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lundi 12 avril 2021

Journal d'un scientifique fou

Cher journal,

Cette nuit, je n'ai pas fermé l'oeil de la nuit. Cette idée m'a trotté dans la tête à peine la tête posée sur l'oreiller. Il faut dire que j'ai relu Frankenstein il y a peu. C'est mon livre préféré d'ailleurs. Surtout le moment où le docteur Frankenstein fabrique la créature. Quand il explique comment il s'est fourni en matériel et comment il les a assemblés avant de lui donner vie. Je voudrais faire la même chose. J'ai essayé bien sûr. Sur des animaux errants; sans succès. Et tout ce sang, je passe un temps infini à nettoyer après mes expériences. La jonction entre les carreaux de mon carrelage s'est coloré de marron et je n'ai jamais réussi à la nettoyer correctement malgré toutes mes tentatives. Ma salle de bain me fait parfois l'effet d'une boucherie, je vois le sang qui a giclé partout alentour, j'imagine les taches se colorer sous mes yeux et je frémis à cet idée.

Le plus dur est de me fournir en matière fraiche mais il y a suffisamment d'animaux errants pour trouver ce dont j'ai besoin avec un peu de patience. Je prends les meilleurs morceaux pour obtenir l'animal parfait même si le mélange de pelages poils de couleur et de longeur différents rend la chose parfois inesthétique. Mais sous la fourrure et la peau, je sais que j'ai l'animal de compagnie parfait. Le plus difficile à choisi r est le cerveau et je me fie à mon instinct pour faire ce choix crucial. L'électricité est abondante de nos jours et augumenter son intensité n'est pas un souci. J'ai voulu mélanger l'agilité du chat et l'intelligence ainsi que la fidélité du chien à la multitude de possibilité qu'offre le chimpanzé. L'arrière d'un chat, les bras d'un chimpanzé volé à un zoo et une tête de chien composent mon œuvre. Ce soir, j'ai tenté de lui donner vie et j'ai échoué. J'ai passé des heures penché sur mon carnet à lire et relire mon expérimentation pour trouver la faille.

Mais j'ai compris pourquoi ça ne fonctionne jamais. Le matériau est la clef. Or, le docteur Frankenstein a créé la créature à partir de cadavres frais d'êtres humains. Me fournir ne sera pas facile, j'ai hésité à acheter un grand congélateur mais comme le froid fait éclater les cellules, je préfère éviter pour l'instant. Pour une deuxième tentative, je tenterai la congélation. Sinon, il me faudra me fournir en viande de meilleure qualité et plus fraîche... Reste à trouver des donneurs.

23/07/2020


dimanche 23 août 2020

Journal intime d'un scientifique fou

Cher journal,

 Cette nuit, je n'ai pas fermé l'oeil de la nuit. Cette idée m'a trotté dans la tête à peine la tête posée sur l'oreiller. Il faut dire que j'ai relu Frankenstein il y a peu. C'est mon livre préféré d'ailleurs. Surtout le moment où le docteur Frankenstein fabrique la créature. Quand il explique comment il s'est fourni en matériel et comment il les a assemblés avant d elui donner vie. Je voudrais faire la même chose. J'ai essayé bien sûr. Sur des animaux errants sans succès. Et tout ce sang, je passe un temps infini à nettoyer après mes expériences. La jonction entre les carreaux de mon carrelage s'est coloré de marron et je n'ai jamais réussi à la nettoyer correctement malgré toutes mes tentatives.

   Le plus dur est de me fournir en matière fraiche mais il y a suffisamment d'animaux errants pour trouver ce dont j'ai besoin avec un peu de patience. Je prends les meilleurs morceaux pour obtenir l'animal parfait même si le mélange de pelages et de longueur de poils rend la chose parfois inesthétique. Mais sous la fourrure et la peau, je sais que j'ai l'animal de compagnie parfait. Le plus difficile à choisi r est le cerveau et je me fie à mon instinct pour faire ce choix crucial. L'électricité est abondante de nos jours et augumenter son intensité n'est pas un souci.

 Mais j'ai compris pourquoi ça ne fonctionne jamais. Le matériau est la clef. Or, le docteur Frankenstein a créé la créature à partir de cadavres frais d'êtres humains. Me fournir ne sera pas facile, j'ai hésité à acheter un grand congélateur mais comme le froid fait éclater les cellules, je préfère éviter pour l'instant. Pour une deuxième tentative, je tenterai la congélation. Sinon, il me faudra me fournir en viande de meilleure qualité et plus fraîche...

23/07/2020

mercredi 15 mai 2019

Ceci est mon dernier billet

Chers compatriotes,

Dans la situation désespéré que nous traversons, je vous adresse ces quelques conseils que j'ai glanés au cours de ces dix dernières années. Pour ceux qui l'ignorent, je m'intéresse au survivalisme depuis des années, j'ai même tenu un blog parmi les plus influent de cette décennie.

Ne sortez sous aucun prétexte
Vous n'êtes pas sans ignorer le danger qui nous guette en ces temps obscurs. Il est de bon sens de ne pas mettre le nez dehors mais il n'est pas inutile de le rappeler.

