mercredi 17 mai 2017

Rune d'Ambre Chapitre 2/30

    Les deux adolescents avancent prudemment sur un large chemin de terre battue. Autour d’eux, ils ne voient pas âme qui vive, ils sont entourés de prairies qui font place, à la mer d’un côté et de l’autre, une forêt luxuriante. Intrigués et inquiets, ils regardent autour d’eux et Ambrelune les fait même s’arrêter quelques minutes pour écouter les sons alentour. Ils n’entendent que le bruit de la mer dans le lointain et les oiseaux gazouiller dans les arbres. Ils avancent sur un large chemin qui n’est guère fréquenté même s’il semble pourtant un lieu de passage comme en attestent les traces de sabots et de roues.

  Au bout de deux heures de marche, ils parviennent à la porte du château après un arrêt pour se rafraîchir à l’ombre des arbres.
- Psst ! Venez par ici, vite !
Ils se regardent en voyant un paysan leur faire signe d’un air affolé. D’un hochement de tête, ils décident d’un commun accord d’aller lui parler. Il les ramène sous le couvert des arbres.
- Vous êtes fous ou quoi ? Vous voulez vous faire tuer ?
- Pourquoi donc ?
- Vous venez d’ailleurs, n’est-ce pas ? Vous venez pour nous sauver, non ?
- Nous venons, en effet d’ailleurs, continue Rune, mais de quoi voulez-vous être sauvés ?
- Le roi de ce pays est un tyran sanguinaire. Une prophétie nous a appris que des étrangers viendraient nous sauver et…
Un sifflement suivi d’un gargouillis les fait sursauter. Une flèche venue de nulle part s’est plantée en travers de la gorge du paysan qui leur fait signe de fuir, ils savent qu’il est condamné et ils fuient sans demander leur reste alors que des soldats n’arrivent. Ils courent dans la forêt droit devant eux puis ils finissent par monter sur un arbre pour conserver leur avance. Avec des morceaux de bois qu’ils lancent au loin, ils font suffisamment de bruit pour tromper les soldats en armure qui leur courent après. Aussitôt la troupe passée, pour se mettre hors de portée des soldats, ils s’enfoncent dans la forêt perpendiculairement au trajet de la troupe même s’ils savent qu’ils courent un risque. Ils n’ont pas le choix car ils ne peuvent revenir en arrière ou vers le château. Ils courent durant des heures et peu à peu, les cris des soldats se font plus rares jusqu’à disparaître. Soulagés, ils s’arrêtent enfin pour se reposer.

  Alors seulement, ils se souviennent du paysan tué sous leurs yeux. En larmes, ils laissent leurs émotions sortir et ils parlent de l’horreur qu’ils viennent de vivre alors que la nuit commence à tomber. Il leur faut repartir, ils ne songent qu’à trouver un abri et un point d’eau dans l’immédiat. Après une heure de marche dans la nuit de plus en plus sombre, ils trouvent une source qui leur permet de s’abreuver et de faire une halte.
- Nous ne savons même pas où nous allons, déclare Rune avec un soupir.
- Je sais mais nous ne pouvons retourner au village. Pourtant, ces gens semblaient nous connaître, nous pourrions y trouver des alliés. continue Ambrelune.
- A moins que ce ne soit un piège ! Je propose que l’on cherche de quoi manger et des vêtements, histoire de passer inaperçus et d’avoir des provisions pour marcher. On pourrait visiter un peu ce pays.
- Nous devons retrouver le village, il y a des lumières par là. C’est notre meilleure option, même si cela signifie que nous avons tourné en rond.

  Ils entrent dans le village mal éclairé, quelques chiens aboient à leur passage mais des clôtures de bois les protègent. Ils volent des habits qui sèchent dans plusieurs jardins en espérant pouvoir se vêtir à la mode du pays. Ils se décident à entrer par une fenêtre ouverte après avoir dérangé un chat errant qui fouillait dans une poubelle et ils y volent un sac, une gourde, un couteau et de la nourriture avant de rejoindre les bois. Au matin, ils se lavent à une rivière et étalent leur butin.

  Après leurs ablutions, ils examinent leur prise. Ambrelune a le choix entre une longue robe fluide à manches longues vert émeraude ou la même robe d’un beige clair doré à manches courtes ornée d’une ceinture noire et d’un large col de dentelle. Elle estime que la deuxième est plus discrète accompagnée d’une longue cape noire à capuche.
- Tu me trouves comment ? demande Rune en arborant un costume trois pièces gris clair assorti d’une chemise blanche et d’une cape noire à capuche.
- Très élégant, allons-y !

