samedi 17 juin 2017

Attraction atomique

- Non mais c'est une blague ? Tu me fais marcher !
Dimitri la regarde par-dessus ses fines lunettes ; les cheveux en bataille, le biologiste relit les feuillets qu'il tient du bout des doigts comme s'ils allaient les lui mordre.
- Bon. Pour répondre à ta question, non, a priori et pour autant que j'en sache, si je me base sur mon expérience et mes connaissances, ce n'est pas possible. Mais c'est toi le chimiste, c'est donc à toi de me donner la réponse, non ?
- Virginie, tu sais que si j'avais la réponse, je n'aurais pas fait deux heures de métro pour venir te voir. Tu es ma meilleure amie et une biologiste émérite. Écoute, le patient, appelons-le Monsieur P. ; P comme patient, bref...  Il est entré au C.H.U. pour des douleurs et des sensations de cause inconnue : difficulté à respirer, peau qui semble se tendre. Après analyse par l'équipe du laboratoire de l'hôpital universitaire, il s'est avéré que ses cellules s'agglutinent entre elles sans raison apparente. Une fois accrochées les unes aux autres, elles continuent à fonctionner normalement durant un certain temps. Mais elles continuent à se rapprocher  jusqu'à se trouver compressées et s'effondrent les unes sur les autres. Ses cellules s'écrasent les unes sur les autres, tu comprends ?
- Une nouvelle forme d'apoptose, de mort cellulaire ? Ou de cancer ?
-  Non, l'apoptose est causée par un arrêt des divisions cellulaires et le cancer est une multiplication anarchique des cellules. C'est totalement différent, elles se regroupent et s'accrochent entre elles.
- Dimitri, il faut sauver ce patient. Et mieux comprendre ce phénomène unique en son genre.

 Le lendemain, nos deux amis se rendent au C.H.U. pour rencontrer le patient et son médecin. Le médecin les reçoit aussitôt dans une salle de réunion. Durant une heure, il leur explique le cas qui les intéresse : le patient avait consulté son médecin traitant pour des nausées, des vertiges et des tiraillements au niveau de la peau et du cuir chevelu. Des analyses avaient révélé des cellules collées entre elles, serrées les unes contre les autres. C'est pourquoi, son médecin le lui avait envoyé, il craignait une nouvelle forme de cancer et ne savait pas du tout comment traiter le phénomène ni vers qui l'envoyer. Il avait pensé à un cancérologue mais le cas lui semblait trop complexe. Les cellules de ce monsieur risquent de s'effondrer sur elles-même et de causer la mort du patient. Mais ils ne peuvent expliquer le phénomène.

  Un peu plus tard, Virginie et Dimitri rencontrent le patient ; il lisait un livre dans sa chambre d'hôpital quand ils frappent à sa porte. Bien qu'un peu pâle, il semble en parfaite santé. L'homme entre deux âges leur raconte son histoire : depuis quelques temps, il était fatigué mais il mettait ce phénomène sur le compte de l'hiver. Puis, il avait souffert de douleurs dans tout le corps, parfois, il respirait difficilement, sa peau paraissait desséchée et tendue, il était continuellement fatigué. Au début, il avait mis ces désagréments sur le compte de l'hiver froid et qui n'en finissait pas ainsi que sur le manque de soleil et de vitamines. Mais l'arrivée du printemps n'avait rien changé.
- Donc vous souffrez de ces désagréments depuis plus de trois mois ?, s'étonne Virginie en prenant des notes sur un calepin.
- Oui, j'ai mis du temps à consulter mais je ne me suis pas inquiété non plus, au départ. Vous pensez pouvoir m'aider ?
- Honnêtement, je l'ignore. On essaie de comprendre pour l'instant ; ensuite, viendra le temps de trouver un remède. D'ailleurs, on vous a donné quoi comme traitement, demande-t'elle en prenant le sachet contenant les médicaments, posé sur la table.
- Des vitamines, des oligo-éléments et c'est tout pour l'instant. On m'a parlé de chimiothérapie mais ils veulent s'assurer que c'est bien un cancer avant de l'envisager.
- Je vois ; en fait, vous n'avez pas été traité depuis le début du phénomène. Donc, on ne sait pas ce qui marche ou pas, enchaîna Dimitri en jouant avec son stylo. Bien, je crois qu'on va vous laisser. On vous tiendra au courant s'il y a du nouveau.
 
