Blottie près de l'âtre, la fée se souvient avec nostalgie du temps où la magie était encore présente dans son foyer. Elle frissonne en entendant le vent hurler à l'extérieur de la petite maison de bois où elle vit, recluse. Ses cheveux d'or emmêlés, le visage noirci de cendres froides, la fée semble vêtue comme une souillon dans ses vêtements informes et déchirés. Avec un sourire triste, elle se laisse bercer par le vent qui hurle au-dehors avant de se replonger dans ses souvenirs. Autrefois, elle vivait au pays des fées et avec ses compagnes, elle batifolait à longueur de journée parmi les fleurs et l'herbe tendre. Un jour qu'elle se promenait dans le monde des hommes, elle tomba éperdument amoureuse d'un être humain aux longs cheveux de cuivre. Sentant le regard de la créature féérique, il s'était approché et il avait engagé la conversation. Ils se revirent plusieurs fois et enfin, elle accepta sa proposition de vivre à ses côtés. Reniée par ses sœurs, elle suivit l'homme dans sa demeure. Mais il l'enferma dans une pièce de sa maison et il lui ordonna de le rendre riche et aimé de tous, lui l'homme que l'on méprise pour sa pauvreté, son mauvais caractère et sa mauvaise éducation. La fée lui répondit qu'elle ne pouvait accomplir son désir, il devait agir pour obtenir ce qu'il désirait. Il revint la voir chaque soir pour lui demander si elle avait changé d'avis et devant son refus, il la maintient prisonnière en son logis. La fée se meurt mais elle ne peut accéder à son désir car sa magie ne fonctionne que si son désir est profond de réaliser le vœu qui lui est demandé. Les heures passent et le soleil se lève timidement au-dehors, elle entend les oiseaux se réveiller au dehors. Sa magie épuisée par sa fatigue et sa longue privation de nourriture, elle ne peut s'en sortir par magie. Derrière la porte, elle entend les pas de l'homme approcher. La créature magique utilise ses dernières forces pour saisir le chandelier en bronze qui trône sur la cheminée, vestige de jours meilleurs. D'un geste brusque, elle frappe au frond son tortionnaire. Le bois du parquet se teinte de rouge mais elle n'y prend garde, elle court vers la prairie fleurie pour rejoindre ses sœurs. Gravée dans sa mémoire, l'image du corps sans vie la hante mais la vue de sa prairie où ses sœurs dansent en rond sous la lune lui donne la force de chasser ce souvenir pour sourire et tendre la main à ses sœurs qui lui font une place dans leur ronde nocturne.
mercredi 21 mars 2018
La fée prisonnière
samedi 10 mars 2018
Bertold le voirloup V2
Dans le village perdu au milieu de la forêt, on se racontait que Bertold avait donné son âme au Diable en contrepartie de pouvoirs nuisibles. Lorsqu'ils le croisaient, les gens de l'endroit murmuraient et le suivaient du regard avec curiosité et méfiance. Depuis qu'il a manifesté ses pouvoirs sans certitude que ce soit lui pour sauver un camarade de la noyade, la rumeur le suivait. A peine âgé de douze ans, il avait couru à la rivière juste à temps pour tendre une branche à un camarade d'école qui se noyait. Personne ne l'avait entendu, il ne savait pas nager et la branche salutaire lui avait permis de rejoindre le bord. Personne, pas même le jeune Bertold n'a su expliquer pourquoi il avait dû impérativement se rendre près du lieu de la noyade sur le champ. Le petit garçon avait raconté qu'il s'était souvenu avoir oublié un sac empli de noisettes lors d'une cueillette avec les enfants du coin effectuée plus tôt dans la journée ; puis il avait raconté avoir entendu des cris, mais pas grand monde n'a cru à une coïncidence. Cet enfant trop perspicace et rêveur inquiète dans le village, on lui attribue des pouvoirs qu'il ne possède nullement mais en ces temps reculés où la superstition et la chasse aux sorcières ont libre cours, ces qualités sont vite suspectes. Le camarade l'a remercié de sa bravoure et ne lui a plus adressé la parole depuis ce jour, certainement influencé par sa famille.