  Le cœur battant, ils entrent dans la ville, un peu inquiets que leur mise les fasse remarquer et que le propriétaire des vêtements reconnaisse ces derniers. Mais ils se fondent parfaitement dans la masse colorée vêtue de semblable manière. Ils notent qu’ils paraissent appartenir à une classe aisée de la société mais ils ne dénotent nullement dans l’immense marché qu’ils traversent. De petites maisons de pierre claire côtoient des édifices de pierre sombre en un charmant mélange. Ils essaient de ne pas regarder autour d’eux d’un air trop curieux et de marcher droit devant eux en faisant semblant de connaître leur destination. Bientôt, ils se rendent compte qu’ils sont arrivés à la sortie du village et qu’un château se dresse au loin.
- Peut-être que nous devrions aller au château pour savoir où nous sommes tombés ?
- Ce n’est pas une bonne idée, jeunes gens.
Ils se retournent pour faire face à une vieille femme voûtée cachée par une grande cape noire à capuche.
- Pourquoi ? demandent-ils d’une seule voix.
- Un sorcier y vit. Tout le monde le sait !
- Nous ne sommes pas d’ici.
- Pas d’ici ? rit la vieille femme. Vous voulez dire que vous venez d’un autre monde ?
- En quelque sorte, dit Rune qui se voit aussitôt gratifié d’un coup de coude dans les côtes.
- Suivez-moi, il n’est pas prudent de rester dans ces parages.
Après s’être consulté du regard, ils se décident à suivre leur interlocutrice.

- Venez, venez, suivez-moi de manière discrète, je ne voudrais pas que l’on nous remarque ou que l’on me voit en votre compagnie.
Les deux jeunes gens suivent la vieille femme à distance et ils craignent plusieurs fois de la perdre mais ils la retrouvent toujours. Enfin, elle entre dans une maison et elle s’empresse de refermer la porte du logis dès qu'ils l'ont passée.
- Je m’appelle Roséliande et je suis une fée victime d’une malédiction. Condamnée voilà soixante ans, je vieillis comme une humaine et ma vie touche à sa fin, dit la femme voûtée aux longs cheveux gris et aux yeux d’un bleu céleste. Vous n’êtes pas de ce monde, n’est-ce pas ? Ne niez pas, je le sens.
- En effet, répond Rune en la regardant dans les yeux pour mieux se fier à son intuition. Il lit de l’espoir et beaucoup de douceur dans son regard.
- Un puissant sorcier a asservi ce monde voici soixante ans et nous attendons que l’on vienne nous délivrer.
- Il vous a jeté ce sort ? demande Ambrelune.
- Oui.
- Donc si je comprends bien, continue-t’elle, votre peuple au lieu de se révolter, attend que des gens qui n’ont rien à voir avec tout ça fassent le travail à leur place ! C’est un peu facile, vous ne trouvez pas ?
- Mais nous avons essayé, tous ceux qui se sont révoltés sont morts dans d’atroces souffrances ! Vous avez des pouvoirs.
- Aucun, je suis désolée mais je suis une fille ordinaire.
- Vous les trouverez le moment venu… Reposez-vous, je vais vous faire réchauffer de la soupe et vous pourrez dormir ici en paix, cette nuit. Nous en reparlerons plus tard.

mardi 16 mai 2017

Rune d'Ambre Chapitre 1/30

  Les mains dans les poches, Rune repense au rêve de la nuit précédente, il s’en souvient parfaitement. Sa gibecière de cuir noir nonchalamment posée sur son épaule, il avance d’un pas rapide car il a prévu d’aller acheter une bande dessinée qui vient de sortir. Le jeune garçon jubile sur le chemin qui le mène à la librairie, ce nouvel auteur français qui vient de faire une entrée fracassante dans le monde de la bande dessinée semble plein de promesses et il trépigne d’impatience à l’idée de s’immiscer dans son univers et peut-être découvrir de nouveaux trésors.

