lundi 5 juin 2017

Nanowrimo Novembre 2016: Le vieux château du lac

  Il était une fois, un vieux château en ruine qui surplombait un lac. Les châtelains, de braves gens, vivaient dans le dénuement le plus total mais ils aimaient leur château familial et le maintenaient en état comme ils pouvaient.
  Un soir, des bruits de chaînes et de pas se firent entendre dans le couloir principal du château, au rez-de-chaussée. Les châtelains qui soupaient en se demandant comment ils pourraient faire réparer le toit levèrent les yeux de leurs assiettes à soupe pleines de potage et tendirent l'oreille. Oui, on entendait bien un bruit de métal traîné sur les dalles. Effrayés, ils allèrent voir ce qui pouvait bien avoir produit ces bruits mais dans le couloir en question, ils ne trouvèrent rien de particulier. Ils finirent leur repas en silence et en guettant les bruits alentour.

  Plus tard, alors qu'ils regardaient la télévision, le bruit se reproduisit une nouvelle fois. Ils écoutèrent le bruit attentivement pour en repérer la provenance approximative. Une fois le silence revenu, ils décidèrent d'aller voir, la peur au ventre. Jamais il n'avait été question d'un fantôme dans le château délabré. Dans la chambre inoccupée qui n'était ouverte que pour faire le ménage, ils trouvèrent un livre ouvert qui disait ceci :
« 17 juin 1312 : Les Anglais arrivent ! Je vais cacher la cassette dans le lac et la récupérer par la suite.
23 août  1312 : La cassette est introuvable, je suis presque ruiné !
14 décembre 1313 : Toujours aucune trace de la cassette, la maladie me dévore, je n'en ai plus pour longtemps. Mes enfants sont au courant, j'espère qu'ils la retrouveront! »
Jamais, ils n'avaient vu ce livre qui semblait ancien. C'était le journal intime d'Amaury du Lac de V., ancien seigneur du château.

  Dès le lendemain, les châtelains firent creuser dans le lac, ils trouvèrent les restes de ce qui fut un coffre et surtout une grande quantité d'or qui leur permit de restaurer le château et d'y accueillir des touristes afin de l'entretenir. La réputation de château hanté n'est pas étrangère à ce succès d'autant plus que le fantôme d'Amaury du Lac de V. fait parfois une apparition nocturne : on entend des pas et un bruit de chaînes dans les couloirs déserts. Après enquête, il semble que le bruit métallique soit en réalité, le bruit des clés du coffre trouvé dans le lac qu'il gardait toujours sur lui dans l'espoir de le retrouver un jour.



Rune d'ambre Chapitre 19/30


   Les révoltes se succèdent et peu à peu, les soldats du roi sentent le pouvoir glisser des mains des souverains. Ils se rallient à la population mais le plus souvent, ils se contentent de faire semblant de ne rien remarquer lorsque les habitants s’attaquent aux collecteurs des impôts qui n’opposent que peu de résistance.

   Raya s’amuse de cette agitation, réfugiée dans sa petite maison, dans l’île de Lathi. Ils suivent les évènements grâce à une boule de cristal qui leur permet de voir certaines choses. Au calme, les deux adolescents discutent souvent seul à seule. Ils se demandent ce qu’ils doivent faire car ils se sentent responsables de ces changements à venir. Et ils s’interrogent sur leur avenir.
  
Une nuit qu’ils discutent à voix basse dans leur chambre, ils arrivent à la conclusion que le seul moyen de mettre fin à la guerre est d’en finir avec le roi tyrannique. Mais Rune et Ambrelune savent que Raya et Andrea ne seront pas d’accord avec cette idée.
- Je ne sais pas si c’est une bonne idée. commence Rune. Mais nous ne pouvons pas en parler avec Raya et Andrea, ils vont tout faire pour nous en empêcher. Ou nous soutenir, ce qui signifier les mettre en danger. Si seulement, nous pouvions savoir comment tout ça va se finir.
- Tu oublies les runes. Les runes d’ambre, d’améthyste et de pierre de lune. s’exclame Rune un peu trop fort.
Le cœur battant, ils écoutent mais le silence règne dans la petite maison. Soulagés, ils poussent un soupir et considèrent la question.
- Tu crois que c’est une bonne idée ? Surtout que nous avons perdu quelques pierres et que nous les avons remplacées par de l’améthyste sans raison particulière.
- Je ne sais pas, mais nous n’avons pas le choix. Ou nous tirons à pile ou face. chuchote Rune.
- D’accord, on essaie. Au pire, notre tentative échouera et nous ne serons pas plus avancés. dit Ambrelune en soupirant.