Dans le couloir, ils se concertent ; le temps leur est compté s'ils veulent espérer sauver la vie de ce patient. Des antibiotiques ou une chimiothérapie seraient sans doute inefficaces pour traiter ce phénomène. On pouvait envisager une thérapie génique si on trouvait la cause du problème.
- Je veux dire que si ce phénomène résulte d'une anomalie génétique, on pourrait peut-être le traiter., reprit Virginie. On va commencer par demander une analyse ADN.
Quelques jours plus tard, les résultats tombent, le patient souffre bien d'une anomalie génétique. Lors de la division cellulaire, une portion essentielle du brin d'ADN s'est mal répliquée. Depuis l'anomalie se transmet aux cellules adjacentes au gré des aléas des divisions cellulaires. Il reste à trouver le bon protocole pour gagner l'anomalie génétique de vitesse avant qu'elle ne dérègle un organe vital et cause le décès du patient.
Dès le lendemain, une équipe de scientifiques travaille jour et nuit sur la question, des spécialistes de la France entière apportent leur aide, leurs connaissances et leur matériel. Des échantillons voyagent à travers le pays tout entier pour percer le mystère de cette double hélice.
Dix jours plus tard, alors que le patient est de plus en plus faible, les résultats commencent à tomber avec la même rengaine : le cas est intéressant, le biologiste qui trouvera le remède pourrait bien gagner un prix Nobel mais pour le moment, on cherche et trouver le remède et le bon protocole prendra du temps. Virginie les presse, le patient est au plus mal, ils doivent faire vite !
Les médecins décident d'enchaîner les examens pour ne rien laisser passer : ils optent pour une angioscopie et  une scintigraphie pour s'assurer de la bonne vascularisation globale du corps, plus  un scanner. Ces examens ne révèlent rien d'intéressant.
- Bonjour, je suis désolée mais pour le moment nous avons fait tout ce qui est en notre pouvoir, dit Virginie. Assise auprès du lit du patient qui la regardait avec espoir, il y a un instant, elle s'émeut. N'y a-t'il dont rien à tenter pour le sauver ? L'intérêt est retombé, faute de découverte, il ne reste qu'elle et Dimitri pour le sauver. Le malade détourne le regard, il a compris, il est condamné et il lui fait signe de sortir après l'avoir remerciée. Alors qu'elle vient de refermer la porte le cœur lourd, la main de la jeune femme se crispe sur la poignée. Elle quitte l'hôpital en courant.
- Dim', il faut que je te vois tout de suite, tu es disponible ? Parfait, je te retrouve à la cafétéria de l'hôpital.
Quelques minutes plus tard, ils sont attablés dans la cafétéria déserte, un mauvais café fumant à la main. Ils parlent à voix basse à la recherche d'une solution pour traiter le phénomène. Ils savent qu'une anomalie génétique est à l'origine de la dégénérescence cellulaire du patient. Dimitri a fait des fiches cartonnées avec les hypothèses qu'ils ont explorées et d'autres pistes éventuelles. Il est toujours méticuleux et scientifique tandis que Virginie garde tout en tête.
- On fait fausse route depuis le début. La jeune femme vient de poser son café sur la table d'un geste brusque. Ce n'est pas un cancer, c'est une maladie auto-immune !
- J'y avais pensé également, dit Dimitri. Attends, je cherche la fiche. Elle est là, ça pourrait coller. Ou... c'est une maladie auto-immune au niveau atomique. Je t'explique : les atomes qui constituent les cellules s'agglutinent les uns aux autres, c'est ce qu'on a observé. Les cellules immunitaires ont reconnu la modification de la nature de la cellule qui s'effondre peu à peu sur elle-même et l'attaquent ce qui rend notre patient malade, associé à la dégénérescence de ses cellules .
- Ce qui n'explique pas pourquoi les atomes s'attirent les uns les autres. Ils s'attirent naturellement, c'est une histoire d'électrons, je crois. Or les réactions d'oxydo-réduction jouent sur les liaisons entre les atomes. On va lui faire respirer un peu trop d'oxygène afin d'affoler ses cellules et les réorganiser.