  Alors qu’il attend que le feu passe au vert, il oublie toute prudence et il entame sa course pour traverser la rue au plus vite. Un éclair de cheveux blond vénitien tourne au coin de la rue et il court comme un dératé pour la rejoindre. Il voudrait l’appeler mais il n’ose pas, il a agi sans réfléchir, peut-être qu’il se trompe. Haletant, il voit la fille qu’il a suivi passer la porte du musée de l’opéra. Il n’y était jamais allé et c’est fébrile qu’il paie son entrée, un peu inquiet ; et si la fille travaille au musée, comment la retrouver ? Il parcourt les salles au pas de course et il finit par repérer une robe vert émeraude. Il reprend sa respiration durant quelques secondes et il se décide à l’approcher. Mais que lui dire ? Bonjour, je vous ai vue en rêve, que me voulez-vous ? Indécis, il la détaille du regard sans oser lui parler.


  Ambrelune se retourne, elle se sent observée. D’un geste brusque qui fait voler ses longs cheveux, elle tourne la tête et elle se trouve face à un garçon de son âge qui l’observe d’un air indécis. Elle ne le connaît pas et son regard la met mal à l’aise. Elle sourit faiblement avant de se détourner et d’avancer en se frayant un chemin au cœur d’un groupe qui stationne en plein milieu de la pièce. La jeune fille se poste devant un tableau qui représente un homme d’une grande beauté qui semble regarder les visiteurs d’un air rêveur et quelque peu ennuyé. Assis sur un bureau, un cahier à la main, il semble interrompu dans la retranscription d’une partition et se remémorer l’air qu’il a inventé.


  Elle penche la tête de côté pour mieux examiner la toile, elle se demande si cet homme a réellement existé ou s’il n’est que le fruit de l’imagination du peintre. L’étiquette sous le tableau ne lui fournit pas d’indication précise à ce sujet et elle se détourne tout en jetant un coup d’œil en arrière. Il est là et il fait mine d’observer une sculpture située derrière elle ; leurs regards se croisent et prise de peur, elle décide de quitter le musée.

  Surpris par cette fuite, Rune suit la demoiselle qu’il suivait il y a encore quelques instants. Elle tourne la tête pour voir s’il la suit et il lui emboîte le pas. Devant le musée, elle l’attend.
- On se connaît ? demande-t’elle en le détaillant du regard.
- Je t’ai vue en rêve.
- Moi aussi. Mais tu pouvais venir me parler au lieu de me suivre comme ça, c’est inquiétant.
- Je suis désolé mais je ne savais pas quoi faire. Il est rare que je croise une personne que j’ai vue dans un rêve.
- Tu m’étonnes, dit-elle en riant.  Bon, on finit la visite du musée ?
- D’accord !

  Les deux adolescents discutent de leurs rêves qui sont similaires. Rune a vu une jeune fille s’éloigner dans la nuit tandis qu’Ambrelune a rêvé qu’un jeune homme s’approche d’elle dans un jardin en pleine nuit. Ils conviennent qu’ils ont rêvé qu’ils allaient à la rencontre l’un de l’autre sans même se connaître. Mais cela n’explique pas pourquoi ils ont rêvé l’un de l’autre et si ce n’est pas une simple coïncidence, peut-être qu’au fond, ils se font des idées.

  Face à un tableau qui représente un étrange château composé de tours de pierre ocre de tailles variables accolées entouré par un mur, ils s’arrêtent car il leur semble étrangement familier.
- Ca te dit quelque chose ? demande Ambrelune.
- Oui et toi ?
- Si je te pose la question, c’est que ça m’évoque un souvenir.
- Tu as déjà été à l’opéra ? Moi, jamais et ce décor ne semble pas provenir d’un opéra célèbre.
- Jamais et cet opéra m’est également inconnu.
- Le souvenir d’un rêve… Mais je ne me souviens pas de ce songe, juste de l’avoir rêvé.
Ambrelune regarde autour d’elle, personne ne les observe. Elle tend la main vers la toile en espérant qu’aucune alarme ne va retentir. Rune tente de l’en empêcher en l’attrapant par le bras, mais la jeune fille a touché la toile qui réagit aussitôt.
 