Faites feu de tout bois
Rassemblez tout le bois et les combustibles que vous pouvez trouver et stockez-les en lieu sûr : meubles, livres, déchets, tout ce qui brûle est bon à prendre. Mais pour ne pas attirer l'attention, n'oubliez pas de ne pas vous chauffer durant la journée. En effet, qui dit combustion dit fumée qui peut vous faire repérer par les créatures que vous savez. Pour garder la chaleur, empilez les vêtements, bougez régulièrement, pensez à bien couvrir vos extrémités (gants, mitaines, chaussettes). Ne négligez pas les collants. Normalement, si vous vous couvrez d'un pantalon, d'un collant, d'une ou deux paires de chaussette, d'un débardeur, un tee-shirt, un pull-over et un gilet, vous n'aurez pas à craindre de souffrir du froid avec des mitaines et un ou deux bonnets. Calfeutrez votre logement, mettez une couverture sur vos genoux et ne négligez pas d'aérer.

L'épineux problème de la nourriture et de l'eau
Récupérez autant que possible l'eau de pluie en mettant sur vos rebords de fenêtre des récipients susceptibles de la recueillir. Faîtes la bouillir pour éliminer les microbes. Economisez-la et surtout recyclez-la. L'eau de cuisson du riz ou des lentilles peut être consommée dans une soupe, l'eau de cuisson des pommes de terre peut servir à laver le linge. Une bassine avec un fond d'eau suffit amplement à se laver ou faire une vaisselle. Il faut veiller à n'utiliser que le strict nécessaire. Si vous pouvez récupérer de la terre sans danger, vous pouvez cultiver quelques plantes pour avoir de la nourriture fraîche, même si c'est en petite quantité : carottes et pommes de terre coupées peuvent vous fournir de la nourriture si vous êtes patients.

Anticipez les coupures de courant, de gaz et d'eau à venir
Eteignez tous les appareils inutiles, coupez le chauffage, stockez de l'eau si vous le pouvez.

Protégez-vous physiquement
Gardez vos portes fermées à clé, ne sortez jamais seul et sans protection, fermez soigneusement les portes (notamment dans les hall d'entrée des immeubles), trouvez des armes si vous le pouvez (couteau de cuisine, manche à balai, objets lourds).

Ces solutions ne seront pas éternelles, vous le savez. Vous allez devoir sortir pour affronter le fléau qui nous guette pour quitter cette ville maudite à vos risques et périls. Sortez de nuit pour ne pas vous faire repérer et en petit groupe. Ne parlez pas, sous aucun prétexte et ne prenez que quelques affaires avec vous. Evitez les larges rues et préférez les ruelles tortueuses, ils vous repéreront moins facilement. Si vous le pouvez passez par les parcs, les promenades aménagées, vous serez moins visibles sous la végétation. Munissez-vous d'eau si vous le pouvez et de vêtements chauds, d'armes et faites ce que vous pouvez pour passer inaperçu.

Si vous parvenez à franchir le haut mur d'enceinte que les militaires ont érigé autour de la ville, faites entendre notre voix, alertez la presse pour faire savoir au monde que le gouvernement se contente d'enfermer les survivants dans les villes après avoir condamné les égouts qui auraient pu nous permettre de sortir. Il a renoncé à combattre les créatures qui nous traquent et il met toutes ses ressources dans un projet pour quitter la Terre. Ils nous abandonneront à notre sort sans une once de remors et ils nous laisseront nous faire dévorer par ces gigantesques singes aux crocs démesurés qui traquent les humains sans relâche depuis quelques mois. Nous n'étions pas préparés à cela, nous n'avons pas anticité que ces créatures s'échapperaient de l'immense laboratoire qui les élevait en vue de s'en servir comme sujet d'expérience et qu'ils auraient l'intelligence de se montrer dociles, patients, sans défense. Ils attendaient d'être suffisamment nombreux pour éliminer notre espèce. Ils franchiront le mur d'enceinte et ils coloniseront le monde, ce n'est qu'une question de temps. J'espère que ce jour arrivera bientôt et qu'ils fuiront la ville sans chercher les survivants pour aller à la conquête du monde. Quand ils auront fui la ville en nous laissant derrière eux, nous pourrons également quitter la ville et chercher un abri plus sûr. En attendant, nous devons survivre...si nous le pouvons encore.

Merci à tous ceux qui ont suivi mon blog dédié au survivalisme et qui m'ont encouragé à m'informer sans relâche. C'est grâce à eux que je me sens prêt à me battre jusqu'au bout pour survivre. Vous m'avez sauvé la vie.

Ceci est mon dernier billet de blog. Mon téléphone portable n'a plus de batterie et qui sait combien de temps le réseau internet fonctionnera ?

Merci à vous, j'espère vous retrouver vivants et en bonne santé au-dehors.

Marc-Serge alias Le dernier survivant

lundi 19 juin 2017

Rives opposées dans le temps et l'espace

   Le soleil se lève sur l'écluse, la lumière dorée réveille la terre et l'eau. Je me promène, appareil photo en bandoulière, j'admire le paysage, l'écluse, l'eau qui chante, je suis heureux. La journée s'annonce magnifique et je n'ai rien de prévu. Les mains dans les poches, je marche tranquillement, j'ai le temps de profiter du calme matinal de ce lieu magique. Je réfléchis au prochain article que je dois écrire pour une revue, il me reste deux semaines pour l'envoyer mais je ne trouve pas l'inspiration. Si jamais je ne rendais pas le papier à temps, le rédacteur en chef pourrait rompre mon contrat avec le magazine. Je suis photographe de formation et j'ai toujours du mal à trouver de bonnes idées d'articles puis à les rédiger. Je n'ai pas l’œil pour cela, je dois toujours réfléchir et demander des conseils à mon entourage. Hélas, c'est le seul moyen dont je dispose actuellement pour vivre de ma passion, j'insère mes photographies signées dans mes articles dans l'espoir que l'on me remarque. Cette publicité gratuite et ce salaire me sont indispensables pour vivre de ma passion.