–—



Leurs runes en main, ils commencent leur tirage et tentent d’en tirer des conclusions. La seule chose qui paraît évidente est qu’ils doivent agir et suivre leur intuition, leur destin.
- Tu te souviens de la prophétie? soupire Rune.
- Je crois que nous ne pouvons plus reculer maintenant. réponde Ambrelune en se levant pour regarder par la fenêtre.
- Cette maudite prophétie. Pouvons-nous lutter ? 
Durant quelques minutes, ils méditent sur la phrase qui va conditionner leur destin. 
« Deux étrangers venus d’un autre monde, deux êtres aux immenses pouvoirs, deux âmes qui changeront le monde. »
- Je propose que nous menions une expédition jusqu’au château. dit Ambrelune en se levant.
Toujours assis en tailleur sur le sol, Rune la regarde faire et il médite quelques instants avant de se décider à la suivre.
- Mais cette fois-ci, on en parle à Raya et Andrea. Et nous nous préparons.
Trois jours plus tard, ils se dirigent vers le château du tyran. Comme par le passé, ils se téléportent dans la salle du trône.
- Nous revoici ! Pas un geste ou je vous jure que je tue tout le monde ! On ne m’appelle pas l’effrayante Raya pour rien. Et je ne suis pas très douée en magie, je pourrais faire sauter le château en essayant de vous figer ou oublier de limiter le sort dans le temps. A toi, têtard !
Andrea rougit, quelque peu humilié par ce sobriquet qui diminue son prestige en cette occasion particulière. Mais il choisit d’en rire.
- Bien, nous sommes des sorciers aux immenses pouvoirs et ma moitié-magique n’est vraiment pas très douée. Vous avez tyrannisé ce royaume et le moment est venu d’en finir. Soit vous vous rendez et partez tous loin d’ici. Soit ma moitié-magique fait tout sauter en essayant de vous transformer en têtard ou autre créature effrayante dans le même genre. Je ne suis pas sûr d’avoir envie de rattraper ses sortilèges ratés.
L’assemblée, interloquée, ne réagit pas mais sur un geste de la reine, les gardes les encerclent.
- Nous avons raté notre révolution, une fois de plus ! D’accord, je sais, nous sommes condamnés au cachot et à l’exécution. D’ailleurs, à ce propos, j’espère que c’est plus propre et que la nourriture est meilleure que la dernière fois parce que ça laissait vraiment à désirer. dit Raya, les poings sur les hanches.
- Vous êtes tous condamnés à mort. Immédiatement. hurle la reine.
- Pas la peine de hurler. hurle Raya. Vous allez salir votre carrelage, je vous ferais remarquer. Le sang, ça tache.
- On les fige. murmure Andrea.
Quelques instants plus tard, tout le château est figé.
- Que fait-on ? demande Andrea en faisant les cent pas.
- Nous pourrions les jeter dans les douves. propose Raya.
- Ou les éparpiller dans tout le royaume victime d’amnésie. pense Rune à voix haute.
- En modifiant leur apparence physique pour qu’ils ne soient pas tués. complète Ambrelune.
- Tout le château ? A nous quatre ? interroge Andrea. Je vais faire appel à des sorciers de confiance.
Quelques minutes plus tard, une vingtaine de sorcier fait irruption dans la salle. Stupéfaits par ce qu’ils voient, ils mettent du temps à comprendre ce qu’Andrea leur propose. Après une discussion animée, ils décident de modifier l’apparence du roi et de la reine, de les soumettre à un sort d’amnésie puis de les transporter dans un pays voisin où ils reprendront leur vie. Ils sont d’accord avec le fait que les ministres et la cour sont tout aussi responsables que le roi et la reine mais ils estiment que c’est au peuple d’en juger.
- Génial, ça va faire plein d’exécutions qu’on me mettra sur le dos. L’effrayante Raya à l’origine d’une vague sanglante qui déferle sur le royaume. Et ma réputation de sauveuse alors ?
Les sorciers se regardent, elle n’a pas tort, les ministres et les personnages les plus en vue du royaume ne sont pas innocents, ils seront exécutés.
- On traite tout le monde de la même façon et vite. décrète le président de la H.U.M. avant de commencer à ensorceler les personnes figées.
- Je vous laisse travailler, je vais visiter. dit Raya avant de s’éclipser suivie d’Andrea, Rune et Ambrelune.
Ils visitent le château et ils dispersent dans les airs les pièces d’or contenus dans les coffres afin de les distribuer aux quatre coins du royaume. Ils savent que la Haute Université de Magie va s’accaparer les trésors du roi, ils préfèrent que le peuple en bénéficie avant qu’il ne soit trop tard. Ensuite, Raya emporte quelques volumes précieux de la bibliothèque puis elle décide de quitter les lieux, suivie par les trois autres sorciers.
- Ils se débrouilleront sans nous. dit la sorcière.



