La première fois, j'étais si heureux de fouler un sol familier ! Mais le vent menaçait d'éteindre mon charbon ardent et je n'ai pas trouvé d'autre solution que de déterrer un navet dans le champ proche pour l'y mettre. J'ai eu du mal à le creuser, il était gelé mais j'y suis parvenu non sans peine. Pour éloigner les questions, j'y  ai sculpté un visage avec une pierre qui trainait pas là. J'avais honte de ma conduite, je préférais effrayer les gens qui me verraient que de répondre à leurs questions. Je suis heureux de voir qu'aujourd'hui encore, en ma mémoire, on évide des citrouilles et des navets. Cela me donne la force d'attendre une année de plus en attendant le jugement dernier où j'aurais suffisamment expié mes fautes pour gagner mon paradis.