Bertold est seul, ses amis ne lui parlent plus mais par fierté, il n'en dit rien à ses parents. Ces derniers le quittent deux ans plus tard, terrassés par une épidémie. Livré à lui-même, l'adolescent tente de se faire embaucher à la journée dans les fermes environnantes mais sa réputation le précède même si par pitié, on l'emploie de temps en temps. Il n'ose pas partir, il a peur d'affronter le monde extérieur d'autant plus que sur son lit de mort, sa mère lui a avoué avoir donné l'âme de son futur enfant à naître au diable en échange de ce miracle. Un an plus tard, Bertold naissait. Il a hérité de la maison familiale, de la chèvre et du jardin attenant. Il comprend mieux la honte de ses parents suite à la révélation du secret entourant sa naissance et il devine l'origine des choses étranges qui lui arrivent régulièrement depuis toujours. Mais il n'est pas pour autant maléfique, bien au contraire même si l'intuition paysanne a deviné le secret de sa naissance bien avant lui. Ses cheveux roux et ses yeux d'un vert pâle qui illuminent sa peau blanche parsemée de taches de rousseur, sa silhouette mince contraste avec la carrure musculeuse de ses parents, tous deux bruns à la peau tannée par le soleil ; au fond de lui, il a toujours douté de sa filiation, il a longtemps pensé être un enfant abandonné recueilli par ses parents mais il doit se rendre à l'évidence, il est bien leur fils, sa mère ne peut plus enfanter depuis sa difficile naissance, un soir d'automne, elle le lui répète souvent. Rêveur, idéaliste et avec le goût de l'étude, le jeune garçon avait eu la satisfaction de briller en classe mais la vie à la campagne l'obligeant à aider ses parents aux champs dès son plus jeune âge, comme tous ses camarades, il n'a jamais eu la chance de pouvoir poursuivre son éducation. Néanmoins, il dévore tous les livres qu'il peut trouver même si dans cette campagne reculée, il s'agit surtout d'almanachs ou de livres de recettes de cuisine qui changent de la Bible.
Un jour, las de ces racontars et de ces murmures incessants, le jeune homme de dix-sept ans remplit un sac d'un peu de nourriture et de quelques vêtements de rechange afin d'aller voir un sorcier qui vit à deux jours de marche. Glacé dans le froid nocturne, il passe la nuit le dos collé contre le mur d'enceinte d'un village où il n'avait pas osé demander hospitalité, trop habitué au rejet. Un chien vient le renifler et sous ses caresses insistantes, il accepte de se coucher contre lui. Réconforté par cette présence, Bertold dort mieux cette nuit-là.
Au matin, le vieux sorcier l'accueille dans sa petite maison de bois et il écoute attentivement son récit. Bertold lui raconte qu'il envisage de donner raison aux habitants pour ne plus avoir à subir quolibets et rejet pour rien. Le sorcier le regarde longuement avant de se décider à parler.
- Les voirloups sont des créatures fascinantes mais leur ressembler coûte cher, très cher. Et les ingrédients nécessaires sont difficiles à trouver et hors de prix.
- Pouvez-vous me les fournir?
- Bien sûr. répond le sorcier avec un sourire mauvais. Mais es-tu certain d'être prêt à en payer le prix ?
- Oui.
Le vieil homme hausse les épaules avant de se mettre à fureter parmi ses pots en murmurant des choses incompréhensibles.
Au matin, le vieux sorcier l'accueille dans sa petite maison de bois et il écoute attentivement son récit. Bertold lui raconte qu'il envisage de donner raison aux habitants pour ne plus avoir à subir quolibets et rejet pour rien. Le sorcier le regarde longuement avant de se décider à parler.
- Les voirloups sont des créatures fascinantes mais leur ressembler coûte cher, très cher. Et les ingrédients nécessaires sont difficiles à trouver et hors de prix.
- Pouvez-vous me les fournir?
- Bien sûr. répond le sorcier avec un sourire mauvais. Mais es-tu certain d'être prêt à en payer le prix ?
- Oui.
Le vieil homme hausse les épaules avant de se mettre à fureter parmi ses pots en murmurant des choses incompréhensibles.
Rentré chez lui, Bertold traite les ingrédients pour être en mesure de les conserver et pouvoir refaire la potion plusieurs fois. Il réfléchit tout le jour aux conséquences de ses actes mais le soir, il cède, furieux d'avoir été une nouvelle fois invectivé sans raison ; alors qu'il allait acheter une miche de pain, le boulanger lui avait dit de déguerpir car il allait faire fuir les clients si on le voyait là, il n'avait su que répondre et il avait jeté le pain dans son sac avant de rentrer chez lui, la mort dans l'âme. Triste, il fabrique avec frénésie la mixture et à minuit, elle est prête.
- Sang de vierge, graisse rance de porc tué le vendredi saint à trois heures de l'après-midi, semence, bave du diable, tout y est. L'amalgame est prêt!
Il avait eu bien du mal à obtenir les ingrédients nécessaires. Une toute jeune fille rencontrée lors d'une fête de village à qui il avait fait boire plus d'un vin fort de la région qu'il n'était raisonnable lui avait fourni le sang qu'il avait recueilli dans une fiole avant de la laisser endormie dans l'herbe d'un champ proche du village où elle vivait. Au vu de son très jeune âge, il pouvait supposer avec raison qu'aucun homme n'avait jamais posé la main sur elle. La graisse de porc lui venait d'un pot de rillettes offert par son voisin l'an passé dont le porc était mort la vieille du jour saint et dont ils avaient rapidement récupéré ce qui pouvait l'être ; il avait reçu en remerciement des rillettes issues de ce porc qu'il gardait précieusement pour l'hiver et un jambon qui pendait au plafond, bien entamé. Une sorcière qu'il était allée voir bien loin au-delà de la forêt l'avait éclairé sur la bave du diable qui n'était que de la bave de crapaud. Un peu de sa propre semence avait achevé de compléter les ingrédients nécessaires à la confection de la potion qu'il avait laissé mijoter dans un peu d'huile afin d'en avoir une quantité suffisante pour l'étaler sur son corps, il espérait que ce subterfuge ne dénaturerait pas le sortilège si d'aventure, il devait fonctionner.