dimanche 4 juin 2017

Rune d'ambre Chapitre 18/30

  Deux semaines plus tard, alors qu’Ambrelune se promène dans la capitale, elle remarque que des avis sont placardés un peu partout. Avec angoisse, la sorcière s’approche, leur vol a été découvert et le roi a mis sur leur compte ce forfait. La jeune fille se raisonne, il ne peut pas savoir qu’ils sont responsables du vol qu’il vient sans nul doute tout juste de remarquer qui a entraîné des révoltes locales qui continuent un peu partout dans le pays. Elle revoit les pages des livres de comptes voler dans la nuit, elle se souvient de la nuit du vol puis elle frissonne. Elle resserre sa cape sur sa longue robe rose clair et presse le pas.

  Aussitôt rentrée, la jeune fille répand la nouvelle parmi la maisonnée.
- Ne t’inquiète donc pas ! dit Raya. Cela ne nous concerne pas.
- Je l’espère. Au fait, pourquoi Acédie II est-il toujours à l’état de têtard ?
- Parce que je lui ai jeté un sort pour qu’il reste ainsi. Pas volontairement mais ça a fonctionné…
A cet instant, Ambrelune se demande comment Raya ne s’est pas encore mortellement blessée en jetant un sort.

  Les semaines suivantes, le roi augmente de manière soudaine les impôts et il fait entretenir ses soldats par les habitants au prétexte qu’ils les protègent. Forcés de les loger et les nourrir, les sujets du roi commencent à se rebeller. La révolte gronde plus que jamais dans le pays mais le roi prétend que c’est avant tout une question de sécurité car de dangereux étrangers se sont introduits clandestinement dans le royaume.
Rune et Ambrelune en discutent de manière régulière, ils se sentent responsables de la situation.
- Nous sommes arrivés voici onze mois et rien de tout ça ne s’est produit avant, ces révoltes n’ont rien à voir avec nous !
- A moins que les personnes qui nous ont acclamées au début, voyant que nous ne faisons rien…
- Rune, tu voudrais dire qu’ils ont espéré que nous les sauvions ? Et qu’ils se révoltent de désespoir ?
- Je ne sais pas mais il n’y a pas eu de révolte depuis des années, nous a dit Raya.
- Nous devons faire quelque chose ! Allons voir le roi et tentons de parlementer. Peut-être qu’il nous renverra chez nous ? Il doit connaître la porte, tu ne crois pas ?
Aussitôt, les deux jeunes gens partent pour le palais, même s’ils sont conscients que ce n’est que pure folie.

  Après qu’ils se soient téléportés dans le château, ils cherchent la salle du trône dans les couloirs déserts. Ils ne se souviennent plus vraiment des lieux mais ils finissent par la retrouver. Dans la grande pièce aux hautes fenêtres, le roi siège, entouré de sa cour. Surpris, il se redresse en les voyant se téléporter dans la salle du trône, juste devant lui. Visiblement, les arrivants ont troublé une petite fête.
- Bonjour ! Je suis Ambrelune et voici Rune, mon ami et nous venons en paix de la Terre. Enfin, une autre dimension de la Terre. Hum, nous avons eu vent des désagréments causés par notre présence. Mais nous ne voulons qu’une seule chose, rentrer chez nous. Or la porte est fermée, nous voulions savoir si vous pouvez nous aider à l’ouvrir.
Le roi les regarde, intrigué par cette soudaine apparition. Les jeunes gens observent la cour restreinte, vêtue de vêtements colorés et brodés d’or ou d’argent. Autour d’eux, les personnes présentes chuchotent des mots qu’ils ne comprennent pas. Rune s’est perdu dans la contemplation du grand lustre de cristal quand la reine prend la parole.
- Vous êtes les étrangers de la prophétie ?
Engoncée dans ses multiples jupes multicolores, la femme replète aux cheveux gras réunis en un noir chignon serré autant qu’il est possible de le faire, les regarde d’un air mauvais.
- Nous ne croyons pas aux prophéties, ma reine, nous sommes entrés ici par erreur et nous voudrions en ressortir. répond Rune.
- Je vois.
- Et je tenais à vous informer du fait que votre peuple est malheureux, ma reine. Vous les effrayez. En temps normal, je veux dire. Vos soldats et vos gardes ne suivent pas toujours vos ordres et ils terrorisent la population.
- Ils obéissent à mes ordres, jeune homme. dit la reine d’une voix mielleuse mais implacable. Tuez-les !

