Il roule vite ; trop vite, le
pneu éclate et il valse dans les herbes hautes de la lisière de la
forêt, décor paisible dont il a troublé le repos. Mais il continue
d'avancer tant bien que mal en sinuant. Parmi les arbres qui bordent
la forêt, il passe telle une étoile filante qu'on ne voit que
passer dans le ciel. Il avance sur les chapeaux de roue, les
enjoliveurs quittent la roue, l'essieu casse et il va écraser un
arbuste droit devant lui. Nonchalant, il ouvre la portière, sort de
la voiture, ôte la poussière de son chapeau, prend son sac, nettoie
ses chaussures et repart à pied vers le lieu d'où il a commencé sa
course folle. Il abandonne là l'épave qui l'a conduit dans ce coin
perdu de campagne. Le nez levé vers le ciel, les mains dans les
poches, il avance dans la nuit froide, les yeux perdus dans les
étoiles.
lundi 5 décembre 2016
Scène de jardin
Dans mon jardin se trouve une mare.
Dans cette mare, un nénuphar surnage.
Dans ce nénuphar, un papillon se nourrit.
Le papillon s'éloigne du nénuphar.
Le nénuphar, déséquilibré zigzague dans la mare.
La mare déborde sur le jardin.
Nanowrimo Novembre 2016: Jour de pluie
Eglantine-Roselis passe timidement la tête au-delà de la porte de
sa maison, il pleut à grosses gouttes. Son nid douillet, dans un
trou du talus au fond du jardin ne craint pas la pluie. La petite fée
examine sa porte, le morceau de bois devrait supporter cette pluie.
Elle vient de la changer. En effet, sa porte est un morceau d'écorce
ou de bois qu'il lui faut souvent changer car le matériau pourrit
régulièrement à cause de l'humidité du talus.
Recluse dans sa petite maison, la fée s' ennuie rapidement. A
quoi s'occuper ? Elle décide de trouver une feuille pour faire
office de parapluie et de s'en aller visiter le jardin. Aussitôt
dit, aussitôt fait. Elle glisse à plusieurs reprises dans la boue
et tombe dans des flaques qui sont pour elle des lacs.
Elle croise limaces et escargots qui passent en l'ignorant. La petite
fée saute de cailloux en cailloux, elle manque de glisser plusieurs
fois. Vite, elle vole jusqu'au toit et s'assied sur le rebord de la
cheminée, éteinte en cette saison. Assise sur le rebord du tout,
frissonnante sous sa feuille, elle regarde l'arc-en-ciel se former
lentement dans le ciel. Émerveillée par ce spectacle,
Eglantine-Roselis se dit que se retrouver trempée et grelottante est
un juste prix à payer pour admirer ce spectacle. Ravie, elle
retourne à sa petite maison se réchauffer.
dimanche 4 décembre 2016
A minuit sur un balcon
Et zut, la porte a
claqué. Je ne vois pas bien d'où peut venir le courant d'air mais
je viens de me rendre compte que j'avais mis la position de
verrouillage. Je suis enfermée dehors. Il fait zéro degré et je ne
vois pas qui pourrait bien me sauver. Tous les voisins sont dans leur
résidence secondaire au bord de la mer et il n'y a jamais un chat
dans ce quartier excentrée. Ce n'est pas un samedi soir que les gens
vont aller par ici boire un verre.
Qu'est-ce qui m'a
pris de ne mettre que mes chaussons et ma robe de chambre ! Je
ne tiendrai pas jusqu'au matin par ce froid, je dois rentrer chez
moi. Alors, je ne peux pas descendre sur le balcon en dessous, ni
sauter.
La seule solution
viable est de me suspendre dans le vide d'une main et faire sauter la
fenêtre de ma chambre qui ne ferme pas correctement. Donc rester
suspendue dans le vide quelques minutes.