Ambrelune sent que le tableau aspire sa peau et ses cheveux vers lui, elle les sent s’éloigner de son corps pour l’entraîner vers le tableau. Quelques secondes plus tard, ils sont face à un mur, la toile a disparu ; ils ont seulement pu apercevoir l’envers de la peinture avec un numéro d’identification inscrit à la craie blanche avant qu’il ne disparaisse. Paniqués, ils explorent à tâtons la pierre froide du mur durant d’interminables secondes dans un silence glaçant. Ils sont coincés derrière le tableau et aucune porte ne se devine pour repasser de l’autre côté.
- Tu perds ton temps ! dit Rune derrière elle.
- Et comment le sais-tu ? Tu n’as même pas examiné ce mur, dit-elle en croisant les bras et en se tournant vers lui dans le noir.
- Tu crois vraiment qu’un tableau va nous aspirer et que comme par magie, une porte va apparaître pour nous permettre de rentrer chez nous ? Au fait, je m’appelle Rune et toi ?
- Attends, Rune comme une rune ? dit-elle en s’esclaffant.
- Oui, pourquoi ?
- Disons que c’est, comment dire, peu commun.
- Parce que tu t’appelles comment, toi ? Histoire de voir si c’est mieux que moi, mademoiselle.
- Je m’appelle Ambrelune.
- Genre c’est mieux de s’appeler Ambre et lune que Rune.
- Ne t’énerve pas, c’est joli et je ne connaissais pas ce prénom. Mais admets qu’après avoir été aspirée par un tableau, entendre parler de rune me fait penser à de la sorcellerie.
- Parce que tu crois que l’on est passés de l’autre côté du mur grâce à une technologie avancée, peut-être ? Mon prénom t’interpelle plus que ce que nous venons de vivre, une téléportation et des rêves prémonitoires communs.
- Pardon, Rune, j’ai été impolie, la situation est particulière. Bon, allons voir où nous sommes.

   Dans le noir, ils explorent les murs en se tenant par la main pour ne pas se perdre jusqu’à sentir une porte qu’ils ouvrent avec circonspection. La première chose qu’ils voient est un château majestueux qui s’élève dans le lointain. Ils se regardent en se chuchotant : Où sommes-nous ?

Nanowrimo Novembre 2016: Jenny aux dents vertes

  Autrefois, alors que j'étais en voyage en Angleterre, un soir que j'étais éméché dans un pub, j'entendis pour la première fois parler de Jenny Greenteeth, Jenny aux dents vertes. Je m'apprêtais à quitter l'Angleterre au terme d'une année d'études en finances à la City de Londres. J'appris ce soir-là que Jenny aux dents vertes est une sorcière, vieille, qui vit au bord des rivières où elle attire les petits enfants et les personnes âgées afin de les noyer dans la rivière ; elle doit son nom à ses dents pointues et sa peau verte, sans oublier ses longs cheveux qui forment des algues dans l'eau mouvante des rivières. Eméché comme je vous l'ai dit, je ris de cette histoire et maudit cette sorcière en des termes dont je ne me souviens plus. Un vieux marin me regarda, horrifié :
- Si tu t'moques d'la Jenny qu'a les dents vertes, tu verras, un jour, elle s'veng'ra !
Je n'y pris pas garde et rentrais bientôt en France.

  Quelques années après, je me mariais et ma fille naquit peu après mon mariage. Elle était belle comme le jour et je l'aimais plus que tout au monde. Je vivais alors dans une charmante maison de maître avec un vieux couple de domestiques pour tenir la maison. Ma fille grandit, heureuse, insouciante et joyeuse comme seule une enfant peut l'être.

   Un jour, je partis en voyage d'affaires laissant à ma femme la garde de la maison. A mon retour, une semaine plus tard, je la trouvais en deuil. Simon, notre vieux domestique avait trouvé la mort, noyé dans la rivière qui traversait notre domaine. Intrigué, je me demandais pourquoi il s'était autant approché de la rivière et pourquoi il n'avait ni nagé ni appelé à l'aide.

  Le mois suivant sa femme le suivit, mais cette fois-ci, son poing fermé tenait une touffe verte de ce qui semblait être des cheveux. Intrigué, j'interrogeais le pasteur au sujet de ces noyades et de ces poils verts, il passait pour un érudit et connaissait bien le folklore local. Il ne voyait pas bien en quoi ces noyades étaient surnaturelles mais la touffe de poils verts lui posait question. Il me répondit qu'il allait faire des recherches. Deux semaines plus tard, il sonna chez moi à l'heure du thé que nous partageâmes en discutant des dernières nouvelles. Il me parla de Jenny aux dents vertes, Jenny Greenteeth. Mes cheveux se hérissèrent sur ma tête et je le remerciais. Une fois qu'il fut reparti, je me servis une nouvelle tasse de café pour trouver le meilleur moyen de sauver ma famille. Je me résolus à vendre la propriété familiale et à emmener ma famille dans un lieu sans eau à proximité. Ma femme accepta de se plier à ma volonté devant ma détermination. Bien sûr, je ne lui dis pas la raison de ce départ.