- Sang de vierge, graisse rance de porc tué le vendredi saint à trois heures de l'après-midi, semence, bave du diable, tout y est. L'amalgame est prêt!
Il avait eu bien du mal à obtenir les ingrédients nécessaires. Une toute jeune fille rencontrée lors d'une fête de village à qui il avait fait boire plus d'un vin fort de la région qu'il n'était raisonnable lui avait fourni le sang qu'il avait recueilli dans une fiole avant de la laisser endormie dans l'herbe d'un champ proche du village où elle vivait. Au vu de son très jeune âge, il pouvait supposer avec raison qu'aucun homme n'avait jamais posé la main sur elle. La graisse de porc lui venait d'un pot de rillettes offert par son voisin l'an passé dont le porc était mort la vieille du jour saint et dont ils avaient rapidement récupéré ce qui pouvait l'être ; il avait reçu en remerciement des rillettes issues de ce porc qu'il gardait précieusement pour l'hiver et un jambon qui pendait au plafond, bien entamé. Une sorcière qu'il était allée voir bien loin au-delà de la forêt l'avait éclairé sur la bave du diable qui n'était que de la bave de crapaud. Un peu de sa propre semence avait achevé de compléter les ingrédients nécessaires à la confection de la potion qu'il avait laissé mijoter dans un peu d'huile afin d'en avoir une quantité suffisante pour l'étaler sur son corps, il espérait que ce subterfuge ne dénaturerait pas le sortilège si d'aventure, il devait fonctionner.
Lentement, le jeune paysan regarde le soleil décliner sur l'horizon puis la nuit venue, il ne garde qu'une chandelle allumée posée sur la table à côté de lui qu'il remplace au fur et à mesure de sa fonte. Enfin le clocher du village sonne onze fois, il peut commencer ses préparatifs et réfléchir encore à sa décision. Une heure plus tard, il est prêt à accomplir son dessein.
Au premier coup de minuit, il s'enduit les membres inférieurs avec la mixture qu'il étale en couche aussi fine qu'il le peut pour en avoir suffisamment. Il imagine avec horreur les ingrédients pénétrer sa peau et son corps mais il est trop tard, il ne peut plus reculer. L'onctueuse graisse de porc s'étale comme un baume sur son corps et sur son cœur meurtri. Puis il s'adresse au Seigneur des ténèbres, il implore dans une longue litanie le Diable en personne de lui accorder ce qu'il demande afin de lui permettre d'accomplir sa vengeance. Puis il attend, le cœur battant dans la nuit, transi de froid, nu sous la lumière de la lune lorsqu'un souffle venu de la cheminée éteint la bougie et le glace jusqu'aux os. De longues minutes s'écoulent et peu à peu, il se réchauffe. Intrigué, il remarque qu'une noire fourrure a commencé à le recouvrir et il ferme les yeux, soulagé de voir sa requête accordée mais un peu inquiet de se retrouver à jamais prisonnier de ce corps qui n'est pas le sien. La douleur irradie dans tout son être, ses muscles le brûlent, il serre les dents pour ne pas hurler et alerter les voisins, sa peau s'embrase et il reste de longues minutes à se tordre de douleur sur le sol, impuissant face à la vague brûlante qui l'assaille. Il a peur et il songe à sa stupidité. S'il errait sous la forme d'une bête condamné à ne pouvoir redevenir humain ? Si on le tuait ? Ne va-t'on pas le démasquer et l'accuser puis le bannir ou le brûler comme sorcier ? Etait-ce la seule solution ? Empli de douleur, il pleure et il tente d'étouffer les sanglots inhumains qui le secouent. Enfin, la vague qui lui broyait le corps s'apaise et il ouvre les yeux en grognant.
Puis, tout bascule. Transformé en loup, il pousse un hurlement qui réveille certainement tout le village avant de fuir de toute la force de ses quatre pattes vers le refuge de la forêt. Deux heures durant, il court parmi les arbres, empruntant des chemins qu'il redécouvre avec des yeux habitués à l'obscurité. Lorsqu'il massacre une biche qu'il prend à la gorge pour le plaisir de tuer, une part de lui est écœurée de sa cruauté mais une autre jouit de sa puissance. L'appel du sang et du mal se fait plus pressant et il prend le pas sur sa raison. Il se rapproche du village endormi à pas de loup, évaluant les méfaits qu'il pourrait causer.
Alerté par sa présence, un chien hurle dans la nuit et le jeune homme-loup étire ses babines en un sinistre sourire. A pas de loup, il approche sa victime et d'un coup de dents, il l'égorge avant de la dévorer. Méthodiquement, il tue tous les chiens du village, ceux qui grognent et montrent les dents sur son passage puis il s'attaque aux petits troupeaux de ces paysans pauvres, dévorant moutons et chèvres en silence. Ses pas étouffés par l'herbe, il approche ses victimes et d'un coup de dent, il met fin à leur vie avant de s'attaquer à la bête suivante, proie innocente et sans défense. Il craint de croiser quelque voisin et de commettre un meurtre imprévu. Au matin, les habitants découvriront la peau et les os des bêtes gisant dans une mare de sang séché sans que nulle trace ne les mène à l'exécuteur.