  Dès le lendemain matin, le patient est placé en chambre stérile sous oxygène. L'air est peu à peu saturé d'oxygène pour « affoler » les cellules. Inquiète, tout l'équipe médicale est présente ; anxieuse, elle attend la suite des événements. L'état du patient est tellement dégradé que c'est certainement son ultime chance de s'en sortir. Le taux d'oxygène dans l'air devient dangereux mais l'équipe décide de poursuivre l'expérience, c'est sa seule chance. En hyperoxie, le patient montre des signes de faiblesse mais les scientifiques décident à l'unanimité de continuer d'affoler les cellules. De toutes manières, il est condamné à court terme.
- Score de Glasgow ? demande Virginie. Attendez, ouvrez les yeux, Monsieur. Passez-moi une aiguille stérile. Merci, c'est bon, il les ouvre à la douleur, deux. Répondez-moi ! Réponse incompréhensible, deux. Extension à la douleur, deux. Ce qui nous fait un score de six, coma. On l'emmène au service de réanimation, vite. Appelez-les et faites le nécessaire dans l'immédiat.
Quelques heures plus tard, le patient ouvre les yeux. Les analyses ont révélé qu'il est tiré d'affaire, il en pleura et remercia toute l'équipe. Une revue scientifique s'intéresse au malade et un article sera bientôt publié sur cette nouvelle maladie et son traitement innovant.
- Merci docteur !
- C'est mon amie Virginie qu'il faut remercier, sans elle, vous ne seriez pas là.
- Merci à vous deux. Pourtant, je ne me sentais pas du tout d'atomes crochus avec vous mais j'ai eu raison de vous faire confiance.

vendredi 16 juin 2017

Rune d'ambre Chapitre 30/30

  Devant la porte-tableau où la toile du descendant de Falba Slikar a été installée, les deux jeunes gens font leurs adieux. Ils donnent à leurs amis une note et un plan pour se rendre chez eux s’ils peuvent passer la porte pour leur rendre visite.
 
  Munis de leurs affaires, ils se tiennent devant la porte-tableau et main dans la main, ils s’avancent. Ils versent une goutte de sang sur le sol et bientôt, ils passent la porte. Ils ont payé le prix pour traverser les mondes.
- Où sommes-nous ? souffle Ambrelune.
- Dans un placard, je crois. dit Rune.
- Nous sommes derrière la toile ? Chut, j’entends du bruit.
Ambrelune fait apparaître une faible lueur ce qui manque de faire pousser un cri à son ami. Elle lui fait signe de se taire et elle recherche les inscriptions à la craie, ils sont derrière le tableau au château. Ils cherchent comment sortir et ils suivent le mur. Rapidement, ils sortent dans un placard sombre. Avec prudence, ils sortent leur sac à la main. Ils se glissent dans la foule et ils cherchent la sortie quand Ambrelune tire Rune par la manche. Elle lui montre du doigt La jeune fille à la rose de Falba Slikar.
- Je rêve. murmure le jeune homme.
- Je ne crois pas, elle était là depuis le début. Brumance Trëndafil de Nichi. Qu’elle était belle ! Tu crois qu’elle a vécu dans notre monde ?
- Je crois plutôt que le peintre vendait ses toiles dans ce monde car il en pouvait plus le faire en Berethiel-Nienor à cause de sa réputation hasardeuse.
- C’est tout à fait plausible. dit Ambrelune en détaillant la jeune fille. Peut-être qu’elle a vécu dans notre monde, dans cette ville !
- Sans doute. Rentrons chez nous. 
- Tu crois que nous avons toujours nos tatouages ? dit Ambrelune en sortant du musée. En tous cas, nos vêtements et nos grimoires sont toujours là.
- Oui, tu as toujours ton tatouage ! dit le jeune homme après une discrète vérification.
Les yeux ronds, Ambrelune se retourne.
- Nous n’avons donc pas rêvé ? Mes parents vont me tuer !
- Ils vont te tuer si tu es en retard, le musée va fermer.
 
–—

- Quelle journée ! dit Rune en riant alors qu’ils quittent le musée.
- Elle a été très longue ; près de treize mois si mes calculs sont bons.
- Je crois qu’ils le sont.
Puis il se penche à son oreille pour lui murmurer :
- Si nous trouvions un endroit discret ? Je meurs d’envie de faire la même chose que toi.
- Dépêchons-nous alors, je connais un café où nous serons tranquilles.
 