  Interdit, je m'arrête ; je viens de remarquer que sur l'autre rive, tout est blanc, l'herbe est gelée et les arbres nus ont perdu leurs feuilles. Intrigué, je me retourne ; derrière moi, les arbres sont parés de leurs habits d'automne. Je baisse les yeux ; des feuilles mortes craquent sous mes pas, jaunes, oranges et rouges, elles forment un tapis multicolore.  Mes yeux font le va-et-vient à plusieurs reprises comme pour s'assurer qu'ils n'ont pas contracté la berlue dans la nuit. Je cours jusqu'à l'écluse que j'examine avec minutie : c'est incroyable, une moitié de l'écluse est gelée et recouverte de givre, l'autre est simplement froide.
 
  Je prends quelques clichés du phénomène et je rentre chez moi. En traversant la ville, j'observe autour de moi, la ville est parée aux couleurs de l'automne. Les feuilles des arbres sont vertes, rouges, jaunes mais il n'y a nulle trace de givre et les arbres ne sont pas encore dépouillés de leurs atours. Il y a bien quelque chose près de l'écluse.
 
  Sur mon écran d'ordinateur, les images s'affichent, je ne me trompe pas : une berge vit à l'heure d'automne, l'autre à l'heure d'hiver. Une tasse de café à la main, je cherche une explication sur internet, je ne trouve rien trouvé à ce sujet. Je vide ma tasse et je contacte des botanistes, des biologistes et des climatologues ; aucun n'a pu me fournir une explication à ce phénomène incongru. Ils évoquent le changement climatique ou un parasite sans m'en dire plus. Ils me disent que ce n'est pas important ou que je ne dois pas m'en inquiéter. Mais tout au fond de moi, je sais que quelque chose ne tourne pas rond.  J'observe attentivement le cliché, je zoome mais je ne trouve aucun indice probant. L'eau n'est pas gelée, l'écluse non plus. Seule la rive opposée serait en hiver.
 
Il m'arrive d'écrire des chroniques pour des revues sérieuses et je sens que je tiens un sujet. Je consulte ma montre, il est encore tôt, j'ai le temps de retourner sur place. Je me promène sur la berge des deux côtés de la rive, je refais des clichés et j'observe. J'observe les animaux, les plantes, les pierres, l'aspect de l'eau. Tout me semble parfaitement normal, je ne comprends pas ce qui se passe. Hormis que les deux rives vivent dans deux saisons différentes, je ne remarque rien.
  
 Je pratique quelques expériences pour en avoir le cœur net. Thermomètre en main, je fais des relevés de température sur les deux rives qui affichent une différence de quinze degrés Celsius. Je note qu'il y a moins d'animaux et de plantes sur la rive gelée ; a contrario, sur la rive automnale, les écureuils bondissent dans les arbres pour faire leurs provisions pour l'hiver et les oiseaux chantent. Les champignons sont abondants et les châtaignes jonchent le sol.
 
Tandis que le soir tombe, je renonce à trouver une explication et je m'abîme dans la contemplation des deux rives opposées, si différentes qui se font face illuminées par le soleil couchant. Je reviendrai faire des clichés demain mais ce soir, je veux juste m'imprégner de cette atmosphère de merveilleux et de mystère. Demain, la rive sera envahie de scientifiques.

  Le lendemain, je rédige mon article dans mon bureau. Inspiré, j'y mets un point final en quelques heures puis je l'envoie par email. Fébrile, j'attends une réponse. Le directeur de la publication m'appelle sur mon portable, il est ravi : il va publier mon article.
 
  Le mercredi suivant, lors de sa parution, le magazine est le premier à avoir relaté le phénomène, les ventes dans la région ont décuplé. J'ai reçu une prime pour cet article rentable, un remerciement et rien de plus. Je propose au directeur de la publication de chercher une explication, il me dit que le public aura oublié tout ceci dans deux mois, c'est une perte de temps. Je reste sur ma faim et je décide de poursuivre mes investigations par moi-même, cette histoire m'obsède.
 
 Quelques mois plus tard, je lis sur internet un article qui traite du phénomène : la chute de température et le manque de lumière sont les deux facteurs à l'origine de cette différence. J'avais bien remarqué la différence de température dans mon relevé le jour de la fameuse promenade mais ce n'est pas une explication satisfaisante. Je contacte l'équipe qui a effectué l'enquête et ils acceptent de me recevoir en entretien.
 
