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dimanche 28 janvier 2018

Contes d'Halloween et de Samhain Le rituel nocturne

  De sa fenêtre, Lune observe la femme dont l'ombre se découpe sous la lumière des lampadaires. Des yeux, elle suit sa voisine qui quitte le perron de la vieille maison de style colonial dont la peinture blanche fait ressortir la silhouette voûtée. Cette maison lugubre et sombre effraie tout le monde dans les environs et chacun émet des hypothèses sur la femme qui y vit seule depuis des années. Elle ne sort de chez elle qu'en pleine nuit, à l'insu de tous. Lune met son manteau et se décide à sortir sans bruit. Emmitoufflée dans sa couverture, la femme trottine sur la pelouse humide de rosée et bientôt ses chaussons sont trempés mais elle n'a plus le choix, elle doit suivre la sorcière. Elle sait qu'elle n'aura plus le courage de le faire par la suite si elle ne va pas au bout de son idée en cette nuit de pleine lune.

  Durant de longues minutes, Lune grelotte de froid à la suite de la femme. Alors qu'un rayon de l'astre nocturne éclaire sa proie, elle remarque que celle que l'on surnomme « la sorcière » marche en courte chemise de nuit sur le bitume comme si le froid ne l'atteignait pas. Ses longs cheveux blonds brillent comme de l'or embrasé par la pleine lune lui conférant un air fantomatique. Après quelques minutes de marche, la sorcière prend un chemin menant dans le bois voisin qu'elle suit jusqu'à la masure où personne ne va. Tant de superstitions l'entourent que personne n'ose s'en approcher. La sinistre maison de bois craque sous le vent et la sorcière entre. Effrayée, Lune se place dans l'embrasure d'une fenêtre pour observer ce qui se passe à l'intérieur. La sorcière farfouille de longues minutes dans l'unique pièce de la ruine. Elle prend enfin un lot de bougies qu'elle place en cercle. Cérémonieusement, elle allume les bougies avec des alumettes trouvées dans la pièce et les fixe avec de la cire fondue. A en croire les nombreuses traces au sol, ce n'est pas la première fois qu'elle effectue cette cérémonie nocturne.

  Dans la pièce immense, la femme se trouve au milieu d'un cercle illuminé. Lune remarque alors tout autour de la sorcière, un cercle formé par les citrouilles des voisins qui ont mystérieusement disparu durant la nuit d'halloween. Elles semblent servir à  un étrange rituel, leurs gueules grimacent un sinistre sourire et leurs yeux vides s'illuminent d'un regard inhumain dans la pénombre de la masure. Les curcubitactées roulent bientôt par la porte ouverte, Lune les suit. Après quelques minutes de course, sous les yeux horrifiés de la jeune fille, les citrouilles roulent sur elles-mêmes pour frapper aux portes dans un bruit sourd. Lorsque les habitants des maisons ouvrent leur porte, ils hurlent devant ce prodige et fuient en courant. Chaque citrouille frappe la porte devant laquelle est s'est arrêtée ; encore et encore, elle roule légèrement en arrière pour prendre de l'élan et s'abbattre sur la porte qu'elle frappe avec un bruit sourd. Puis, elle recommence son manège jusqu'à ce que l'occupant ouvre sa porte pour voir ce qui se passe. Alors, les citrouilles ricanent de la peur de l'occupant du logis qui referme sa porte en hurlant puis les courges reprennent leur chemin en roulant sur elles-mêmes jusqu'à la prochaine maison. Ecoeurée, Lune court se réfugier dans sa maison. Bientôt, elle entend toquer à sa porte encore et encore durant de longues minutes. Recroquevillée sur elle-même, elle se murmure « N'ouvre pas la porte, n'ouvre pas la porte ». Enfin, le silence se fait et elle entend son voisin hurler au bout de quelques minutes. Soulagée, elle se rend dans sa chambre pour se blottir sous la couverture en attendant l'aube.