  Rune et Ambrelune se regardent, ils hésitent à se téléporter mais ils décident de se battre pour montrer leur puissance. Alors que la robe de la reine commence à flamber sous l’effet d’un sort du jeune homme, ils affrontent les gardes massés autour d’eux. La reine pousse des cris inhumains en tentant d’éteindre le feu qui a du mal à prendre dans les plis de son lourd manteau noir. Sa robe noire et rouge se déchire lorsque le roi qui veut l’aider marche dessus au moment où elle s’écarte du trône. Tous deux finissent par tomber des marches et par se retrouver étendus par terre au pied des marches menant à leur trône. Les deux adolescents rient en voyant la scène mais ils ne voient pas un soldat les approcher.
Ils le repoussent d’un sortilège mais le soldat a eu le temps de les blesser à la main. Leur mission terminée, ils se téléportent aussitôt chez Raya.
  Raya à l’annonce de leurs actes ne peut s’empêcher de rire et de les sermonner, ils auraient dû la prévenir, elle regrette tellement d’avoir manqué cette scène. Soignés, les deux jeunes sorciers craignent les conséquences de leurs actes.

samedi 3 juin 2017

Rune d'ambre Chapitre 17/30


Durant deux mois, les deux adolescents vendent des tisanes au marché local. Ils achètent des plantes séchées puis créent de savant mélanges qu’ils goûtent pour s’assurer qu’ils ne sont pas dangereux et que le mélange est buvable. Peu à peu, leur gamme s’étoffe et ils se font connaître. Dotés d’une petite fortune, ils décident de mettre à bien leur projet : se rendre à la ville-commerçante de Kittery où tout se vend et tout s’achète. Bien sûr, ils versent une partie de leur bénéfice à Raya et Andrea qui les entretiennent depuis des mois. Surpris, ils commencent par refuser mais Raya décide d’organiser un bon repas pour fêter leur succès. Ainsi, tout le monde profitera de leur cadeau. Les deux jeunes sorciers acceptent ce compromis avec joie. 

  Malgré l’inquiétude de leurs amis, les deux jeunes gens ont décidé de se rendre seuls dans l’immense ville uniquement consacrée au commerce, la ville où tout s’achète et tout se vend. Ils sont adultes et ils tiennent à profiter de leur liberté. Raya et Andrea ont tenté de les faire changer d’avis mais face à leur détermination, ils se sont contentés de leur rappeler de rester prudents, ils sont toujours recherchés par les soldats du roi. De plus, malgré les mesures de sécurité, ils peuvent se faire voler ou attaquer, voire arnaquer. Et la magie ne peut pas résoudre tous les problèmes. Même si Raya leur rappelle qu’ils ne doivent pas hésiter à se venger de ceux qui leur voudraient du mal.

  Durant des heures, les deux amis déambulent dans les rues sous un soleil de plomb. Sous leurs yeux, des étals proposent des objets tous plus fascinants les uns que les autres et des odeurs inconnues leur chatouillent les narines. Ils déjeunent sur le pouce d’un assortiment de mets épicés qu’ils n’ont jamais goûté auparavant. Assis sur le rebord d’une fontaine, ils se reposent en déjeunant. En riant, ils inspectent chaque pièce et tentent de deviner les ingrédients qui ont servi à élaborer ce qu’ils mangent sans grand succès.
- Tu veux acheter quelque chose en particulier ? Il est déjà midi et nous n’avons plus beaucoup de temps avant de devoir envisager de rentrer.
- Ambrelune, peut-être pourrions-nous chercher un moyen de rentrer chez nous ? Si nous trouvons un indice ou une idée, ce sera ici.
- Trouvons le quartier dédié à la magie ! dit la jeune fille en se levant.
En courant, les deux amis se rapprochent du quartier où se côtoient toutes les formes de magie, ils grimacent devant les prix affichés sur quelques vitres mais ils commencent à explorer les lieux, le cœur débordant d’espoir.
Des maisons cossues se dressent devant eux, ils n’avaient pas remarqué jusque là combien la ville semblait riche. Les façades de pierre blanche sculptées de motifs ésotériques ou de créatures imaginaires se succèdent sous leurs yeux. Emerveillés, ils s’arrêtent souvent pour les détailler du regard.

