Affichage des articles dont le libellé est Sorcière. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Sorcière. Afficher tous les articles

mardi 20 avril 2021

L'enfant des bois

Il était une fois, un enfant qui vivait seul dans une forêt oubliée de tous. Depuis qu'il était en âge de se débrouiller seuil, il vivait ainsi, isolé de ses congénères parlant aux bêtes qui ne le craignaient pas et se nourrissant de baies et de champignons. Il vivait dans un vieil arbre creux veillé par un vieux hibou qui lui chantait doucement des berceuses. Un jour, la forêt brûla et l'enfant qui ramassait du bois à la lisière de la forêt ne put qu'assister impuissant au spectacle de son logis livré aux flammes. Il quitta les lieux immédiatement, certain que son lieu de vie enchanteur et ses amis avaient tous péri par cette sèche journée d'été. En plus, il marcha longtemps jusqu'à arriver à un modeste village qui lui était inconnu, quittant rarement la forêt.

- Oh mais que voilà un bel enfant! Tu n'es pas d'ici, toi!
La femme se pencha sur lui et l'enfant plissa les sourcils car ce langage ne lui était pas inconnu. Avec difficulté, il répondit par la négative retrouvant les souvenirs de sa jeune enfance.
- Je suis perdu et sans parents.
- Viens avec moi! lui intima son interlocutrice en lui prenant la main et il se laissa faire sans crainte.

Dans la petite chaumière à l'écart du village, l'enfant s'émerveilla du spectacle qui l'entourait.
- Ta beauté est notre salut. dit la femme en s'approchant en souriant.
Elle dégaina un poignard et lui trancha la gorge en veillant à recueillir son sang dans le chaudron qu'elle venait de poser sur le foyer éteint.
- Bien, le sang d'un enfant innocent, c'est parfait. dit la sorcière en rejetant le corps sanglant loin d'elle.
Après de longues minutes à prononcer des incantations, des langues de brouillard couleur sang s'élevèrent du chaudron et s'assemblèrent au-dessus de sa tête.
- Puisse l'esprit vengeur de cet enfant, sacrifié contre son gré vous animer et se retourner contre nos ennemis! dit-elle d'une voix forte en ouvrant la porte.

Le brouillard coloré quitta la pièce et elle se retrouva seule. Elle referma la porte après s'être assurée que nul ne l'avait vue et elle entreprit de ranger la pièce, lavant ses ustensiles et enveloppant le cadavre dans une couverture épaisse. A la nuit tombée, elle sortit, l'enfant mort dans les bras et elle l'enterra dans la forêt qu'il avait tant chéri. Autour d'elle, les cadavres d'une armée prête à piller leur petit village gisait, morte.

- Ta mort n'a pas été vaine, mon petit. Une mort pour sauver des centaines de vies, ce n'est pas un prix si élevé, tu sais. Je suis profondément désolée mais si tu n'étais pas venu, j'aurais dû sacrifier un enfant du village, un enfant avec une famille, tu ne manqueras à personne. murmura-t'elle en arrivant à la lisière de la forêt. Dans un fossé, la sorcière fit une couche de feuilles mortes où elle déposé l'enfant mort avant de le recouvrir de feuilles mortes en murmurant des prières dans une langue inconnue des profanes. Elle quittait les lieux lorsqu'un grondement la fit se retourner, en alerte. Les dents du loup la mordirent à la jambe alors qu'elle tentait de fuir et elle vit les yeux des bêtes qui l'entouraient briller autour d'elle.

- Je suis perdue, je vais payer pour mes fautes. Mais le village est sauvé! songea-t'elle alors que griffes et crocs la déchiraient de toutes parts.


26112020



mercredi 24 février 2021

La sorcière des Bell

   Un couinement fait sursauter l'homme qui regarde autour de lui. La mer de maïs semble vouloir le noyer mais il baisse les yeux à terre à la recherche de l'intrus. Enfin il l'aperçoit, un gros chien le regarde venir à lui, immobile. Plus il s'approche, plus il se dit que ce chien ne ressemble pas à chien. Il hésite un instant, puis il épaule son fusil, la balle part, déchirant l'air de l'après-midi et il se précipite. La place est vide, nul cadavre, nulle trace de pattes. Perplexe, l'homme rentre chez lui à pas lents.
  Les jours passent et l'homme oublie l'incident. Il joue à la balle avec ses fils lorsqu'un oiseau perché en haut d'un arbre l'intrigue, il s'approche et l'oiseau inconnu ne bouge pas. Avec précaution, le riche fermier épaule son fusil avant de se précipiter au pied de l'arbre.
- Vide, l'oiseau s'est envolé! 
Il hausse les épaules et il rejoint ses enfants.

- J'ai vu une fille de mon âge en train de se balancer à la grosse branche.
- Quelle fille, Betsy? s'étonne le fermier en fronçant les sourcils.
- J'ai essayé de lui parler mais elle ne m'a pas répondu. Elle avait mon âge et portait une robe verte mais je ne l'ai jamais vue dans les environs.
- Où est-elle maintenant?
- Elle a disparu quand je me suis approchée, je ne sais pas où elle est maintenant.
- Comme le chien que j'ai vu.
Le fermier se tourne vers l'esclave qui vient d'entrer et il demande des précisions.
- Un chien noir que j'ai vu plusieurs fois, venu de nulle part. Il grognait et lorsque j'ai pris un bâton pou rle chasser, il a disparu, comme s'il s'était évanoui par magie.
- La magie n'existe pas, retourne au travail.
- Bien monsieur.

-Je ne crois pas à toutes ces histoires! songe l'homme assis sous la véranda sa pipe à la bouche à la nuit tombée. Quelle journée étrange, vraiment. Enfin, tout ceci est terminé. Il est temps d'aller dormir. songe le tennesséen en se levant pour aller dormir.
Cette nuit-là, il rêve qu'un oiseau disparaît sans cesse à l'approche de son fusil et il se réveille à l'aube, en sueur avant de se rendormir paisiblement.

- On a frappé à la porte! Betty, allez ouvrir! dit le maître de maison en prenant son café.
- Il n'y a personne, monsieur. Une farce d'un gamin quelconque, j'imagine.
En fin d'après-midi, une fenêtre claque à l'étage et la petite Betsy se précipite pour la fermer tandis que la porte de la pièce claque. Halentante, elle regarde autour d'elle sans rien remarquer et elle rejoint le rez-de-chaussée. De nouveau, on frappe à la porte et l'enfant se précipite pour ouvrir, trop heureuse de se retrouver face à un être humain quelconque mais de nouveau, le perron est vide.
- J'ai rêvé, voilà tout.
Durant la nuit, la maisonnée se réveille au son de griffes qui raclent le plancher du grenier. Le maître de maison et deux esclaves se rendent au dernier étage de la maison sans rien trouver, ni marques, ni trace de rats ou d'un chien égaré. Alors qu'ils redescendent, une fenêtre claque à l'étage et ils se rendent dans la salle de bain mais la fenêtre est fermée.
- Allons dormir, nous avons rêvé et nous ne pouvons rien faire de toutes manières. Pas avant demain. dit John, las.
Le lendemain matin alors que la famille prend le petit-déjeuner, une porte claque à l'étage mais personne ne se lève. En effet, au dehors, les grognements de deux chiens qui se battent les attirent dans la cour mais elle se révèle vide.
- Terminons de manger, le travail nous attend. décrète le maître de maison d'une voix ferme. Ces manifestations cesseront d'elles-mêmes si nous les ignorons.
Pour lui répondre, la fenêtre se met à battre fortement mais sans se laisser démonter, il la referme avant de se rasseoir devant son petit-déjeuner suivi par sa famille.
- J'ai du travail. dit-il en se dirigeant vers les champs, soulagé d'échapper aux manifestations et de pouvoir réfléchir à son aise mais inquiet de laisser sa famille dans la maison. Lorsqu'il rentre le soir venu, il s'enquiert de la situation.
- Mon maître, les bruits n'ont pas cessé de la journée, pire il y a eu des gargouillis dans les tuyaux. J'ai eu la peur de ma vie mais j'ai fait mon possible pour n'en rien montrer. dit la vieille esclave en espérant qu'il aura une réponse.
- Ignorons ces bruits et bientôt, plus rien n'y paraitra. L'auteur de cette farce finira par se lasser.
- Je l'espère.
A minuit, un bruit de chaînes parcourt la maison entière et la maisonnée se réunit dans le salon, incapable de dormir. Ce n'est qu'à l'aube que monsieur Bell décrète qu'il est temps d'aller dormir tandis qu'au dehors, deux chiens se battent en hurlant.