dimanche 7 janvier 2018

Contes d'Halloween et de Samhain Le vieux cheval d'Eoghan

  Cette nuit-là, Eoghan rentrait chez lui. Juché sur le dos de son cheval, il avançait lentement au rythme de la bête qui le portait. Bercé par ses longues enjambées, l'homme s'étonna lorsque sa monture s'arrêta net sur le chemin comme épuisée. Le vieil homme parla doucement à son vieil ami et deux yeux doux se tournèrent vers lui. Eoghan lut dans son regard que la fin était proche et il descendit pour marcher à ses côtés. Pas à pas, ils cheminèrent vers l'étable où l'animal pourrait trouver son dernier repos en paix. Un nuage voilé la lune et des oiseaux nocturnes déchirèrent la nuit de leurs cris puis descendirent en piqué vers eux. Apeuré, l'homme s'écarta mais les volatiles l'ignorèrent et entourèrent son cheval. Eoghan se reprit et il courut sur le bord du chemin à la recherche d'un bâton ou d'une branche pour éloigner leurs assaillants. Par trois fois, il les chassa et sans relâche, les oiseaux revinrent attaquer l'animal qui hennit de peur.

  Le vieil homme réfléchit un instant en se grattant la barbe qu'il avait courte et bouclée. Il se remémora des contes de bonnes femmes qu'on racontait à la veillée. Il chassa ses doutes et il retourna ses poches qu'il laissa pendre de son pantalon de toile dans l'espoir d'éloigner les oiseaux de nuit. La nuée abandonna sa proie et le cheval reconnaissant frotta son museau contre sa main. Les larmes aux yeux, Eoghan ramena son cheval à l'écurie où il le coucha sur la paille fraîche. Il le couvrit d'une couverture et il resta à ses côtés de longues heures. Jusqu'à la fin, il veilla son vieil ami en le caressant, lui racontant des histoires et lui chantant des chansons. Lorsque l'aube pointa ce jour-là, le vieil homme pleura le bras passé autour du coup de son cheval, son vieil ami qu'il aimait tendrement alors qu'il fermait ses yeux pour la dernière fois et glissait dans un éternel sommeil.