Peu après, assis dans l’alcôve d’un vieux café, ils cherchent quel sort serait discret et sans danger. Après réflexion, ils tentent tous deux de faire onduler la surface de leur chocolat au lait. Bientôt, une tempête se déclare dans leurs tasses et ils se sourient, heureux de voir que leurs pouvoirs sont intacts.
Ils parlent longuement de leur voyage, nostalgiques et ils s’interrogent sur la façon dont ils vont pouvoir reprendre leur vie après tout ça.
- Je ne peux pas débarquer avec un sac empli de vêtements et de livres, plus un poignard. Mes parents vont se poser des questions. Et j’étais allé acheter une bande dessinée ! Je dois passer à la librairie.
Aussitôt leur chocolat chaud avalé, ils se rendent à la librairie puis ils cherchent un sortilège qui leur permette de cacher leurs objets venus d’ailleurs. Assis dans un parc, ils s’interrogent.
- Les rendre invisibles ? Ou les miniaturiser ? propose Rune.
- Ou nous enchantons nos porte-monnaie pour ne pas avoir à nous en séparer. répond Ambrelune en se levant. Je sais où acheter des porte-monnaie assez grand.
Leurs emplettes faites, ils se décident à rentrer chez eux.
- On ne peut pas se téléporter, je te le rappelle. chuchote Ambrelune.
- Nous allons devoir marcher ? J’avais oublié ce détail… Tu habites loin d’ici ?
- Oui, mon bus arrive. On se revoit bientôt, promis ?
- Promis. Raya et Andrea vont me manquer.
-  A moi aussi, mais nous irons bientôt les voir.
 
  Lorsque les deux adolescents passent la porte de chez eux, ils croisent un miroir et ils songent qu’ils ont grandi. Leurs parents les prennent dans leurs bras en pleurant.
- Où étais-tu donc ? Nous te cherchons depuis treize mois ! Tu vas bien ? 
Les yeux écarquillés, ils ouvrent la bouche en même temps et tous deux feignent l’amnésie. Ils subissent des examens médicaux qui révèlent que tout est normal. Lorsqu’ils se revoient enfin, ils sont surpris de voir que la réaction de leurs parents est identique.
- Je pensais que le temps se serait écoulé différemment. Or, il n’en est rien. Treize mois, nous sommes partis treize mois. dit Rune en tapant dans un caillou.
- Et nous avons un an de retard à l’école !
- Tu as toujours les runes ? Je crois que notre voie se trouve ailleurs. Dans un autre monde. chuchote-t’il.
- Tu crois ? s’étonne Ambrelune. Mais nos familles ?
- Après ce que nous avons vécu, tu te vois reprendre l’école, te faire traiter comme un bébé par tes parents ? Je pense retourner là-bas et entamer une carrière de magicien.
- Si le passage s’ouvre de nouveau. Ou si nous parvenons à en créer un nouveau.
- Nous pouvons y aller de nuit.
- Tu oublies les caméras, Rune.
- Ou nous devons trouver une autre porte-tableau. Ou en faire créer une.
- Qui irait de chez nous à chez Raya et Andrea ? dit Ambrelune, songeuse. Ce serait la meilleure chose à faire.
 

jeudi 15 juin 2017

Rune d'ambre Chapitre 29/30

 Une nuit, Rune et Ambrelune se réveillent en sursaut.
- Nous avons rêvé la même chose ? dit Rune.
- Du sang ?
Dans le noir, il acquiesce et les deux jeunes gens préparent leurs affaires. Ils réveillent Raya et Andrea puis ils se téléportent chez le descendant du peintre qu’ils réveillent en sursaut. Il hurle devant cette apparition mais il les reconnaît rapidement.
- Vous avez trouvé ?
- Nous pensons qu’il y a un prix à payer pour passer la porte. dit Rune
- Mais pourquoi ?
- Parce que c’est toujours comme ça que les choses se passent dans les histoires. répond Ambrelune.

Nanowrimo Novembre 2016: Poerava

Autrefois, il y a bien longtemps sur un motu polynésien vivait une jeune fille solitaire. Elle ne savait pas d'où elle venait ni n'avait de souvenir de son passé avant son arrivée sur le motu, elle ignorait jusqu'à son nom. A son réveil, ce matin-là, elle avait trouvé une pirogue sur le sable avec des provisions, des armes et du matériel. Elle savait chasser, faire du feu, pêcher et manier sa pirogue. Elle savait comment survivre, c'était l'essentiel. 