  Après une rapide discussion, les deux adolescents décident de concentrer leurs recherches sur les librairies. Ils flânent longtemps mais lorsque vient l’heure de repartir, ils se regardent. Ils n’ont pas besoin de se parler, ils savent qu’ils cherchent quelque chose, ils ne sont pas venus ici par hasard. Ils regrettent de ne pas avoir passé plus de temps dans des boutiques plus généralistes qui auraient tout autant pu leur fournir des indices. Au détour d’une ruelle, ils s’arrêtent caresser un chat noir en riant gaiement.
- Arrêtez-vous !
Surpris, Rune et Ambrelune sursautent et se retournent. Des soldats du roi se dirigent vers eux en courant. Sans réfléchir, ils fuient à toutes jambes dans les rues où les passants se raréfient de plus en plus du fait de l’heure tardive. Un quart d’heure de course effrénée plus tard, ils s’arrêtent et un fou rire les prend.
- Nous avons couru comme des dératés et peut-être que nous n’étions même pas concernées. Comment pourraient-ils nous reconnaître ? Il est temps de rentrer. décide Ambrelune.
- Regarde !
La jeune fille tourne la tête et remarque une minuscule boutique qui s’apprête à fermer. Du coude, elle fait signe à son ami de se retourner. Il lui montrait une sculpture colorée représentant une sorcière bossue plutôt comique mais il l’oublie vite.
- Allons-y vite, la boutique va fermer. disent-ils d’une seule voix.

- Bonjour ! Avons-nous le temps de faire un tour rapide ? demande la sorcière avec son plus beau sourire.
La commerçante les détaille du regard et acquiesce en leur disant de faire vite, elle ferme bientôt sa boutique. Ses cheveux gris lui font une cape soyeuse qui ne masque pas tout à fait sa longue robe bleu nuit aux larges manches brodées. Penchée sur un livre de comptes, elle semble trop absorbée par ses calculs pour leur prêter vraiment attention.
- Qu’est-ce que tu cherches ? Ambrelune, tu m’écoutes ?
- Je ne sais pas, mais cherche avec moi, il y a bien une raison, quelque chose qui m’a poussée à entrer.
- Ton intuition ? Ou la curiosité ?
- Dépêche-toi plutôt de chercher !
Cinq minutes plus tard, ils n’ont rien trouvé mais la jeune sorcière est sûre d’elle.
- Nous reviendrons demain, ne t’inquiète
 pas. dit Rune en la tirant par sa cape.
- Là ! Près de la fenêtre !
Ambrelune soulève le rideau qui masquait presque ce qu’elle cherchait et la jeune sorcière prend prestement deux sacs rebondis. Elle s’avance vers le comptoir en regardant autour d’elle. Elle attrape rapidement un jeu de tarot avec des grenouilles pour Raya ainsi qu’une pierre polie de dream stone car elle est certaine qu’Andrea n’en possède pas.

  Peu après, ils ressortent de la boutique les bras chargés et se téléportent chez eux.
- J’ai des cadeaux pour tout le monde ! Sauf toi Acédie II. annonce la jeune sorcière.
Puis, elle se tourne vers Rune, un sourire triomphant aux lèvres en lui remettant un des sacs.
- Tiens, qui sait quelles réponses nous trouverons.
Intrigué, le jeune homme ouvre la bourse. Des runes d’ambre et d’améthystes polies emplissent sa main en une marée brillante.