dimanche 5 novembre 2017

Contes d'Halloween et de Samhain La nuit du casse-noisettes

  Autour du feu de camp qui brûle dans l'ancienne grange désaffectée, le groupe d'adolescents s'amuse à se raconter des histoires en cette nuit du casse-noisette ou de la pomme croquante. Conformément à la tradition, ils ont ramené des pommes, des noix et des noisettes à déguster au coin du feu en cette dernière nuit d'octobre. Les pommes finissent rapidement au bout d'un bâton à cuire à la flamme. Les premiers fruits à la peau craquante et dégoulinante d'un jus chaud qui coule sur les mentons juvéniles et poisse les doigts malhabiles qui se brûlent sur les fruits cuits qui finissent rapidement dans l'estomac des adolescents. Ils rient à l'évocation de leurs parents qui les croient tous chez l'un d'entre eux sous prétexte de préparer un exposé sur la chasse aux sorcières dans l'Europe médiévale. Mais les géniteurs sont bien vite oubliés grâce au concours bienvenu d'une bouteille de soda à la citrouille qui fait le tour du petit groupe.
  Repus, les jeunes garçons, enroulés dans de chaudes couvertures, commencent à se raconter des histoires pour se faire peur en croquant des noisettes. La nuit tombe et le vent commence à faire gémir le vieux bois centenaire tandis que la lune passe par les interstices entre les planches disjointes. Inquiets, les garçons sans oser se l'avouer, écoutent les bruits nocturnes, attentifs. Mais tout est silencieux et un éclat de rire déchire la nuit. Ils se raidissent mais peut-être n'est-ce que le feu qui crépite qui a voulu se jouer d'eux. Soulagés, ils remettent des pommes à dorer à la flamme.
- Qui commence ? demande un garçon aux longs cheveux roux qui tombent en rideau sur ses épaules. Qui a une histoire effrayante à nous raconter ? 
- Moi ! Vous savez qu'on dit qu'un trésor est enterré sous cette grange ?
Tous regardent le petit blond en polo rayé qui vient de prendre la parole.
- Par qui ?
- Par le vieux Tommy qui a emporté son trésor dans la tombe. On prétend qu'il s'est enrichi à force de privations et que pour empêcher que les impôts ne lui volent le fruit de son travail, il dormait littéralement sur un trésor : son matelas était un matelas de billets. Dans son testament, il a demandé à être enterré avec mais ses héritiers, intrigués, ont déchiré son coffre-fort de tissu et n'ont pas respecté ses dernières volontés. On prétend néanmoins qu'il reviendra un jour de l'au-delà pour se venger et que ce vieux filou a plus d'un tour dans son sac. Il aurait réussi à enterrer une partie de son trésor afin d'être sûr de le garder pour lui seul dans l'au-delà. On prétend qu'il estimait que ses fainéants d'héritiers qui l'ignoraient de son vivant ne méritaient pas son pactole.
  Une idée germe dans les jeunes esprits et quelques minutes plus tard, les jeunes gens commencent à creuser la terre froide à main nue. Peu à peu, un trou commence à grignoter la petite cabane branlante qui se remplit de terre, de terre, encore et encore. La terre envahit l'espace et l'odeur d'humus commence à donner la nausée aux membres du groupe. Le petit blond commence à avoir envie de vomir mais il parvient à se contenir.
- On a fini ? gémit-il, le cœur au bord des lèvres.
- Oui, je crois bien. répond le plus grand d'entre eux.
En effet, quelques minutes plus tard, il bute sur une surface dure qui rend un son creux. Les garçons  se penchent sur le trou et ils tentent de deviner sur quel objet ils viennent de tomber à la lumière blafarde de la lune qui vient de se dévoiler.
- Personne n'a pensé à prendre une lampe de poche, par hasard. 
Seul le silence lui répond. Il inspire avant de continuer son examen accroupi au bourd du trou.
- C'est du bois. On dirait une planche.
- Il y a une croix, c'est un cercueil. l'interromp le garçon aux cheveux roux.
- Que contient-il ? s'interroge le garçon blond en fracassant le bois d'un coup de pied.
Le bois pourri par l'âge et l'humidité craque sous le coup et l'adolescent manque de tomber dans le trou.
- Moi ! Malheur à vous qui m'avez libéré. Ainsi qu'à mes descendants qui ont bâti leur fortune sur la mienne, ma vengeance les frappera.
La forme noire se dresse devant eux, enroulée dans une cape noire. Apeurés, les adolescents sont tétanisés et incapables de bouger. Mais déjà, l'ombre est sur eux et les dévore. La légende disait vrai. Dans un rire qui emplit la nuit, l'ombre se met en quête de ses descendants pour assouvir sa vengeance longuement mûrie dans l'au-delà.

lundi 16 octobre 2017

Contes d'halloween et de samhain On m'appelle Jack O' Lantern

  Je m'appelle Jack et voici mon histoire mais ce n'est pas celle que l'on raconte. Un soir, alors que je me réchauffais dans une taverne, j'ai entendu une voix murmurer mon nom à mon oreille. De peur, je me suis levé précipitamment et j'ai écrasé le pied du Diable qui buvait sa bière accoudé au bar. Je l'ai immédiatement reconnu à la queue qui dépassait de la jambe de pantalon dans lequel il l'avait passée. L'esprit embrumé par la bière, je me suis excusé et il m'a alors fait une proposition. En échange de mon âme, il pouvait m'offrir tout ce dont je rêvais. Intrigué, j'ai accepté et c'est devant une nouvelle bière qu'il m'a fait sa proposition. La fatigue et l'alcool embrumaient mon esprit mais j'ai compris l'essentiel du marché qu'il me proposait : mon âme contre la faveur de mon choix. Stupidement, j'ai accepté en échange d'un ultime verre. Le diable s'est changé en pièce de six pence devant moi et soudain dégrisé, j'ai fait la seule chose à faire : j'ai pris la pièce et je l'ai enfermée dans ma bourse avec ma croix en argent, le seul bien qui me restait, la croix en argent reçue à mon baptême que je comptais monnayer sous peu. Prisonnier, le Diable ne pouvait plus quitter ma bourse et j'obtins qu'il ne réclame pas mon âme avant dix ans ce qu'il accepta. J'avais l'intention de racheter mes péchés durant cette décennie, voyez-vous. Mais je n'y parvins pas. C'est ainsi que dix ans plus tard, j'ai recroisé le Diable sur une route isolée, il voulait mon âme comme convenu. Or, je n'étais prêt à perdre la vie. Paniqué, je cherchais des yeux une église où me réfugier mais je ne vis rien mais je remarquais un pommier. Alors, j'ai demandé au Diable de cueillir une pomme à l'arbre. Grimpé sur mes épaules, il a commencé à farfouiller dans les hautes branches pour cueillir le fruit tandis que de mon couteau, je sculptais une croix sur le tronc de l'arbre. Je n'ai pas compris pourquoi Satan fut décontenancé, après tout, il était perché sur mes épaules, les mains dans les branches du pommier mais il n'était pas grimpé dans l'arbre. Je crois qu'il est un peu superstitieux. Ma ruse a réussi et il ne pouvait plus descendre. Il a donc fini par accepter de ne jamais prendre mon âme. J'ai ôté le morceau d'écorce marqué d'une croix et il est descendu de mes épaules.