  Le jour dit, j'entre dans un laboratoire moderne, immaculé avec de larges fenêtres. Trois scientifiques en blouse blanche me reçoivent, ils ont étudié le phénomène.
- La vérité, c'est que nous n'avons pas d'explications. Nous avons étudié la lumière, la photosynthèse du lieu, les vents. Nous avons effectué des relevés et des échantillonnages de terre, de feuilles, d'insectes sur les deux rives. On a même effectués des relevés d'eau et fait des carottages dans la rivière. Rien, niet, nada !
- On n'en sait rien ! Je suis entomologiste, j'ai bien remarqué que les insectes trouvés sur place réagissaient en fonction de la saison où ils pensaient être, il n'y a rien d'anormal à cela, croyez-moi. Ils se sont simplement adaptés à l'environnement.
- On a pensé au réchauffement climatique. Pardon, je suis climatologue  et un confrère m'a envoyé l'article qui relate votre découverte. Votre article si je me trompe pas. Bref, nous avons une station météo dans le coin, le truc classique hein. Thermomètre, anémomètre, hygromètre, la totale ! Les relevés n'ont rien montré de particulier. Vous comprenez ce que ça veut dire ? Ce phénomène est sous notre nez depuis des années et on n'a rien remarqué !
Il rit mais je ne ris pas. Je n'ai toujours pas d'explication.
  Dépité, je les remercie, les salue et je rentre chez moi. Cet article aurait pu être la chance de ma carrière mais le public le boude, les scientifiques n'ont pas d'explications et mon patron ne s'intéresse qu'aux chiffres. Je regarde le ciel et je me dis que j'ai eu ma minute de gloire, je suis « le photographe aux rives opposées dans le temps et l'espace ».

dimanche 18 juin 2017

Réveil difficile sur l'inconnu

- Ca y est, j'ai encore dit n'importe quoi !
Je me prends la tête dans les mains en me demandant ce qui m'a pris de répondre au professeur. J'aurais mieux fait de continuer à jouer les mauvais élèves en restant au fond de la classe près du radiateur comme le font tous les mauvais élèves. Rester invisible, telle est ma devise la majorité du temps, mais je n'ai pas pu me retenir par ennui et aussi par lassitude de rester invisible par réflexe de survie.
- C'est exact Tanguy, peux-tu nous expliquer ton raisonnement ?
J'explique avec des mots simples  car mes camarades ont du mal avec les mots trop compliqués, je répète, même si je n'en vois pas l'intérêt et je donne des exemples. J'ai déjà vu ce cours le mois dernier, cette répétition est d'un ennui mortel. Mais c'est reposant car ça me change des notions que je suis supposé connaître sur lesquelles je dois faire discrètement des recherches dans les pages de mon livre pour suivre ce qui se dit.
 
La sonnerie annonce la fin des cours. Le lycéen de dix-sept ans que je suis soupire de soulagement, une journée de cours de terminée ! Une de plus ! Je rentre chez moi toujours en traînant des pieds. Je dis bonjour à mes parents et je monte dans ma chambre en mettant la musique à fond dans la limite du raisonnable pour arrêter de penser, m'isoler dans mon monde imaginaire pour ne pas devenir fou. Comme toujours depuis que je suis ici, je m'enroule dans une couverture affalé sur mon lit en étouffant mes sanglots dans mon oreiller. J'essaie de ne pas penser à ma vraie vie, ma vie d'avant pour ne pas fondre en larmes et alerter les adultes qui écoutent la radio au rez-de-chaussée.
 
Enfin, pour être tout à fait honnête, je me suis enfermé dans « leur » chambre, dans « leur » maison, affalé sur « leur » lit étreignant « leur » oreiller en masquant mes sanglots au moyen de « leurs » CD. En vrai, je ne m'appelle pas Tanguy, je m'appelle Hugo. Hugo JONVILLE qui n'a rien à voir avec Tanguy LURIN, si ce n'est que nous semblons être la même personne. La vérité, c'est qu'un matin, il y a trois semaines environ, je me suis réveillé dans une maison étrangère, un lit et des draps étrangers, une maison étrangère. J'ai enroulé l'oreiller de mes bras et c'est là que je l'ai sentie : l'odeur ! Ca sentait le propre mais pas comme d'habitude, oui, ça sentait la lessive et une autre odeur inconnue. J'avais ouvert les yeux, l'esprit encore embrumé de sommeil, sur une tapisserie ocre avec des feuilles de palmier vert pâle qui n'avait rien à voir avec ma tapisserie gris perle habituelle. Je ne connaissais pas cette chambre, cette maison et j'allais le découvrir, ses occupants. J'ai retrouvé cette odeur inconnue sur les vêtements de l'armoire, bref, partout dans cette chambre. Ce matin-là, j'avais regardé autour de moi, fouillé un peu partout frénétiquement jusqu'à ce que ma « mère » me presse de m'habiller ; intimidé à l'idée de me présenter en pyjama devant cette inconnue, j'ai pris des vêtements au hasard dans l'armoire, trouvé la salle de bain pour me doucher en espérant qu'une douche chaude me réveillerait de ce mauvais rêve. Encore mal réveillé, j'ai regardé autour de moi et par la fenêtre en me disant que cette maison est chouette, avec un jardin, grande et dans un beau quartier calme. Je n'avais pas changé d'apparence, rien bu d'alcoolisé la veille, je me suis juste réveillé dans une maison inconnue. Avec des parents inconnus qui me connaissaient et m'appelaient Tanguy. J'ai bien senti que quelque chose clochait mais j'ai mangé mes céréales sans rien dire, je devais réfléchir. Ma douche m'avait permis de mûrir ma décision pour ne pas me retrouver chez un psychiatre ou enfermé chez les fous. Peut-être que j'étais drogué et victime d'une hallucination qui se terminerait le soir même ? J'ai ravalé mes questions et je suis sorti pour réfléchir, loin du regard inquisiteur de mon « père » qui lisait le journal d'un air sévère.
 
