mardi 4 avril 2017

Nanowrimo Novembre 2016: Le bouton de rose


Un jour, dans un jardin, une rose plus grande et bien plus grosse que toutes les autres naquit. Elle était plus grosse que la plus grosse des tulipes. Le vieux couple qui habitait là fut bien intrigué par cette fleur nouvelle mais se contenta de l'observer grandir encore et encore. La saison de la floraison approchait mais la rose ne semblait pas vouloir s'ouvrir.

Les premières neiges arrivèrent sans que la rose ne s'ouvre. Le vieux couple l'avait oubliée, ils soignaient le rosier mais ils ne croyaient plus que la rose s'ouvrit un jour. Pourtant, le premier jour de neige la rose s'ouvrit lentement d'heure en heure sous l'oeil curieux des propriétaires du jardin qui avaient remarqué lors de leur visite quotidienne au jardin le changement de l'état de cette fleur intrigante. Toute la journée, la rose s'ouvrit lentement sous la neige qui la touchait légèrement en tombant. Enfin, le soir, la rose blanche comme neige avait terminé son épanouissement. En son milieu, le vieux couple trouva une perle blanche de taille respectable. Emerveillés, ils ne se lassaient pas de la contempler.

Le lendemain, ils revinrent auprès de la rose merveilleuse mais elle avait déjà fané. Depuis, tous les ans aux premières neiges, la rose blanche offre une perle au vieux couple. Montées par un bijoutier, ces perles ornent les doigts et les oreilles de la maîtresse de maison. Le vieux couple les met de côté pour en faire un collier dans quelques années.


Les contes flamboyants de la forêt: L'arbre du monde

  Dans l’antiquité, il existait un arbre qui avait la réputation d’être l’arbre du monde, ses racines étaient ancrées si loin dans la terre qu’elles traversaient la planète de part en part. Ses branches montaient si haut vers le ciel qu’on disait que lorsque le vent le faisait chanter durant les nuits de tempête, il répétait les secrets des dieux.

   Le peuple vivait à son rythme. L’arbre voyait-il ses feuilles dorer puis rougir ? L’automne arrivait, les dieux se préparaient au repos. Lorsqu’il se dépouillait, les hommes croyaient que la terre était en sommeil, elle rêvait pour mieux renaître à la vie, les dieux eux-mêmes se reposaient de leur dur labeur. Le printemps arrivait, l’arbre se couvrait de bourgeons puis de fleurs odorantes et les dieux étaient en bonne santé, ils fêtaient leur renaissance. L’été marquait l’apogée de leur puissance, l’arbre arborait des feuilles vertes et vigoureuses.

  Un jour, l’arbre ne reverdit pas. Malade ou âgé, le printemps sembla sans effet sur lui. Le peuple s’inquiéta mais le soleil et les fleurs revinrent alentour et les habitants du lieu se rassurèrent. Esseulé et oublié, l’arbre demeurait en sommeil. En quelques mois, les hommes oublièrent qu’il avait la réputation d’être l’arbre du monde, l’arbre dont les racines plongeaient si loin dans la terre qu’il sentait les évènements bien avant leur arrivée. Si les hommes l’avaient observé avec attention, ils auraient remarqué que l’arbre semblait en bonne santé et que seules ses feuilles n’avaient pas réapparu.

  Une nuée de sauterelles s’abattit sur les champs, les arbres et l’herbe. En une nuit, elles dévorèrent toute la verdure avant de rejoindre de nouvelles contrées. Les hommes étaient désespérés, la végétation avait laissé place au bois et à la pierre.

  Lentement, l’arbre du monde reverdit, ses bourgeons apparurent et ses feuilles se déployèrent procurant ombre et fraîcheur, les insectes virent se nicher dans ses branches, les oiseaux revinrent apportant des graines nouvelles. Peu à peu, la vallée revint à la vie.

   L’arbre du monde fut de nouveau vénéré et depuis ce jour, les hommes guettent le jour où ses bourgeons ne renaitront pas au début du printemps, signe qu’ils doivent se préparer au pire.