  Un jour que j'étais en ville, ma fille, Mary-Helenn jouait seule au ballon dans le jardin. Le ballon tomba certainement dans le lac car à mon retour, je le trouvais sur la berge encore humide. Je ne retrouvais pas ma fille. Ma femme fut anéantie et je résolus de partir au plus vite. La police fit une enquête mais le corps de ma fille fut retrouvé quelques heures plus tard, à l'endroit où le ballon avait été déposé. Je retrouvais un cheveu vert, long et gluant lorsque je la déshabillais pour l'habiller de ses plus beaux atours pour la veillée funèbre. Jenny Greenteeth avait encore frappé !

  Je résolus de la traquer et de la détruire par tous les moyens. Je ne pouvais en parler à mon épouse, inconsolable, elle ne m'aurait jamais crue. J'espérais juste qu'elle ne s'approcherait pas du lac  que je clôturait.

  Malheureusement, un jour que j'étais allé acheter des armes pour exterminer la créature, ma femme bien-aimée disparut également. D'elle, je ne trouvais qu'un bouquet de fleurs du jardin qu'elle avait certainement voulu déposer dans le lac en hommage à notre chère fille disparue.

  La douleur et la colère m'aveuglèrent. Si un acheteur s'était présenté pour me débarrasser du domaine, nous n'en serions pas là ! Mais dans l'état actuel des choses, je n'avais nulle part où aller, j'étais condamner à attendre qu'un acheteur se présente. Je décidais de faire combler le lac et à cet effet, je fis venir des ouvriers qui commencèrent à le combler le jour même. Dans ma rage, je continuais à le combler pelletée par pelletée, toute la nuit, dans l'espoir de faire sortir la créature. A l'aube, alors que la moitié du petit lac avait été comblé, Jenny aux dents vertes, Jenny aux dents pointues et à la peau verte, Jenny aux cheveux verts m'apparut furieuse au clair de lune. J'avais pris mes armes mais mon pistolet n'eut d'autre effet que de la faire siffler de rage, je l'avais blessée sans plus. Aveuglé par la fureur, je lui donnais coup de pelle sur coup de pelle. Elle tenta de m'attaquer mais je ne lui laissais aucune ouverture. Furieuse, elle finit par fuir à toutes jambes. Essoufflé et épuisé, je n'eus pas la force de la suivre.

  Je vis toujours dans cette maison qui regorge de souvenirs, je n'ai pas pu me résoudre à la vendre, il y a trop de souvenir dans cet endroit. Je ne revis jamais Jenny aux dents vertes qui a certainement trouvé refuge dans un autre plan d'eau. Je rêve souvent la nuit que je la tue à coups de pelle.


Pour plus d'informations: https://fr.wikipedia.org/wiki/Jenny_Greenteeth

lundi 15 mai 2017

Rune d'ambre Prologue

   Une rose rouge sang serrée contre son cœur, la silhouette s’éloigne lentement dans la nuit ; éclairée par la pleine lune qui contemple la scène du haut du ciel, elle marche dans l’herbe humide de  rosée. Un vent léger fait voler ses cheveux autour d’elle et elle commence à frissonner dans sa légère robe blanche qui lui donne un air fantomatique. Peu à peu, elle s’éloigne dans le silence de la nuit.
 
–—

    En sueur, il se redresse. Il regarde autour de lui et allume la lumière. Ce n’est qu’un rêve, un rêve particulièrement réaliste mais un rêve. Avec un soupir de soulagement, il retombe sur le matelas et contemple le plafond durant quelques minutes avant de se lever pour se laver sommairement. Dans le miroir, deux yeux gris le fixent et il se détourne de son reflet, mal à l’aise.
 
  De retour dans sa chambre, l’adolescent ne peut s’empêcher d’ouvrir les volets sans bruit pour ne pas réveiller ses parents qui dorment ; il inspecte le jardin du regard mais il ne voit rien. Après quelques minutes d’attente, il se décide à se recoucher. Il est minuit et il a cours demain, il voudrait poursuivre ce rêve étrange mais il doit dormir. Avec un soupir, il tente de chasser tout souvenir de ce rêve et il se rendort.

