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jeudi 23 juillet 2020

Changement d'heure

Je n'arrive pas à dormir, je reste les yeux fixés au plafond dans l'obscurité de ma chambre. J'étouffe, il fait chaud mais je n'ai pas le courage de me lever pour ouvrir la fenêtre. J'hésite à me tourner pour regarder l'heure mais je sais que calculer le nombre d'heures de sommeil qu'il me reste avant que le réveil ne sonne ne me servira à rien.
- Cette nuit, c'est le changement d'heure, on gagne une heure de sommeil. me dis-je pour me rassurer.
Puis je serre les dents.
- Satané changement d'heure. Je vais être fatigué pendant deux semaines pour recommencer dans six mois! 2021, dans un an, ce sera la fin de ce système. D'un autre côté, ne pas devoir se lever à six heures tous les matins mais gérer mon heure d'arrivée et de départ du bureau serait l'idéal. Mais avec mon patron qui veut m'avoir à l'oeil et qui surveille en permanence ce que je fais, qui me demande toutes les heures où j'en suis à croire qu'il veut juste me déconcentrer dans mon travail...

Boudeur, je me retourne dans mon lit et j'étends mon bras avant de me rappeler que mon ex m'a quittée il y a déjà six mois. Mais les habitudes ont la vie dure. J'hésite à me lever mais je renonce et je fixe de nouveau le plafond, j'essaie de percer l'obscurité de la chambre mais ce dessein est vain. J'écoute les bruits de la rue, les voitures qui passent à intervalle régulier, les scooters et les motocyclettes dont le bruit me fait grimacer. Je sais par expérience que si je ne parviens pas à m'endormir, je cours le risque de ne pas entendre mon réveil au matin. Je tasse mon oreiller et je me cale dessus puis je ferme les yeux en essayant de faire le vide dans mon esprit.
- Cinq heures, le réveil sonne dans cinq heures. Si tu parviens à t'endormir maintenant d'un sommeil réparateur, tu peux limiter fortement les dégâts. Tu te coucheras tôt ce soir et tout se passera bien.

Le réveil sonne et j'ouvre les yeux. Je suis fatigué mais j'évalue la situation: la journée sera dure mais ça ira. Je me lève d'un bond pour résister à la tentation de me rendormir mais sitôt debout, je me laisse tomber en arrière et je m'enroule dans mon dessus de lit en souriant de bonheur.
- Tu dois te lever, si tu te rendors, tu es fichu.
Avec un soupir, je repousse les draps et je me hâte de faire chauffer mon thé pendant que je prends ma douche. Lorsque je m'installe devant la brioche qui m'attend sur la table de la cuisine, je regarde l'heure et je fronce les sourcils. Lorsque je me souviens du changement d'heure, je grogne et je me lève pour aller chercher mon téléphone portable qui est à la nouvelle heure.
- Je vais être en retard. me dis-je à moi-même d'une voix morne.
J'avale mon thé et j'engloutis une tranche de brioche sans appétit avant de prendre mes vêtements et filer sous la douche. Lorsque vient l'heure de partir, je sens une boule d'angoisse au creux de mon ventre mais je la chasse.

Le bus est en retard et je m'engouffre avec difficulté dans le véhicule. Pas de place assise, je m'accroche comme je peux et je compte les arrêts. Lorsque je descends, je me dirige vers l'entreprise où je travaille à pas lents et je pousse la porte vitrée avant de m'installer à mon poste Je consulte mon agenda, je suis seul, mon patron est en réunion.
- Antoine, vous êtes renvoyé. Vous n'êtes pas venu travailler hier, vous avez ignoré mes appels téléphoniques. Je ne veux rien entendre, votre période d'essai est terminée! Veuillez prendre vos affaires et quitter les lieux.
Bouche bée, je regarde l'homme qui me fait face et je me mets à bredouiller.
- Je ne comprends pas, le changement d'heure...
- Etait hier! Nous sommes mardi!
- Non, nous sommes dimanche... Je... Je veux dire que si j'avais eu un week-end de trois jours, je l'aurais remarqué.
- Au revoir et bonne chance, Antoine. me dit mon ex-employeur d'un ton sans réplique.
Je prends mes affaires, les larmes aux yeux et je cherche à comprendre.
- Et si ce n'était pas un changement d'heure mais un changement de jour? Et si l'heure avait tourné à l'envers? Et si je suis fou?