Fictions pseudo-scientifiques: Jumeau artificiel

  Gaston tenait le prospectus entre ses mains :
« Participez à une œuvre historique ! Le premier clonage humain est à portée de main ! Forte rémunération !  Au service de la science, contactez nous au : »
  Forte rémunération ! Le jeune homme tout juste majeur vit dans cette expérience un moyen facile de gagner de l’argent. Il appela et un mois plus tard, il subit une ponction de moëlle osseuse et reçut son chèque. Son travail s’arrêtait là et il reprit une vie normale.
  Neuf mois et demie plus tard, Gaston trouva une lettre du laboratoire Braincorp à Paris qui l’invitait à se rendre à l’hôpital où il avait été reçu à une date et une heure précise. Inquiet, il s’y rendit en train.
- Ah, monsieur ! C’est pour votre clone ? Je prends votre dossier. Vous ne vouliez pas assister à la naissance, c’est ça. Veuillez patienter en salle d’attente, je vous prie.
Gaston attendit des heures mais tout ce que le secrétaire lui répondit était d’attendre que tout soit terminé. Deux autres personnes attendaient dans la salle mais elles furent rapidement appelées.
Enfin, ce fut son tour.
- Bonjour, monsieur ! Signez là, je vous prie. Merci !
Epuisé, il n’avait pas lu le document en intégralité mais il vit trop tard, le titre « Adoption plénière » du formulaire.
- C’est un garçon comme vous vous en doutez. Comment voulez-vous l’appeler ?
- Euh…
- Vous avez un deuxième prénom ? Même deux ! Alors, Gaston, Fabien, Nicolas. On l’appelle Nicolas, ça vous va ?
- Euh, sans doute.
- Je reviens dans un instant tout s’est bien passé, vous serez bientôt libre !
Soulagé, Gaston soupira, il pourrait toucher son deuxième chèque et oublier tout ça.
- Tenez, je vous présente Nicolas-Gaston, Fabien, votre fils !
- Pardon ? Mais je croyais que vous le donneriez à l’adoption !
- N’avez-vous donc pas lu le contrat ? C’est votre fils légitime, je viens de le déclarer en mairie à l’instant ! Oui, il vous ressemble, regardez, il a vos yeux. C’est vous mais pas vous. Bien évidemment, il y aura un suivi jusqu’à sa majorité et vous serez dédommagé chaque année pour nous permettre de suivre son évolution pour le bien de la science ! Vous pouvez rentrer chez vous avec un bon d’achat pour vous aider à acheter le matériel nécessaire à votre nouvelle vie.

  Les années passèrent et Gaston éleva Nicolas-Gaston, Fabien de son troisième prénom comme il pouvait. Mais il ne pouvait s’empêcher de le haïr et de l’éviter au maximum. Sans famille, ni amis, il n’avait heureusement personne à mettre au courant de sa bévue. L’enfant grandit avec l’aide financière de Braincorp qui permettait à Gaston de l’élever correctement. Au fil du temps, il devint rancunier et sauvage car il ne supportait plus son double qui s’il faisait bonne figure en public le lui rendait bien.
- Dire qu’il ne sera majeur qu’à dix-huit ans ! Même en l’émancipant pour qu’il parte à seize ans, je vais devoir le supporter durant dix ans.
Gaston envisagea très sérieusement de commettre un acte irréparable pour se débarrasser de l’enfant mais le garçonnet le surpris dans ses préparatifs. Le regard noir qu’il lui lança lui signifia que l’enfant avait parfaitement compris ce qu’il voulait faire. Désormais, un climat tendu régna dans la maisonnée.

  Pour cacher l’existence de son clone, Gaston avait renoncé à tout vie sociale, qu’elle soit familiale ou amicale. Il avait trop honte de son geste et il vivait seul avec son double. Peu à peu, son malaise s’était mué en indifférence puis en haine. Gaston haïssait Nicolas-Gaston qui finit par le lui rendre. Liés ensemble dans leur petit appartement étroit, ils attendaient tous deux la majorité du garçon pour se séparer à jamais.

  Ce jour arriva enfin. Tous deux suivaient une psychothérapie pour les aider à supporter cette situation inédite. Braincorp avait décidé de suspendre les expérimentations sur le clonage humain, le bilan physiologique était bon mais le bilan psychologique était désastreux de part et d’autre. Le laboratoire travaillait depuis dix ans sur un protocole d’accompagnement viable.
  Gaston fit l’effort d’organiser une petite fête en l’honneur de son clone en signe de réconciliation. Il était entendu que le clone quitterait le foyer dès le lendemain.
- A la tienne, Gaston, mon géniteur, notre collaboration prend fin aujourd’hui même !
- A la tienne, Nicolas-Gaston, je t’aime bien, tu sais. Tu vas presque me manquer.
Ils vidèrent leur coupe de champagne et Gaston se sentit mal.
- Oh, père, tu as aimé mon cocktail champagne-vodka-neuroleptiques-sédatifs ?
Nicolas-Gaston était enfin un individu à part entière.

lundi 3 avril 2017

Les contes flamboyants de la forêt: L'arbre à clous


  Un vieil arbre centenaire isolé dans une forêt qui rétrécissait d’année en année était las des douleurs et des cicatrices qu’il portait depuis des siècles. Ses compagnons d’infortune avaient été taillés à la hache parce qu’ils portaient les mêmes stigmates sous son regard impuissant des siècles auparavant.
  Il avait entendu une vieille femme expliquer à une autre que le jeune chêne qu’il était alors pouvait guérir les furoncles. Intéressé, le chêne tendit l’oreille mais la vieille femme avait continué son discours à voix basse.