Après une nuit paisible, la famille se réunit autour de la table du petit-déjeuner.
- Nous devons garder le secret sur tout ceci, on pourrait nous accuser de sorcellerie et nous condamner au bûcher. Avec le temps et de la patience, les choses s'apaiseront d'elle-même. décrète le père de famille d'un ton qu'il veut assuré.
Les enfants acquiescent et mangent en silence avant de se rendre à l'école où ils ne soufflent mot de l'histoire. Restée seule dans la maison, Betty ne cesse de regarder autour d'elle mais en voyant que tout est calme, elle se met à la lessive en chantonnant comme elle a l'habitude de le faire. Elle a les mains plongées dans le savon lorsqu'un grattement la fait lever la tête. Bientôt le bruit reprend et elle identifie de nouveau, le bruit de griffes raclant le sol. Elle sent son visage blêmir et elle décide d'affronter le fantôme. Avec courage, elle se rend dans la pièce au-dessus de sa tête mais son inspection ne révèle rien.
- Qui est-là? J'ai entendu du bruit. dit-elle d'une voix aussi assurée que possible mais seul le silence lui répond.
Elle inspecte la pièce dans l'espoir de trouver un rat mais tout est vide et elle redescend précipitamment finir sa lessive.
Elle sursaute alors qu'elle se penche pour prendre la bassine pleine de linge humide au son d'une porte qui claque mais la porte de la buanderie est grande ouverte. Elle sort dans le jardin pour étendre le linge avec la sensation d'être observée mais elle tient bon et fait mine de ne rien remarquer dans l'espoir que de nouvelles manifestations n'apparaissent pas. Alors qu'elle rentre dans la maison, elle entend un bruit de quelqu'un qui s'étouffe et elle se précipite dans la salle à manger qui est vide.
Terrifiée, la jeune femme hésite et elle sort dans le jardin pour reprendre ses esprits.
- Je dois rester forte pour le maître et sa famille. A quoi bon me plaindre? Nous sommes tous dans les mêmes tourments.
Avec résignation, elle reprend sa lessive qu'elle achève rapidement avant de mettre le linge à sécher, soulagée d'être à l'extérieur.

Le soir venu, la famille est réunie et évoque sa journée. Soudain, le bruit de pierres qui tombent sur le plancher les fait sursauter mais le regard impérieux du chef de famille les fait baisser le nez dans leur assiette et continuer à manger comme si de rien n'était.

- Cette nuit, j'ai entendu des bruits comme si des rats rongeaient les montants de mon lit. dit la jeune Betsy le lendemain matin mais il n'y avait rien. Je suis restée roulée en boule dans mon lit toute la nuit, terrifiée.
- Hier, j'en entendu quelqu'un s'étouffer alors que je rangeais du bois dans la soupente. dit le fermier. Nous devons nous efforcer de vivre normalement comme si de rien n'était.
Une semaine plus tard, le jeune fils hurle dans la nuit précipitant la famille dans sa chambre. L'enfant en larmes est assis sur son lit et ses couvertures gisent au sol.
- Que se passe-t'il? interroge le fermier.
- Je dormais et mes couvertures ont été arrachées de mon lit. sanglote l'enfant.

- Ce n'est rien. dit son père en l'attirant contre sa poitrine où l'enfant se laisser bercer. Peu à peu, ses larmes se tarissent et John Bell se sent soulagé.K
- Ce n'est rien, les choses vont finir par s'apaiser, Dieu nous protège et ne permettrait jamais que le Diable nous tourmente alors que nous sommes bon chrétiens.

Les jours suivants, tous les membres du foyer voient leurs couvertures arrachées et plusieurs se plaignent d'avoir reçu des claques pour s'être opposé à l'entité. Betsy se rend compte qu'elle est la plus grande victime de tous, elle se plaint de voir ses cheveux tirés avec force tandis que les autres se plaignent de simples tirements de cheveux. A part elle, elle se demande ce qu'elle a bien pu faire pour mériter ce traitement mais elle n'ose pas poser la question à voix haute dans la solitude de sa chambre. Le soir venu, elle prie longuement Dieu dans l'espoir qu'il la protège mais nul ne lui répond et elle se couche, tremblante entre ses couvertures sanglotantes attendant que l'entité s'en prenne à elle. Lorsqu'elle sent ses cheveux tirés par une force invisible, elle font en larmes, incapable de se défendre face à l'ennemi qui l'assaille sans raison.
- Que t'ai-je fait? demande la fillette, sanglotante.
Mais nul ne lui répond et elle se recroqueville sur elle-même, inconsolable n'attendant que le matin.

Quelques jours plus tard, la jeune fille croise Richard Powell, maître d'école qui lui demande de ses nouvelles avec affabilité. Elle observe l'homme bien consciente qu'il lui fait la cour et elle lui répond poliment avant de reprendre sa route.
L'homme se retourne sur son passage en souriant.
- La fille d'un des plus riches fermiers des environs serait un beau parti. se dit l'instituteur en reprenant sa route, songeur. Mais je suis bien plus vieux qu'elle...
Alors qu'elle arrive en vue de la ferme, la jeune fille se trouve face à Joshua Garner.
- Bonjour, monsieur Garner.
- Bonjour, Betsy. Puis-je venir vous rendre visite à l'occasion?
- Bien sûr. dit-elle à son voisin qui lui répond en souriant.
Joshua Garner sourit et il lui promet de venir rendre visite à la famille de la jeune fille.
Ravie, la jeune fille rentre en rêvassant à son prétendant.

Quelques jours plus tard, Joshua arrive à la ferme et il fait une longue promenade avec Betsy qui semble apprécier sa compagnie.
Au fil des jours, Betsy se rend compte que les visites de monsieur Garner se soldent par un regain d'activité de ce que l'on appelle dans les environs la sorcière des Bell.
- Elle n'aime pas cet homme. songe la jeune fermière en larmes.
Pourtant, elle relève la tête et elle fait bonne figure à son visiteur qui vient le voir de plus en plus souvent à son grand plaisir.
Pourtant, elle doit bien se rendre l'évidence que chaque visite donne lieu à des représailles. Elle en parle à ses parents mais comme personne ne sait ce qu'il se passe, elle décide de faire son choix seule et elle continue à fréquenter son prétendant.
Au fil des jours, les attaques se multiplient et un soir, sa famille se réunit autour d'elle alors qu'elle raccomode une robe dans le salon.
- Tu vas partir, nous nous inquiétons tous pour toi. dit son père.
- Mais, où vais-je aller?
- Prépare tes affaire et fais-moi confiance. dit le fermier.
L'adolescente comprend qu'il ne tient pas à dévoiler à haute voix le lieu de sa retraite à l'entité et elle obtempère soulagée de quitter les lieux mais attristée de quitter sa famille. Elle verse une larme lors de ses au revoir et elle monte dans la carriole, le cœur lourd en ravalant ses larmes, pleine d'espoir.
Durant le trajet nul ne dit un mot et Betsy se détend lorsqu'elle reconnaît la ferme d'amis de ses parents qui ont toujours été bons pour elle.
- Bonjour Betsy. dit le fermier en l'accueillant.
- Bonjour, Jim. dit-elle en se forçant à sourire.
Tandis que la femme de Jim l'installe dans sa nouvelle chambre, elle entend des bribes de voix et elle devine que son père informe son ami de la tournure des évènements et de la gravité de la situation. Elle se force à ne pas écouter et elle descend bientôt les rejoindre pour mettre fin à la conversation. A son entrée, les deux hommes se taisent et son père se penche pour l'embrasser.
- J'espère que nous trouverons une solution et que tu pourras bientôt rentrer à la maison. dit-il, les yeux embués de larmes.
- Moi aussi, père. J'espère que la chose ne s'en prendra pas à un autre membre de notre foyer. Je me sentirai responsable.
- Tu n'as pas à l'être. la rassure le fermier en mettant la main sur son épaule. A très bientôt. dit l'homme en remettant son chapeau et en sortant pour monter dans la carriole qui le ramènera chez lui.
Sur le chemin du retour, il tente de se convaincre qu'il a fait le bon choix mais il sent l'angoisse le tenailler.

La soirée se passe sans encombre et la jeune fille reprend espoir. Elle se surprend à chantonner alors qu'elle se déshabille et qu'elle se glisse entre les draps. A minuit, elle se réveille incapable de respirer, elle se débat et essaie de crier sans succès. Le souffle court, les joues empourprée, elle parvient enfin à retrouver sa respiration et elle quitte la chambre en pleurs à la recherche d'un miroir qui ne révèle aucune marque sur son cou.
- Je sais pourtant que je n'ai pas rêvé. sanglote-t'elle en rejoignant sa chambre, bien consciente de n'être à l'abri nulle part.
Elle se recouche et elle finit par s'endormir. Le lendemain, elle se tait dans l'espoir que l'entité se lasse face à son indifférence mais lorsqu'elle sent des aiguilles se planter dans la peau de ses bras, ses nerfs la lâchent et elle fond en larmes, confessant ses tourments. Le lendemain, son père vient la chercher et elle remonte dans la carriole, une boule d'angoisse lui nouant le ventre à la pensée de retrouver la ferme familiale. Le fermier s'inquiète de lui voir un visage rouge et il se décide à l'interroger.
- J'ai souvent l'impression d'étouffer, le souffle court. J'ai la sensation qu'on m'étrangle, parfois je sens que je vais m'évanouir mais que pouvez-vous pour apaiser mes tourments?
Son père ne répond rien et la jeune fille se force à lui sourire dans l'espoir de le rassurer.