vendredi 7 avril 2017

Fictions pseudo-scientifiques: Téléportation temporelle

Rapport d’expérience
Sujet : Louise
Expérience : Téléportation temporelle
Lieu : Laboratoire Braincorp, Paris
Date : 07 avril 2159
Epoque : Moyen-Âge
 
Louise a huit ans et elle a accepté de participer à notre expérience. Fillette de huit ans, elle est en bonne santé et d’intelligence normale. Aussitôt entrée dans la pièce, Louise se précipite sur le médaillon et le prend en main. Elle semble mal à l’aise mais rien d’alarmant. Elle le pose sur la table et explore la pièce avant de s’asseoir par terre pour jouer avec sa poupée durant le reste de l’expérience.  
 
Annexe :
Récit de Louise
 A l’issue de l’expérience, Louise nous a parlé d’un château fort et d’un homme en armure qui lui demande d’effectuer des tâches domestiques. Nous en déduisons qu’elle parle d’un métier de servante dans un château.
 
Interprétation possible 
 Après l’avoir longuement questionnée, nous avons fini par comprendre qu’une partie du corps et de l’esprit de Louise se trouve au Moyen-Âge. D’après notre interprétation, en arrivant au château, la petite fille a été prise pour une nouvelle servante habillée étrangement et elle a donc été embauchée comme servante sans plus de questions. Elle semble bien s’adapter à cette nouvelle vie. Il semble que l’expérience a parfaitement réussi mais que nous n’avons pas pu ramener l’esprit de Louise à notre époque. Nous n’avons pas averti les parents du sujet d’expérience car elle semble bien s’en accommoder. Notre inquiétude principale demeure de savoir ce qui arrivera à la petite Louise si jamais son corps meurt au Moyen-Âge. D’après nos connaissances, il n’arrivera rien à la Louise d’aujourd’hui si ce n’est des pensées fugaces qui lui feront penser qu’elle a des souvenirs d’une vie antérieure.

mercredi 5 avril 2017

Fictions pseudo-scientifiques: Cursus temporalis


Caribert était un brillant inventeur du XXIIème siècle, il travaillait sur les voyages dans le temps parce que depuis toujours, il était convaincu que ces voyages étaient possibles. Il était, par exemple, certain que Jules Verne avait voyagé dans le temps pour raconter ses Voyages extraordinaires, il n’en démordait, c’était la seule explication rationnelle.
    
     Il passa dix ans dans la pénombre de son garage parmi ses outils, ses ordinateurs et un monceau de feuilles de papier. Dix ans dans le bruit, la poussière, le manque de lumière et dans un air confiné n’avaient pas entamé son optimisme et sa bonne humeur. Il chantait durant ses longues heures de travail acharnées. Au début, il avait trouvé des bourses et des mécènes mais peu à peu, il avait dû trouver un emploi et passer des heures normalement dédiées au sommeil à travailler d’arrache-pied.
    
     Un jour, il trouva l’idée de génie qu’il cherchait depuis des années : il allait utiliser les propriétés physiques du temps et se propulser dans un caisson hermétique à très grande vitesse pour voyager dans le temps. Ses notes à la main, il mit une année à rendre cette idée viable puis une année supplémentaire à construire sa machine.
    
     Après douze ans de travail, le grand jour était arrivé, il avait tout pris en compte et il n’avait plus qu’à entrer dans sa machine. Calé dans la machine, il allait tourner à une vitesse vertigineuse et traverser le temps sans savoir où et quand il allait atterrir. Dans sa fébrilité, il n’y pensa pas.
    
     Caribert ouvre les yeux, il est vivant mais enfermé dans un placard. Des voix se font entendre au-dehors et il ouvre la porte avec précaution, il y a du soleil et du bruit alentour. Il reconnaît le bâtiment face à lui : il a atterri dans le bagne de Cayenne ! Pour rentrer chez lui, il devra quitter les lieux, construire une machine sans matériaux donc rejoindre le continent pour espérer trouver de quoi fabriquer les outils pour reconstruire sa machine de mémoire car il a oublié ses plans et ses calculs dans son garage. Mais dans l’immédiat, il est heureux : il a réussi !