lundi 12 avril 2021

Glanis

- Alexia! Je te laisse fermer, je dois y aller, j'ai un rendez-vous!

La jeune stagiaire acquiesce et elle continue à mettre de l'ordre dans la chapelle. Elle recompte les sièges avec soin.
- Il y en a bien quarante-six, tout est en ordre. dit la jeune fille dans un soupir. Dont le siège de la dame grise.
Alors qu'elle referme la porte, elle songe à Janet Douglas . Elle se demande si elle aurait également avoué son statut de sorcière sous la torture en sachant que le bûcher l'attendait.

   Elle quitte le château lorsqu'un bruit la fait se retourner vers la grande bâtisse. Inquiète, elle scrute l'obscurité mais elle ne voit rien lorsqu'un mouvement attire son regard. Elle remarque une jeune fille accrochée à une fenêtre mais alors qu'elle s'approche, celle-ci disparaît.

- Ces vieilles légendes te font tourner la tête! Rentre donc te coucher.

  La nuit venu, elle se retrouve en train de suivre un long couloir éclairée par une bougie. Un homme est penché sur un jeune garçon qui l'écoute avec attention.

- Mon fils, te voilà majeur, tu es mon héritier. Il existe une pièce secrète où le cadavre de lady Janet Douglas est enfermé, cette pièce qui se trouve derrière la grande cheminée de la grande salle ne doit jamais être ouverte ou notre famille mourra jusqu'au dernier dans la nuit qui suivra. Elle a été accusée de sorcellerie mais on dit qu'elle avait comploté contre le roi James V d'Ecosse et que comme il n'y avait pas de preuves, on l'a accusée de sorcellerie.
- Père, le fantôme que j'ai vu courir dans l'herbe par une nuit d'été, hurlant en silence...
- Oui, c'est une servante qui a menacé d'éventer le secret, le comte lui a ôté la langue mais elle a fui dans le parc où elle a été attrappée et tuée. Il y a une autre pièce secrète dans la cave où un de nos ancêtres a enfermé le clan Ogilvy pour fuir une querelle avec le clan Lindsay. Il les y a abandonnés jusqu'à ce qu'un serviteur entre par erreur dans la pièce et trouve le surviant qui avait dû manger les membres de sa famille pour ne pas mourir.
- Le monstre?
- Non, au XIX ème siècle, l'un des fils du comte qui était difforme a été enfermé pour qu'il y reste caché pour épargner la honte à notre famille. Il n'avait le droit de sortir sur le tout que la nuit pour prendre l'air mais malgré toutes ces précautions, les villageois le voyaient souvent lorsqu'il était là-haut. On l'appelait le monstre de Glannis.
- Une nuit, j'ai vu Earl Beardie, le chevalier en armure et en armes, il s'est penché sur mon lit. Il a perdu son âme au jeu avec le diable et il était cruel, on l'entend encore la nuit dire des choses obscènes en faisant cliqueter ses dés dans sa main, il ne m'a pas fait de mal mais il m'a fait une peur bleue.
- Je le sais mais c'est là notre héritage, nous devons le préserver.

05112020

La carotte ensorcelée

La neige fait rage et l'homme emmitoufflé dans son long manteau lutte pour retrouver son chemin.

- Comment ai-je fait mon compte pour me perde ainsi? s'interroge-t'il en essayant de s'orienter.
Il sait qu'il doit se mettre au chaud rapidement et que son manteau ne le protégera pas longtemps du froid qui commence à s'immiscer en lui. Sa survie en dépend.
Il s'enfonce sous des arbres aux branches dénudées qui le protègent un peu de la neige. Il s'arrête un instant pour reprendre son souffle et il remarque une carotte posée au pied d'un arbre. La faim lui tord le ventre et après l'avoir inspectée et jugée intacte, il croque dedans.

- Et si elle avait été empoisonnée? se demande-t'il en proie à la peur. On ne pose pas une carotte au pied d'un arbre sans raison! Une carotte lavée, débarassée de ses fânes et pas mangée. Comme si on venait de l'acheter au supermarché du coin. On a peut-être voulu tuer un lapin. Mais pourquoi vouloir empoisonner un lapin?

Inquiet, il écoute son cœur battre et il respire lentement. Au bout de quelques minutes, il ne remarque rien et il rit de ses inquiétudes.
- Qui irait empoisonner une carotte? Elle a dû tomber du sac d'un promeneur et quelqu'un l'a adossée à cet arbre.

Il reprend sa marche à la recherche d'un abri. Il ne trouve que le creux d'un rocher et il hésite mais il craint de se perdre dans cette forêt et il sent la fatigue le gagner. Bientôt, l'homme se pelotonne au pied de l'arbre et il sent le froid l'engourdir lentement alors qu'il s'endort, épuisé.

- Je ne dois pas dormir, je pourrais mourir. La nature a toujours raison, elle est plus forte que l'homme, elle le sera toujours. songe-t'il alors que le sommeil l'engloutit.

- Où suis-je donc? se demande-t'il en se réveillant dans un hôpital inconnu.
Il regarde dehors et il remarque que le soleil est haut et brillant, il entend les oiseaux chanter sans comprendre ce qui se passe. Il se lève avec précaution et il cherche ses vêtements dans le placard de la petite chambre. Après s'être lavé dans la minuscule douche et s'être rhabillé, il ouvre la porte pour se retrouver dans un couloir.
- Chambre 227. note-t'il mentalement en s'aventurant dans le couloir d'un hôpital. J'aurais dû appuyer sur la sonnette, tout simplement. songe-t'il alors qu'un infirmier passe près de lui.
- Excusez-moi!
- Le patient de la 227, vous vous êtes réveillé? Enfin!
- Oui, j'ai dormi longtemps?
- Six mois. Jour pour jour.
- Je vous demande pardon ?
- Vous avez dormi six mois. On vous a nourri par perfusion au début mais nous nous sommes rendu compte que vous n'aviez pas besoin d'eau ou de nourriture, vous dormiez tout simplement, vous rêviez. Vous savez que vous êtes célébre? On a fait des articles sur vous.
- Ma famille?
- Votre famille vient de temps en temps mais vous savez comme vous dormez et ne sembliez pas en danger... Que vous est-il arrivé?
Je cherche dans mes souvenirs avant de répondre.
- Je marchais dans la forêt lorsque j'ai vu une carotte posée au pied d'un arbre. Simplement posée à m'attendre. Il neigeait, j'avais faim, elle m'a semblé saine, je l'ai mangée.
- Je ne vois pas quel poison vous plongerait dans le sommeil durant six mois. dit le jeune homme, soucieux. On a cherché, croyez-moi mais nous n'avosn rien trouvé.
- J'ai rêvé, une sorcière aurait ensorcelé cette carotte et l'aurait perdue en chemin. Je l'ai vue la préparer, elle voulait empoisonner l'homme qui l'avait quittée. Avez-vous eu des cas similaires?
- Non, mais il est vrai qu'un homme est entré dans nos services peu après votre arrivée. Empoisonné par une substance inconnue, nous avons conclu à un suicide, faute de preuves. Il avait mangé une pomme empoisonnée.
- Pourquoi suis-je en vie et pas lui?
- Je n'en ai aucune idée, peut-être que c'était un test mais réjouissez-vous d'être encore parmi nous.