Bien décidé à se venger de ses voisins qui l'humilient depuis des années sans jamais se demander ce qu'il peut bien ressentir ou s'il souffre, Bertold profite de ses nouveaux pouvoirs pour mettre le village sens dessus dessous. Du regard, il se concentre longuement sur des tas de paille car il sent confusément qu'il peut y mettre le feu à distance. Et quelques minutes plus tard, une mince fumée commence à s'échapper des bottes de paille ; satisfait, le jeune homme fuit à toutes pattes vers une colline proche où il pourra se délecter du spectacle. De loin, il admire son œuvre, tout le village envahi de feux silencieux s'illumine dans la nuit; peu après, les hommes se réveillent et hurlent à leur ruine probable. Bertold se délecte de ce spectacle, il ne voit pas passer les heures, allongé dans l'herbe tendre et protégé du froid par son épaisse fourrure. Il se souvient à temps qu'il doit rentrer chez lui avant l'aube.
Ombre furtive, il se glisse jusque chez lui alors que la nuit achève de s'écouler inexorablement. Une femme le voit et tire une flèche dans sa direction ; touché à la cuisse, il retient un cri de surprise et se fond dans la nuit après avoir tenté d'imiter le gémissement d'un chien qu'on aurait blessé et se retenant de hurler comme le loup qu'il est devenu. Une heure plus tard, il parvient à se glisser dans sa maison, l'aube pointe. Bien qu'il ne ressente pas la douleur, l'arme l'avait gêné pour courir dans le noir. Sa nyctalopie l'aidant à se faufiler dans les fourrés, il a décidé de prendre le risque de perdre du temps à contourner le village pour se donner plus de chance d'éviter les groupes chargés de trouver le coupable avant d'avoir atteint sa maison.
Rentré chez lui, le jeune garçon reprend peu à peu forme humaine, il ôte la flèche plantée dans sa cuisse et se soigne après avoir brûlé le bois de l'arme et jeté la pointe aussi loin que sa force le lui a permis dans la nuit. Alors que l'aube se lève, sa peau de loup éclate, le sortilège a enfin cessé mais il le protège de la douleur, il ne ressent rien à son grand soulagement ; l'horreur de voir la fourrure se fendre pour laisser apparaître sa peau tannée est suffisante. Bertold est redevenu lui-même. Il brûle la peau du loup puis il se couche, épuisé. Il ne s'éveille qu'à midi, encore fatigué de sa longue nuit puis il se promène dans le village. C'est un jour de marché et on ne parle que des dégâts de la nuit. Personne n'a rien vu et on s'interroge sur l'origine des dommages. Le voirloup écoute attentivement les conversations et note les villageois qui nourrissent des soupçons à son encontre ; il se découvre le pouvoir de lire les missives où l'on parle de la créature mais personne ne le soupçonne réellement pour le moment. Il le regrette presque, il aurait eu grand plaisir à punir ceux qui devinent sa vraie nature. Satisfait, il rentre chez lui, les mains dans les poches. Il avait repéré quelques mauvaises actions qu'il pourrait commettre la nuit venue pour profiter de sa nature. Même si les souvenirs de la nuit passée sont flous, il se souvient du plaisir ressenti à ses méfaits, de sa puissance physique et du sentiment de liberté qu'il a connu durant ces quelques heures.
Ce soir-là, alors qu'il se lave, il remarque la tache rouge en bas de son dos ainsi que la fourche bifide sur son épaule gauche. Satan avait marqué son âme et son corps en souvenir de l'aide qu'il a accordé au jeune paysan. Le garçon sourit doucement à l'idée qu'il lui reste suffisamment de mixture pour se transformer plusieurs fois en bête et se venger de ses ennemis lorsque l'envie de faire le mal prendrait le dessus sur la prudence et ses restes d'humanité. Puis il lui faudrait quitter le village, l'âme apaisée et tout désir de vengeance envolé.
Ce soir-là, alors qu'il se lave, il remarque la tache rouge en bas de son dos ainsi que la fourche bifide sur son épaule gauche. Satan avait marqué son âme et son corps en souvenir de l'aide qu'il a accordé au jeune paysan. Le garçon sourit doucement à l'idée qu'il lui reste suffisamment de mixture pour se transformer plusieurs fois en bête et se venger de ses ennemis lorsque l'envie de faire le mal prendrait le dessus sur la prudence et ses restes d'humanité. Puis il lui faudrait quitter le village, l'âme apaisée et tout désir de vengeance envolé.