En larmes, Betsy supplie qu'on la laisse et elle s'effondre en larmes dans l'obscurité de sa chambre.
- Qu'as-tu? lui demande son père au petit-déjeuner.
Il ne peut ignorer les marques sur la peau de la jeune fille et il la regarde avec intensité.
- Je te promets de chercher de l'aide mettre fin à tes tourments.
Sitôt le petit-déjeuner avalé, le père de famille se rend chez son voisin.
- James, je voudrais te parler.
- Bonjour, monsieur Bell.
- Bonjour, madame Jonhson.
- Viens. dit son voisin en l'entraînant dans la cuisine où il lui sert un café fort avant de se servir lui-même.
Après un soupir, John se confie. Il détaille l'année qu'il vient de vivre, les yeux rivés sur le bois de la table dont il suit les veines avec application pour éviter le regard de son voisin.
- Il faudrait des preuves de ce que tu avances. Des informations complémentaires.
- Venez passer quelques temps à la maison avec ton épouse, vous verrez par vous-même, je suis désemparé.
Le couple prépare ses affaires à la hâte et ils suivent leur voisin jusqu'à sa ferme. Après un repas silencieux, la maisonnée va se coucher. A minuit, on cogne à la porte des nouveaux venus et monsieur Johnson ouvre sans trouver le moindre intrus dans le couloir. Perplexe, il retourne se coucher auprès de sa femme terrifiée et il attend la suite des évènements. Au dehors, il entend deux chiens gronder sourdement et il se force à se lever mais il ne voit rien au-dehors. Il commence à se poser des questions lorsqu'il entend des griffes racler le plancher de sa chambre. Il sursaute et terrifié, il se penche sur l'endroit d'où le bruit provient mais le plancher est intact.
- Je t'en prie, rentrons chez nous. sanglote sa femme.
- Non, nous devons les aider et savoir ce qui se passe exactement, je veux voir et entendre par moi-même ce qui se passe ici.
Au matin, forcé de se rendre à l'évidence, il décide de prolonger sa visite. Au bout de quelques jours, il interpelle son voisin et il lui suggère de former un comité pour enquêter et savoir à qui il a affaire. Ils en parlent autour d'eux dans le voisinage et l'histoire fait peu à peu le tour de la région.

- Bonjour, c'est bien ici la ferme des Bell?
- Oui. dit le fermier, en fronçant les sourcils. Que puis-je pour vous?
- Je suis exorciste et j'ai entendu parler de votre histoire. Si vous permettez que je...
Avec un soupir, l'homme acquiesce, lassé et il regarde l'énergumène vêtu comme un cow-boy inspecter la ferme et interroger les habitants. Il observe le vieil homme imposer ses mains sur les murs et lorsqu'il lui dit ne rien pouvoir faire, il se sent presque soulagé. Mais bien conscient que ce n'est que le premier d'une longue série, il hésite sur la marche à suivre, il regarde Betsy qui a pâli sous les mauvais traitements et il décide de laisser leur chance aux démarcheurs dans l'espoir d'avoir des réponses même s'il n'y croit guère. Au fil des semaines, le défilé se poursuit sans résultat et John Bell s'interroge sur le bien-fondé de sa décision d'autant plus qu'il ne voit aucune amélioration du sort de sa fille.
- Au moins, ils ne me demandent pas de les payer. bougonne-t'il en examinant ses champs.

- Répondez à ma question, un coup pour oui et deux coups pour non.
Dans la chambre de Betsy, le medium reste à l'écoute de l'entité qui répond par des coups sans lui apporter de réelles réponses sur sa nature et son but. Navré, il rejoint la famille qui attend au salon, tout en évoquant des résultats encourageants.
Ses confrères se suivent et bientôt l'entité siffle pour répondre aux questions des medium sans se faire menaçante, les encourageant à continuer. Le fermier et la jeune fille écoutent les rapports et ils décident de continuer leurs démarches dans l'espoir d'avoir une réponse à leurs interrogations.
- Mon Dieu! s'écrie le medium en se levant de sa chaise. Je l'ai!
Il se penche et il tente de décrypter les mots que la voix vient de lui dire mais il ne parvient pas à reconnaître le message et la nature de l'entité même s'il juge le résultat encourageant.
- J'ai réussi à entrer en contact avec l'entité. Elle a parlé, je n'ai pas compris ce qu'elle a dit mais c'est une avancée. Nous pouvons espérer savoir ce qu'elle veut à votre fille et la faire partir de chez vous. Je reviendrai dans quelques jours, si vous l'acceptez.
- Je l'accepte. dit le père de la jeune fille qui n'a pas de meilleure piste.

- Bien, allons-y.
De nouveau, le medium tente d'entrer en communication avec la voix seul dans la pièce en essayant de ne pas penser à la famille terrifiée qui attend dans le salon. Il regarde la chambre de la jeune fille et il laisse son esprit s'ouvrir à son environnement. De nouveau, il interroge l'entité dans l'espoir d'avoir une réponse qui l'aide à porter assistance à la famille. Il interroge de nouveau l'entité sur son origine et sur son but en vain. Découragé, il songe à quitter les lieux lorsque la voix se fait entendre, claire et nette mais saccadée.
- Je suis un esprit venu de partout, ciel, enfer et terre. Je suis dans l'air, dans les maisons, en tous lieux, tout le temps, née il y a des millions d'années. C'est la seule chose que je vous dirai.
Perplexe, le medium rejoint la famille qui a entendu le discours de l'entité et Betsy fond en larmes tandis qu'il tente de rester rassurant.

Au fil des jours, le comportement de l'entité changea de nouveau. Un jour en rentrant de la messe, la famille eut la surprise d'entendre la voix répéter mot pour mot le sermon qui venait d'être prononcé par les deux pasteurs qui officiaient dans la paroisse.
- Mon dieu, quand cela s'arrêtera-t'il? s'interroge le fermier.
Lassée de son manège, l'entité se mit à dire des obscénités qui horrifient les prudes fermiers. Elle ne manquait pas de leur chuchoter à l'oreille ses paroles à n'importe quel moment de la journée. Avec soulagement, Betsy remarque que leur agresseur s'attaque à leur famille dans son ensemble mais bientôt, l'entité s'acharne sur sa mère, Lucy, accroissant son sentiment de culpabilité. L'entité chuchotait à son oreille à toute heure de la journée sans jamais lui faire de mal directement à son grand soulagement. Bientôt, l'entité s'attaqua à John Bell qui craignait que toute la famille soit concernée au fil du temps, culpabilisant de ne pouvoir les aider.
Un soir que des voisins s'étaient réunis dans la cuisine de la ferme pour partager une bouteille de bière, la voix de la sorcière se fait entendre "Je suis déterminée à hanter et faire souffrir le vieux Jack tout au long de sa vie".
John Bell reconnaît là son surnom et il frissonne même s'il espère que l'entité cessera de tourmenter les autres membres de sa famille pour s'acharner sur lui. Horrifiés, les voisins ne disent rien, se bornant à regarder le fermier avec compassion.
- La sorcière des Bell a encore frappé. dit l'un d'eux avec résignation en quittant la ferme, triste d'abandonner la famille dans ses tourments mais bien conscient de son impuissance.

- Je ne remarque rien d'étrange. dit le médecin de la famille, perplexe. Et si Betsy était ventriloque? Même sans s'en rendre compte, dans un état second, durant une absence? Je repasserai dans quelques jours.
Les visites s'enchaînent mais le médecin s'avoue impuissant jusqu'au jour où la voix se met à parler et qu'il place précipitamment la main sur la bouche de la jeune fille.
- Au moins, nous savons que Betsy n'est pas ventriloque... dit l'homme en se grattant la tête, perplexe. Je ne trouve aucune explication rationnelle pour le moment.