Je réfléchis
rapidement mais je n'ai pas le choix. Mes mains sont déjà bleuies
de froid et je tremble. Je DOIS rentrer. J'examine l'environnement et
je fonce car si je réfléchis, c'est terminé. Je passe le
garde-corps du balcon, mes chaussons aux pieds. Chaussons que balance
dans le vide pour ne pas risquer de glisser. Le vent s'est levé et
le froid transperce ma robe de chambre. Ne pas penser, ne pas
regarder en bas. Aller au plus près du mur. Et de tout mon poids,
basculer en me tenant d'une main.
Respirer, ne pas
oublier de respirer cet air qui me glace les poumons.
J'ai froid, mes
mains s'engourdissent au contact du métal, j'ai mal mais je dois
tenir.
Assurer la position
de ma jambe gauche et lever l'autre. La moitié du poids du corps
dans le vide, la gravité me tend les bras pour me rapprocher du sol.
Mais je ne l'écoute pas, je ne la regarde pas. Je lève la jambe et
de toutes mes forces, j'appuie sur la fenêtre qui s'ouvre.
Le cœur battant,
je regarde avec envie la chaude chambre qui m'attend. Et j'ai froid,
encore plus froid. Au plus près de l'angle du balcon, je passe une
jambe par-dessus le rebord de la fenêtre. Si je lâche tout, est-ce
que ça suffira à me retenir ? Une main sur le rebord, je
m'appuie sur le balcon avec la main pour soulever mon corps et
commencer à basculer ma jambe à l'intérieur. Mon pouce de pied
quitte le balcon, j'ai une jambe dans le vide et je bascule à
l'intérieur de l'appartement. Les jambes tremblantes, je ferme la
fenêtre, le froid a envahi la pièce, j'ai froid.
Une douche chaude
et une couette supplémentaire plus tard, je me dis que finalement,
je ne vais pas faire réparer cette fenêtre qui ferme mal.
samedi 3 décembre 2016
Scène de vol dans une bijouterie
Vous venez de
voler/ voir voler dans un magasin. Racontez la scène (prévu pour un
atelier d'écriture)
Ce matin, je suis
entré dans la bijouterie de mon quartier pour voir les nouveautés.
J'aime les bijoux, j'aime les regarder, je suis émerveillé par les
pierres, l'or, le cuivre et tous les merveilleux agencements que l'on
peut en faire pour se parer. Le bijoutier me connait bien, parfois
quand nous sommes seuls, nous discutons de son travail, des
nouveautés ou simplement du temps qu'il fait.
Tandis que nous
discutions de ses affaires en ces temps de fêtes de fin d'année,
dans un contexte de crise, un homme entra. Chapeau porté bas sur le
front, il portait un manteau imperméable beige au col relevé. Il
demanda d'une toute petite voix à voir des alliances toutes simples
en or et en argent. Il gardait la main dans la poche et portait des
gants de cuir. Il semblait timide.
Il regarda les
bagues, les passa à son doigt, mis sa main dans sa poche en serrant
le poing pour voir « si ça me serre » et la ressortit.
Il le fit si vite que personne ne réagit sur le moment. Il rendit la
bague et ressortit. Je n'appris que plus tard qu'il avait échangé
deux bagues, une en or et une en argent massifs contre du plaqué.
vendredi 2 décembre 2016
A chaque saint, sa chandelle.
Un jour, lors d'une
promenade, je tombais sur une ravissante chapelle qui luisait sous le
soleil. L'air automnal était doux, il n'y avait pas un souffle de
vent, pas un bruit dans le bois et pas âme qui vive dans les
environs. Pas un oiseau ou un écureuil, rien que le silence et la
solitude.
Intrigué car je
connaissais bien ce bois mais que je n'avais nulle connaissance de
cette chapelle, j'entrais dans le lieu saint. Il y avait des
chandelles... partout, tout autour de moi. Emerveillé, je tournais
sur moi-même tandis que mes chaussures claquaient sur le sol de
l'église en un son qui montait jusqu'à la voûte. Je ne comprenais
pas d'où venaient ces chandelles. Je les regardais attentivement et
je me rendis compte que chaque représentation de saint posée sur le
sol dallé avait sa chandelle plus ou moins longue posée à côté.