Les deux pleines lunes suivantes, Bertold se transforme de nouveau pour accomplir d'autres forfaits dictés par son imagination débordante : piétiner les champs et détruire les cultures, pénétrer dans les caves pour dévorer les jambons pendus au plafond et percer les tonneaux de bière et de vin. Peu à peu, il sent les regards peser sur lui, plus insistants, il frissonne et il comprend qu'il doit partir bientôt pour ne pas se trouver accusé de sorcellerie. Sa mauvaise réputation, la mixture étrange dont il ne lui reste qu'un fond et son isolement social le condamneraient à coup sûr. On murmure dans le village et si on ne trouve pas la cause des dommages qui surviennent la nuit, on cherchera un bouc émissaire. Et il a de plus en plus de mal à éviter les patrouilles qui se multiplient. La mort dans l'âme, il se promène longuement dans le village, humant le vent. Un vol de corbeau fuit vers la forêt et il rentre chez lui en trottinant, l'âme apaisée.
A la nuit tombée, son sac sur l'épaule, il prend le chemin qui s'éloigne du village. Seul dans le noir, il marche vite, épiant les bruits alentour. Il a soigneusement nettoyé le pot de mixture et brûlé les restes des ingrédients nécessaires à la préparation, nul ne pourra le soupçonner. Il a bien songé brûler sa petite maison mais il n'en a pas eu le cœur. Ses maigres possessions à la main, il trottine rapidement dans le village craignant de réveiller les chiens qui veillent mais ils le reconnaissent et ils jappent doucement à son passage. Il sourit ; au moins, les chiens survivants qui accompagnaient leurs maîtres lors d'une grande chasse nocturne, lui auront dit au revoir et souhaité un bon voyage. Loin du village, il pourra se faire une réputation et fonder une famille, son destin n'est qu'à quelques jours de marche ; le sourire aux lèvres, il avance d'un bon pas en sifflotant dans l'air froid tandis que s'allument les premières étoiles dans le ciel. Il ira confesser une partie de ses méfaits auprès d'un prêtre lorsqu'il se sera suffisamment éloigné et il donnera quelques-uns de ses maigres effets pour qu'ils soient redistribués aux plus pauvres dans l'espoir d'obtenir le salut de son âme et le pardon pour ses péchés. Comme il sait lire, écrire et compter, il peut espérer trouver un emploi correctement rémunéré et s'il se prive du superflu, il pourra se montrer généreux pour les plus démunis sa vie durant. Confiant, il presse le pas, il est persuadé qu'au fil du temps, les marques du démon s'effaceront de son corps et de son âme lorsqu'il se sera montré suffisamment bon pour mériter la rédemption.
Gaffe aux gaffes Gaffophone en mouette rieuse majeure
Dix heures sonnent dans la rédaction et tout l'équipe se dirige vers la cuisine pour prendre un café. Profitant du calme ambiant, Gaston se met à jouer du gaffophone pour se détendre et en réaction, toute l'équipe sursaute, les tasses pleines volent et les cris fusent. Dérangée, la mouette rieuse qui dormait sur le haut du réfrigérateur se met à crier à son tour. Furieux, le volatile donne des coups de becs aux intrus pour les faire taire ; bientôt, ils quittent la pièce en hurlant. Satisfaite, la mouette rieuse s'endort tandis que l'équipe vient dire à Gaston de cesser de faire du bruit. Il ronchonne mais il s'attendrit lorsque la mouette, qui n'est pas parvenue à se rendormir, se pose près de lui au moment où ses collègues quittent la pièce pour tenter de reprendre ses droits dans la cuisine.
Gaston caresse l'oiseau et il lui dit sur le ton de la confidence.
- Tu sais, ici, ils ne savent pas reconnaître le talent. Je me souviens encore du jour où je suis arrivé. J'ai croisé Fantasio dans le hall, il m'a regardé d'un air étonné en me demandant qui j'étais et ce que je faisais là. Je lui ai répondu qu'on m'avait dit de venir et que j'attendais parce qu'on m'avait engagé pour travailler. Après quelques temps, il m'a dit d'aller classer le courrier en retard et qu'on m'avait certainement embauché pour ça. Mais il ne m'a même pas demandé ce que je savais faire. C'est dommage d'ailleurs, peut-être que mes inventions leur plairaient mieux si j'avais été embauché comme inventeur et non comme préposé au courrier. Bon, ils ont quitté la cuisine, je vais aller me préparer un sandwich avant de me remettre à l'élaboration de mon nouveau carburant.
- Tu sais, ici, ils ne savent pas reconnaître le talent. Je me souviens encore du jour où je suis arrivé. J'ai croisé Fantasio dans le hall, il m'a regardé d'un air étonné en me demandant qui j'étais et ce que je faisais là. Je lui ai répondu qu'on m'avait dit de venir et que j'attendais parce qu'on m'avait engagé pour travailler. Après quelques temps, il m'a dit d'aller classer le courrier en retard et qu'on m'avait certainement embauché pour ça. Mais il ne m'a même pas demandé ce que je savais faire. C'est dommage d'ailleurs, peut-être que mes inventions leur plairaient mieux si j'avais été embauché comme inventeur et non comme préposé au courrier. Bon, ils ont quitté la cuisine, je vais aller me préparer un sandwich avant de me remettre à l'élaboration de mon nouveau carburant.
lundi 5 mars 2018
Gaffe aux gaffes Effet boule de neige
Prunelle entre dans le bureau de Gaston, le rouge aux joues.
- Gaston, je ne veux plus voir ça ici !