Un matin, le fermier se réveille avec la sensation d'étouffer. Sa bouche le fait souffrir et le miroir lui renvoit l'image d'une langue gonflée qu'il tâte pour déterminer la cause d'un tel changement. Son reflet déformé lui fait craindre le pire et il décide de ne pas appeler le médecin dans un premier temps.
- On dirait que je me suis fait piquer par une guêpe mais il n'en est rien. se dit-il en descendant jusqu'à la cuisine pour prendre son petit-déjeuner.
L'horreur se lit sur les visages lorsqu'il prend place autour de la table et il sourit faiblement.
- Je ne sais pas ce qui se passe, je ne crois pas être malade, l'entité... dit-il avec difficulté avant de servir en lait et en pain beurré, se forçant a avaler la nourriture malgré ses difficultés.
Alors qu'il se met au travail, une voix l'assaille de grossiéretés qu'il feint d'ignorer. Tout au long de la journée, il se contient mais une fois couché dans son lit, les larmes l'assaillent dans la chambre silencieuse.
Au matin, toute trace de l'enflure a disparu même s'il continue à être la proie des injures de la créature et qu'il continue son travail comme à l'accoutumée. Pourtant après une nuit agitée, il se rend à l'évidence après quelques jours d'apaisement, l'enflure marque de nouveau son visage et il s'examine avec horreur. Au fil des jours, la situation se dégrade et il se voit contraint de cesser son travail et de rester dans la maison incapable de soutenir la moindre activité.

Le fermier entre dans la porcherie et il souflle.
- Je reste épuisé par la dernière crise. se dit-il en se tournant vers son fils cadet qui lui sourit. Nous allons faire un sort à la truie, nous aurons de la viande pour cet hiver.
John s'arrête, les yeux baissés et il secoue la tête.
- Ce n'est rien, j'ai perdu ma chaussure. songe-t'il avec soulagement en se baissant pour le renouer.
Il reprend sa route lorsque l'autre chaussure reste dans la poussière de la cour. Les sourcils froncés, il revient en arrière et il refait son lacet avec application pour s'assurer que la chaussure ne le quittera pas de nouveau. Il reprend sa route, rejoint par son fils mais de nouveau, il perd un soulier.
- Je ne comprend pas, cette paire de chaussure est étroite, je peine à les mettre! dit-il en renouant de nouveau ses lacets.
Sans un mot sur l'incident, feignant de l'ignorer les deux hommes s'occupent des cochons en silence. Leur tâche accomplie, ils retournent vers la ferme mais de nouveau, John perd son soulier à plusieurs reprises, renouant les lacets avec application à chaque fois.

En vue de la ferme, père et fils se regardent, soulagés de retrouver leur abri précaire.
- Ah!
Le fils se précipite vers son père qui se tient le visage, plié en deux.
- Il étouffe. se dit-il en l'aidant à s'asseoir sur un rondin, le souffle court.
- J'ai été frappé. dit le fermier en grimaçant.
- Nous allons rentrer et tout se passera bien. tente de le rassurer le jeune garçon tandis que le visage de son père commence à se contracter pour se convulser bientôt suivi de son corps tout entier.
- Richard, je...
- Père. dit-il ne sachant que faire, se contentant de tenir la main de son père.
En son for intérieur, il craint qu'il ne meurt mais il se retient de prononcer ses craintes à voix haute, attendant avec angoisse la fin de la crise. Des chants se font entendre sans qu'ils puissent en distinguer les paroles mais le ton empli de moqueries ne fait aucun doute et il se bouche les oreilles alors que le volume du chant ne cesse d'augmenter. Un éclat de rire signe la fin des chants et le jeune homme soupire de soulagement. Il reporte ses regards sur son père dont le visage continue à se convulser et il se retient d'essuyer les larmes qui inondent ses joues.

En pleurs, le fermier s'adresse à son fils.
- Mon fils, je ne tarderait pas à quitter ce monde. Je ne pourrais survivre bien longtemps aux persécutions que cette chose horrible m'inflige. Elle m'assassine à petit feu, je sais que la mort approche.
Le jeune garçon sanglote et il aide son père à se relever pour le ramener dans la ferme. La famille note leur mine triste mais personne ne pose de questions et le jeune garçon aide son père à rejoindre sa chambre et à se coucher. Au fil des jours, le fermier sent ses forces le quitter, incapable de quitter son lit. Les semaines passent, n'apportant pas d'amélioration et la famille se désole.

- Mon dieu!
La famille se précipite dans la chambre du malade au cri de la mère de famille et ils trouvent leur père secoué par les convulsions et inconscient tressautant sur son lit sans qu'ils puissent faire quoi que ce soit.
En désespoire de cause, l'un des fils s'attarde sur la table pleine de flacons de verre contenant des médicaments à la recherche d'un remède, pris d'un sentiment d'urgence.
- Qu'est-ce que? dit-il en élevant vers la lumière un flacon qui lui est inconnu.
La famille secoue la tête, personne n'a jamais vu ce flacon ni ne sait ce qu'il contient. Le médecin ne tarde pas à arriver et il se penche sur le malade avec inquiétude.
- C'est une perte de temps que de tenter d'aider le vieux Jack. J'ai eu sa peau, cette fois-ci. dit la voix grinçante où le triomphe pointe.
- Et le flacon, que contient-il? demande le fils qui tient toujours la bouteille à la main.
- Une potion que j'ai concoctée et que j'ai fait ingurgiter au vieux Jack cette nuit pour qu'il ait enfin son compte.
La voix se tait et tous frissonnent. La mère de famille s'empart du flacon et elle en donne une goutte à un des chats de la ferme qui se prélasse dans la cour. Sous les yeux horrifiés de tous, il saute en l'air en miaulant de désespoir avant de faire plusieurs tours en apesanteur puis retombe brutalement sur le sol, mort.
- Mon Dieu! Jon a bu ce breuvage par malice, il est condamné. comprend-elle en pleurs avant de revenir au chevet de son mari qui continue à se convulser toute la nuit pour mourir au matin.

Le jour des funérailles, des cris de triomphe emplissent l'église et tous les amis et la famille sursautent tandis que des rires s'élèvent. La voix chante, triomphante et la cérémonie se déroule malgré tout.

Après l'enterrement, la vie reprend son cours et Betsy retrouve Joshua Gardner chaque jour.
- Acceptez-vous de m'épouser cette fois-ci? A la fin de votre période de deuil.
La jeune fille de seize ans hésite et elle regarde son soupirant qui attend sa réponse avec anxiété.
- J'accepte, il faudra que vous en parliez avec ma mère maintenant que mon père n'est plus.
Alors que les préparatifs battent leur plein, Betsy entrevoit un avenir radieux et elle attend chaque jour les visites de son fiancé.
- Par pitié, Betsy, n'épouse pas Joshua Gardner.
La jeune fille se lève d'un bond, se piquant le doigt avec l'aiguille avec laquelle elle raccomodait un chemisier et elle regarde autour d'elle.
- Elle est revenu. songe-t'elle tandis qu'un gémissement s'échappe de sa gorge.
Puis elle se reprend et d'un air de défi, elle se remet à son ouvrage feignant de n'avoir rien entendu et se forçant même à chantonner tant par bravade que pour dompter sa peur.

Désormais à toute heure de la journée, la jeune fille était poursuivie par la voix suppliante de la sorcière et malgré son amour pour son fiancé et sa détermination, elle céda. Un après-midi que son prétendant était venu lui rendre visite, elle le prit à part pour lui parler seul à seule.
- Joshua, je vous aime mais je ne peux pas vous épouser. Je romps nos fiançailles et j'annule notre mariage. La sorcière qui a tourmenté mon père jusqu'à le conduire à la mort et qui m'a tourmentée également est revenue me parler. Elle me supplie de ne pas vous épouser. J'ai peur de subir le même sort que mon père et de vous plonger ainsi que ma famille dans l'affliction. Je vous aime mais je ne peux pas vous épouser. J'espère que vous me comprendrez et que vous me pardonnez. dit-elle les yeux emplis de larmes.
- Vous me brisez le cœur, Betsy mais j'accepte votre décision. Je vous souhaite de trouver le bonheur. dit-il d'une voix brisée avant de se détourner pour rentrer chez lui le cœur lourd.

- Je reviendrai dans sept ans. lance la voix avant de s'évanouir.
Soulagée de ne plus avoir de visites de la sorcière des Bell, Betsy que le maître d'école a commencé à courtiser accepte sa demande en mariage et elle espère de tout son cœur ne pas voir la sorcière surgir le jour de la cérémonie mais à son grand soulagement, tout se déroule à merveille et elle espère un avenir radieux

Sept ans après les évènements, Lucy Bell et deux de ses fils qui habitaient encore dans la maison craignaient le retour de la sorcière comme elle l'avait promis. Le cœur battant, la femme sursaute lorsqu'elle entend des bruits mais à son grand soulagement, rien d'autre ne se passe et elle attend qu'ils cessent.
- John Bell Junior. chuchote la voix dans le noir.
L'héritier des Bell s'éveille, le cœur battant et il se force à répondre.
- Oui?
- Je dois te parler du passé, du futur, de ton père. J'avais mes raisons de le tourmenter mais je puis te dire de quoi il retourne.
L'homme hésite à défendre son père mais il décide de se taire par crainte des représailles, il attend donc la suite de la conversation.
- Je reviendrai dans cent sept ans. dit la voix avant de s'évanouir.
- Mais en mille neuf cent trente-cinq, je ne serai plus de ce monde. songe le jeune garçon qui craint qu'elle ne tourmente ses héritiers.