  Le souci, c'est qu'à ma mort, saint Pierre m'a refusé l'entrée du paradis. Voyez-vous, je m'étais promis de cesser de boire et je n'ai pas tenu cette promesse. D'ailleurs, je suis mort de froid après avoir trop bu un soir d'hiver alors que la neige tombait. Je ne me suis pas réveillé avant que le froid engourdisse mon corps. Le diable a refusé de me laisser entrer en enfer en brandissant sa promesse comme argument valable. Je n'avais pas d'autre solution, alors je suis reparti. Mais je suis revenu vers le Diable avant qu'il ne ferme sa porte et je lui ai demandé un charbon ardent, je suis mort de froid, j'estimais avoir le droit de ne pas mourir de froid dans l'éternité à venir. Il a accepté contre la promesse de ne plus jamais traiter avec lui.

  Je dois errer entre les mondes jusqu'au jugement dernier pour gagner mon paradis. Il n'y a rien dans l'entre-monde, aucune couleur définissable, rien, ni arbre, ni pierre, ni objet, ni animal. Le néant. Dans sa miséricorde, Dieu m'a accordé le droit de retourner errer sur Terre le jour de ma mort. La première fois, j'étais si heureux de fouler un sol familier ! Mais le vent menaçait d'éteindre mon charbon ardent et je n'ai pas trouvé d'autre solution que de déterrer un navet dans le champ proche pour l'y mettre. J'ai eu du mal à le creuser, il était gelé mais j'y suis parvenu non sans peine. Pour éloigner les questions, j'y  ai sculpté un visage avec une pierre qui trainait pas là. J'avais honte de ma conduite, je préférais effrayer les gens qui me verraient que de répondre à leurs questions. Je suis heureux de voir qu'aujourd'hui encore, en ma mémoire, on évide des citrouilles et des navets. Cela me donne la force d'attendre une année de plus en attendant le jugement dernier où j'aurais suffisamment expié mes fautes pour gagner mon paradis.

mercredi 1 février 2017

La fête d'Halloween

  Sally avait toujours détesté la fête d'Halloween sans bien savoir pourquoi. Les monstres ne l'attiraient pas, tout comme les bonbons. Mais cette année, ses amis s'y sont tous mis pour la convaincre de se joindre à eux. La jeune fille de quatorze ans a fini par accepter et s'est même fabriqué un costume.

  La petite troupe est partie le soir d'Halloween dans le quartier, leurs sacs en plastique dans les mains. Joyeux, ils sonnent aux portes et menacent d'un sort, ceux qui gardent porte close, barricadés à l'intérieur de leur maison. Ils ne se vengent pas mais ils critiquent le voisin qui s'enferme chez lui pour regarder un film d'horreur à la télévision.

  Sally s'amuse bien et finit même par se dire qu'elle pourrait finir par aimer cette fête. En longeant le cimetière, l'adolescente entend du bruit derrière elle, elle a devancé ses amis sans s'en rendre compte. Seule, elle a peur des créatures nocturnes.
- Qui est là ?
- Moi !

  Devant Sally, horrifiée, un fantôme se dresse, plein de menace. La jeune fille hurle et s'enfuit en abandonnant son sac de friandises sur le trottoir. Elle court se barricader chez elle et n'en sort pas avant le lendemain matin. Ses amis inquiets sont venus le voir, ils ont beau lui expliquer que c'est certainement un adolescent déguisé qui lui a fait une mauvaise farce, elle est catégorique : elle ne fêtera plus JAMAIS halloween.