Furieux, il désigne de son doigt pointé la boule de bowling de Gaston qui le regarde sortir, un peu surpris.
- Je ne comprends pas pourquoi elle le gêne tant ! Cette boule de bowling ne dérange pourtant personne ! Je vais la cacher, il n'en saura rien.
Après quelques minutes de réflexion, l'employé au courrier revient dans la pièce où il s'enferme. Il coupe, coud et colle jusqu'à obtenir ce qu'il avait en tête. Fier de lui, il place le pouf improvisé dans un coin de son bureau et il commence à classer le courrier en retard.
Une heure plus tard, Prunelle entre dans la pièce, un cahier sous le bras, lorsqu'il voit Gaston endormi sur le tas d'enveloppes, il lève les yeux au ciel ; toutefois, il note qu'il a visiblement trié une partie du courrier qui envahit la pièce.
- Debout, c'est l'heure ! lui hurle-t'il à l'oreille.
Il regarde sa montre alors que Gaston lui demande ce qui se passe d'une voix ensommeillée puis il quitte la pièce.
- Bien, Gaston, il vous reste deux heures avant la fin de la journée. Je vous regarde!
Son cahier sur les genoux, Prunelle prend des notes et il s'absorbe dans son travail tout en observant Gaston du coin de l'oeil qui commence à trier mollement le courrier. Le sol un peu trop dur lui fait mal et il décide qu'il ne peut pas rester assis en tailleur sur la moquette jusqu'au soir. Il tente de s'installer au bureau mais le chat de Gaston l'observe d'un air mauvais et il renonce. Il remarque alors le pouf dans un coin de la pièce et il se laisse tomber dessus, ravi de pouvoir s'installer confortablement.
- Aïe ! Mais qu'est-ce que... ?
Rouge de colère, Prunelle se frotte le derrière en soulevant le pouf. Il se rend compte que le fauteuil a été évidé de façon à permettre de loger la boule de bowling sous le pouf. Furieux, Prunelle hurle après Gaston qui a prudemment quitté les lieux en le voyant s'approcher de la cachette de sa chère boule de bowling.
- Gaston, je veux que le courrier soit trié d'ici ce soir et je ne sortirai pas d'ici tant que ce ne sera pas fait ! le menace Prunelle, rouge de colère.
- Gaston, je ne veux plus voir ça ici !
Furieux, il désigne de son doigt pointé la boule de bowling de Gaston qui le regarde sortir, un peu surpris.
- Je ne comprends pas pourquoi elle le gêne tant ! Cette boule de bowling ne dérange pourtant personne ! Je vais la cacher, il n'en saura rien.
Après quelques minutes de réflexion, l'employé au courrier revient dans la pièce où il s'enferme. Il coupe, coud et colle jusqu'à obtenir ce qu'il avait en tête. Fier de lui, il place le pouf improvisé dans un coin de son bureau et il commence à classer le courrier en retard.
Une heure plus tard, Prunelle entre dans la pièce, un cahier sous le bras, lorsqu'il voit Gaston endormi sur le tas d'enveloppes, il lève les yeux au ciel ; toutefois, il note qu'il a visiblement trié une partie du courrier qui envahit la pièce.
- Debout, c'est l'heure ! lui hurle-t'il à l'oreille.
Il regarde sa montre alors que Gaston lui demande ce qui se passe d'une voix ensommeillée puis il quitte la pièce.
- Bien, Gaston, il vous reste deux heures avant la fin de la journée. Je vous regarde!
Son cahier sur les genoux, Prunelle prend des notes et il s'absorbe dans son travail tout en observant Gaston du coin de l'oeil qui commence à trier mollement le courrier. Le sol un peu trop dur lui fait mal et il décide qu'il ne peut pas rester assis en tailleur sur la moquette jusqu'au soir. Il tente de s'installer au bureau mais le chat de Gaston l'observe d'un air mauvais et il renonce. Il remarque alors le pouf dans un coin de la pièce et il se laisse tomber dessus, ravi de pouvoir s'installer confortablement.
- Aïe ! Mais qu'est-ce que... ?
Rouge de colère, Prunelle se frotte le derrière en soulevant le pouf. Il se rend compte que le fauteuil a été évidé de façon à permettre de loger la boule de bowling sous le pouf. Furieux, Prunelle hurle après Gaston qui a prudemment quitté les lieux en le voyant s'approcher de la cachette de sa chère boule de bowling.
- Gaston, je veux que le courrier soit trié d'ici ce soir et je ne sortirai pas d'ici tant que ce ne sera pas fait ! le menace Prunelle, rouge de colère.
mercredi 28 février 2018
Gaffe aux gaffes Contra(ts)riétés au poêle
En cette fin de matinée glaciale, Gaston range son bureau. Dans un tiroir, il retrouve un peu de son savon ; même s'il se souvient que Prunelle lui avait dit ne plus jamais vouloir voir cette chose dans les lieux, le préposé au courrier sourit en se souvenant qu'il est en congé.
- Il serait dommage de gâcher. Je sais, je vais le mettre dans les sanitaires, il n'y a jamais de savon dans le distributeur. Une goutte et les mains sont propres, si ce n'est pas merveilleux !