vendredi 2 juin 2017

Rune d'ambre Chapitre 16/30

  Accoudée à la fenêtre, Ambrelune réfléchit.
- Dis-moi Raya, je repensais à la porte qui mène à notre monde, qu’est-ce que tu en sais au juste ?
- Qu’elle mène vers ailleurs. Et c’est tout.
- Comment pourrait-on en savoir plus ? Il doit bien y avoir des informations à glaner à ce sujet, non ?
- Oui, dans la bibliothèque royale ! Je ne vois pas qui pourrait détenir ce genre de données.
- C’est ce que je craignais.
  Plus tard, alors que tout le monde est réuni autour d’un thé fumant accompagné de tartines beurrées, Ambrelune expose son idée.
- La bibliothèque la mieux fournie se trouve dans le château, vous vous en doutez.
- Hors de question de s’y introduire comme la dernière fois ! s’insurge Rune.
- Tu veux entrer comment dans le château ? Tu sais que c’est difficile. lui rappelle Andrea.
- Nous devons tenter quelque chose, nous pourrions nous déguiser en ménestrels ou en conteurs. soupire la jeune fille.
Tous regardent Raya qui ne dit mot et ne lève pas le nez de sa tasse fumante. Elle finit par ne plus pouvoir faire mine d’ignorer les regards qui pèsent sur elle.
- Pourquoi pas ? Nous devons tenter quelque chose de toutes manières, non ? Sinon ces petits ne rentreront jamais chez eux !
  Une semaine plus tard, ils s’estiment prêts. Toute la semaine, ils ont appris quelques chansons et légendes qu’ils se sont entraînés à réciter. De plus, Ambrelune et Rune s’estiment capables de raconter des contes et légendes de leur monde.
Ils trouvent des vêtements colorés au marché et quelques heures plus tard, le groupe se présente à la porte du château en qualité de conteurs et ménestrels. Deux flûtes s’ajoutent à leur panoplie. Nerveux, ils espèrent que leur subterfuge ne sera pas découvert avant que tout le château soit endormi.
  Introduits dans la salle des banquets où tout le monde festoie, la petite troupe entame le premier chant qu’ils ont répété.
- Nous sommes ridicules. marmonne Raya entre ses dents avant de jeter un sort à la salle.
Tous les invités se figent.
- Bien, allons voir cette bibliothèque.
Quelques minutes plus tard, ils fouillent dans la pièce ouvrant et fermant des grimoires et des parchemins poussiéreux.
Après deux heures de recherche, ils tombent enfin sur ce qu’ils cherchent, ils apprennent que la porte supposée donner sur un autre monde peut s’ouvrir et se fermer comme n’importe quelle porte pour quiconque en trouvera la clé.
- La clé ? s’étonnent-ils.
- Pas un geste, ne bougez pas, vous êtes cernés !
Ils vont se téléporter quand Raya les arrête d’un geste.
- Nous nous rendons !
Incrédule, la petite troupe se laisse mener aux cachots. Mais ils font confiance à la sorcière qui les suit, le sourire aux lèvres.

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- Je me suis trompée dans mon sort, il n’a pas duré autant que prévu. Ne me regardez pas comme ça, ça arrive. râle Raya.
Enfermés dans un cachot obscur, ils attendent que quelqu’un vienne les chercher. Ils discutent et observent le paysage qu’ils voient par la fenêtre. Taquins, ils se plaignent auprès des gardes de la mauvaise qualité de la nourriture et de la propreté de leur chambre.
  Les heures s’écoulent et ils commencent à se sentir mal à l’aise. Pour passer le temps, ils ont fait apparaître un goûter avec du thé fumant et des muffins aux myrtilles. Assis en rond sur le sol de la cellule, ils devisent gaiement.
- Nous aurions pu fuir sans ton intervention, Raya. râle Ambrelune.
- Quelle bande de rabat-joie, je voulais m’amuser un peu. On vient nous chercher, ça va devenir intéressant, dit la sorcière en battant des mains.
Emmenés dans la salle du trône, ils sont questionnés sur la raison de leur présence en ces lieux.
- Nous voulions visiter. Après tout, ce palais appartient au peuple. dit Raya. Bon, ça manque un peu de décoration sympathique, c’est un peu austère. Vous pourriez peut-être mettre du papier peint, un motif moderne pour égayer tout ça.
- Vous avez volé quelque chose lors de votre dernière visite, n’est-ce pas ?
- Je ne vois pas quoi… commence Rune.
- Dans la bibliothèque, peut-être ? demande le juge, austère et sévère enveloppé dans sa grande cape rouge, il disparaît presque parmi le velours brodé au fil d’argent. Ses longs cheveux blancs forment une deuxième cape sur ses épaules.
- Pourquoi faire ? répond Raya.
- Voler de précieux grimoires ?
- Nous en avons plein la maison, qu’en ferions-nous ?
- Bon, je commence à en avoir assez. reprend le juge. Je vous condamne à mort.
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Midi sonne lorsqu’ils quittent la salle d’audience d’un air solennel. Ils se dirigent vers l’échafaud d’un air sérieux mais aussitôt alignés au sommet, ils se regardent les uns les autres, saluent puis disparaissent devant la foule qui les applaudit.
  De retour au domicile de Raya et Andrea, ils ne peuvent retenir leur fou rire.
- Raya, tu as été magistrale ! s’étouffe de rire Andrea.
- Je sais, têtard. dit Raya en faisant apparaître un repas fumant qui semble à peine comestible.
- Tu aurais pu nous faire tuer ! s’énerve Ambrelune, les poings sur les hanches.
- Je vous ai sauvés et nous avons ce que nous sommes venus chercher. Cette nuit, j’ai quitté le cachot pour prendre le livre que vous vouliez tant lire.
- Merci. disent les deux adolescents qui la prennent dans leur bras.

