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mercredi 9 mai 2018

La flûte brisée

  Seul à l'arrêt de bus, par un jour pluvieux, Corentin joue un air triste qu'il tire d'une flûte de mauvaise qualité, la flûte en plastique qu'il a dû acheter pour le cours de musique à l'école. Il en tire des sons aigus et peu harmonieux pour passer le temps en attendant le bus qui arrivera dans une demie-heure. Il espère que quelqu'un le rejoindra mais il est seul dans la nuit tombante. Un bruit se fait entendre derrière lui et il sursaute alors que la nuit tombe.
 - Ce n'est qu'un chat qui joue dans le bois. Nigaud, va !
  Peu rassuré, il se colle contre le morceau de plastique qui signale l'arrêt alors que la pluie fait une timide apparition. Bientôt le crachin le fait frissonner de froid et il joue de son instrument en se félicitant qu'il soit en plastique et non en bois, pour jouer sous la pluie sans risque.
  Il entend les branches craquer derrière lui mais il ne se retourne pas, il se dit que ce n'est que le vent et il continue à souffler dans sa flûte. Il n'entend plus que le son de sa musique qui se mêle au chant du vent et au son cristallin de la pluie quand elle touche le sol.
  Lorsque le bus arrive, une petite fille qui descend remarque une flûte en plastique brisée en deux qui gît sur le sol. Elle se penche, elle voit un peu de sang et un morceau de tissu noir juste à côté. Horrifiée, elle en parle au chauffeur de bus qui allait repartir. Il descend regarder et il décide d’appeler la police qui se révèle incapable de donner une explication rationnelle. L'affaire est bientôt oubliée.

lundi 25 décembre 2017

Contes d'Halloween et de Samhain Maudit musicien

  Il était une fois, un jeune musicien qui aimait à jouer de la flûte dans les lieux abandonnés et oubliés des hommes. Enroulé dans son épaisse cape rouge brique, le mince jeune homme aux courts cheveux noirs en bataille foulait de ses hautes bottes de cuir des terrains délaissés par tous. Un soir, alors qu'il passait en jouant un air funèbre près d'un cimetière, il se mit en tête de créer une mélodie qui réveillerait les morts. Ainsi son nom ne tomberait pas dans l'oubli et il serait célèbre. Il deviendrait riche et les gens cesseraient de l'ignorer, il aurait un cercle d'amis fidèles et la plus jeune fille du meunier qu'il aimait en secret cesserait de l'ignorer lorsqu'il tenterait de lui adresser la parole. Le flûtiste joua dans le secret de son modeste logis où le froid pénétrait par les planches disjointes, divers morceaux. Ces messes des morts et ces danses macabres des plus grands compositeurs, mêlés à des airs populaires chantés lors des funérailles furent soigneusement étudiés  pour en déceler les similitudes. Avec soin, le jeune homme notait les rythmes, les répétitions, le tempo et les notes les plus utilisés. Jour et nuit, les airs dansaient dans sa tête et ces macabres berceuses l'accompagnaient dans le sommeil. Le musicien s'endormait chaque soir avec l'espoir de trouver au bout de sa route, la renommée qu'il méritait.

  Un froid matin pluvieux, le jeune homme s'emmittoufla dans sa robe de chambre avant de se pencher à sa table de travail pour poser des notes sur du papier à musique. Les doigts sur son piano, il pianotait rapidement les suites de notes qu'il venait de tracer pour les corriger ; la musique semblait voler dans la pièce sous ses doigts menus et l'envelopper. Au bout d'une demie-heure, il courut acheter du pain et du fromage puis il se remit bien vite à sa table de travail. Sa plume crissait sur le papier et dans sa hâte, quelques taches d'encre maculèrent sa robe de chambre et ses doigts mais il les ignora.

  Des heures durant, il travailla sur sa partition et au matin, il était certain d'être arrivé au bout de son œuvre. Mais épuisé, il s'endormit tout habillé sans avoir pu jouer sa création en intégralité pour se faire une idée de son travail et noter les passages à corriger. Lorsqu'il s'éveilla le soir venu, le compositeur d'une nuit réalisa que c'était le soir d'Halloween, nuit idéale pour jouer pour la première fois un tel morceau. Il prit sa flûte, sa partition, son chapeau, d'épais gants de peau de mouton et sa cape de laine puis il s'enfonça dans la nuit, déterminé à trouver un endroit tranquille pour jouer son œuvre. Il craignait trop les quolibets qui accompagnaient habituellement sa musique pour se risquer à être entendu de quiconque. La solitude et les étoiles seraient son meilleur public pour sa première.

  Seul face à la lande, il se remémora sa partition au clair de la lune qui était pleine en faisant jouer ses doigts sur sa flûte tout en fredonnant sa mélodie pour fixer le morceau dans sa mémoire. Puis,  il commença à jouer. Sa musique cristalline monta dans l'air glacé du soir et ses mains gourdes peinaient à se mouvoir mais il tint bon durant de longues minutes. Sa plainte déchirante mais vibrante d'espoir semblait inviter les âmes passées dans l'au-delà à rejoindre le monde des vivants pour une dernière danse endiablée. 