Une nuit assise seule face à l'océan, solitaire sous la pleine lune, elle chanta et dans son chant demandait d'où elle venait. Sa plainte était déchirante et emplissait les cieux. Une huître énorme surgit devant elle et une voix se fit entendre dans sa tête : J'ai avalé quelque chose qui m'a démangé et j'ai fabriqué une perle. Un jour, je l'ai recrachée et elle a grossi, grossi, grossi jusqu'à te donner naissance. Alors, j'ai demandé aux flots de t'emporter jusqu'à la plage. Poerava, tu es ma fille, ma chair mais nous devons rester séparées à jamais.

La jeune fille demanda où vivait l'huître dans le lagon et elle lui rendit fréquemment visite par la suite. Née de la mer, elle passait le plus clair de son temps dans le lagon, l'élément dans lequel elle se sentait le plus à l'aise.

Poe rava : perle noire en polynésien
Motu : ilôt

mercredi 14 juin 2017

Rune d'ambre Chapitre 28/30

«  Mes amis,
Le tableau est terminé, j’ai apporté les retouches que vous m’aviez signalées. J’espère que vous avez trouvé le sortilège que vous cherchiez.
Amicalement,
Loris Slikar »
Dès qu’ils reçoivent le message, ils se rendent dans la maison du peintre qui se montre ravi et un peu triste de les revoir. Il ne perd pas de temps et il les emmène immédiatement dans son atelier.
- Voici l’œuvre ! Vous me direz s’il reste des retouches à effectuer.
Fier de lui, Loris leur dévoile son chef d’œuvre. Rune et Ambrelune s’approchent, ils inspectent la toile à la recherche d’imperfections ou d’erreur mais ils ne remarquent rien. Le musée se trouve sous leurs yeux comme s’ils venaient de le quitter. Mais rien ne se passe, le tableau ne les aspire pas, ce n’est qu’un tableau ordinaire.
- Emmenons la toile à la porte-tableau ! décide Raya, un peu émue.
Après quelques heures de marche, ils sont devant la fameuse porte. Ils mettent le tableau en place et ils reculent, pleins d’espoir. Les minutes passent, ils commencent à avoir peur, peur de ne jamais rentrer chez eux. Les larmes aux yeux, ils reprennent le tableau puis repartent chez eux.
- Tu as réalisé un chef d’œuvre, Loris.
- Mais je ne suis pas doué en toile enchantée, je suis désolé, j’ai fait de mon mieux, Rune. Andrea, peut-être que tu pourrais faire quelque chose ?
Andrea s’approche de la toile et il tente divers enchantements qui ne fonctionnent pas. Les heures passent et ils finissent par abandonner, la mort dans l’âme.
- Vous seriez partis sans dire au revoir ? leur demande Raya alors qu’ils abandonnent.
- Nous sommes désolés, nous sommes tellement impatients de rentrer chez nous mais si tristes de devoir vous quitter à la fois. dire Ambrelune pour réconforter la sorcière.
Le sorcier aux cheveux vert émeraude passe la nuit devant la toile, il sent qu’elle a un pouvoir caché mais il ne semble pas activé pour une raison qu’il ne parvient pas à définir. Epuisé, il s’endort devant la toile.
Au petit matin, il leur soumet son idée, il propose d’aller voir La jeune fille à la rose pour tenter de découvrir la clé qui ouvre le passage.

  Ils rejoignent Nichi et la demeure familiale des Trëndafil. Devant la toile, ils tentent d’en savoir plus sur la jeune fille blonde en robe rose qui semble perdue dans ses pensées.
- Elle et ce peintre ont sali notre famille. La petite a disparu par enchantement et ce maudit peintre n’y est pas étranger, soyez-en certains. Même si nous ne pouvons rien prouver.
- Pouvons-nous voir la toile? demande Andrea avec son sourire le plus charmeur.
- Bien évidemment, leur dit la femme.
  Durant des heures, ils inspectent la toile pour tenter de retrouver la trace du sortilège dont elle a été imprégnée.
- Est-il possible que votre sortilège ne soit pas correct? demande Rune à Raya et Andrea.
- Non, il est correct. Il n’a pas de raison de ne pas fonctionner.
- Donc ce n’est pas le bon moment ou nous avons une tâche à accomplir avant de repartir.
- Mais quelle tâche? Quel moment?
- La pleine lune? Une période précise après notre arrivée?