Quinze ans après l'épisode de la sorcière des Bell qui emporta son père, le bonheur de Betsy se brisa après la mort de son époux.

042020


samedi 10 février 2018

Le livre des ombres d'Elana Epilogue Révélations

  En ce jour d'automne qui se transforme en hiver, les amies d'Elana discutent autour d'un chocolat chaud de leur soirée d'halloween.
- Au fait, Elana, tu as fini ton devoir de français ? Je t'avoue que je ne comprends rien du tout. Tu peux me le passer, que je regarde ce que tu as fait ? demande Leslie.
- Oui, il est dans mon sac de cours. Prends-le. dit son amie en lui désignant son sac à dos.
La brune empoigne la bretelle du sac à dos qui se déchire, déversant son contenu sur le sol.
- Je crois que j'ai déchiré ton sac... dit-elle d'un ton désolé.
- Ne t'inquiète pas, il était vieux. dit Elana en se retournant.
La bouche ouverte, elle voit  ses runes qui brillent sur le tapis de sa chambre. A côté, son jeu de tarot git par terre.
- Mince ! se contente-t'elle de dire en se mordant la lèvre.
- Je suis désolée ! dit son amie en ramassant les objets qu'elle remet prestement dans le sac. Tu t'intéresses à ce genre de choses ? continue-t'elle.
- Heu, oui.
Gênée, Elana hésite sur la meilleure façon d'expliquer ce qu'elle est.  Puis, elle continue :
- Vous savez que ma grand-mère s'intéressait à ce type de pratique et j'ai senti qu'il était temps pour moi d'en apprendre plus.
- Ah, d'accord. répond Leslie en se rasseyant. Mince, j'ai oublié le devoir de français. Je veux dire, c'est vrai que ça ne me surprend même pas venant de toi.
Elle se relève, fouille dans le sac et en sort le devoir tant espéré.
- Mais, du coup, tu fais de la magie ? interroge Maureen, soudain curieuse.
- Laisse-la donc tranquille ! grommelle Leslie en commençant à lire le devoir.
- Oui, enfin, un peu. rougit Elana. Je tire les cartes et les runes surtout. Je ne fais pas vraiment de sortilèges ou de choses dans le genre.
- C'est rare de rencontrer des gens qui pratiquent ce genre de chose de nos jours. continue Maureen.
- Oui, enfin, ce n'est pas le genre de chose dont on parle facilement au détour d'une conversation... sourit la jeune sorcière pour tenter de détendre l'atmosphère. Il y a certainement plus de personnes qu'on l'imagine qui s'intéressent à ce genre de choses...
- Tu as raison... Mais ça t'es venu comment ? interrompt Enora qui suivait la conversation de loin en lisant une bande dessinée.
- Ma grand-mère avait ce genre d'intérêt et je suis tombée sur ses affaires il y a environ une année. Depuis, je me suis beaucoup intéressée à l'ésotérisme et à la divination, notamment. Même si j'ai toujours eu ça en moi, au fond.
Gênées, les amies d'Elana ne savent que dire. Après, un instant d'hésitation, elles parlent des potins du lycée pour passer à autre chose et ne pas mettre leur amie plus mal à l'aise qu'elle ne l'est déjà.

  Lorsque les parents d'Elana rentrent, les adolescentes sont encore en train de discuter des dernières nouvelles du lycée. Ils passent la tête par la porte de la chambre pour dire bonjour aux amies de leur fille et ils voient étalés sur le tapis, runes et tarots. La sorcière pâlit en se rendant compte qu'elles ont oublié de ranger ces objets compromettants et elle ne sait que répondre tandis que ses parents grimacent et leur rappellent qu'il est tard. Peu après, la jeune fille se retrouve seule après avoir dit au revoir à ses amies.
- Je suis désolée, j'aurais dû vous en parler... commence-t'elle.
Puis elle se tait car elle ne sait que dire. Ses parents la regardent avant de lui répondre que sa grand-mère paternelle étant elle-même un peu sorcière, ils ne sont guère étonnés. Ils lui disent qu'elle doit suivre son cœur et son instinct puis ils l'interrogent sur sa journée. Le lendemain, ils offrent à Elana un gros cahier vierge de qualité en guise de grimoire, signe qu'ils acceptent ce qu'elle est.  Soulagée, la jeune sorcière soupire, une page se tourne, elle n'aura désormais plus à se cacher.

dimanche 28 janvier 2018

Contes d'Halloween et de Samhain Le rituel nocturne

  De sa fenêtre, Lune observe la femme dont l'ombre se découpe sous la lumière des lampadaires. Des yeux, elle suit sa voisine qui quitte le perron de la vieille maison de style colonial dont la peinture blanche fait ressortir la silhouette voûtée. Cette maison lugubre et sombre effraie tout le monde dans les environs et chacun émet des hypothèses sur la femme qui y vit seule depuis des années. Elle ne sort de chez elle qu'en pleine nuit, à l'insu de tous. Lune met son manteau et se décide à sortir sans bruit. Emmitoufflée dans sa couverture, la femme trottine sur la pelouse humide de rosée et bientôt ses chaussons sont trempés mais elle n'a plus le choix, elle doit suivre la sorcière. Elle sait qu'elle n'aura plus le courage de le faire par la suite si elle ne va pas au bout de son idée en cette nuit de pleine lune.

  Durant de longues minutes, Lune grelotte de froid à la suite de la femme. Alors qu'un rayon de l'astre nocturne éclaire sa proie, elle remarque que celle que l'on surnomme « la sorcière » marche en courte chemise de nuit sur le bitume comme si le froid ne l'atteignait pas. Ses longs cheveux blonds brillent comme de l'or embrasé par la pleine lune lui conférant un air fantomatique. Après quelques minutes de marche, la sorcière prend un chemin menant dans le bois voisin qu'elle suit jusqu'à la masure où personne ne va. Tant de superstitions l'entourent que personne n'ose s'en approcher. La sinistre maison de bois craque sous le vent et la sorcière entre. Effrayée, Lune se place dans l'embrasure d'une fenêtre pour observer ce qui se passe à l'intérieur. La sorcière farfouille de longues minutes dans l'unique pièce de la ruine. Elle prend enfin un lot de bougies qu'elle place en cercle. Cérémonieusement, elle allume les bougies avec des alumettes trouvées dans la pièce et les fixe avec de la cire fondue. A en croire les nombreuses traces au sol, ce n'est pas la première fois qu'elle effectue cette cérémonie nocturne.

  Dans la pièce immense, la femme se trouve au milieu d'un cercle illuminé. Lune remarque alors tout autour de la sorcière, un cercle formé par les citrouilles des voisins qui ont mystérieusement disparu durant la nuit d'halloween. Elles semblent servir à  un étrange rituel, leurs gueules grimacent un sinistre sourire et leurs yeux vides s'illuminent d'un regard inhumain dans la pénombre de la masure. Les curcubitactées roulent bientôt par la porte ouverte, Lune les suit. Après quelques minutes de course, sous les yeux horrifiés de la jeune fille, les citrouilles roulent sur elles-mêmes pour frapper aux portes dans un bruit sourd. Lorsque les habitants des maisons ouvrent leur porte, ils hurlent devant ce prodige et fuient en courant. Chaque citrouille frappe la porte devant laquelle est s'est arrêtée ; encore et encore, elle roule légèrement en arrière pour prendre de l'élan et s'abbattre sur la porte qu'elle frappe avec un bruit sourd. Puis, elle recommence son manège jusqu'à ce que l'occupant ouvre sa porte pour voir ce qui se passe. Alors, les citrouilles ricanent de la peur de l'occupant du logis qui referme sa porte en hurlant puis les courges reprennent leur chemin en roulant sur elles-mêmes jusqu'à la prochaine maison. Ecoeurée, Lune court se réfugier dans sa maison. Bientôt, elle entend toquer à sa porte encore et encore durant de longues minutes. Recroquevillée sur elle-même, elle se murmure « N'ouvre pas la porte, n'ouvre pas la porte ». Enfin, le silence se fait et elle entend son voisin hurler au bout de quelques minutes. Soulagée, elle se rend dans sa chambre pour se blottir sous la couverture en attendant l'aube.

samedi 30 décembre 2017

Le livre des ombres d'Elana Reprise d'études

  Ce jour-là, dans une librairie bondée, la jeune sorcière farfouille dans le rayon ésotérisme à la recherche d'un ouvrage intéressant. Un livre sur la lithothérapie attire son attention ainsi qu'un livre qui traite de la sorcellerie et de la magie en général d'un point de vue anthropologique. Elle hésite mais elle se dit que ce livre passera dans sa bibliothèque d'autant plus qu'elle possède déjà plusieurs ouvrages de cette collection offerts il y a quelques années. Elle espère qu'il passera inaperçu au milieu des livres qu'elle possède déjà. Elle le feuillette rapidement et si elle retrouve beaucoup de notions connues, elle trouve des choses intéressantes et elle le glisse dans son sac.