  La nuit venue, l’arbre entendit la forêt craquer, quelqu’un était là qui frottait quelque chose sur son corps malingre. La silhouette fit plusieurs fois le tour de l’arbre qui ne comprenait rien à son manège mais au fond, il était flatté de tant d’attention. La femme s’agenouilla et s’adressa à lui, l’arbre l’entendit murmurer une prière indistincte qui se perdit dans la nuit. Puis, il ne ressentit que la douleur vive d’une épine plantée dans son bois alors que la femme s’éloignait à reculons en s’inclinant devant lui à plusieurs reprises. La blessure de l’arbre guérit lentement mais le clou fut rapidement suivi de bien d’autres.

  Des siècles de douleur plus tard, la forêt avait été ravagée par la maladie et les bûcherons qui ne s’approchaient jamais de lui et l’évitaient avec une crainte respectueuse. Le chêne souffrait mais il se doutait que ses clous le protégeaient des haches meurtrières. Régulièrement, un nouveau clou venait transpercer son écorce et sa douleur ne faisait qu’augmenter. Impuissant, il ne pouvait que laisser la haine du genre humain grandir en son cœur.

  Un jour enfin, plus personne ne vint le blesser. L’arbre en fut soulagé mais il voyait la forêt toujours plus clairsemée autour de lui. Lui seul prospérait et faisait l’admiration de tous. Un jour, la forêt fit place à des jardins et seuls quelques arbres de l’ancienne forêt demeuraient autour de lui. Ils parlaient ensemble les soirs de grand vent. Un matin, l’arbre frissonna, une petite fille qu’il ne connaissait pas se présenta devant lui un marteau à la main. Son cœur saigna à la pensée de la nouvelle souffrance qui l’attendait.

  Un à un, la petite fille ôta les clous au grand soulagement de l’arbre.

Fictions pseudo-scientifiques: Téléportation électrique


  Ulysse, un jeune scientifique du vingt-deuxième siècle tomba un jour sur un article à propos de la téléportation. La recherche avait été abandonnée depuis un siècle, faute de crédits suffisants. Il travaillait à ce moment là sur le clonage humain, recherche qui ne l’intéressait guère. Les investissements dans cette technologie étaient colossaux par rapport aux résultats obtenus et cette recherche ne l’intéressait pas mais il étudiait ce qu’on lui demandait d’étudier. En secret, il reprit ses notes sur le sujet et il passa ses nuits dans un bâtiment désaffecté dont il vola la clé.

  Ce bâtiment n’était pas utilisé depuis des années, le matériel était vieux mais Ulysse s’en contenta.     Il travaillait de nuit, stores baissés pour ne pas éveiller les soupçons. Epuisé par ses doubles journées, il accumula les erreurs jusqu’à ce que son corps s’accoutume au manque de sommeil.

Une nuit, dans le local des archives, il tomba sur une revue scientifique qui annonçait fièrement en couverture : « La téléportation : un rêve à portée de main ? ». Ulysse lut l’article avec avidité, les yeux brillants, il pensait tenir une idée.

   Ses manipulations sur les cellules humaines étaient de plus en plus souvent ratées, il manquait de concentration, trop occupé à imaginer une téléportation viable. Un vendredi après-midi qu’il était seul parce que tous ses collègues étaient déjà partis en week-end, il bâcla fébrilement ses expériences. Il avait eu une illumination durant son déjeuner solitaire à la cantine du laboratoire.

   Ce week-end là, Ulysse s’enferma dans son studio, il ne sortit que pour promener son chien et acheter quelques souris à l’animalerie. Penché sur son cahier, il élaborait un protocole d’expérimentation qui pour la première fois lui semblait viable. Le dimanche soir, il se coucha heureux : il venait de se souvenir que le lendemain était un jour férié, le laboratoire serait désert mais sa carte d’accès reconnaissait les week-ends mais pas les jours fériés, il serait seul et ne risquait pas de croiser quelqu’un. Cela signifiait qu’il pourrait enfin utiliser le matériel de pointe du laboratoire.