Carte de Berethiel-Nienor












dimanche 14 mai 2017

La belle Aveline

   Il était une fois dans un pays lointain, une jeune fille que l’on appelle la belle Aveline. A l’instant où commence cette histoire, cette princesse aux longs cheveux châtains et aux yeux vert émeraude se regarde dans un miroir et elle soupire en notant sa peau de lait, privée de soleil, qui ne se couvrait jamais du moindre hâle.
    
     Avec un nouveau soupir, elle s’accoude à la fenêtre de la haute tour où elle est enfermée depuis dix ans déjà. Autour d’elle, des bois s’étendent à perte de vue et elle distingue la silhouette de montagnes au loin. Une cloche sonne au bas de la tour et Aveline s’empresse d’entasser son linge sale et ses jarres vides dans un panier qu’elle se dépêche de descendre le long d’une chaîne. La vieille femme qui attend son chargement ne lui jette pas un regard ; depuis le temps qu’elle exerce ce métier, elle ne prête plus attention à la prisonnière. Le panier remonte, chargé de victuailles et de linge propre pour la semaine puis les jarres emplies d’eau potable les suivent.
    
     Après avoir rangé ses victuailles et ses vêtements, la princesse s’assoit sur le rebord de sa fenêtre, un livre à la main.
    - Je suis enfermée dans cette maudite tour depuis dix ans parce qu’une fée a décrété que le seul homme digne de m’épouser serait celui qui me délivrerait de cette prison. J’ai seize ans, je suis une femme adulte et si mes parents sont crédules, ce n’est pas mon cas. J’en ai marre, demain, c’est mon anniversaire ; je rentre chez moi, même si je dois me rompre le cou en sautant de cette tour.
    En disant ces mots, Aveline se sent pleine de courage mais en regardant en bas, elle n’est plus si sûre d’elle.
    - Il y a quelqu’un pour délivrer une princesse en détresse ? hurle-t’elle à pleins poumons sans qu’on ne lui réponde.
    En haussant les épaules, la jeune fille se décide à tenter de descendre le mur de pierres sans tomber. La peur l’avait toujours retenue mais la colère s’est emparée d’elle et c’est pleine de rage qu’elle commence sa lente descente son sac sur l’épaule à la première heure le lendemain matin. La nuit n’a fait qu’affermir sa décision, elle préfère mourir en s’évadant de sa prison qu’y passer le reste de sa vie.
    
     Arrivée au pied de la tour, la jeune fille se dit qu’elle y mettrait bien le feu si elle le pouvait mais elle préfère s’en éloigner le plus rapidement possible. Elle s’extasie devant la nature qui s’offre à elle et elle finit par trouver un chemin qui la mène à une ville dont elle ne se souvient pas.
    - Bonjour, je souhaiterais me rendre à la capitale.
    Le marchand la regarde d’un air circonspect.
    - Toute seule ?
    - Non, avec la personne qui me conduira là-bas.
    - Tu as de la chance que je connaisse quelqu’un de confiance, ma petite.
    La princesse se rend à la taverne indiquée et demande Alcime l’aventurier qui se retourne en entendant son nom.
    - Tu veux aller où ?
    - A la capitale.
    - C’est loin ! Mais je dois y aller pour faire des emplettes en vue de mon prochain voyage, je t’emmène !
    Elle remercie l’inconnu et le suit, un peu inquiète mais elle n’a pas d’autres solutions. Ils cheminent durant une semaine et ils finissent par se quitter bons amis, une fois arrivés dans la capitale.
    