mardi 13 juin 2017

Rune d'ambre Chapitre 27/30

  La porte reste close. De rage, ils n’aspirent qu’à la solitude et après concertation, ils se téléportent dans la cabane abandonnée de la chaîne des Elondianes où ils ont séjourné, il y a bien longtemps. Dans la petite maison de bois, ils laissent leur frustration les submerger.
- Où ce maudit peintre a-t’il bien pu apprendre ces techniques ? Nous n’avons rien trouvé dans les livres que nous avons consulté. s’énerve Ambrelune.
- Ne pleure pas, nous avons dû manquer quelque chose. Comment ce peintre est-il parvenu à ouvrir une porte entre les mondes ? Il se dit qu’il a peint des mondes qu’il a vus en rêve et qui sait, peut-être y est-il allé ? Peut-être que si nous tentions de recréer notre monde, nous pourrions rentrer ?
- Tu sais peindre, toi ? demande la jeune fille.
- Non mais nous pouvons essayer de le faire et d’enchanter la toile.
- Rentrons !

  De retour dans la capitale, les deux jeunes gens achètent une toile vierge et de la peinture avant de se rendre à Fulvia près de la maison du descendant du peintre. Surpris de les trouver à sa porte, le jeune homme leur ouvre aussitôt son atelier. Il leur explique sommairement comment préparer les couleurs, utiliser les pinceaux et créer les dessins préparatoires.
- Tu crois que si c’est mal dessiné, ça marchera ? chuchote Rune.
- Nous devons poser sur la toile la vie elle-même, je pense que le reste n’a pas d’importance. répond Ambrelune qui réfléchit à la meilleure façon de procéder.
Le peintre les laisse faire, il surveille leur travail et il corrige leurs esquisses. Les deux jeunes gens s’arrêtent souvent pour débattre sur un point précis, leur mémoire s’estompe, ils doutent et ils discutent parfois longtemps avant de parvenir à se mettre d’accord. Lentement, le musée se dessine comme s’ils étaient dos au tableau. Mais ils ne se souviennent que de quelques détails comme les colonnes ou la statue. Ils tentent également de représenter le tableau qui les a aspirés à lui.
- Bien, je vais m’essayer à peindre ceci au mieux. Revenez dans un mois.
- Un mois ? Mais Loris, c’est trop long !
- Je sais, Ambrelune mais je ne peux créer deux toiles en un mois en temps normal. Je vais travailler jour et nuit en laissant tout le reste de côté pour tenter de les finir au plus vite sur un petit format
- Je sais, merci. Nous continuerons nos investigations de notre côté.

  Les semaines suivantes se passent en recherches sur le peintre ou la magie qu’il a pu utiliser et un rapide tour du royaume. Bien que Rune et Ambrelune connaissent le pays, ils veulent en emporter le plus de souvenirs possible qu’ils rangent précieusement dans leur sac. Ils passent également beaucoup de temps avec Raya et Andrea qui s’intéressent de près à leur recherche. Il ne leur semble pas impossible d’enchanter une toile pour en faire un passage vers un autre monde, seulement très difficile. Par l’intermédiaire du roi et de la reine, ils rencontrent les plus grands sorciers du royaume qui leur assurent tous que s’il est possible d’enchanter une toile pour la masquer ou créer une illusion, il leur semble impossible d’en faire une porte sur un autre monde et encore moins de la franchir. Ils rient à l’évocation du peintre fou qui ne peut avoir passé la porte. Ils estiment que la jeune fille à la rose de Falba Slikar n’est qu’une légende de plus. Certes, ce tableau est très réaliste et le peintre s’est certainement fait payer fort cher cette toile mais la jeune fille a dû s’en servir comme prétexte pour fuir le domicile familial. Et le peintre en a fait une légende pour tenter d’asseoir sa réputation sans succès.
Dépités, les deux jeunes gens ne s’avouent pas vaincus. Ils s’essaient à enchanter des toiles sans succès. Ils parviennent à les rendre invisibles, à en inverser les couleurs ou à faire fondre la toile mais ils n’arrivent pas à matérialiser ce qu’ils ont peint.
- Nos expériences pourraient se révéler dangereuses ! Imagine qu’au lieu de traverser la toile, nous fassions entrer des éléments du tableau dans ce monde. dit Ambrelune.
- Nous ne prenons guère de risques à tenter de faire entrer des objets du musée, non ?
- Sauf s’ils changent en passant d’un monde à l’autre. Imagine une sculpture de pierre ou de marbre qui a l’intention de nous attaquer ? Ou un nouveau tableau qui risquerait de nous aspirer ?
- Tu as raison, nous pourrions être envoyés dans un monde en plus de celui-ci ! conclut Rune.
- C’est un risque à ne pas négliger, je le crains. Nous devrons traverser un monde supplémentaire pour rentrer chez nous.