   La souris sur le plateau, Ulysse commença par analyser sa souris avec un séquençage du génome et des protéines pour modéliser la structure de l’animal en trois dimensions sur son ordinateur. Ensuite, un champ magnétique de grande intensité fut envoyé pour casser les liaisons covalentes. L’étape cruciale approchait et Ulysse suait à grosses gouttes dans la solitude du laboratoire. Il entendit un bruit et il craignit un instant que les stores ne masquent pas la lumière de l’extérieur mais ce n’était que le vent qui jouait avec un volet mal fermé dans la pièce d’à côté ou la souris qui avait couiné sous l’effet du champ magnétique. Absorbé par sa tâche, il s’était déconnecté de la réalité et ce son l’y avait brutalement ramené. Soulagé, il revint à son projet,  le cœur battant d’excitation.

   Ulysse plaça le caisson hermétique qu’il avait utilisé précédemment dans la machine qu’il avait créée en secret des mois durant. Il avait volé du matériel de pointe au laboratoire en prétextant en avoir besoin pour le projet sur lequel il travaillait officiellement. Heureusement pour lui, personne n’avait vérifié l’adéquation du matériel demandé avec son projet en cours. Il perça un trou microscopique dans le caisson et aspira en même temps la poussière crée pour ne pas contaminer les molécules du caisson. Il plaça ensuite son rayon face au trou et l’actionna en priant pour que l’expérience fonctionne. Il avait pris soin de recouvrir la surface de son caisson d’une couche de carbone, seule matière assez dure pour empêcher son rayon d’y arracher des molécules.

  Le scientifique voyait sur son écran, le corps de la souris se constituer couche après couche, des heures durant. Inquiet à l’idée d’être découvert, il priait que cette séquence ne dure pas plusieurs jours. Dix heures furent nécessaires pour reconstituer la souris. Ulysse supposa donc que pour un humain de soixante kilos, il lui faudrait trois ans et demi s’il prend une base de deux grammes de molécules déplacées par heure. La souris était vivante mais dans le même état qu’Adam A. qu’il avait précédemment eu comme sujet d’expérience. Néanmoins, cette avancée lui vaudra un prix Nobel six mois plus tard.

dimanche 2 avril 2017

Les contes flamboyants de la forêt: Le voyage d'Hermine

  Hermine avait dix ans le jour où son père, un pauvre bûcheron l’abandonna dans la forêt. Il lui demanda de l’attendre près du chêne millénaire mais il ne revint jamais. La région était pauvre et son champ de moins en moins fertile ne suffisait plus à nourrir sa famille. La petite fille attendit jusqu’à la nuit puis frissonnant de froid, elle finit par marcher droit devant elle. La forêt l’enserrait et la menaçait de ses doigts crochus. La petite fille prit peur et s’enfuit droit devant elle, les larmes aux yeux.

  Elle finit par s’asseoir au pied d’un chêne et elle resta à pleurer en se remémorant les dernières paroles de son père : ils étaient trop pauvres pour la garder et ils espéraient qu’elle trouverait une meilleure famille. Elle revit les larmes de sa mère et pleura. Epuisée, elle finit par s’endormir malgré le froid. Elle rêva qu’elle revenait chez elle, riche et acclamée par ses parents.

Au petit matin, elle avait pris la décision de revenir riche dans la maison de ses parents. Elle avait entendu parler d’une sorcière qui vivait au plus profond des bois qui posséderait de nombreuses richesses venues des quatre coins du monde et même d’autres mondes. On disait également que sa maison était sale et repoussante. Hermine partit vers le cœur de la forêt dans l’espoir de trouver la maison de la sorcière. D’abord confiante, elle commença à prendre peur après des heures de marche. Incapable de rentrer chez elle, elle continua avec courage.

  Le soir venu, elle trouva une grande maison de pierre dans une petite clairière et elle frappa timidement à la porte dans l’espoir d’y passer la nuit. Une femme vêtue de tissus chatoyants, belle comme le jour, lui ouvrit avec un sourire.
- Que fais-tu donc seule dans la forêt, petite fille ?
- Je me suis perdue !
- Entre donc, tu dois avoir froid et faim.
Elle lui servit une soupe chaude et lui offrit un lit douillet avant de la laisser seule. La fillette s’endormit immédiatement.

Au matin, elle se réveilla dans une immense maison délabrée et la fée avait laissé place à une sorcière bossue et couverte de verrue.
- Petite fille, vois ma maison ! Elle est sale et délabrée ! Je te donne jusqu’à ce soir pour la nettoyer de fond en comble ou je te dévorerais ; si tu réussis, je te récompenserai généreusement.
Hermine soupira et se mit au travail. Avec méthode, elle rangea, tria, balaya et astiqua les pièces les unes après les autres avec entrain. Minuit sonnait lorsqu’elle acheva sa tâche. La sorcière surgit à cet instant et elle inspecta la maison.
- C’est bien mais ce n’est pas parfait. Je ne te dévorerai pas mais tu devras faire mieux demain. Va manger et dormir.