J'en déduisis que la longueur de la chandelle qui était liée à la
brillance de la flamme représentait certainement la ferveur du culte
qui lui était rendu.
Je flânais
quelques temps entre les statues de saints et j'en repérais quelques
uns qui m'étaient familiers : sainte Marie, saint Joseph,
sainte Anne entre autres. Je restais de longues heures dans ce lieu
apaisant et magique à prier le ciel, la terre, les arbres alentours
ou je ne sais trop quoi. Je ne me souviens plus à quoi j'ai pu
penser assis en tailleur au milieu de ces chandelles allumées.
J'en ressortis
apaisé alors que le jour déclinais. J'y suis revenu maintes fois,
mais jamais, jamais je n'ai retrouvé cette chapelle illuminée.
A chaque saint,
sa chandelle. (proverbe Français) (Tout le monde veut être
libre de jouir de ses droits)
jeudi 1 décembre 2016
Invisibilité sélective
Ce matin, à mon
réveil, je me levais comme d'ordinaire : en retard ! Je
courais après mon bus, une tartine à la main après une douche
rapide. Bien évidemment, le bus ne s'arrêta pas et j'ai dû
attendre le suivant en trépignant d'impatience. Un homme lisait le
journal sur le banc de l'arrêt de bus sans faire attention à moi.
Mon ventre gargouillait mais je l'ignorais. Le bus suivant arriva
enfin et je montais derrière le monsieur au journal. Debout dans un
coin, j'écoutais de la musique et descendis à mon arrêt.
Je rejoignais mon
bureau le plus discrètement possible non sans avoir pris le temps
d'aller aux toilettes. En retard pour en retard, je n'étais plus à
cinq minutes près. Personne ne fit attention à moi, le dos
contracté, j'attendais une remarque mais rien ne vint. Je
m'enfermais dans mon bureau et n'en ressortais qu'à midi, soulagé
que ce retard soit passé inaperçu.
J'allais acheter un
sandwich, personne ne fit attention à moi sauf le jeune stagiaire
qui me servit en souriant. Courant presque, je rejoignis mon bureau
où personne ne fit attention à moi. Je n'avais pas mangé ce
matin-là donc je pris mon temps pour déguster ce repas bienvenu.
L'après-midi se
passa de même, personne ne répondit à mon « A demain! »,
machinal en quittant le bureau. En rentrant chez moi, je fis un grand
sourire à Solange, la petite vieille du cinquième que j'adore avec
Cacahuète son imbécile de chien que je déteste mais qui
étrangement m'ignora également. Je trouvais cela plus étrange que
tout le reste, mais je haussais les épaules.
Le lendemain, mon
patron vint me dire bonjour en me disant que j'avais bien travaillé
hier mais qu'il trouvait étrange qu'on ne se soit pas croisés de la
journée. Je le remerciais machinalement mais je ne comprenais pas.
Il avait, à son habitude, passé son temps à passer de bureau en
bureau, il m'avait forcément vu ! Solange bis la standardiste
me fit la réflexion qu'elle ne m'a pas vue hier et me croyait
malade. Par contre, Kevin dans le bureau à côté du mien me
répondit que oui, oui, on s'est dit bonjour hier, je n'avais pas
oublié.
Je posais mes
affaires sans comprendre. La journée se passa sans que je n'y
comprenne rien. On était vendredi, je me couchais à quatre heures
du matin, épuisé. C'est dans mon sommeil que je trouvais la
réponse : les gens que j'ignorais d'ordinaire, à qui je disais
bonjour machinalement sans vraiment les regarder ou leur adresser un
vrai bonjour. C'était le dénominateur commun ! Je me promis de
faire plus attention dès lundi, un simple sourire et un vrai bonjour
peut tout changer.
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