J'ai dû faire semblant d'aller au lycée, j'ai trouvé l'adresse dans le carnet de correspondance avec un emploi du temps mais comme je ne savais pas du tout où aller et que je n'avais pas d'argent, j'ai décidé d'y aller. Le nom du lycée était dans le carnet de correspondance et un panneau l'indiquait. J'ai fait un petit plan pour retrouver mon chemin le soir et filé au lycée, j'aurais un toit pour la journée, il commençait à pleuvoir, je pourrais poser des questions aux élèves, quitte à passer pour un fou et manger un repas chaud le midi (j'avais trouvé une carte de cantine dans mon sac). Et surtout, je pourrais réfléchir sans risquer d'être questionné par la police municipale et ramené chez mes « parents ». J'avais assez d'ennuis comme ça pour en plus, récolter une dispute et sans doute des heures de retenue pour absence injustifiée.
 
Le lycée était une grande bâtisse blanche, élégante pour un lycée, avec un grand parc arboré, bref, pas un lycée de banlieue comme celui d'où je venais. Je ne savais pas où aller quand une fille aux longs cheveux blonds et raides m'a interpellé : Tanguy, on est là ! Elle était avec un jeune homme aux cheveux bruns en bataille assortis à des yeux verts. Tous deux semblaient sympathiques et visiblement ils m'attendaient. Je leur ai dit bonjour, en essayant de cacher mon malaise sous le prétexte que j'avais un peu mal au ventre ce matin-là et mal dormi durant la nuit. Je les ai suivis pour aller en cours ; apparemment, on était dans la même classe. Je ne disais rien mais j'écoutais pour recueillir des informations : elle, c'est Pauline ; lui, c'est Justin. On est dans la même classe et il semblerait qu'on était au cinéma samedi soir, il y a trois jours. On a été voir un film historique, je préfère les films d'action d'habitude mais apparemment, c'était un très joli film à la mode. Ils en parlaient tous les deux, je ne connaissais ni les acteurs, ni l'intrigue du film donc j'ai jugé plus prudent de rien dire. J'ai regardé autour de moi, c'est un lycée chic avec une salle de musique et une salle de sculpture si je me fie aux panneaux indicateurs de l'entrée principale.
 