  Le lendemain à l’aube, la petite fille recommença. Une semaine se passa et chaque jour, la maison était plus sale que la veille et Hermine fatiguée et découragée. Le septième jour, elle s’assoupit juste avant l’aube mais le chant d’un oiseau la réveilla, elle ouvrit ses yeux ensommeillés et acheva sa tâche.
Une femme belle comme le jour entra et lui sourit :
- Je suis la fée du bois sacré et tu m’as délivrée du sort qui me tenait prisonnière depuis des siècles. Je te fais présent des richesses de la sorcière, fais-en bon usage. Hermine rentra chez elle avec un coffre empli de bijoux et de pierres précieuses à la plus grande joie de ses parents.

samedi 1 avril 2017

Les contes flamboyants de la forêt: La pierre de fée

  Une fée vivait dans un chêne, paisible depuis la nuit des temps. Un jour qu’elle se promenait au bord de la rivière proche en chantant, elle entendit un arbre tomber. Horrifiée, elle découvrit son refuge à terre en passe d’être débité par des hommes. Ils ne virent qu’un éclair roux se fondre dans la forêt.
 
  Furieuse, la fée commença par chercher un nouvel abri mais il fut de nouveau abattu peu après. Les hommes faisaient reculer la forêt en ces temps troublés et la fée se trouvait impuissante face à eux. Des larmes de dépit dans les yeux, elle ne pouvait que les regarder cachée dans les branches d’un arbre.
 
  Son cœur saignait et son tourment ne s’apaisait pas car il semblait que les hommes avaient décidé de raser sa forêt. Les jours passaient et les arbres tombaient les uns après les autres dans un bruit assourdissant. Les hommes se réjouissaient de ces terres qui deviendraient cultivables très bientôt, ils pourraient bâtir des maisons ou labourer des champs une fois leur dur labeur terminé. Les animaux, les faunes et les fées fuyaient la forêt aussi vite que si elle était dévorée par les flammes.
 
  La fée des bois refusait de quitter les lieux qu’elle chérissait plus que tout. Elle refusait de livrer aux hommes son sanctuaire et elle quitta le bois pour demander conseil à un vieux sage qui vivait en ermite dans une forêt voisine. Elle quitta sa forêt à la tombée de la nuit et elle marcha des heures durant sans la moindre halte. Enfin, elle trouva la clairière où vivait l’ermite et elle lui avoua son tourment. Il était savant en matière de magie et de sortilèges, ils parlèrent longuement à voix basse de la solution ultime que la fée envisageait pour sauver son habitat. La fée des bois repartit alors que la nuit était encore noire ; résignée, elle marcha au clair de lune, tête basse et les larmes aux yeux. Au matin, elle s’était de nouveau cachée au plus profond de la forêt.
 
  Elle espéra un miracle, que les hommes rassasiés délaisseraient les lieux mais il n’en fut rien. Les jours passaient et la forêt diminuait inexorablement. La fée tremblait et pleurait tout le jour au son des coups de hache sur les troncs ; la nuit, elle pleurait ses bras blancs enserrant le tronc d’un arbre centenaire ou une jeune pousse prometteuse. Elle leur murmurait qu’elle les sauverait par n’importe quel moyen. Un jour, la fée demeura la seule créature magique de ce qui restait de la forêt. Les poings serrés, les larmes aux yeux, elle jura solennellement alors que le soir tombait de la protéger au péril de sa vie. Le cœur dévoré par la colère, elle accomplit le seul sortilège qui pourrait protéger sa forêt de l’avidité des hommes. Elle sacrifia les arbres restés debout et les pétrifia. Elle sentit les arbres gémir de douleur au plus profond de son cœur, puis ce fut le silence. Au matin, les hommes éberlués découvrirent les pierres et fuirent ce lieu maudit. La fée erra des mois durant entre les arbres de pierre en leur murmurant des paroles apaisantes dans l’espoir qu’ils reviennent à la vie. Au printemps, alors qu’elle avait perdu tout espoir, la fée découvrit de nouvelles pousses de plantes de toutes sortes. La forêt renaissait, protégée par son armée de granit. En souvenir de cette forêt, la fée plaça là où les hommes avaient commencé leur hécatombe, une statue de pierre à son effigie qui veillait sur la forêt séculaire et avertissait les hommes des conséquences de la destruction des forêts sacrées.