24/07/2020

Disparition volontaire

Je ferme ma valise après l'avoir inspectée durant de longues minutes. J'entends ma petite amie dans la pièce d'à côté et je me hâte de cacher mon bagage sous le lit. Je la rejoins dans la cuisine alors qu'elle prépare le dîner et je me serre contre elle un moment, respirant son parfum. Fleur de jasmin et rose, je n'ai jamais réussi à me souvenir du nom de son parfum qui coûte une fortune.
- Tout va bien? 
- Oui, tout va bien. dis-je en prenant le saladier qu'elle me tend.
Après un repas silencieux animé par le bruit de la télévision, je songe que c'est mon dernier repas en ce lieu.

  Deux heures après que nous nous soyons couchés, je fais glisser ma valise sur la moquette blanche de la chambre et je l'empoigne avec fermeté avant de quitter la chambre. Dans le petit couloir étroit, j'écoute mais tout est silencieux, elle dort, insouciante et loin de se douter de ce que j'ai décidé de faire. Je sors sans bruit de l'appartement que je ne ferme pas à clé pour ne pas l'éveiller puis en chaussettes, je descends les escaliers. Un étage, deux étages. Je m'arrête pour écouter mais tout n'est que silence, elle ne s'est pas réveillée apparemment. Je crains de croiser un voisin mais il n'en est rien en cette heure tardive et je rejoins le parking où je prends la voiture. Je conduis jusqu'à la gare et je prends un billet par le premier train en prenant soin d'éviter les caméras et de garder la tête baissée face au guichetier à qui je tends mes billets de banque.

  Je cours pour monter dans le train qui m'emménera vers une destination inconnue après avoir retiré le maximum possible sur mon compte bancaire. Je ne supporte plus ma vie et je décide de la fuir par le premier train. Je me réveille alors que le train arrive au terminus, je descends en pleine campagne et je me demande où je me trouve. Je regarde autour de moi, le nom de la gare ne me dit rien et je hausse les épaules avant de prendre la première rue qui s'offre à moi. Je marche au hasard tout en me disant que je n'ai rien à manger. L'aube se lève à peine et j'imagine Laure qui s'éveillera dans deux ou trois heures, constatant ma disparition. Aussi, je décide de chercher un lieu où je pourrais trouver de quoi m'abriter et manger. Je m'enfonce dans un petit bois et je décide que c'est la meilleure solution pour disparaître. Si je reste loin des chemins, je pourrais facilement passer inaperçu. Et je trouverais de quoi me nourrir et où me loger.

   Je voulais juste échapper à ma vie, je crois. Ma vie monotone, le travail, une petite amie, pas de temps de vivre pour moi. J'ai seulement voulu fuir. J'ignore quand et si je reviendrai mais peu importe, quoi que je fasse, ma vie ne sera plus jamais la même.

23/07/2020

Journal d'un scientifique fou

Cher journal,

Cette nuit, je n'ai pas fermé l'oeil de la nuit. Cette idée m'a trotté dans la tête à peine la tête posée sur l'oreiller. Il faut dire que j'ai relu Frankenstein il y a peu. C'est mon livre préféré d'ailleurs. Surtout le moment où le docteur Frankenstein fabrique la créature. Quand il explique comment il s'est fourni en matériel et comment il les a assemblés avant de lui donner vie. Je voudrais faire la même chose. J'ai essayé bien sûr. Sur des animaux errants; sans succès. Et tout ce sang, je passe un temps infini à nettoyer après mes expériences. La jonction entre les carreaux de mon carrelage s'est coloré de marron et je n'ai jamais réussi à la nettoyer correctement malgré toutes mes tentatives. Ma salle de bain me fait parfois l'effet d'une boucherie, je vois le sang qui a giclé partout alentour, j'imagine les taches se colorer sous mes yeux et je frémis à cet idée.

Le plus dur est de me fournir en matière fraiche mais il y a suffisamment d'animaux errants pour trouver ce dont j'ai besoin avec un peu de patience. Je prends les meilleurs morceaux pour obtenir l'animal parfait même si le mélange de pelages poils de couleur et de longeur différents rend la chose parfois inesthétique. Mais sous la fourrure et la peau, je sais que j'ai l'animal de compagnie parfait. Le plus difficile à choisi r est le cerveau et je me fie à mon instinct pour faire ce choix crucial. L'électricité est abondante de nos jours et augumenter son intensité n'est pas un souci. J'ai voulu mélanger l'agilité du chat et l'intelligence ainsi que la fidélité du chien à la multitude de possibilité qu'offre le chimpanzé. L'arrière d'un chat, les bras d'un chimpanzé volé à un zoo et une tête de chien composent mon œuvre. Ce soir, j'ai tenté de lui donner vie et j'ai échoué. J'ai passé des heures penché sur mon carnet à lire et relire mon expérimentation pour trouver la faille.

Mais j'ai compris pourquoi ça ne fonctionne jamais. Le matériau est la clef. Or, le docteur Frankenstein a créé la créature à partir de cadavres frais d'êtres humains. Me fournir ne sera pas facile, j'ai hésité à acheter un grand congélateur mais comme le froid fait éclater les cellules, je préfère éviter pour l'instant. Pour une deuxième tentative, je tenterai la congélation. Sinon, il me faudra me fournir en viande de meilleure qualité et plus fraîche... Reste à trouver des donneurs.