jeudi 1 juin 2017

Rune d'ambre Chapitre 15/30


  Après avoir fui les lieux pour rejoindre la maison de Raya et Andrea, Rune est envoyé d’office dormir après un solide repas et un examen minutieux.

   Le lendemain matin, Raya veut leur faire une surprise et elle les emmène tous dans le désert de Myorina pour se changer les idées. Durant leur téléportation, Raya commence à leur expliquer que ce désert est composé pour moitié de sable et pour l’autre de pierres. La chaleur les écrase mais ils marchent tant qu’ils le peuvent. Le sable s’étend à perte de vue sous le ciel pur puis soudainement, il se transforme en une large étendue couverte de pierres. Emerveillés, les deux adolescents qui n’ont jamais vu de désert s’arrêtent pour observer le paysage.
- Faites attention aux scorpions ! glapit soudain Raya en écrasant l’insecte. Ils grouillent partout dans les environs. Bon, cherchons un endroit où pique-niquer.
Dans une oasis, ils se reposent à l’ombre des palmiers et les adolescents regardent autour d’eux pour s’assurer qu’aucun scorpion ne se trouve dans les parages. Quelque peu rassurés, ils mangent avant d’aller se tremper les pieds dans l’eau fraîche. Autour d’eux, le sable ondule et s’étend comme une mer dorée. L’heure matinale n’a pas encore laissé le temps au soleil de brûler le désert et la petite troupe profite de ce petit-déjeuner improvisé qu’ils doivent rapidement écourter car la chaleur commence à devenir insupportable.

   En rentrant de leur escapade, Ambrelune a besoin d’être seule. Alors que chacun vaque à ses occupations dans la maison de Raya, elle décide de sortir après avoir joué un moment avec Acédie II. La jeune fille marche longtemps puis elle commence à gravir la montagne sans s’en rendre compte. Ce n’est qu’une fois qu’elle s’arrête, fatiguée et essoufflée qu’elle se rend compte du chemin parcouru. Elle regarde derrière elle puis se délecte de la vision du lagon.
- Bonjour, jeune fille !
Ambrelune se retourne et se trouve nez à nez avec une magnifique jeune femme en robe rouge. Grande et belle, ses yeux verts et ses longs cheveux châtains qui ondulent légèrement contrastent avec sa peau dorée. Vêtue d’une longue robe rouge ornée de perles et de rubans, elle semble sortir d’un bal à la cour. Son maquillage parfait met sa beauté en valeur et fait ressortir la douceur de ses traits.
- Je suis Garance, la fée rouge, j’ai pour mission de sauver les jeunes filles en détresse.
- Comment pourrais-tu m’aider ?
- Dis-moi quel est ton problème et je verrais ce que je peux faire ! répond la fée en s’approchant avec un sourire.
- J’ai seulement besoin de réfléchir.
- Laisse-moi apaiser les tourments de ton cœur, mon enfant.
- Vous pourriez faire cela ?
- Bien sûr, si tu me fais confiance…
Ambrelune la regarde dans les yeux. Elle hésite mais une lueur au fond dans le regard de son interlocutrice l’intrigue, elle semble attacher beaucoup d’importance à sa mission.
- Merci, c’est très gentil de ta part mais je me débrouillerai seule. répond Ambrelune en se détournant.
Elle ne voit pas la fée faire une moue dépitée puis son regard s’illuminer d’un éclat cruel. Garance la rouge attrape sa proie par l’épaule et la fait pivoter.
- Ne me touche pas, qu’est-ce que tu veux ?
- Dévorer ton cœur encore palpitant. Oh, il bat plus vite dans son agonie ?
La fée s’approche et tend la main vers la poitrine de la jeune fille. Avec un soupir, Ambrelune rejette la fée au loin d’un sort qu’elle maîtrise parfaitement avant de se transporter chez Raya. Encore sous le choc, elle raconte sa mésaventure à ses amis et elle se questionne, la fée rouge voulait-elle prolonger sa vie ou préserver sa jeunesse ?
- Tu as bien réagi. commence Raya. Il faut toujours se méfier dans ce pays, on ne sait jamais quelle créature se promène dans les parages. Avant l’arrivée du roi et de la reine, les choses ne se passaient pas ainsi mais de nos jours, il faut rester sur ses gardes.
- J’ai eu la chance de la prendre par surprise. Dans le monde d’où je viens, on ne croise pas ce genre de créature à chaque coin de rue. Je sens encore son parfum de rose. Si je recroise cette horreur, elle va passer un mauvais quart d’heure.