J'ai suivi mes « amis » dans une salle de cours ordinaire et je me suis assis à côté d'eux sans rien dire. Une femme âgée aux longs cheveux d'argent pur est entrée et a commencé son cours de mathématiques. Pendant le cours, je réfléchissais : je ne connaissais pas ce lycée, je ne connaissais personne ici, ni cette ville, ni ma « famille ». J'étais dans le bon lycée et la bonne classe près de mes « amis » par chance. Je ne savais même pas en quelle année, on était mais un coup d’œil à mon agenda me l'apprit. On était en deux mille dix-sept comme là d'où je viens, je m’appelle Tanguy LURIN et non plus, Hugo JONVILLE. J'ai dix-sept ans et non plus, dix-huit, dommage, je perds les bénéfices de la majorité ! J'ai deux parents médecin pour l'un car dans la case « Personne à prévenir en cas d'accident » est mentionné Docteur LURIN, sans savoir s'il s'agit de mon « père » ou de ma « mère » avec un numéro de téléphone et une adresse inconnus. J'ai feuilleté distraitement mon agenda et mon carnet de correspondance : je suis bon élève, je n'ai pas trouvé mention de retenues ou d'avertissements cette année, mes notes dépassent la moyenne dans toutes les matières.
Le midi, j'ai abandonné mes « amis » en prétextant une course urgente à faire et j'ai couru au C.D.I.. Je voulais me connecter à ma boîte email pour voir si elle était toujours accessible. Le fournisseur d'accès n'existait pas d'après mes recherches sur un appareil qui donne accès à un équivalent d'internet. Mais j'ai trouvé une messagerie gratuite, je me suis créé un compte pour envoyer des emails aux gens dont je connaissais les adresses email par cœur en leur demandant s'ils me connaissaient mais je n'ai jamais reçu de réponse de leur part, juste un message d'erreur. Pris de panique, j'ai cherché le numéro de téléphone de mes meilleurs amis sur l'annuaire internet, ils n'existaient pas ; j'ai appelé depuis la cabine téléphonique du lycée grâce à la carte téléphonique trouvée dans mon porte-monnaie car je connais leur numéro par cœur, les numéros n'étaient pas attribués. Mon cœur toquait dans ma poitrine, j'ai cru qu'il allait casser mes côtes ! Soit j'avais inventé ma famille, mes amis et mon ancienne vie et j'étais fou soit j'avais changé d'univers. J'ai passé le reste de la pause de midi à vider mon porte-monnaie assis sur un banc isolé: monnaie inconnue, carte de transport avec ma photographie sur un réseau de bus inconnu accompagnée d'un dépliant avec les horaires du bus et le tracé de son trajet, je notais des noms d'arrêts comme bibliothèque et mairie qui pourraient toujours se révéler utiles. Tout le reste ne m'évoquait rien.
Je suis retourné en cours pour ne pas m'attirer d'ennui et pour récapituler la situation sur une feuille de brouillon : nouveau nom, nouvelle maison, nouvelle famille, nouveau lycée, nouveaux amis, plus d'ancienne famille, plus d'anciens amis. Je pensais partir pour retrouver ma famille mais j'ai vite renoncé : je n'aurais pas su où aller et j'étais trop bouleversé pour prendre le risque de me perdre. Je n'avais rien mangé ce midi-là mais j'avais la tête claire autant qu'on peut l'être dans ce genre de situation et je n'aurais rien pu avaler de toutes manières.
J'ai trouvé un livre de géographie dans mon sac de cours et j'y ai appris que je vivais dans un pays inconnu et inexistant à ma connaissance : VORGIA dont la capitale est Lytio et avec à sa tête depuis deux ans, une présidente : Jeanne VITJO. J'ai ajouté à ma liste : nouveau pays, même langue, même écriture. J'étais bien avancé ! Le soir, je bâclais mes devoirs et fis des recherches sur ce nouveau pays inconnu. Ce nouveau monde : la France et Paris n'existaient pas, ni rien de ce que je connaissais, les frontières et même les continents ne correspondaient en rien à ce que je connaissais. La faune et la flore étaient globalement semblables à ce que je connaissais malgré des noms différents.
La vraie différence se retrouve dans les lois de ce pays qui n'ont rien à voir avec celle du pays d'où je viens : il est formellement interdit d'abîmer les plantes inconnues car beaucoup sont vénéneuses et un simple contact avec la peau peut être fatal. Et il faut également se méfier des insectes, il y a beaucoup de jolis insectes colorés qui sont venimeux, comme les gracieux insectes colorés qui me rappellent les papillons, ils doivent être éliminés dès qu'une occasion se présente, c'est un devoir citoyen et il est interdit de les élever sous peine de graves sanctions. D'après mes recherches, ces espèces invasives ont été crées génétiquement et il est nécessaire de les éradiquer pour préserver l'avenir de l'humanité. Mais hormis ces deux espèces, il n'y a pas plus de nuisibles que là d'où je viens.
Mes « parents » n'étaient pas à la maison ce soir-là, ils allaient au restaurant, j'ai joué le rôle du fils modèle parfaitement apte à rester seul qui les appellera au moindre souci pour ne pas les inquiéter et surtout ne pas manquer cette chance de me retrouver seul dans cette maison inconnue. J'en profitais pour fouiller la maison : je trouvais des photographies de gens inconnus aux noms inconnus, des livres d'auteurs inconnus que j'étais supposé avoir lu, des dvd de films que je ne connaissais pas mais que j'avais dû voir. Je fouillais surtout la chambre de Tanguy et fis rapidement le tour de la maison en feuilletant quelques livres et quelques albums photo. Je remarquais que les appareils ménagers étaient semblables à ce que je connaissais et fonctionnaient de la même manière : télévision, four à micro-ondes et téléphones ne m'étaient pas inconnus, c'était une bonne nouvelle.
Tanguy n'avait pas de journal intime malheureusement car je suis sûr que j'y aurais trouvé des informations cruciales mais j'ai trouvé des photographies de ses amis et ses photos de classe, ils se connaissent depuis la maternelle apparemment. Ses bulletins de notes m'ont appris qu'il est bon élève. Ma plus grande trouvaille ce soir-là est une photographie de Tanguy : c'est mon sosie parfait, les mêmes yeux, le même nez, le même sourire, j'ai découvert que j'avais un jumeau quelque part dans une autre dimension ou une autre galaxie. Nous avions certainement échangé nos places par un procédé inconnu. Bouleversé par cette découverte, je ne dormis pas de la nuit. Au réveil, je jugeais que le meilleur moyen de rentrer chez moi était de ne pas me faire enfermer en hôpital psychiatrique et de me conformer à ce que l'on attendait de moi le temps d'en savoir plus sur ce monde et sur mon sosie.
Un soir, au journal télévisé, j'ai entendu une voix sortie tout droit de mon ancienne vie : le président français parlait en direct à la télévision. Je dressais l'oreille mais je n'en ai pas su plus car il fut remplacé par une autre annonce : « ce message nous vient de l'espace, il a été capté par le nouveau satellite Titon II lancé l'an dernier dans l'immensité de l'espace ! Il va être analysé par les plus grands experts scientifiques mais il nous vient de la planète Terre, déjà partiellement explorée par le satellite Titon I. ».
J'ai envoyé un email à l'équivalent de la NASA, j'attends une réponse, peut-être peuvent-ils m'aider à rentrer chez moi pour permettre à Tanguy de rentrer chez lui ? Me fournir des explications sur le phénomène qui nous a fait échanger nos places ? Je guette le courrier chaque jour et je vérifie ma boîte email dix fois par jour, rien ne vient pour le moment mais j'ai bon espoir de rentrer chez moi ou d'avoir des explications sur qui s'est passé. Dans le pire des cas, s'ils ne savent pas, ils se pencheront sur mon cas, c'est sûr et certain.
En attendant pour ne pas me faire démasquer, je me documente pour mieux comprendre ce monde et passer inaperçu. Je tremble toujours de faire une gaffe ou poser une question stupide. Car si on me démasque et que l'on se rend compte que je viens d'ailleurs, je risque au mieux, de me faire rejeter et devoir aller vivre ailleurs dans un pays inconnu ; au pire, des gens auront peur de l'extra-terrestre que je suis et tenteront de m'enfermer, voire de m'éliminer. Ou je deviendrai un objet d'expériences pour les scientifiques de l'équivalent de la NASA qui vont m'examiner sous toutes les coutures, me faire subir des interrogatoires ou pire, il leur prendra l'envie de me disséquer sans tenir compte de mon statut d'espèce évoluée mais c'est un risque que je prends, je suis prêt à coopérer et leur fournir presque toutes les informations qu'ils veulent car je ne vois pas d'autre solution pour rentrer chez moi. Et puis, je m'en veux de mentir à mes « parents » qui élèvent un petit extra-terrestre sans le savoir. Et s'ils ne peuvent pas m'aider, je ne vois pas qui pourra le faire, je devrais me construire une vie ici en gardant l'espoir qu'un jour, je me réveille chez moi dans ma vraie maison, ma vraie chambre et mon vrai corps dans ma vraie famille qui me manque tant. Je me demande s'ils se sont rendu compte de ma disparition. En attendant, j'ai acheté deux cahiers épais avec l'argent de poche donné par mes « parents » dans lequel je consigne mon histoire pour ne rien oublier de ma vie d'avant et un journal où je note mes observations, j'espère qu'un jour, je rentrerai chez moi et que ce cahier sera un témoignage détaillé de ma vie ici qui pourra instruire les scientifiques du monde entier. Et surtout, ce cahier est une preuve que je ne suis pas fou et que je n'ai pas inventé cette histoire, que je suis bien un homo sapiens sapiens de la planète Terre.