23/07/2020


dimanche 11 avril 2021

Descente aux enfers

- Encore une sale journée qui commence! claironne Gustave dans sa salle de bain, face au miroir qu'il évite du regard.

  A pas lents, il se dirige vers la cuisine où il se sert dans le réfrigérateur avant de s'affaler dans le vieux canapé défoncé, sa mixture rouge vif à la main. D'un geste las, il prend la télécommande pour allumer la télévision qu'il regarde d'un œil inexpressif.

- Il n'est même pas midi et je ne peux pas sortir! marmonne-t'il en engloutissant son repas. Entre le confinement, le jour, mon nouveau statut de vampire et mon insomnie, je suis servi! Reste à savoir ce que je vais bien pouvoir mettre sur mon attestation pour aller me nourrir et me réapprovisionner en sang frais. Le sang du boucher, ça dépanne mais ça ne satisfait en rien les papilles. Et la nourriture humaine n'a plus de saveur. C'est plus une habitude qu'autre chose. En même temps, c'est sans doute une punition divine pour être sorti dans le jardin en pleine nuit pour prendre l'air. Et si au moins, ce vampire m'avait tué mais non, il a eu la cruauté de me laisser la vie.

  Pensif, il regarde par la fenêtre aux rideaux fermés et il imagine la vie au dehors avant de se remettre à regarder son feuilleton en rêvant à une vie normale. 

2020 

Humanité

- Et maintenant des nouvelles d'Humanité! Le vaillant robot qui nous a ramené des clichés nets et en couleur de la planète Mars est sur le retour vers notre planète avec des échantillons de grande valeur car venant d'une région inexplorée de la planète rouge. Et pour refermer ce journal, un point sur les vacanciers qui se pressent...

Colline éteint la télévision et après avoir rangé la vaisselle qui attend sur l'égouttoir du coin cuisine de son minuscule studio, elle se glisse dans son lit où elle s'endort.

A quelques kilomètres de là, dans le laboratoire, Victor, jeune scientifique rattaché à l'agence spatiale européenne nettoie soigneusement le robot tout juste rentré de la mission scientifique sur la planète Mars. Avec délicatesse, il passe un jet d'eau sur l'appareil avant de racler le sol pour s'assurer que tout le liquide de nettoyage est évacué dans les égouts via la grille placée au centre de la pièce légèrement en pente.

- J'ai terminé! Enfin! hurle-t'il à la cantonade. Bonne nuit, je rentre chez moi. achève le quadragénaire en faisant un signe de la main à la ronde.

Il écoute à peine les réponses de ses collègues en se défaisant de sa combinaison qu'il met au nettoyage. Puis il rejoint le parking en sifflotant.

Il ne sait pas qu'un grain de sable martien s'est détaché du recoin du véhicule d'exploration où il s'était coincé, que ce minéral a rejoint les égouts puis la mer.

Le grain de sable extraterrestre rencontre l'eau salé et sa structure moléculaire change, se mêlant aux atomes terrestres. Il commence à libérer une toxine qui sort de son sommeil et qui se multiplierdans l'eau de mer. Au gré des courants, elle colonise le monde entier et elle modifie le pH de l'océan qui s'acidifie un peu plus chaque jour; en quelques jours, elle a pris possession de la Terre et de ses océans sans que personne ne le remarque à la surface. Coraux, algues, poissons, plancton meurent en quelques mois. Partout des laboratoires analysent l'eau mais ne sachant quoi chercher, ils ne trouvent pas la toxine qui continue à se répandre sur la planète en pénétrant dans les nappes phréatiques où elle se multiplie de nouveau au contact de l'eau douce cette fois-ci, empoisonnant l'eau, les animaux terrestres et les êtres humains.

Colline se penche pour examiner l'écran de son appareil photographique numérique et elle regarde la mer, interloquée. Elle s'agenouille et elle examine le fond de l'eau et la plage pour se convaincre de ce qu'elle a vu.

- Bonjour, je suis Colline, je photographais sur la plage des Ombellines et tout est mort, je crois. Je ne sais pas qui appeler.
Au bout de la ligne, le policier fait la moue et il lui répond qu'il s'en occupe avant de soupirer.

- Encore un souci avec l'usine, je crois. Jacques, c'est pour toi, cette fois-ci.

Lorsque le policier arrive à la plage, il écarquille les yeux de surprise.

- Que se passe-t'il?

- Je l'ignore, c'est pour cette raison que je vous ai contactés. dit la femme en souriant.

- D'accord, je crois que je vois, je prends ça en charge. Rentrez chez vous, et pas un mot.

La jeune femme salue et elle rentre chez elle, perplexe. Elle passe la soirée à faire des recherches sans rien trouver.

Le lendemain, elle revient sur les lieux et elle remarque une armée de scientifiques en combinaison blanche, masqués et gantés qui effectuent des prélèvements dans l'eau et sur la plage. Elle s'inquiète d'avoir attrappé un agent pathogène mais elle se rassure, les policiers ont certainement son numéro de téléphone suite à son appel.

Au fil des jours, des informations relayent des nouvelles parlant de morts mystérieuses suite à une maladie respiratoire et de germes dans l'eau de mer qui ont été identifiés un peu partout dans l'eau douce comme salée. Un laboratoire isole l'agent pathogène qui est inconnu et qui résiste aux principaux tueurs de germes, condamnant la vie terrester à court terme.

Colline continue de prendre ses photographies qu'elle développe elle-même chaque jour avant de le annoter avec soin.

- Nous allons tous mourir mais je veux laisser mon témoignage. songe-t'elle en refermant le cahier où elle a rangé les photographies. Elle fixe la carte mémoire dont elle a pris soin de transférer les documents via un service en ligne avec de la colle. Elle referme le carnet qu'elle met bien en évidence.

Puis elle approche une fiole de ses lèvres et elle s'allonge sur son lit avant de boire son contenu. Elle s'endort de son dernier sommeil alors que l'agent pathogène continue à étendre sa domination sur la planète, exterminant toute forme de vie. 