  Et les âmes des trépassés répondirent à son appel. Elles descendaient en masse des alentours et elles commençaient à se rassembler en plusieurs rondes qui se mirent en mouvement autour du musicien. Absorbé par la musique, le jeune homme ne vit rien. Il ne vit pas les âmes voiler l'éclat de la lune de manière imperceptible et il ne se rendit pas compte du silence qui régnait alentour. Les yeux rivés sur sa partition, il luttait à chaque note pour mouvoir ses mains transies de froid. Il sentait confusément que la moindre fausse note briserait à jamais la magie de son morceau et de ce moment. Le temps passa, sembla s'étirer mais le musicien n'aurait su dire si quelques minutes ou quelques heures avaient passé. Enfin, lorsqu'un un nuage dévoila la lune qui illumina la lande, il jouait ses dernières notes. Il relâcha son attention, ravi de sa création si fluide, triste mais en même temps, pleine de vie et d'espoir, et il se rendit compte avec horreur que les morts l'entouraient. Paniqué, il cessa de jouer juste avant d'entamer la dernière mesure et les morts se rapprochèrent de lui.
- Et bien, finis ton morceau que nous achevions notre danse !
- Musicien, joue tes dernières notes pour nous permettre de fêter ce jour particulier.
- Nous te remercions de ta générosité mais ne t'arrête pas en chemin, je t'en prie.
Les mots se croisaient et il ne comprenait rien à ce brouhaha. Apeuré, le jeune homme lâcha sa flûte qui chut dans l'herbe, il voulut fuir le nuage mouvant de fantômes qui approchait de lui. Dans sa précipitation, il marcha sur sa flûte qui se brisa avec un craquement sinistre sous son poids, il perdit l'équilibre et il se fracassa le crâne contre une pierre. Le lendemain, on trouva son corps près de sa flûte brisée et ses partitions s'étaient dispersées dans l'herbe. La pluie avait lavé l'encre et personne ne sut jamais quelle création il était allé terminer seul dans la lande.

  Depuis, chaque nuit d'Halloween, le joueur de flûte joue sa partition et d'autres airs qu'il connaît bien pour faire danser les défunts jusqu'au bout de la nuit dans une danse endiablée sur la lande. Mais jamais, il ne parvient à jouer les dernières notes de son chef d'oeuvre. Une malédiction semble l'en empêcher. Il tente en vain de jouer l'ultime mesure de son morceau mais son corps ne lui obéit plus et les larmes aux yeux, il ne peut que voir ses doigts achever le morceau une fois de plus sans que son souffle ne traverse l'instrument pour porter sa musique dans la nuit.

jeudi 29 juin 2017

Musique nocturne


Dans la nuit, le chant s'élève,
Le cœur battant le dormeur se relève.
Il enfile sa robe de chambre
Et il commence à descendre.

Sans bruit, il suit le chant
Jusqu'à la salle principale où une foule de gens
Danse au rythme de la musique
Qu'il entend maintenant ;
Des ombres glissent sur le parquet et virevoltent sans bruit sur le parquet qui craque et crie.


mardi 9 mai 2017

Piano nocturne


Les notes volent loin du piano
Pour emplir l’air du soir.
Penché sur son instrument indigo,
Le musicien se perd dans les méandres de sa mémoire
Pour y retrouver ses plus beaux morceaux
Appris au conservatoire.
 
Le vent agite les rideaux
De mousseline noire,
Par la haute fenêtre ouverte sur les cieux
Et sur un balcon de pierre couleur ivoire.
Les notes quittent la pièce et emplissent l’air radieux,
La musique s’élève dans la nuit noire.

mardi 13 décembre 2016

Le joueur de violon généreux

  On raconte qu'autrefois vivait dans ce pays un joueur de violon. Il aimait répandre la joie autour de lui et jouait d'un instrument merveilleux qui lui avait été donné en remerciement par une fée : quiconque entendait jouer de cet instrument ressentait l'émotion dégagée par la musique. Inutile de vous préciser que le vieux joueur de violon jouait des airs enjoués pour danser et s'amuser.
  Le roi de ce pays entendit un jour parler de ce prodige et le fit venir à la cour. Il put vérifier par lui-même ce prodige et en privé envisageait de demander au violoniste de s'attacher à son service. Le violoniste officiel l'entendit et jaloux, il vola le violon dont il joua sans succès. Son cœur était empli de rancœur, de jalousie, d'ambitions et de plans en tous genres pour supplanter ses rivaux. Sa musique s'en ressentit et dévoila sa supercherie. Il fut renvoyé et le vieux violoniste refusa la place qu'on lui proposait. Il préférait faire la joie des petites gens.
  Le roi se rendit à sa décision et il repartit voyager dans tout le pays. Il ne manquait jamais de jouer pour son monarque chaque fois que ses pas le menaient à la capitale.