    - Bonjour, je suis la princesse Aveline, la fille unique que ses parents ont enfermée dans une tour! Je suis venue leur rendre visite…
    Le garde la regarde et se met à rire à gorge déployée à ces paroles. L’ancienne prisonnière qui n’a pas tout à fait oublié ses leçons de maintien lui intime l’ordre de se taire avec un regard empli de mépris et lourd de menaces. Le pauvre garde se confond en excuses et il revient bientôt pour la mener auprès du roi, son père. Dans la salle du trône où la cour est réunie, il l’attend assis sur son trône. Dès qu’elle franchit la porte, il se précipite vers elle ;
    - Ma chérie, tu es de retour ! Tu as trouvé un prince courageux pour te délivrer ? Tu vas bien ?
    - Oui, je venais vous informer que je me suis délivrée toute seule et que je vais bien, même si depuis dix ans, vous ne vous en êtes nullement inquiétés. Et puis, quels parents souhaiteraient à leur enfant d’épouser le premier venu juste parce qu’il est venu la délivrer ? Quels parents enfermeraient leur fille unique dans une vieille tour perdue en pleine forêt ? Taisez-vous, je ne veux rien entendre ! Je suis venue réclamer ma part d’héritage pour m’en aller courir le monde loin de vous. En échange, je m’engage à faire mon devoir et à vous succéder lorsque vous quitterez ce monde. Je reviendrai vous voir une semaine par an, mais n’attendez rien de plus de moi. Vous nommerez par testament des personnes qui se chargeront de m’éduquer à mon métier de reine lorsque le moment viendra pour moi d’accéder au trône et je les tiendrai informées du lieu où je voyage et où elles peuvent me joindre au fur et à mesure que je découvrirai le monde. Je me marierai quand bon me semblera avec celui que je choisirai seule. Au fait, je pars dans une semaine, je veux qu’un navire soit prêt à m’emmener loin de vous, sinon je renonce au trône et je fais savoir la vérité à votre peuple.

samedi 13 mai 2017

L’invasion de la face cachée de la lune

  L’équipe allait se poser sur la face cachée de la Lune, la température extérieure avait baissé et ils regardaient par le hublot, le satellite se rapprocher inexorablement. Depuis des décennies, l’astre était méthodiquement exploré dans l’espoir de faire une découverte qui sauverait l’humanité ; en effet, la pollution était plus forte que jamais sur la planète bleue et elle mettait en péril toute forme de vie.  Devant leurs yeux ébahis, des dômes de pierre se dressaient un peu partout. Les spationautes trépignaient devant la lenteur de l’approche de leur vaisseau mais bientôt, ils avaient alunis et ils s’empressèrent de mettre leurs combinaisons pour aller voir cela de plus près.

  Après quelques bonds, ils arrivent au cœur des dômes lorsqu’une silhouette bondit vers eux. Devant eux, un rectangle gris muni de pattes puissantes et courtaudes tente de communiquer par un écran situé sur sa face avant. Le manque d’atmosphère rend difficile la communication orale et le petit être privilégie l’écrit. Les scientifiques ne comprennent pas les signes tracés par la créature. Ils sont très intrigués par le fait qu’ils ne distinguent pas d’yeux sur la chose qui leur fait face. Ils supposent qu’elle utilise un sonar ou un système similaire pour se repérer dans cette zone non éclairée de la lune.

  Lorsqu’ils regardent autour d’eux, ils notent qu’ils sont encerclés par ces créatures et voyant qu’ils ne peuvent pas parlementer, ils bondissent aussi vite que possible vers leur vaisseau en entraînant un des créatures pour l’étudier sur Terre.

  Ils décollent aussitôt pour aller se poser plus loin et ils tentent de communiquer avec la créature qu’ils ont placé dans un des sas dont ils ont modifié l’atmosphère pour qu’elle se rapproche de celle du satellite. Durant deux jours, ils tentent de lui expliquer d’où ils viennent et comment ils sont venus sans succès. Alors qu’ils dorment, ils n’entendent pas leur captif ouvrir la porte du sas. Elle renifle l’air ambiant pour les repérer et elle les dévore dans leur sommeil sans qu’ils aient le temps de comprendre ce qui leur arrive.

  Un mois plus tard, la base spatiale de F… voit enfin arriver la fusée lunaire AX-257 que tout le monde pensait perdue à jamais. Au cœur de la nuit, le pilote automatique fait atterrir le vaisseau qui s’ouvre sur une créature étrange qui s’empresse de dévorer l’équipe restreinte qui travaille de nuit. La créature, couverte de sang, sort en actionnant par erreur l’ouverture du hangar où la fusée était stationnée. En sentant la vibration de la porte de fer, la créature approche lentement à l’aide de son sonar qui lui permet d’éviter les obstacles. Elle se dissout dans l’air lorsqu’elle jaillit en pleine lumière sans un cri ni un mouvement pour rejoindre la pénombre du hangar.

  Seule une caméra de surveillance a filmé la scène…