 Juillet 2020 

mercredi 24 février 2021

La sorcière des Bell

   Un couinement fait sursauter l'homme qui regarde autour de lui. La mer de maïs semble vouloir le noyer mais il baisse les yeux à terre à la recherche de l'intrus. Enfin il l'aperçoit, un gros chien le regarde venir à lui, immobile. Plus il s'approche, plus il se dit que ce chien ne ressemble pas à chien. Il hésite un instant, puis il épaule son fusil, la balle part, déchirant l'air de l'après-midi et il se précipite. La place est vide, nul cadavre, nulle trace de pattes. Perplexe, l'homme rentre chez lui à pas lents.
  Les jours passent et l'homme oublie l'incident. Il joue à la balle avec ses fils lorsqu'un oiseau perché en haut d'un arbre l'intrigue, il s'approche et l'oiseau inconnu ne bouge pas. Avec précaution, le riche fermier épaule son fusil avant de se précipiter au pied de l'arbre.
- Vide, l'oiseau s'est envolé! 
Il hausse les épaules et il rejoint ses enfants.

- J'ai vu une fille de mon âge en train de se balancer à la grosse branche.
- Quelle fille, Betsy? s'étonne le fermier en fronçant les sourcils.
- J'ai essayé de lui parler mais elle ne m'a pas répondu. Elle avait mon âge et portait une robe verte mais je ne l'ai jamais vue dans les environs.
- Où est-elle maintenant?
- Elle a disparu quand je me suis approchée, je ne sais pas où elle est maintenant.
- Comme le chien que j'ai vu.
Le fermier se tourne vers l'esclave qui vient d'entrer et il demande des précisions.
- Un chien noir que j'ai vu plusieurs fois, venu de nulle part. Il grognait et lorsque j'ai pris un bâton pou rle chasser, il a disparu, comme s'il s'était évanoui par magie.
- La magie n'existe pas, retourne au travail.
- Bien monsieur.

-Je ne crois pas à toutes ces histoires! songe l'homme assis sous la véranda sa pipe à la bouche à la nuit tombée. Quelle journée étrange, vraiment. Enfin, tout ceci est terminé. Il est temps d'aller dormir. songe le tennesséen en se levant pour aller dormir.
Cette nuit-là, il rêve qu'un oiseau disparaît sans cesse à l'approche de son fusil et il se réveille à l'aube, en sueur avant de se rendormir paisiblement.

- On a frappé à la porte! Betty, allez ouvrir! dit le maître de maison en prenant son café.
- Il n'y a personne, monsieur. Une farce d'un gamin quelconque, j'imagine.
En fin d'après-midi, une fenêtre claque à l'étage et la petite Betsy se précipite pour la fermer tandis que la porte de la pièce claque. Halentante, elle regarde autour d'elle sans rien remarquer et elle rejoint le rez-de-chaussée. De nouveau, on frappe à la porte et l'enfant se précipite pour ouvrir, trop heureuse de se retrouver face à un être humain quelconque mais de nouveau, le perron est vide.
- J'ai rêvé, voilà tout.
Durant la nuit, la maisonnée se réveille au son de griffes qui raclent le plancher du grenier. Le maître de maison et deux esclaves se rendent au dernier étage de la maison sans rien trouver, ni marques, ni trace de rats ou d'un chien égaré. Alors qu'ils redescendent, une fenêtre claque à l'étage et ils se rendent dans la salle de bain mais la fenêtre est fermée.
- Allons dormir, nous avons rêvé et nous ne pouvons rien faire de toutes manières. Pas avant demain. dit John, las.
Le lendemain matin alors que la famille prend le petit-déjeuner, une porte claque à l'étage mais personne ne se lève. En effet, au dehors, les grognements de deux chiens qui se battent les attirent dans la cour mais elle se révèle vide.
- Terminons de manger, le travail nous attend. décrète le maître de maison d'une voix ferme. Ces manifestations cesseront d'elles-mêmes si nous les ignorons.
Pour lui répondre, la fenêtre se met à battre fortement mais sans se laisser démonter, il la referme avant de se rasseoir devant son petit-déjeuner suivi par sa famille.
- J'ai du travail. dit-il en se dirigeant vers les champs, soulagé d'échapper aux manifestations et de pouvoir réfléchir à son aise mais inquiet de laisser sa famille dans la maison. Lorsqu'il rentre le soir venu, il s'enquiert de la situation.
- Mon maître, les bruits n'ont pas cessé de la journée, pire il y a eu des gargouillis dans les tuyaux. J'ai eu la peur de ma vie mais j'ai fait mon possible pour n'en rien montrer. dit la vieille esclave en espérant qu'il aura une réponse.
- Ignorons ces bruits et bientôt, plus rien n'y paraitra. L'auteur de cette farce finira par se lasser.
- Je l'espère.
A minuit, un bruit de chaînes parcourt la maison entière et la maisonnée se réunit dans le salon, incapable de dormir. Ce n'est qu'à l'aube que monsieur Bell décrète qu'il est temps d'aller dormir tandis qu'au dehors, deux chiens se battent en hurlant.

Après une nuit paisible, la famille se réunit autour de la table du petit-déjeuner.
- Nous devons garder le secret sur tout ceci, on pourrait nous accuser de sorcellerie et nous condamner au bûcher. Avec le temps et de la patience, les choses s'apaiseront d'elle-même. décrète le père de famille d'un ton qu'il veut assuré.
Les enfants acquiescent et mangent en silence avant de se rendre à l'école où ils ne soufflent mot de l'histoire. Restée seule dans la maison, Betty ne cesse de regarder autour d'elle mais en voyant que tout est calme, elle se met à la lessive en chantonnant comme elle a l'habitude de le faire. Elle a les mains plongées dans le savon lorsqu'un grattement la fait lever la tête. Bientôt le bruit reprend et elle identifie de nouveau, le bruit de griffes raclant le sol. Elle sent son visage blêmir et elle décide d'affronter le fantôme. Avec courage, elle se rend dans la pièce au-dessus de sa tête mais son inspection ne révèle rien.
- Qui est-là? J'ai entendu du bruit. dit-elle d'une voix aussi assurée que possible mais seul le silence lui répond.
Elle inspecte la pièce dans l'espoir de trouver un rat mais tout est vide et elle redescend précipitamment finir sa lessive.
Elle sursaute alors qu'elle se penche pour prendre la bassine pleine de linge humide au son d'une porte qui claque mais la porte de la buanderie est grande ouverte. Elle sort dans le jardin pour étendre le linge avec la sensation d'être observée mais elle tient bon et fait mine de ne rien remarquer dans l'espoir que de nouvelles manifestations n'apparaissent pas. Alors qu'elle rentre dans la maison, elle entend un bruit de quelqu'un qui s'étouffe et elle se précipite dans la salle à manger qui est vide.
Terrifiée, la jeune femme hésite et elle sort dans le jardin pour reprendre ses esprits.
- Je dois rester forte pour le maître et sa famille. A quoi bon me plaindre? Nous sommes tous dans les mêmes tourments.
Avec résignation, elle reprend sa lessive qu'elle achève rapidement avant de mettre le linge à sécher, soulagée d'être à l'extérieur.