  Elana farfouille dans les rayons à la recherche d'un livre sur la phythothérapie qui soit plutôt complet en ce qui concerne notamment les traditions populaires mais elle ne trouve rien qui lui convienne. Elle prend un roman qui parle d'un explorateur du XIXème siècle avant de se diriger vers la caisse pour payer ses articles. Prise d'un doute, elle retourne dans les rayons qui l'intéressent et elle les balaie du regard à la recherche d'un ouvrage intéressant mais aucun ouvrage ne retient son attention et elle fait demi-tour. Lorsqu'elle arrive devant l'hôte de caisse, la jeune fille se sent intimidée mais l'homme ne semble pas intrigué par ses centres d'intérêt. Elle se dit qu'il doit voir passer tellement d'ouvrages qu'il finit par ne plus y prêter attention.

  L'adolescente rentre chez elle après avoir fait un tour dans la rue commerçante. Elle s'achète une fine écharpe brodée et une viennoiserie avant de se diriger vers l'arrêt de bus. De retour dans sa demeure, elle se dépêche de rejoindre sa chambre et de cacher ses livres dans sa cachette habituelle. Une demie-heure plus tard, ses parents rentrent du travail et elle leur raconte sa journée d'emplettes. Impatiente, les heures semblent s'étirer et ce n'est que tard le soir lorsque tout le monde est couché qu'Elana peut enfin ouvrir le livre qu'elle vient d'acheter. Elle le lit jusqu'à l'aube et elle s'endort, épuisée.

  Elle se réveille le lendemain matin lorsque sa mère vient toquer à sa porte.
- Elana, tu es réveillée ?
Elle s'étire et elle sent un objet dur sous son oreiller. Confuse, la sorcière se rend compte qu'elle a dormi sur un livre que ses parents ne doivent pas trouver. Elle court vite le cacher, inquiète de son imprudence, avant de commencer à se préparer.

  La journée se passe lentement et elle bout d'impatience à l'idée d'avoir un moment de calme pour feuilleter ses livres mais ce moment ne vient pas. Ce n'est que le soir à l'issue d'une journée de promenades et de jeux de société qu'elle peut enfin achever de feuilleter son livre à loisir. Elana sent confusément que la situation actuelle n'est pas tenable. Elle ne pourra pas cacher indéfininiment ses croyances et ses pratiques à ses parents et à son entourage. D'ailleurs ses amies n'ont pas mis bien longtemps à découvrir son secret. De plus si ses parents sont plutôt ouverts en ce qui concerne ses croyances, elle n'est pas certaine que des croyances issues d'aucune tradition écrite mais prises un peu partout leur semble acceptable malgré leur grande tolérance. Elle se dit qu'à l'avenir, elle devra se montrer plus prudente si elle souhaite cacher ses croyances. Plus que jamais, l'adolescente regrette l'absence de sa grand-mère. Elle l'aurait comprise, soutenue et elles auraient trouvé les mots à elles deux pour faire comprendre aux autres ce qu'elles sont.

  En attendant, Elana cache soigneusement les ouvrages avec ses objets magiques. Sa baguette en main, l'adolescente soupire avant de la ranger.

samedi 23 décembre 2017

Le livre des ombres d'Elana Nouvelle année


Dans sa chambre en désordre, après avoir fait un dernier tour sur elle-même pour vérifier qu'elle n'a rien oublié, Elana termine son sac alors qu'on sonne à la porte. Ses amies sont passées la chercher pour fêter halloween. Un peu nerveuse, elle dit au revoir à ses parents et elle monte dans la voiture qui les emmènent chez Maureen dont les parents ont accepté de les accueillir pour la nuit.



Le repas composé de soupe au potiron en sachet, de tartes aux pommes de supermarché et beaucoup de bonbons est rapidement avalé dans la cuisine au milieu d'éclats de rire et de discussions d'adolescentes à l'abri du regard des adultes. Puis les amies vont se préparer pour sortir. Elles pouffent dans la salle de bain trop étroite où elles s'entassent ; le reflet dans le miroir leur renvoie une image qu'elles immortalisent en prenant des photographies. Elles ont décidé de se déguiser en vampire et le groupe vêtu entièrement de noir et enveloppé dans des capes du même coloris improvisées dans du tissu acheté au rabais à la mercerie du coin se blanchit le visage avec application. Du rouge à lèvres rouge, des gants et des bonnets noirs achèvent leur tenue.



Un peu plus tard, dans le bus, les jeunes filles discutent des derniers potins du lycée et des devoirs à rendre à la rentrée. Les paquets de bonbons glissés dans les sacs circulent entre les amies et elles en offrent aux rares personnes, déguisées tout comme elles, qui ont pris le même bus.



Arrivées au centre-ville, elles marchent dans les rues en riant sous la pleine lune qui se lève. Elles font mine d'effrayer quelques passants de leurs cris et elles admirent les costumes qu'elles croisent dans la rue. Après une longue marche dans les rues qui commencent à se vider, elles finissent la soirée dans un bar. Elles se fondent dans la foule des personnes déguisées et elles s'installent dans un coin tranquille. L'atmosphère chaleureuse du pub lambrissé de bois sombre leur donne l'impression d'être dans un lieu hors du temps lors de cette nuit hors du temps. Après deux heures à discuter autour d'un verre, les jeunes filles se décident à affronter le froid pour prendre le bus. L'attente pour prendre le bus est longue. L'excitation retombée, les amies sentent le froid de ce mois d'octobre qui passe sous leurs costumes, elles tapent du pied dans l'espoir de se réchauffer en attendant leur carrosse d'un soir. Un garçon de leur âge qui fume une cigarette non loin d'elles les observe attentivement avant de leur demander en quoi elles sont déguisées. Lorsqu'elles lui répondent qu'elles se sont déguisées en vampire, il leur répond avec un sourire amusé que les vampires ont des crocs et qu'ils semblent effrayants d'habitude. Alors qu'elles sont plus mignonnes et élégantes qu'effrayantes. Il leur sourit avant d'écraser sa cigarette et de leur souhaiter une bonne soirée puis de monter dans son bus. Les jeunes filles se regardent avant d'éclater de rire. Puis elles courent pour rejoindre leur bus qui vient d'arriver à l'arrêt. Quelques instants plus tard, installées dans le fond du véhicule, elles font circuler leur dernier paquet de bonbons en évoquant la soirée.



Le groupe se précipite dans la maison pour se réchauffer les mains sur les radiateurs. Aussitôt la porte refermée, Elana prépare de la tisane pour achever de réchauffer ses amies qui ont collé leurs mains aux radiateurs. Leur tisane avalée, enfin réchauffées, elles rejoignent la salle de bain pour se démaquiller. Ses amies endormies, Elana se relève et elle prend discrètement son sac. Sur le rebord de la fenêtre ouverte de la salle de bain, elle allume une bougie chauffe-plat qu'elle a discrètement récupérée dans sa chambre alors que ses amies se préparaient. Elle a une pensée pour les âmes qui errent en ce jour particulier et pour les disparus puis elle souffle sa bougie et elle retourne se coucher, transie de froid,. Elle se recroqueville dans son sac de couchage pour se réchauffer et elle imagine le voile entre les mondes qui s'amincit. Dans ses rêves, les âmes des défunts dansent aux alentours et vont visiter les vivants.



Pour la jeune sorcière, une nouvelle année commence...

mercredi 20 décembre 2017

Le livre des ombres d'Elana Cueillette improvisée

Dans un bois, Elana se promène par une matinée ensoleillée d'octobre. Elle feuillette son grimoire de poche et elle tente d'identifier des plantes intéressantes. Elle ignore totalement ce qu'elle va en faire mais qu'importe. Elle se demande s'il serait judicieux de faire un herbier des principales plantes alors même qu'elle tente d'apprendre à reconnaître les plantes et les fleurs. Son livre de reconnaissance des plantes en main, l'adolescente essaie d'identifier les plantes courantes. Même si à son grand regret, les plantes les plus courantes ne sont pas mentionnées car elles n'ont sans doute qu'un intérêt limité. Le pouvoir des plantes devait être lié à leur rareté.

Dans le sous-bois, elle hésite. Bientôt, glands, pétales d'églantine, pissenlit et feuilles de houx emplissent ses poches. Elle profite de ce moment de communion avec la nature pour s'imprégner du calme environnant. De retour chez elle, elle met à sécher dans un lieu à l'abri des regards ses trouvailles et elle met de côté une boîte où ranger ses ingrédients. Elle n'est pas certaine de la meilleure façon d'utiliser les plantes pour ses sortilèges mais elle se dit qu'elle verra bien le moment venu.