Il s'exécute à l'insu de tous et il constate qu'en effet, le distributeur de savon était vide comme à l'accoutumée.
Quelques minutes plus tard, monsieur Boulier sort des toilettes en hurlant.
- Qui a trafiqué le savon ??
Le couloir est envahi de mousse et personne ne sait d'où elle provient. Enfin, le comptable émerge de la masse aérienne en faisant remarquer qu'il a besoin d'aide pour sortir de cet enfer. Gaston arrive un sandwich à la main et il demande :
- Alors, vous le trouvez comment mon savon ? Il lave bien, hein ? Mais attention, il ne faut pas en mettre plus d'une goutte. Il est pratique et économique, vous ne trouvez pas ?
Sous les cris de monsieur Boulier, Gaston s'enfuit et il s'enferme dans son bureau en disant qu'il est incompris dans cette entreprise. Son chat dans les bras, il se dirige vers son bureau encombré en frissonnant.
- Il fait froid aujourd'hui ! Ils n'ont même pas démarré les radiateurs !
- Il serait dommage de gâcher. Je sais, je vais le mettre dans les sanitaires, il n'y a jamais de savon dans le distributeur. Une goutte et les mains sont propres, si ce n'est pas merveilleux !
Il s'exécute à l'insu de tous et il constate qu'en effet, le distributeur de savon était vide comme à l'accoutumée.
Quelques minutes plus tard, monsieur Boulier sort des toilettes en hurlant.
- Qui a trafiqué le savon ??
Le couloir est envahi de mousse et personne ne sait d'où elle provient. Enfin, le comptable émerge de la masse aérienne en faisant remarquer qu'il a besoin d'aide pour sortir de cet enfer. Gaston arrive un sandwich à la main et il demande :
- Alors, vous le trouvez comment mon savon ? Il lave bien, hein ? Mais attention, il ne faut pas en mettre plus d'une goutte. Il est pratique et économique, vous ne trouvez pas ?
Sous les cris de monsieur Boulier, Gaston s'enfuit et il s'enferme dans son bureau en disant qu'il est incompris dans cette entreprise. Son chat dans les bras, il se dirige vers son bureau encombré en frissonnant.
- Il fait froid aujourd'hui ! Ils n'ont même pas démarré les radiateurs !
L'employé au courrier décide d'utiliser son système de chauffage personnel. Dans les tiroirs de son bureau en métal, il met le feu à du charbon. D'ordinaire, il se sert du dessus du bureau pour se confectionner des petits plats pour se donner des forces et affronter la journée. Mais, attristé par l'incident de la matinée, il décide de déjeuner à l'extérieur. Il croise Monsieur de Maesmaker dans le hall, celui-ci le regarde un peu inquiet en songeant qu'au moins, il ne sera pas dans les bureaux. Dans les locaux déserts, l'homme d'affaire entend un bruit étrange. Un peu inquiet, il pénètre dans le bureau de Gaston et il remarque que la souris s'amuse à plonger dans le bocal du poisson rouge.
L'homme pose les contrats qu'il tient à la main et il se perd dans la contemplation de ce curieux manège durant de longues minutes. Fantasio, prévenu de l'arrivée du visiteur, toque à la porte, un peu inquiet de le trouver là. Un regard alentour le rassure, Gaston n'est pas dans les parages et tout est calme.
- Bonjour, monsieur de Maesmaker ! Une bien belle journée pour signer ces contrats, n'est-ce pas ?
- En effet ! dit-il d'un ton aimable en lui tendant la main.
Les salutations d'usage échangées, le futur collaborateur se souvient des contrats, il tend la main pour les récupérer sur le bureau où il les a posés mais une vive douleur lui fait lâcher prise au contact de la surface métallique. Furieux, il déchire les contrats en criant qu'il ne remettra pas de sitôt les pieds dans cette maison de fous. Malgré les tentatives de Fantasio pour le calmer, il part en claquant la porte derrière lui. Lorsque Gaston revient, un sandwich à la main, il constate, ravi, que la température de la pièce s'est réchauffée.
L'homme pose les contrats qu'il tient à la main et il se perd dans la contemplation de ce curieux manège durant de longues minutes. Fantasio, prévenu de l'arrivée du visiteur, toque à la porte, un peu inquiet de le trouver là. Un regard alentour le rassure, Gaston n'est pas dans les parages et tout est calme.
- Bonjour, monsieur de Maesmaker ! Une bien belle journée pour signer ces contrats, n'est-ce pas ?
- En effet ! dit-il d'un ton aimable en lui tendant la main.
Les salutations d'usage échangées, le futur collaborateur se souvient des contrats, il tend la main pour les récupérer sur le bureau où il les a posés mais une vive douleur lui fait lâcher prise au contact de la surface métallique. Furieux, il déchire les contrats en criant qu'il ne remettra pas de sitôt les pieds dans cette maison de fous. Malgré les tentatives de Fantasio pour le calmer, il part en claquant la porte derrière lui. Lorsque Gaston revient, un sandwich à la main, il constate, ravi, que la température de la pièce s'est réchauffée.