Le soir venu, la famille est réunie et évoque sa journée. Soudain, le bruit de pierres qui tombent sur le plancher les fait sursauter mais le regard impérieux du chef de famille les fait baisser le nez dans leur assiette et continuer à manger comme si de rien n'était.

- Cette nuit, j'ai entendu des bruits comme si des rats rongeaient les montants de mon lit. dit la jeune Betsy le lendemain matin mais il n'y avait rien. Je suis restée roulée en boule dans mon lit toute la nuit, terrifiée.
- Hier, j'en entendu quelqu'un s'étouffer alors que je rangeais du bois dans la soupente. dit le fermier. Nous devons nous efforcer de vivre normalement comme si de rien n'était.
Une semaine plus tard, le jeune fils hurle dans la nuit précipitant la famille dans sa chambre. L'enfant en larmes est assis sur son lit et ses couvertures gisent au sol.
- Que se passe-t'il? interroge le fermier.
- Je dormais et mes couvertures ont été arrachées de mon lit. sanglote l'enfant.

- Ce n'est rien. dit son père en l'attirant contre sa poitrine où l'enfant se laisser bercer. Peu à peu, ses larmes se tarissent et John Bell se sent soulagé.K
- Ce n'est rien, les choses vont finir par s'apaiser, Dieu nous protège et ne permettrait jamais que le Diable nous tourmente alors que nous sommes bon chrétiens.

Les jours suivants, tous les membres du foyer voient leurs couvertures arrachées et plusieurs se plaignent d'avoir reçu des claques pour s'être opposé à l'entité. Betsy se rend compte qu'elle est la plus grande victime de tous, elle se plaint de voir ses cheveux tirés avec force tandis que les autres se plaignent de simples tirements de cheveux. A part elle, elle se demande ce qu'elle a bien pu faire pour mériter ce traitement mais elle n'ose pas poser la question à voix haute dans la solitude de sa chambre. Le soir venu, elle prie longuement Dieu dans l'espoir qu'il la protège mais nul ne lui répond et elle se couche, tremblante entre ses couvertures sanglotantes attendant que l'entité s'en prenne à elle. Lorsqu'elle sent ses cheveux tirés par une force invisible, elle font en larmes, incapable de se défendre face à l'ennemi qui l'assaille sans raison.
- Que t'ai-je fait? demande la fillette, sanglotante.
Mais nul ne lui répond et elle se recroqueville sur elle-même, inconsolable n'attendant que le matin.

Quelques jours plus tard, la jeune fille croise Richard Powell, maître d'école qui lui demande de ses nouvelles avec affabilité. Elle observe l'homme bien consciente qu'il lui fait la cour et elle lui répond poliment avant de reprendre sa route.
L'homme se retourne sur son passage en souriant.
- La fille d'un des plus riches fermiers des environs serait un beau parti. se dit l'instituteur en reprenant sa route, songeur. Mais je suis bien plus vieux qu'elle...
Alors qu'elle arrive en vue de la ferme, la jeune fille se trouve face à Joshua Garner.
- Bonjour, monsieur Garner.
- Bonjour, Betsy. Puis-je venir vous rendre visite à l'occasion?
- Bien sûr. dit-elle à son voisin qui lui répond en souriant.
Joshua Garner sourit et il lui promet de venir rendre visite à la famille de la jeune fille.
Ravie, la jeune fille rentre en rêvassant à son prétendant.

Quelques jours plus tard, Joshua arrive à la ferme et il fait une longue promenade avec Betsy qui semble apprécier sa compagnie.
Au fil des jours, Betsy se rend compte que les visites de monsieur Garner se soldent par un regain d'activité de ce que l'on appelle dans les environs la sorcière des Bell.
- Elle n'aime pas cet homme. songe la jeune fermière en larmes.
Pourtant, elle relève la tête et elle fait bonne figure à son visiteur qui vient le voir de plus en plus souvent à son grand plaisir.
Pourtant, elle doit bien se rendre l'évidence que chaque visite donne lieu à des représailles. Elle en parle à ses parents mais comme personne ne sait ce qu'il se passe, elle décide de faire son choix seule et elle continue à fréquenter son prétendant.
Au fil des jours, les attaques se multiplient et un soir, sa famille se réunit autour d'elle alors qu'elle raccomode une robe dans le salon.
- Tu vas partir, nous nous inquiétons tous pour toi. dit son père.
- Mais, où vais-je aller?
- Prépare tes affaire et fais-moi confiance. dit le fermier.
L'adolescente comprend qu'il ne tient pas à dévoiler à haute voix le lieu de sa retraite à l'entité et elle obtempère soulagée de quitter les lieux mais attristée de quitter sa famille. Elle verse une larme lors de ses au revoir et elle monte dans la carriole, le cœur lourd en ravalant ses larmes, pleine d'espoir.
Durant le trajet nul ne dit un mot et Betsy se détend lorsqu'elle reconnaît la ferme d'amis de ses parents qui ont toujours été bons pour elle.
- Bonjour Betsy. dit le fermier en l'accueillant.
- Bonjour, Jim. dit-elle en se forçant à sourire.
Tandis que la femme de Jim l'installe dans sa nouvelle chambre, elle entend des bribes de voix et elle devine que son père informe son ami de la tournure des évènements et de la gravité de la situation. Elle se force à ne pas écouter et elle descend bientôt les rejoindre pour mettre fin à la conversation. A son entrée, les deux hommes se taisent et son père se penche pour l'embrasser.
- J'espère que nous trouverons une solution et que tu pourras bientôt rentrer à la maison. dit-il, les yeux embués de larmes.
- Moi aussi, père. J'espère que la chose ne s'en prendra pas à un autre membre de notre foyer. Je me sentirai responsable.
- Tu n'as pas à l'être. la rassure le fermier en mettant la main sur son épaule. A très bientôt. dit l'homme en remettant son chapeau et en sortant pour monter dans la carriole qui le ramènera chez lui.
Sur le chemin du retour, il tente de se convaincre qu'il a fait le bon choix mais il sent l'angoisse le tenailler.