Quelques jours plus tard, la sorcière récupère ses plantes séchées qu'elle range dans des petits pots. A sa grande surprise, elle se rend compte que les glands ont germé, elle se sent sotte de ne pas y avoir songé. Vite, elle s'habille pour retourner dans le bois afin de les remettre là où elle les a pris.

Elle leur murmure des mots d'excuse avant de rentrer chez elle, tout sourire à l'idée que dans quelques années, ces glands devenus arbres lui fourniront les glands qui lui apporteront fortune et richesse.

Un peu plus loin, Elana trouve quelques champignons et elle feuillette longuement son carnet pour retrouver les propriétés des champignons qu'elle vient de trouver. Rien ne l'intéresse et elle reste assise quelques minutes dans les feuilles mortes à écouter le champ des oiseaux et les bruits de la forêt. Puis elle retourne chez elle pour être sûre d'être rentrée avant le retour de ses parents.

mercredi 29 novembre 2017

Le livre des ombres d'Elana Oui-jamais

   En cette morne journée d'octobre, Elana et ses amies rient dans la chambre de l'adolescente. Venues passer l'après-midi, les camarades de classe de l'adolescente viennent de passer en revue les derniers potins du lycée.
- Oh, mais tu as un oui-ja...
- Pardon ? Euh, oui, je voulais le ranger mais vous êtes arrivées. répond Elana à la question de son amie, un peu gênée.
La jeune fille rougit de sa bêtise. Elle prend toujours soin de dissimuler ses centres d'intérêt ésotériques pour ne pas soulever des questions auxquelles elle n'a pas envie de répondre. Et cette planche de oui-ja n'est pas un objet à mettre à la vue de tout un chacun. Elle était en train de ranger sa chambre lorsque ses amies ont toqué à la porte ; sur le moment, elle a totalement oublié qu'elle n'avait pas rangé la boîte dédiée à la divination.
- On pourrait faire du spiritisme, ce serait marrant. insiste Maureen.
- Non, je ne pense pas... Il faisait partie d'une malette dédiée à l'art de la divination que j'ai trouvée dans une brocante. Ce oui-ja est le seul objet utilisable, le reste était en mauvais état mais je refuse de toucher à ce genre de chose. Je l'avais laissé là le temps de décider de son sort car il est hors de question que je le garde.
Elana n'ose pas dire à ses amies qu'elle a gardé les livrets explicatifs et le pendule en attendant de les tester pour voir s'ils peuvent lui être utiles. Elle ne leur a jamais parlé de son intérêt pour les arts occultes et elle ne souhaite pas s'étendre sur le sujet. Toutefois, elle note avec plaisir qu'elles ne semblent ni choquées ni inquiètes de trouver ce genre d'objet sur son bureau.

- Elana, ne fais pas ta poule mouillée ! Tu as vu trop de films d'horreur. dit Enora. Nous sommes venues toutes les trois te rendre visite mais il pleut, il faut bien qu'on trouve une occupation, non ? Et nous n'avons jamais pratiqué ce genre de choses, nous n'avons pas ce genre de matériel chez nous, allez, sois sympa. Juste cette fois-ci !
- Oui, mais pas ce genre d'activité, j'estime que c'est trop dangereux. De plus si ce genre de choses vous intéresse, il y a des choses bien plus accessibles et moins dangereuses. s'emporte Elana en se levant. Je vais me débarrasser de ce truc, c'est pour cette raison que je l'ai laissé là. Il me fait froid dans le dos et j'ai peur de ce qu'il pourrait faire entrer chez moi.
- Arrête, c'est marrant ! Cesse de faire ta froussarde, à la fin.
- Non, Enora, ce n'est pas marrant, c'est dangereux ! Et ça me fait peur ! De plus, je l'ai acheté dans une brocante, qui sait ce qu'il a vécu et d'où il provient ? Et quels ennuis, il pourrait nous apporter ?
Enervée, la jeune sorcière met le oui-ja dans un sac poubelle pour le faire disparaître de la vue de ses amies.
- Je ne sais même pas d'où il vient, à qui il appartenait. Dieu seul sait de quelles ondes, il est chargé. répéte la jeune sorcière en ramenant ses cheveux en arrière pour tenter de masquer sa nervosité. 
- Mais pourquoi l'avoir acheté ? demande alors Maureen en rejetant en arrière ses raides cheveux châtain mi-longs. Il y a un problème ?
A travers ses fines lunettes, elle observe son amie et note son malaise.
- Non, c'est juste que, comment dire ? J'ai été prise d'une impulsion, je voulais comprendre comme ça fonctionnait. Je n'ai pas réfléchi et j'ai surtout pensé à la manière de la cacher à mes parents. S'ils tombent dessus, je me demande ce que je vais pouvoir leur répondre. Mais vous ne direz rien, n'est-ce pas ? Pourrions-nous parler moins fort, je ne voudrais pas que mes parents entendent notre conversation.
Ses amies acquiescent et Elana soupire, soulagée.
- Mais depuis quand est-ce que ce genre de choses t'intéresse ? questionne Maureen en se tournant vers elle. Admets que ce n'est pas commun.
Elana hésite un instant en se mordant la lèvre avant de répondre.
- Ma grand-mère s'intéressait à ce genre de choses. Il y a peu, j'ai fouillé dans ses affaires et je suis retombée sur son matériel. Je me suis souvenue à ce moment-là qu'une part de moi avait toujours eu une attirance pour ce genre de pratiques. Et que le moment était venu pour moi de tenter de voir si ça pouvait me convenir donc en testant des choses. Mais pas ce genre d'outils de divination ; quelque chose me retient et me dicte de ne pas m'en approcher depuis toujours. En la matière, j'ai tendance à me fier à mon instinct avant tout.
- Donne-le ! insiste la svelte adolescente en se levant du tapis où les jeunes filles se sont assises. Si tu ne veux pas le garder. A moins que tu ne préfères t'en débarrasser... Mais si c'était le cas, tu l'aurais mis dans un sac poubelle depuis bien longtemps.

  Debout devant son amie, dans son pantalon de tailleur noir et avec sa chemise blanche à longues manches fermée par des boutons argentés, Elana semble plus âgée qu'elle ne l'est réellement. Silencieuse, l'adolescente réfléchit à la meilleure manière de se débarrasser au plus vite de cet objet encombrant.
- Cette chose me fait peur. répète Elana. Je...mon instinct me dit que je dois m'en débarrasser. Je sais ! Il y a un vide-grenier deux rues plus loin, je pourrais le donner avec quelques vieux livres que nous avions dû lire en cours de français, il y a une éternité.
- Allons-y dans ce cas ! Ce sera amusant. dit Maureen en se levant d'un bond. Au fait, ta pratique a eu des résultats ?
- Euh, oui, un peu mais va savoir si ça a réellement marché ou si c'est le hasard. élude Elana qui fouille dans sa bibliothèque pour mettre dans un sac les livres qu'elle ne souhaite pas garder.

  Intimidée, Elana installe ses objets sur une couverture étalée devant elle. Elle craint de reconnaître ses voisins et elle regarde autour d'elle mais elle ne reconnaît personne parmi les vendeurs. Soulagée, elle s'assied sur la couverture avec ses copines. Elles discutent de choses et d'autres, quelques livres trouvent preneur mais la boîte reste toujours en vente. Deux heures plus tard, un homme s'approche du groupe d'adolescentes et se montre intéressé par le oui-ja alors que les jeunes filles s'apprêtent à remballer leur marchandise.
- Il n'est pas maléfique ou ensorcelé au moins ? interroge-t'il avec un sourire.
- Je ne sais pas, il est neuf et je n'ai jamais osé l'utiliser. Normalement, il est tout ce qu'il y a de plus neutre mais je ne touche pas à ce genre de chose. répond l'adolescente, un peu mal à l'aise. D'un autre côté, j'imagine qu'il a été fabriqué dans une usine chinoise dont les conditions de travail sont sans doute peu reluisantes. L'objet a dû se charger d'ondes potentiellement négatives. Je ne saurais dire.
- Cinq euros, ça vous va ? Je le purifierai avant de l'utiliser, ne vous inquiétez pas, j'ai l'habitude de ce genre de choses.
Elana va protester qu'il est neuf mais elle songe qu'elle veut surtout s'en débarrasser et que cette occasion ne se représentera pas de sitôt. Aussi, elle tend la main pour prendre le billet en échange de l'objet. Elle regarde l'homme s'éloigner et elle achève de remballer ses affaires sans plus y penser. Au fond, c'est une meilleure solution que d'abandonner l'objet sur le banc d'un jardin public. Elle espère surtout que l'objet n'est pas chargé d'énergies  négatives et qu'il n'apportera pas des ennuis à son nouveau propriétaire.
 