  Malgré leurs échecs, ils continuent leurs tentatives. Andrea s’intéresse de près à leurs expérimentations pour leur éviter de faire une erreur fatale et leur faire bénéficier de son expérience. Sous sa surveillance, ils parviennent à imprégner des toiles de peinture sans les toucher ou à mélanger les couleurs du tableau pour les fondre en une masse indéfinissable.
Ils tentent également d’enchanter la peinture qu’ils utilisent. Ils créent ainsi des tableaux qui changent de couleur selon la lumière ou d’autres qui dégagent des odeurs fleuries et sucrées. Le mieux qu’ils parviennent à faire est la création d’une mixture colorée qui détruit la toile dès qu’ils commencent à l’étaler. Le pinceau ne tient guère plus longtemps. Dépités, ils s’apprêtent à jeter la peinture mais ils se ravisent au dernier moment. Ils réfléchissent longuement à la manière de s’en débarrasser car la seule matière que leur création ne détruit pas est le verre. Ils finissent par dénicher une carafe en verre au marché et ils y mettent les restes de peinture qu’ils jettent au fond d’un trou profond, bien conscients que ce n’est pas la meilleure solution. Plus tard, pris de remords, ils vont récupérer la peinture magique de peur de blesser quelqu’un. Raya résout le problème en détruisant la bouteille et son contenu dans le cadre d’une expérience pour désactiver son pouvoir. 

 Déprimés, les deux jeunes perdent espoir à mesure que le temps passe. Ils continuent à explorer le pays mais ils commencent à bien le connaître et leurs escapades ne parviennent plus à leur remonter le moral. Ils ne savent plus où chercher des indices pour rentrer chez eux et ils continuent à se rendre régulièrement à la porte-tableau dans l’espoir qu’elle s’ouvre d’elle- même mais cela ne se produit jamais. Ils décident un matin de se rendre dans la vallée divine pour ramasser des fleurs inconnues d’eux et tenter de leur découvrir des propriétés nouvelles. Ils reviennent dans la petite maison de Raya, les bras chargés de fleurs. Après un rapide tri et un long examen aidés par des herbiers anciens et des livres de magie, ils se rendent à l’évidence. Ils ont cueilli ces fleurs et ces herbes pour rien, elles leurs sont inutiles quand elles ne pourraient pas se révéler dangereuses. Dépités, ils finissent par s’en débarrasser.

lundi 12 juin 2017

Rune d'ambre Chapitre 26/30

   Un matin de printemps, après une nuit de discussion, Rune et Ambrelune se mettent en quête d’autres tableaux du peintre. Ils espèrent que ces peintures s’ouvriront sur d’autres mondes et qu’ils les mèneront au leur. Après des jours de recherche dans la bibliothèque royale et à l’académie de peinture, ils ne trouvent la trace que d’un unique tableau, la jeune fille à la rose qui appartient à la famille Trëndafil depuis deux siècles. Les deux jeunes gens retrouvent trace de cette vieille famille dans la ville de Nichi, située au nord-est du pays. Plusieurs de leurs ancêtres sont devenus des héros locaux et ils sont parfois mentionnés dans certaines légendes.
- Je regrette tellement internet, nous perdons un temps fou à consulter ces grimoires! Cela me rappelle le temps où les recherches se faisaient uniquement dans les livres. soupire Rune. Ce temps perdu me fait encore plus regretter notre monde. Que d’heures perdues à manipuler de lourds registres poussiéreux.