La soirée se passe sans encombre et la jeune fille reprend espoir. Elle se surprend à chantonner alors qu'elle se déshabille et qu'elle se glisse entre les draps. A minuit, elle se réveille incapable de respirer, elle se débat et essaie de crier sans succès. Le souffle court, les joues empourprée, elle parvient enfin à retrouver sa respiration et elle quitte la chambre en pleurs à la recherche d'un miroir qui ne révèle aucune marque sur son cou.
- Je sais pourtant que je n'ai pas rêvé. sanglote-t'elle en rejoignant sa chambre, bien consciente de n'être à l'abri nulle part.
Elle se recouche et elle finit par s'endormir. Le lendemain, elle se tait dans l'espoir que l'entité se lasse face à son indifférence mais lorsqu'elle sent des aiguilles se planter dans la peau de ses bras, ses nerfs la lâchent et elle fond en larmes, confessant ses tourments. Le lendemain, son père vient la chercher et elle remonte dans la carriole, une boule d'angoisse lui nouant le ventre à la pensée de retrouver la ferme familiale. Le fermier s'inquiète de lui voir un visage rouge et il se décide à l'interroger.
- J'ai souvent l'impression d'étouffer, le souffle court. J'ai la sensation qu'on m'étrangle, parfois je sens que je vais m'évanouir mais que pouvez-vous pour apaiser mes tourments?
Son père ne répond rien et la jeune fille se force à lui sourire dans l'espoir de le rassurer.

En larmes, Betsy supplie qu'on la laisse et elle s'effondre en larmes dans l'obscurité de sa chambre.
- Qu'as-tu? lui demande son père au petit-déjeuner.
Il ne peut ignorer les marques sur la peau de la jeune fille et il la regarde avec intensité.
- Je te promets de chercher de l'aide mettre fin à tes tourments.
Sitôt le petit-déjeuner avalé, le père de famille se rend chez son voisin.
- James, je voudrais te parler.
- Bonjour, monsieur Bell.
- Bonjour, madame Jonhson.
- Viens. dit son voisin en l'entraînant dans la cuisine où il lui sert un café fort avant de se servir lui-même.
Après un soupir, John se confie. Il détaille l'année qu'il vient de vivre, les yeux rivés sur le bois de la table dont il suit les veines avec application pour éviter le regard de son voisin.
- Il faudrait des preuves de ce que tu avances. Des informations complémentaires.
- Venez passer quelques temps à la maison avec ton épouse, vous verrez par vous-même, je suis désemparé.
Le couple prépare ses affaires à la hâte et ils suivent leur voisin jusqu'à sa ferme. Après un repas silencieux, la maisonnée va se coucher. A minuit, on cogne à la porte des nouveaux venus et monsieur Johnson ouvre sans trouver le moindre intrus dans le couloir. Perplexe, il retourne se coucher auprès de sa femme terrifiée et il attend la suite des évènements. Au dehors, il entend deux chiens gronder sourdement et il se force à se lever mais il ne voit rien au-dehors. Il commence à se poser des questions lorsqu'il entend des griffes racler le plancher de sa chambre. Il sursaute et terrifié, il se penche sur l'endroit d'où le bruit provient mais le plancher est intact.
- Je t'en prie, rentrons chez nous. sanglote sa femme.
- Non, nous devons les aider et savoir ce qui se passe exactement, je veux voir et entendre par moi-même ce qui se passe ici.
Au matin, forcé de se rendre à l'évidence, il décide de prolonger sa visite. Au bout de quelques jours, il interpelle son voisin et il lui suggère de former un comité pour enquêter et savoir à qui il a affaire. Ils en parlent autour d'eux dans le voisinage et l'histoire fait peu à peu le tour de la région.

- Bonjour, c'est bien ici la ferme des Bell?
- Oui. dit le fermier, en fronçant les sourcils. Que puis-je pour vous?
- Je suis exorciste et j'ai entendu parler de votre histoire. Si vous permettez que je...
Avec un soupir, l'homme acquiesce, lassé et il regarde l'énergumène vêtu comme un cow-boy inspecter la ferme et interroger les habitants. Il observe le vieil homme imposer ses mains sur les murs et lorsqu'il lui dit ne rien pouvoir faire, il se sent presque soulagé. Mais bien conscient que ce n'est que le premier d'une longue série, il hésite sur la marche à suivre, il regarde Betsy qui a pâli sous les mauvais traitements et il décide de laisser leur chance aux démarcheurs dans l'espoir d'avoir des réponses même s'il n'y croit guère. Au fil des semaines, le défilé se poursuit sans résultat et John Bell s'interroge sur le bien-fondé de sa décision d'autant plus qu'il ne voit aucune amélioration du sort de sa fille.
- Au moins, ils ne me demandent pas de les payer. bougonne-t'il en examinant ses champs.

- Répondez à ma question, un coup pour oui et deux coups pour non.
Dans la chambre de Betsy, le medium reste à l'écoute de l'entité qui répond par des coups sans lui apporter de réelles réponses sur sa nature et son but. Navré, il rejoint la famille qui attend au salon, tout en évoquant des résultats encourageants.
Ses confrères se suivent et bientôt l'entité siffle pour répondre aux questions des medium sans se faire menaçante, les encourageant à continuer. Le fermier et la jeune fille écoutent les rapports et ils décident de continuer leurs démarches dans l'espoir d'avoir une réponse à leurs interrogations.
- Mon Dieu! s'écrie le medium en se levant de sa chaise. Je l'ai!
Il se penche et il tente de décrypter les mots que la voix vient de lui dire mais il ne parvient pas à reconnaître le message et la nature de l'entité même s'il juge le résultat encourageant.
- J'ai réussi à entrer en contact avec l'entité. Elle a parlé, je n'ai pas compris ce qu'elle a dit mais c'est une avancée. Nous pouvons espérer savoir ce qu'elle veut à votre fille et la faire partir de chez vous. Je reviendrai dans quelques jours, si vous l'acceptez.
- Je l'accepte. dit le père de la jeune fille qui n'a pas de meilleure piste.