 Mais aurait-il mieux valu l'abandonner dans les toilettes d'un jardin public et que n'importe qui tombe sur le ouija et l'utilise sans prendre les précautions élémentaires ? Ou le détruire ? Elle y a songé mais elle n'a pas osé le faire, aussi Elana s'est abstenue. Mais elle se sent un peu coupable d'abandonner ainsi cet objet sans connaître son devenir. D'un autre côté, elle ne pouvait pas le garder. Elle n'a jamais eu l'intention de l'utiliser et le laisser au fond d'un placard n'est pas une solution. La planche est grande et elle ne pourra pas toujours la cacher à ses parents. L'adolescente n'ose imaginer leur réaction s'ils tombent dessus un jour.
 
 Pourtant, si elle est honnête avec elle-même, elle se dit qu'elle n'a pas de raison d'avoir peur. Pourquoi un esprit maléfique pourrait lui faire du mal via une planche de oui-ja et pas au travers de ses runes ou de ses tarots ? De plus, elle n'ignore pas que ce genre d'outil de divination a autrefois été vendu comme jouet outre-atlantique. A-t'elle bien fait de suivre son intuition ou aurait-il mieux valu conserver l'objet et tenter de s'en servir sans a priori négatif ? La jeune sorcière  n'a pas de réponse à ces questions et elle sent une de ses amies qui la tire par la manche. Elle revient à la réalité, au vide-grenier et au froid glacial.
- Rentrons, j'ai froid ! J'ai fait ce que j'avais à faire, à moins que vous ne souhaitiez faire un tour ?
Ses amies souhaitent avant tout se mettre au chaud aussi les adolescentes remballent leur couverture et elles rejoignent le foyer accueillant d'Elana. Alors qu'elle prépare le thé, la jeune sorcière entend ses amies déplorer la disparition du oui-ja. Leur intérêt éveillé, elles regrettent de ne pas pouvoir tester leurs dons de divination.
- Tu crois que cette planche était si dangereuse que ça ? demande Enora en réchauffant ses mains sur la tasse de porcelaine.
- Je ne sais pas. lui répond Leslie. Mais j'aurais bien aimé essayer juste pour voir. Si ça se vend, c'est que ce n'est pas aussi dangereux que dans les films d'horreur.
- Vous croyez qu'Elana est une froussarde ? rit Maureen. Peut-être qu'elle a de bonnes raisons pour s'inquiéter, non ? Est-ce qu'elle ne nous a pas dit que sa grand-mère avait des pratiques bizarres ? Peut-être qu'elle sait des choses que nous ne savons pas...
 Elana réfléchit et elle décide de les initier à la tasséomancie, activité bien moins dangereuse à ses yeux. Peu à peu, ses amies oublient le oui-ja, trop occupées à tenter de trouver des réponses dans la lecture des feuilles de thé qui collent à la paroi de leur tasse et qui se sont déposées sur la soucoupe en porcelaine de Chine.
- Et toi, Elana, que disent tes feuilles de thé ?
Avec un sourire, Elana s'exécute puis elle laisse son esprit vagabonder alors que ses amies tentent de deviner ce qui l'attend.

jeudi 26 octobre 2017

Le livre des ombres d'Elana Cartes du futur

  Assise en tailleur sur son lit, la jeune sorcière relit ses notes. Les cartes dans la main, elle se concentre sur ce qui la préoccupe avant d'ouvrir son paquet en éventail. Une fois son tirage fait, Elana lit et relit le livret consacré à la signification des cartes.
- Je ne comprends rien ! murmure-t'elle en jetant le livre à terre.
Le cahier où elle a pris des notes sur les cartes qu'elle vient de tirer sous les yeux, elle cherche à décrypter leur signification. Perplexe, la jeune sorcière ne parvient pas à leur trouver une cohérence et elle finit par ranger le tout  à l'abri des regards. Un peu plus tard, Elana se dit que le tarot celtique n'était peut-être pas la meilleure option pour démêler les impressions diffuses qui l'oppressent depuis plusieurs jours. Allongée sur son lit, elle soupire en cherchant la meilleure manière de démêler les fils de ses sensations. Elle ramasse ses longs cheveux roux en un chignon informe et elle réfléchit à la meilleure manière de s'y prendre.
  Prise d'une inspiration, Elana se lève pour farfouiller dans son sac de cours à la recherche de ses runes. Les lourdes pierres gravées pèsent dans sa main et elle sent leur rondeur à travers le tissu. Avec application, la sorcière effectue une deuxième tirage qu'elle consigne dans son cahier puis elle compare les deux tirages. Tout s'éclaire alors et elle comprend que le premier tirage lui donnait des indices et qu'elle n'a pas su pousser la réflexions assez loin pour le décrypter. Même si elle n'est pas sûre de pouvoir se fier à ses tirages, elle se dit que ce résultat peut toujours la mener à voir la situation sous un angle différent. Et l'avenir lui dira si son intuition a été juste ou non.
  Soudain, on toque à la porte :
- Elana, tu es là ?
La jeune sorcière se raidit et elle rabat prestement sa couverture sur ses objets magiques au moment où sa mère ouvre la porte de sa chambre.
- Maman, je t'ai déjà dit de ne pas ouvrir la porte sans mon autorisation ! s'indigne l'adolescente.
- Pardon ma chérie, mais je t'ai déjà appellée deux fois. Nous allons passer à table et nous t'attendons.
- J'arrive dans cinq minutes.

  Sa mère enfin sortie, Elana cache son matériel et elle se dépêche de rejoindre la salle à manger. Un peu plus tard, sa part de quiche aux légumes à la main, l'adolescente se demande ce que sa mère aurait pensé en la voyant ainsi avec ses cartes et ses runes étalées sur son lit. Elle pense à sa grand-mère dont personne n'ignorait la nature et les dons. Mais elle aime l'idée de garder son secret, elle n'est pas prête à dire la vérité à sa mère, elle apprécie les virées nocturnes à la cuisine pour chercher les ingrédients nécessaires à ses charmes, les séances de divination au cœur de la nuit enveloppées du voile du secret. Et elle n'est pas certaine de la réaction de son entourage si on apprend la vérité sur ses activités ésotériques. La jeune fille se demande combien de temps elle pourra garder le secret. Souvent l'envie de parler à quelqu'un de ses questionnements et de ses découvertes l'assaille mais elle se choisit de taire car elle ne voit pas qui dans son entourage serait assez ouvert pour ne pas la prendre pour une folle ou une illuminée. 

samedi 21 octobre 2017

Contes d'Halloween et de Samhain Trick or treat


Dans la nuit froide comme la glace, le groupe toque à la porte dans un éclat de rire. Quelques instants plus tard, une vieille femme voûtée leur fait face, enroulée dans un châle brodé élimé.
- Bonjour les enfants, que me voulez-vous en cette heure tardive ?
Le vampire, la momie et le faune se regardent.
- Mince, c'est la vieille Croixdos... dit le faune avant de se reprendre. Bonjour, madame, un bonbon ou un sort ?
La vieille sourit de sa vieille bouche édentée couverte de verrue et elle s'approche du sac ouvert.
- Que me proposes-tu donc mon petit ? dit-elle d'une voix mielleuse.
- Madame, c'est Halloween. dit la momie venant au secours de son voisin.
- Et quelle est donc cette coutume ? Je reçois peu de visiteurs.
Le vampire s'enroule plus étroitement dans sa cape de satin noir car il frissonne de froid ou à cause d'un mauvais pressentiment, avant de s'avancer vers la vieille dame.
- Bonjour, madame. Selon la coutume, les enfants déguisés sonnent à votre porte en demandant un bonbon ou un sort. Si vous ne leur donnez pas de friandises, ils vous font une farce.
A ces mots, la vieille semble réfléchir et elle murmure pour elle-même sans doute.
- Quelle bonne fortune. sussure-t'elle à la lune, ronde et douce qui illumine la nuit de son parfait disque d'argent. Son visage ridé comme une vieille pomme levé vers le ciel observe quelques instants l'astre nocturne avant de revenir vers les enfants.
- Madame, vous allez bien ? s'enquiert le vampire.
- Oui, je reviens. Ne bougez pas.
- On devrait y aller ! chuchote le vampire.
- C'est trop tard, il ne serait pas poli de partir. lui répond la momie.
Une minute plus tard, la vieille Croixdos revient une baguette de bois de noisetier à la main. Elle trouve sur le pas de sa porte, un crapaud, une araignée velue, une chauve-souris qui ne sait comment s'envoler, trois sacs de bonbons, un costume de vampire, un amas de fausse fourrure et un tas de papier toilette. Elle se baisse après s'être assurée qu'il n'y a personne au-dehors et elle referme la porte son butin à la main.
- La récolte a été bonne cette année !