   La petite ville située dans une grande plaine rejoint la rivière qui traverse le royaume du nord au sud. Après s’y être téléportés, Rune et Ambrelune regardent autour d’eux, la ville semble petite, ils ne mettront pas longtemps à trouver ce qu’ils cherchent.
- Nous recherchons la famille Trëndafil. dit Ambrelune en interpellant une femme qui revient du marché.
Horrifiée, la femme les regarde un instant avant de continuer sa route comme si elle n’avait pas entendu la question.
- Les gens d’ici ne sont guère accueillants ! s’étonne Rune. A moins que cette famille ne cache un terrible secret. Je crois que nous allons devoir frapper à toutes les portes.
Durant deux heures, les deux jeunes gens frappent aux portes les unes après les autres jusqu’à faire le tour du village.
- Quels secrets cette famille peut-elle bien cacher ? s’interrogent-ils.


Après avoir marché une heure supplémentaire, Rune et Ambrelune décident d’en savoir plus par les seuls moyens à leur disposition et ils se penchent sur leur livre de contes et légendes. Ils y apprennent que Brumance Trëndafil a mystérieusement disparu une fois son tableau terminé.
- Nous ne sommes pas les seules victimes des pouvoirs de ce peintre. murmure Rune.
Ils vont repartir quand Ambrelune le retient par la manche.
- Elle est allée dans le tableau ? Tu te souviens du tableau qui nous a aspirés ? Je ne sais plus si c’était celui avec le jeune homme à l’air rêveur ou celui avec le château ?
- Celui avec le château, je crois. Nous devons trouver un tableau de ce peintre qui représente notre monde ?
- A notre époque ! lui rappelle Ambrelune. Un tableau vivant…  
- Mais nous ne sommes pas plus avancés, nous devons trouver d’autres toiles de ce peintre. Il n’y a pas de musées, ici, ils sont chez leurs propriétaires, nous allons devoir fouiller la bibliothèque royale pour établir une liste.
- Oui, mais nous avons une piste.


   De retour chez Raya, les deux jeunes gens exposent leurs découvertes. Puis ils s’empressent d’aller voir le roi et la reine pour leur demander de faire examiner les peintures du célèbre peintre dans tout le royaume. Un mois passe et la réponse leur parvient, aucun de ces tableaux ne semble représenter leur monde. Le printemps touche à sa fin et ils n’ont pas avancé dans leurs recherches.
Dépités, ils demandent à obtenir la liste des tableaux du peintre encore dans le pays. Seuls treize tableaux se trouvent encore dans ce monde dont la porte-tableau et la jeune fille à la rose.


  Un mois plus tard, ils ont terminé d’examiner tous les tableaux sans succès. 


–—


  Un jour, ils se rendent à la porte-tableau. Partis de la porte du château, ils marchent durant deux heures sur le chemin de terre battue. Par cette fraîche journée de printemps, ils s’avancent le cœur plein d’espoir. Autour d’eux, l’herbe murmure doucement sous le vent et les deux jeunes gens se retiennent de presser le pas. Ils sourient et ils rient de bonheur et d’espoir tout en jetant de nombreux regards autour d’eux pour s’imprégner de la beauté des lieux. Ils s’amusent à lancer quelques sorts alentour pour profiter encore un peu de leurs pouvoirs et de leurs connaissances en matière de magie. Leurs sacs se balancent au rythme de leur marche et ils ne peuvent se retenir de courir sur les derniers mètres.


   La porte-tableau se trouve face à eux. Enfin, le moment de leur délivrance est venu. Cette fois-ci, Rune et Ambrelune sont sûrs d’eux, ils ont réussi, ils vont rentrer chez eux. Ils n’ont pas osé dire au revoir à Raya et Andrea mais ils leur ont laissé une lettre d’adieu et d’excuses pour leur départ précipité.


   Devant la porte, ils relisent la légende de  Brumance Trëndafil, le cœur battant. Comment trouver le coup de pinceau manquant pour leur permettre de passer de l’autre côté ? A tâtons, ils palpent le mur de pierre mais ils savent que la toile est inaccessible et pourtant si proche.
- Qu’est-ce qu’on risque à tenter de détruire la brique pour atteindre la toile ? commence Ambrelune.
- Détruire notre seul moyen de rentrer chez nous… répond Rune.
Ils en ont parlé des jours entiers pour décider s’ils devaient prendre le risque de détruire la porte qui mène vers leur monde.
- Dans ce cas, allons-y ! dit Ambrelune avec un sourire.
A l’unisson, ils prononcent la formule qui doit les ramener chez eux. Un an vient de s’écouler.