- Bien, allons-y.
De nouveau, le medium tente d'entrer en communication avec la voix seul dans la pièce en essayant de ne pas penser à la famille terrifiée qui attend dans le salon. Il regarde la chambre de la jeune fille et il laisse son esprit s'ouvrir à son environnement. De nouveau, il interroge l'entité dans l'espoir d'avoir une réponse qui l'aide à porter assistance à la famille. Il interroge de nouveau l'entité sur son origine et sur son but en vain. Découragé, il songe à quitter les lieux lorsque la voix se fait entendre, claire et nette mais saccadée.
- Je suis un esprit venu de partout, ciel, enfer et terre. Je suis dans l'air, dans les maisons, en tous lieux, tout le temps, née il y a des millions d'années. C'est la seule chose que je vous dirai.
Perplexe, le medium rejoint la famille qui a entendu le discours de l'entité et Betsy fond en larmes tandis qu'il tente de rester rassurant.

Au fil des jours, le comportement de l'entité changea de nouveau. Un jour en rentrant de la messe, la famille eut la surprise d'entendre la voix répéter mot pour mot le sermon qui venait d'être prononcé par les deux pasteurs qui officiaient dans la paroisse.
- Mon dieu, quand cela s'arrêtera-t'il? s'interroge le fermier.
Lassée de son manège, l'entité se mit à dire des obscénités qui horrifient les prudes fermiers. Elle ne manquait pas de leur chuchoter à l'oreille ses paroles à n'importe quel moment de la journée. Avec soulagement, Betsy remarque que leur agresseur s'attaque à leur famille dans son ensemble mais bientôt, l'entité s'acharne sur sa mère, Lucy, accroissant son sentiment de culpabilité. L'entité chuchotait à son oreille à toute heure de la journée sans jamais lui faire de mal directement à son grand soulagement. Bientôt, l'entité s'attaqua à John Bell qui craignait que toute la famille soit concernée au fil du temps, culpabilisant de ne pouvoir les aider.
Un soir que des voisins s'étaient réunis dans la cuisine de la ferme pour partager une bouteille de bière, la voix de la sorcière se fait entendre "Je suis déterminée à hanter et faire souffrir le vieux Jack tout au long de sa vie".
John Bell reconnaît là son surnom et il frissonne même s'il espère que l'entité cessera de tourmenter les autres membres de sa famille pour s'acharner sur lui. Horrifiés, les voisins ne disent rien, se bornant à regarder le fermier avec compassion.
- La sorcière des Bell a encore frappé. dit l'un d'eux avec résignation en quittant la ferme, triste d'abandonner la famille dans ses tourments mais bien conscient de son impuissance.

- Je ne remarque rien d'étrange. dit le médecin de la famille, perplexe. Et si Betsy était ventriloque? Même sans s'en rendre compte, dans un état second, durant une absence? Je repasserai dans quelques jours.
Les visites s'enchaînent mais le médecin s'avoue impuissant jusqu'au jour où la voix se met à parler et qu'il place précipitamment la main sur la bouche de la jeune fille.
- Au moins, nous savons que Betsy n'est pas ventriloque... dit l'homme en se grattant la tête, perplexe. Je ne trouve aucune explication rationnelle pour le moment.

Un matin, le fermier se réveille avec la sensation d'étouffer. Sa bouche le fait souffrir et le miroir lui renvoit l'image d'une langue gonflée qu'il tâte pour déterminer la cause d'un tel changement. Son reflet déformé lui fait craindre le pire et il décide de ne pas appeler le médecin dans un premier temps.
- On dirait que je me suis fait piquer par une guêpe mais il n'en est rien. se dit-il en descendant jusqu'à la cuisine pour prendre son petit-déjeuner.
L'horreur se lit sur les visages lorsqu'il prend place autour de la table et il sourit faiblement.
- Je ne sais pas ce qui se passe, je ne crois pas être malade, l'entité... dit-il avec difficulté avant de servir en lait et en pain beurré, se forçant a avaler la nourriture malgré ses difficultés.
Alors qu'il se met au travail, une voix l'assaille de grossiéretés qu'il feint d'ignorer. Tout au long de la journée, il se contient mais une fois couché dans son lit, les larmes l'assaillent dans la chambre silencieuse.
Au matin, toute trace de l'enflure a disparu même s'il continue à être la proie des injures de la créature et qu'il continue son travail comme à l'accoutumée. Pourtant après une nuit agitée, il se rend à l'évidence après quelques jours d'apaisement, l'enflure marque de nouveau son visage et il s'examine avec horreur. Au fil des jours, la situation se dégrade et il se voit contraint de cesser son travail et de rester dans la maison incapable de soutenir la moindre activité.

Le fermier entre dans la porcherie et il souflle.
- Je reste épuisé par la dernière crise. se dit-il en se tournant vers son fils cadet qui lui sourit. Nous allons faire un sort à la truie, nous aurons de la viande pour cet hiver.
John s'arrête, les yeux baissés et il secoue la tête.
- Ce n'est rien, j'ai perdu ma chaussure. songe-t'il avec soulagement en se baissant pour le renouer.
Il reprend sa route lorsque l'autre chaussure reste dans la poussière de la cour. Les sourcils froncés, il revient en arrière et il refait son lacet avec application pour s'assurer que la chaussure ne le quittera pas de nouveau. Il reprend sa route, rejoint par son fils mais de nouveau, il perd un soulier.
- Je ne comprend pas, cette paire de chaussure est étroite, je peine à les mettre! dit-il en renouant de nouveau ses lacets.
Sans un mot sur l'incident, feignant de l'ignorer les deux hommes s'occupent des cochons en silence. Leur tâche accomplie, ils retournent vers la ferme mais de nouveau, John perd son soulier à plusieurs reprises, renouant les lacets avec application à chaque fois.

En vue de la ferme, père et fils se regardent, soulagés de retrouver leur abri précaire.
- Ah!
Le fils se précipite vers son père qui se tient le visage, plié en deux.
- Il étouffe. se dit-il en l'aidant à s'asseoir sur un rondin, le souffle court.
- J'ai été frappé. dit le fermier en grimaçant.
- Nous allons rentrer et tout se passera bien. tente de le rassurer le jeune garçon tandis que le visage de son père commence à se contracter pour se convulser bientôt suivi de son corps tout entier.
- Richard, je...
- Père. dit-il ne sachant que faire, se contentant de tenir la main de son père.
En son for intérieur, il craint qu'il ne meurt mais il se retient de prononcer ses craintes à voix haute, attendant avec angoisse la fin de la crise. Des chants se font entendre sans qu'ils puissent en distinguer les paroles mais le ton empli de moqueries ne fait aucun doute et il se bouche les oreilles alors que le volume du chant ne cesse d'augmenter. Un éclat de rire signe la fin des chants et le jeune homme soupire de soulagement. Il reporte ses regards sur son père dont le visage continue à se convulser et il se retient d'essuyer les larmes qui inondent ses joues.