samedi 17 juin 2017

Attraction atomique

- Non mais c'est une blague ? Tu me fais marcher !
Dimitri la regarde par-dessus ses fines lunettes ; les cheveux en bataille, le biologiste relit les feuillets qu'il tient du bout des doigts comme s'ils allaient les lui mordre.
- Bon. Pour répondre à ta question, non, a priori et pour autant que j'en sache, si je me base sur mon expérience et mes connaissances, ce n'est pas possible. Mais c'est toi le chimiste, c'est donc à toi de me donner la réponse, non ?
- Virginie, tu sais que si j'avais la réponse, je n'aurais pas fait deux heures de métro pour venir te voir. Tu es ma meilleure amie et une biologiste émérite. Écoute, le patient, appelons-le Monsieur P. ; P comme patient, bref...  Il est entré au C.H.U. pour des douleurs et des sensations de cause inconnue : difficulté à respirer, peau qui semble se tendre. Après analyse par l'équipe du laboratoire de l'hôpital universitaire, il s'est avéré que ses cellules s'agglutinent entre elles sans raison apparente. Une fois accrochées les unes aux autres, elles continuent à fonctionner normalement durant un certain temps. Mais elles continuent à se rapprocher  jusqu'à se trouver compressées et s'effondrent les unes sur les autres. Ses cellules s'écrasent les unes sur les autres, tu comprends ?
- Une nouvelle forme d'apoptose, de mort cellulaire ? Ou de cancer ?
-  Non, l'apoptose est causée par un arrêt des divisions cellulaires et le cancer est une multiplication anarchique des cellules. C'est totalement différent, elles se regroupent et s'accrochent entre elles.
- Dimitri, il faut sauver ce patient. Et mieux comprendre ce phénomène unique en son genre.

 Le lendemain, nos deux amis se rendent au C.H.U. pour rencontrer le patient et son médecin. Le médecin les reçoit aussitôt dans une salle de réunion. Durant une heure, il leur explique le cas qui les intéresse : le patient avait consulté son médecin traitant pour des nausées, des vertiges et des tiraillements au niveau de la peau et du cuir chevelu. Des analyses avaient révélé des cellules collées entre elles, serrées les unes contre les autres. C'est pourquoi, son médecin le lui avait envoyé, il craignait une nouvelle forme de cancer et ne savait pas du tout comment traiter le phénomène ni vers qui l'envoyer. Il avait pensé à un cancérologue mais le cas lui semblait trop complexe. Les cellules de ce monsieur risquent de s'effondrer sur elles-même et de causer la mort du patient. Mais ils ne peuvent expliquer le phénomène.

  Un peu plus tard, Virginie et Dimitri rencontrent le patient ; il lisait un livre dans sa chambre d'hôpital quand ils frappent à sa porte. Bien qu'un peu pâle, il semble en parfaite santé. L'homme entre deux âges leur raconte son histoire : depuis quelques temps, il était fatigué mais il mettait ce phénomène sur le compte de l'hiver. Puis, il avait souffert de douleurs dans tout le corps, parfois, il respirait difficilement, sa peau paraissait desséchée et tendue, il était continuellement fatigué. Au début, il avait mis ces désagréments sur le compte de l'hiver froid et qui n'en finissait pas ainsi que sur le manque de soleil et de vitamines. Mais l'arrivée du printemps n'avait rien changé.
- Donc vous souffrez de ces désagréments depuis plus de trois mois ?, s'étonne Virginie en prenant des notes sur un calepin.
- Oui, j'ai mis du temps à consulter mais je ne me suis pas inquiété non plus, au départ. Vous pensez pouvoir m'aider ?
- Honnêtement, je l'ignore. On essaie de comprendre pour l'instant ; ensuite, viendra le temps de trouver un remède. D'ailleurs, on vous a donné quoi comme traitement, demande-t'elle en prenant le sachet contenant les médicaments, posé sur la table.
- Des vitamines, des oligo-éléments et c'est tout pour l'instant. On m'a parlé de chimiothérapie mais ils veulent s'assurer que c'est bien un cancer avant de l'envisager.
- Je vois ; en fait, vous n'avez pas été traité depuis le début du phénomène. Donc, on ne sait pas ce qui marche ou pas, enchaîna Dimitri en jouant avec son stylo. Bien, je crois qu'on va vous laisser. On vous tiendra au courant s'il y a du nouveau.
 