Gaffe aux gaffes Photocopieuse farceuse
Ce matin-là, Gaston est arrivé avant tout le monde. Après s'être assuré que personne ne se trouve dans les parages, il se dirige vers la photocopieuse avant de rentrer dans son bureau en gloussant. Peu après, Fantasio s'avance dans le couloir en sifflotant un air à la mode, une liasse sous le bras. Il observe son reflet dans la vitre, rajuste le col de sa chemise et il se poste à l'accueil où il n'a pas longtemps à attendre.
- Bonjour, monsieur de Maesmaker, je suis heureux de vous voir pile à l'heure. Les locaux sont déserts, nous pourrons signer tranquillement ces fameux contrats. Je vous prie de m'attendre un instant, je les photocopie et je suis à vous.
Fantasio s'engage dans le couloir et il met la liasse dans la photocopieuse avant de tourner sur sa droite pour se diriger vers la machine à café pour fêter dignement ce jour historique d'un liquide noir comme l'encre utilisé pour parapher les contrats. Puis il revient en chantonnant, il ne lui reste qu'à récupérer les contrats en passant et il pourra crier victoire.
Dans le hall, il heurte monsieur de Maesmaker qui sort en trombe, l'inondant de café brûlant.
- Je ne remettrai plus jamais les pieds dans cette maison de fous, on ne m'y reprendra pas !
Fantasio le regarde sortir, interloqué puis il regarde autour de lui afin de comprendre l'objet de la colère de l'homme d'affaires. Des avions en papier jonchent le sol du couloir et de l'entrée. Le rédacteur en chef fulmine et il se rend à la photocopieuse pour comprendre ce qui a mis son interlocuteur en colère: un dispositif fixé à la sorte de l'appareil attire son attention. Il appuie sur le bouton et il se rend compte que l'appareil plie les feuilles et les propulse dans les airs sous forme d'avions en papier.
- Mais qui a fait ça ? Qui m'en veut à ce point ?
Furieux, il détruit le dispositif et il le jette dans la corbeille à papier avant d'aller s'enfermer dans son bureau.
Un peu plus tard, Gaston sort pour voir si son dispositif fonctionne. Les avions en papier qu'il trouve dans la poubelle le remplissent de joie, son invention marche ! Il prend un café et il rejoint son bureau, le sourire aux lèvres : la journée des ses collègues sera illuminée par cette remarquable invention.
mercredi 21 février 2018
Gaffe aux gaffes Vacances au bureau
En ce
vendredi, Gaston est seul car tout le monde est soit en congé, soit
en réunion. Désoeuvré, il erre dans les bureaux, les mains dans
les poches.
- Oh et puis
zut à la fin, pourquoi suis-je seul aujourd'hui ? Je n'ai rien
à faire.
De retour
dans son bureau, le jeune homme fouille dans son placard pour trouver
un sac de couchage qu'il remplit avec le courrier en retard qui
jonche la pièce avant d'en coudre l'extrémité. Puis il trouve une
couverture et il s'apprête à entamer une sieste bien méritée
lorsqu'il remarque l'engrais qu'il vient de terminer qui l'attend sur
son bureau.
- Mince
alors, je l'avais oublié !
Consciencieusement,
il verse le flacon au pied de son cactus avant de s'installer pour
dormir un peu. A son réveil, à dix-huit heures, il se croit au
milieu d'une forêt lorsqu'il comprend que c'est seulement son cactus
qui a bien grandi durant les dernières heures.
- Mince
alors, mon engrais a très bien fonctionné mais où vais-je bien
pouvoir te mettre ?
Avec grandes
difficultés, il met le cactus dans l'ascenseur avant de descendre
les escaliers en courant. A l'accueil, il récupère le végétal
qu'il installe dans le hall d'entrée.
- Voilà,
une plante verte, ça égaye tout de suite une entreprise. Bon, il
est temps de rentrer à la maison.
Le lundi
matin, Prunelle hurle en tombant nez à nez avec le monstrueux
végétal.
- Qui a mis
ce monstre ici ?
La plante
envahit la moitié du hall et elle risque de blesser les personnes
qui entrent. Le rédacteur en chef reconnaît alors le cactus de
Gaston et il fait appel à un professionnel pour les en débarrasser.
Le jardinier arrive deux heures plus tard en même temps que le
légitime propriétaire de la plante.
- Je n'ai
jamais vu une bête pareille ! Vous avez encore de cet engrais,
dites ? Il me serait bien utile pour les fruits et légumes que
je vends sur les marchés... Bon, par contre, pour le sortir, je ne
vois pas d'autres solutions que la tronçonneuse...
Gaston
s'évanouit et le jardinier se gratte la tête perplexe. Il fait
appel à son cousin qui est déménageur professionnel. La plante
bien emballée pour la protéger au mieux, ils forcent le passage
pour la sortir par la porte d'entrée ; quelques branches se
cassent dans l'opération mais le cactus bien vivant trouve peu après
une nouvelle demeure au jardin botanique. Gaston un peu triste lui
promet de lui rendre très souvent visite. Il récupère une branche
cassée dont il fait une bouture afin de garder toujours près de lui
son cactus adoré.
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