En pleurs, le fermier s'adresse à son fils.
- Mon fils, je ne tarderait pas à quitter ce monde. Je ne pourrais survivre bien longtemps aux persécutions que cette chose horrible m'inflige. Elle m'assassine à petit feu, je sais que la mort approche.
Le jeune garçon sanglote et il aide son père à se relever pour le ramener dans la ferme. La famille note leur mine triste mais personne ne pose de questions et le jeune garçon aide son père à rejoindre sa chambre et à se coucher. Au fil des jours, le fermier sent ses forces le quitter, incapable de quitter son lit. Les semaines passent, n'apportant pas d'amélioration et la famille se désole.

- Mon dieu!
La famille se précipite dans la chambre du malade au cri de la mère de famille et ils trouvent leur père secoué par les convulsions et inconscient tressautant sur son lit sans qu'ils puissent faire quoi que ce soit.
En désespoire de cause, l'un des fils s'attarde sur la table pleine de flacons de verre contenant des médicaments à la recherche d'un remède, pris d'un sentiment d'urgence.
- Qu'est-ce que? dit-il en élevant vers la lumière un flacon qui lui est inconnu.
La famille secoue la tête, personne n'a jamais vu ce flacon ni ne sait ce qu'il contient. Le médecin ne tarde pas à arriver et il se penche sur le malade avec inquiétude.
- C'est une perte de temps que de tenter d'aider le vieux Jack. J'ai eu sa peau, cette fois-ci. dit la voix grinçante où le triomphe pointe.
- Et le flacon, que contient-il? demande le fils qui tient toujours la bouteille à la main.
- Une potion que j'ai concoctée et que j'ai fait ingurgiter au vieux Jack cette nuit pour qu'il ait enfin son compte.
La voix se tait et tous frissonnent. La mère de famille s'empart du flacon et elle en donne une goutte à un des chats de la ferme qui se prélasse dans la cour. Sous les yeux horrifiés de tous, il saute en l'air en miaulant de désespoir avant de faire plusieurs tours en apesanteur puis retombe brutalement sur le sol, mort.
- Mon Dieu! Jon a bu ce breuvage par malice, il est condamné. comprend-elle en pleurs avant de revenir au chevet de son mari qui continue à se convulser toute la nuit pour mourir au matin.

Le jour des funérailles, des cris de triomphe emplissent l'église et tous les amis et la famille sursautent tandis que des rires s'élèvent. La voix chante, triomphante et la cérémonie se déroule malgré tout.

Après l'enterrement, la vie reprend son cours et Betsy retrouve Joshua Gardner chaque jour.
- Acceptez-vous de m'épouser cette fois-ci? A la fin de votre période de deuil.
La jeune fille de seize ans hésite et elle regarde son soupirant qui attend sa réponse avec anxiété.
- J'accepte, il faudra que vous en parliez avec ma mère maintenant que mon père n'est plus.
Alors que les préparatifs battent leur plein, Betsy entrevoit un avenir radieux et elle attend chaque jour les visites de son fiancé.
- Par pitié, Betsy, n'épouse pas Joshua Gardner.
La jeune fille se lève d'un bond, se piquant le doigt avec l'aiguille avec laquelle elle raccomodait un chemisier et elle regarde autour d'elle.
- Elle est revenu. songe-t'elle tandis qu'un gémissement s'échappe de sa gorge.
Puis elle se reprend et d'un air de défi, elle se remet à son ouvrage feignant de n'avoir rien entendu et se forçant même à chantonner tant par bravade que pour dompter sa peur.

Désormais à toute heure de la journée, la jeune fille était poursuivie par la voix suppliante de la sorcière et malgré son amour pour son fiancé et sa détermination, elle céda. Un après-midi que son prétendant était venu lui rendre visite, elle le prit à part pour lui parler seul à seule.
- Joshua, je vous aime mais je ne peux pas vous épouser. Je romps nos fiançailles et j'annule notre mariage. La sorcière qui a tourmenté mon père jusqu'à le conduire à la mort et qui m'a tourmentée également est revenue me parler. Elle me supplie de ne pas vous épouser. J'ai peur de subir le même sort que mon père et de vous plonger ainsi que ma famille dans l'affliction. Je vous aime mais je ne peux pas vous épouser. J'espère que vous me comprendrez et que vous me pardonnez. dit-elle les yeux emplis de larmes.
- Vous me brisez le cœur, Betsy mais j'accepte votre décision. Je vous souhaite de trouver le bonheur. dit-il d'une voix brisée avant de se détourner pour rentrer chez lui le cœur lourd.

- Je reviendrai dans sept ans. lance la voix avant de s'évanouir.
Soulagée de ne plus avoir de visites de la sorcière des Bell, Betsy que le maître d'école a commencé à courtiser accepte sa demande en mariage et elle espère de tout son cœur ne pas voir la sorcière surgir le jour de la cérémonie mais à son grand soulagement, tout se déroule à merveille et elle espère un avenir radieux

Sept ans après les évènements, Lucy Bell et deux de ses fils qui habitaient encore dans la maison craignaient le retour de la sorcière comme elle l'avait promis. Le cœur battant, la femme sursaute lorsqu'elle entend des bruits mais à son grand soulagement, rien d'autre ne se passe et elle attend qu'ils cessent.
- John Bell Junior. chuchote la voix dans le noir.
L'héritier des Bell s'éveille, le cœur battant et il se force à répondre.
- Oui?
- Je dois te parler du passé, du futur, de ton père. J'avais mes raisons de le tourmenter mais je puis te dire de quoi il retourne.
L'homme hésite à défendre son père mais il décide de se taire par crainte des représailles, il attend donc la suite de la conversation.
- Je reviendrai dans cent sept ans. dit la voix avant de s'évanouir.
- Mais en mille neuf cent trente-cinq, je ne serai plus de ce monde. songe le jeune garçon qui craint qu'elle ne tourmente ses héritiers.

Quinze ans après l'épisode de la sorcière des Bell qui emporta son père, le bonheur de Betsy se brisa après la mort de son époux.

042020