Nanowrimo Novembre 2016: Le miroir venu d'outre-monde

   L'autre jour, dans le grenier, j'ai trouvé un journal datant de la fin de l'avant-dernier siècle. Au début du XIXème siècle, donc, vivait dans cette maison, une famille avec deux enfants : Elise et Robin. Un jour que leurs parents étaient absents et la gouvernante occupée à ranger leur chambre, ils montèrent discrètement au grenier, lieu qui leur était interdit. Là, ils se trouvèrent face à un miroir. La psyché oblongue au cadre de bois sculpté de roses et de feuilles était bien plus haute qu'eux. Le reflet qu'elle leur renvoyait était étrange, ils semblaient vaporeux dans le miroir. Intrigués, ils s'approchèrent et se regardèrent avec plus d'intensité : oui, ils semblaient éthérés, évanescents dans le reflet du miroir.
L'heure du goûter sonna la fin de la tentative d'explication de ce mystère. Elise, treize ans nota toutefois l'incident dans son journal intime.
  Le lendemain, la jeune adolescente revint dans le grenier en milieu d'après-midi avec Robin qui avait fêté ce jour-là ses dix ans. Il avait été vexé que la mère d'un de ses amis qu'il avait invité à ce goûter d'anniversaire qui fut fort joyeux, l'appelle Robin prononcé à l'anglaise. Il aimait son prénom et à cette époque, les gens le prononçaient généralement correctement, à la française. Ils examinèrent de nouveau leur reflet dans le miroir qui semblait plus évanescent que la veille. Intrigués, ils se mirèrent dedans de longues minutes sans rien trouver de particulier. Ils finirent par inspecter le miroir et ils virent au dos, la signature du fabricant : « Armand TITEUGO, Rosetual, OUTRE-MONDE. A.1884. ». Elise ne comprenait pas comment ce miroir pouvait avoir été fabriqué dans le futur et puis elle ne connaissait pas de pays appellé Outre-Monde ou une ville nommée Rosetual.

  Le lendemain de cette découverte, Elise remonta seule au grenier et elle vit que son reflet dans le miroir laissait entrevoir une ville, son désir d'y pénétrer fut si fort qu'elle tenta d'appuyer à sa surface sans succès. Son reflet pâlit un peu plus sur la surface du miroir mais elle pensa que c'était l'éclairage qui faisait cela.
  La nuit venue, brûlant de curiosité, elle remonta au grenier et resta toute la nuit à le contempler à la lueur d'une bougie. A l'aube, son reflet était à peine visible dans le miroir. Elle le consigna dans son journal intime tout comme le fait que sa mère la trouva pâle ce jour-là mais elle sse sentait en forme, pourtant.

  La nuit suivante, elle retourna examiner son reflet dans le miroir, on le discernait à peine nota-t'elle dans son journal. Au matin, on trouva seulement le journal, une plume et un encrier au pied du miroir, on ne revit jamais Elise. Dans le journal, les dernières phrases étaient : « Ils me disent que pour peupler la ville comme ils sont tous stériles, ils doivent attirer des humains, les plus jeunes possibles pour qu'ils vivent le plus longtemps possible. Ils ne veulent pas être seuls dans le pays d'Outre-monde. Alors, ils ont créé ces miroirs pour que les humains attirés par la curiosité passent le portail entre le monde des humains et le pays d'Outre-monde qu'ils ne peuvent quitter. Ils disent que l'on est heureux là-bas, on ne manque de rien, personne n'est pauvre ou n'a faim, personne n'a besoin de travailler car la magie nous permet d'avoir tout ce que l'on désire. Il n'y a donc ni envie, ni méchanceté. Tout le monde y est heureux. ». D'après mes recherches, la famille a déménagé peu après.

  J'ai fouillé le grenier, j'ai trouvé le miroir. Recouvert d'un drap, il était dans un coin sombre du grenier, oublié de tous et couvert d'une épaisse couche de poussière...