Dans le couloir, ils se concertent ; le temps leur est compté s'ils veulent espérer sauver la vie de ce patient. Des antibiotiques ou une chimiothérapie seraient sans doute inefficaces pour traiter ce phénomène. On pouvait envisager une thérapie génique si on trouvait la cause du problème.
- Je veux dire que si ce phénomène résulte d'une anomalie génétique, on pourrait peut-être le traiter., reprit Virginie. On va commencer par demander une analyse ADN.
Quelques jours plus tard, les résultats tombent, le patient souffre bien d'une anomalie génétique. Lors de la division cellulaire, une portion essentielle du brin d'ADN s'est mal répliquée. Depuis l'anomalie se transmet aux cellules adjacentes au gré des aléas des divisions cellulaires. Il reste à trouver le bon protocole pour gagner l'anomalie génétique de vitesse avant qu'elle ne dérègle un organe vital et cause le décès du patient.
Dès le lendemain, une équipe de scientifiques travaille jour et nuit sur la question, des spécialistes de la France entière apportent leur aide, leurs connaissances et leur matériel. Des échantillons voyagent à travers le pays tout entier pour percer le mystère de cette double hélice.
Dix jours plus tard, alors que le patient est de plus en plus faible, les résultats commencent à tomber avec la même rengaine : le cas est intéressant, le biologiste qui trouvera le remède pourrait bien gagner un prix Nobel mais pour le moment, on cherche et trouver le remède et le bon protocole prendra du temps. Virginie les presse, le patient est au plus mal, ils doivent faire vite !
Les médecins décident d'enchaîner les examens pour ne rien laisser passer : ils optent pour une angioscopie et  une scintigraphie pour s'assurer de la bonne vascularisation globale du corps, plus  un scanner. Ces examens ne révèlent rien d'intéressant.
- Bonjour, je suis désolée mais pour le moment nous avons fait tout ce qui est en notre pouvoir, dit Virginie. Assise auprès du lit du patient qui la regardait avec espoir, il y a un instant, elle s'émeut. N'y a-t'il dont rien à tenter pour le sauver ? L'intérêt est retombé, faute de découverte, il ne reste qu'elle et Dimitri pour le sauver. Le malade détourne le regard, il a compris, il est condamné et il lui fait signe de sortir après l'avoir remerciée. Alors qu'elle vient de refermer la porte le cœur lourd, la main de la jeune femme se crispe sur la poignée. Elle quitte l'hôpital en courant.
- Dim', il faut que je te vois tout de suite, tu es disponible ? Parfait, je te retrouve à la cafétéria de l'hôpital.
Quelques minutes plus tard, ils sont attablés dans la cafétéria déserte, un mauvais café fumant à la main. Ils parlent à voix basse à la recherche d'une solution pour traiter le phénomène. Ils savent qu'une anomalie génétique est à l'origine de la dégénérescence cellulaire du patient. Dimitri a fait des fiches cartonnées avec les hypothèses qu'ils ont explorées et d'autres pistes éventuelles. Il est toujours méticuleux et scientifique tandis que Virginie garde tout en tête.
- On fait fausse route depuis le début. La jeune femme vient de poser son café sur la table d'un geste brusque. Ce n'est pas un cancer, c'est une maladie auto-immune !
- J'y avais pensé également, dit Dimitri. Attends, je cherche la fiche. Elle est là, ça pourrait coller. Ou... c'est une maladie auto-immune au niveau atomique. Je t'explique : les atomes qui constituent les cellules s'agglutinent les uns aux autres, c'est ce qu'on a observé. Les cellules immunitaires ont reconnu la modification de la nature de la cellule qui s'effondre peu à peu sur elle-même et l'attaquent ce qui rend notre patient malade, associé à la dégénérescence de ses cellules .
- Ce qui n'explique pas pourquoi les atomes s'attirent les uns les autres. Ils s'attirent naturellement, c'est une histoire d'électrons, je crois. Or les réactions d'oxydo-réduction jouent sur les liaisons entre les atomes. On va lui faire respirer un peu trop d'oxygène afin d'affoler ses cellules et les réorganiser.

  Dès le lendemain matin, le patient est placé en chambre stérile sous oxygène. L'air est peu à peu saturé d'oxygène pour « affoler » les cellules. Inquiète, tout l'équipe médicale est présente ; anxieuse, elle attend la suite des événements. L'état du patient est tellement dégradé que c'est certainement son ultime chance de s'en sortir. Le taux d'oxygène dans l'air devient dangereux mais l'équipe décide de poursuivre l'expérience, c'est sa seule chance. En hyperoxie, le patient montre des signes de faiblesse mais les scientifiques décident à l'unanimité de continuer d'affoler les cellules. De toutes manières, il est condamné à court terme.
- Score de Glasgow ? demande Virginie. Attendez, ouvrez les yeux, Monsieur. Passez-moi une aiguille stérile. Merci, c'est bon, il les ouvre à la douleur, deux. Répondez-moi ! Réponse incompréhensible, deux. Extension à la douleur, deux. Ce qui nous fait un score de six, coma. On l'emmène au service de réanimation, vite. Appelez-les et faites le nécessaire dans l'immédiat.
Quelques heures plus tard, le patient ouvre les yeux. Les analyses ont révélé qu'il est tiré d'affaire, il en pleura et remercia toute l'équipe. Une revue scientifique s'intéresse au malade et un article sera bientôt publié sur cette nouvelle maladie et son traitement innovant.
- Merci docteur !
- C'est mon amie Virginie qu'il faut remercier, sans elle, vous ne seriez pas là.
- Merci à vous deux. Pourtant, je ne me sentais pas du tout d'atomes crochus avec vous mais j'ai eu raison de vous faire confiance.